Disparition des Rased : « Notre métier, ce sont ceux qu’on appelle les cancres »

Article blog Libé

 

Ce soir, un certain nombre d’écoles de Lyon ne fermeront pas leurs portes à 16h30. Comme d’autres l’ont déjà fait cette semaine, enseignants et parents organisent des « Nuit des écoles », pour protester, et surtout débattre des réformes annoncées pour l’école. Au cœur des inquiétudes, la suppression des RASED. Cinq lettres dont on entendait jusqu’ici peu parler. Ces réseaux d’aides spécialisés aux élèves en difficultés existent pourtant depuis 1990. Dispensées par des enseignants ayant suivi une formation spécialisée d’un an, ces aides s’adressent théoriquement à tous les élèves rencontrant des problèmes dans leur scolarité ou plus largement dans leur rapport à l’école. Théoriquement, car, dans les faits, les moyens ont toujours été insuffisants et les 3000 maîtres spécialisés en France ne peuvent répondre à toutes les demandes. Nombre d’instituteurs, dans les écoles en zones rurales par exemple, n’ont jamais vu l’ombre d’un maître RASED. Ce qui justifie en partie aujourd’hui la suppression du système pour le ministère de l’Education nationale. A la Croix-Rousse ou à Vaulx-en-Velin, où le RASED fonctionne plutôt bien, parents et enseignants témoignent, à travers leur expérience, de l’intérêt de ce dispositif…

« Mon fils n’a plus de problèmes de lecture »
Madame B. ne veut pas que l’on donne son nom. Elle dit que ce n’est pas facile d’avoir un enfant qui a des problèmes à l’école. Cette mère de famille de Vaulx-en-Velin, ne veut pas que ses voisins, ou sa famille soient au courant. « Pour ça, le Rased, ils sont bien. Ils ont toujours été discrets ». Son fils est entré au CP avec de grosses difficultés. Qui se sont  accentuées en cours d’année. Problèmes pour lire, pour écrire. Problèmes de compréhension. Madame B. a été convoquée à l’école. L’enseignante de son fils lui a expliqué ce qu’était l’aide spécialisée. Elle lui a présenté le maître qui s’en occupait, qui a établi un programme de travail avec son fils. Elle a accepté. « Je n’étais pas capable de l’aider sur ces questions » ; reconnaît-elle. Parfois, l’aide spécialisée ne dure que quelques semaines, quelques mois. Le temps de débloquer quelque chose, de rattraper des bases. Pour cet enfant en grande difficulté, elle a duré trois ans. Au moins une heure par semaine. Au départ, son fils n’a pas très bien pris d’être sorti de la classe pour aller avec le maître rased. Il y a eu des moments où il a progressé plus vite que d’autres. Aujourd’hui, il est en CM1. Sa mère explique qu’il n’a « plus de problèmes de lecture ». Elle soutient l’action des enseignants contre la disparition des Rased. « Dans nos quartiers, beaucoup de parents ne savent pas comment faire quand les enfants ont des problèmes à l’école. Les profs ne peuvent pas prendre une demi-heure tous les jours avec ces enfants-là. Et si on ne fait rien, ils finiront pas quitter un jour l’école ».

« Notre métier, ce sont ceux qui décrochent, ceux qu’on appelle les cancres »
René Datry est maître E (1) depuis six ans. Son travail consiste à aider les élèves qui rencontrent des difficultés d’apprentissage. « Notre métier, ce sont ceux qui décrochent, ceux qu’on appelle les cancres ». René Datry travaille sur deux écoles du quartier de la Croix-Rousse à Lyon. Et suit une quarantaine d’élèves par an, par petits groupes de 2 à 5, qu’il voit deux fois une heure par semaine. Quelques semaines après la rentrée scolaire, les enseignants font part aux maîtres du Rased des difficultés qu’ils ont pu repérer chez leurs élèves. En concertation avec les parents, ces élèves se voient alors proposer de bénéficier de l’aide spécialisée. « Les parents ont parfois peur qu’en ratant une ou deux heures de cours par semaine, leurs enfants ne suivent plus la classe, nous leur expliquons que c’est au contraire une manière de réintégrer cette classe ». René Datry insiste. Il ne fait pas du simple soutien scolaire. « On ne refait pas forcément. Nous leur donnons des outils, une méthodologie ». Xavier Darcos, le ministre de l’Education nationale,  a reproché à ces enseignants spécialisés de trop « psychologiser » leur approche. « Nous ne jouons pas les psy, ce n’est pas notre rôle, répond René Datry. Néanmoins, il faut prendre en compte certaines dimensions. Certains enfants, par exemple, ont peur de penser. Si on ne résout pas ça, on ne résoudra rien ». René Datry craint les plus défavorisés ne fassent les frais de la suppression des Rased. Il travaille dans un secteur socialement très mixte. Pourtant, 80% des élèves qu’il a en aide spécialisée sont issus de milieux défavorisés, la plupart venant de famille maghrébines ou africaines. Des familles, explique-t-il, qui n’ont pas accès à d’autres formes d’aides extérieures. René Datry est inquiet : « Que vont devenir ces gamins ? ». Il s’inquiète aussi pour les classes où le nombre d’enfants qui posent problème est important. « A côté de l’aide aux élèves, nous apportons aussi des solutions et un soutien aux enseignants qui, parfois, ne savent plus comment gérer leur classe. Lorsqu’on ne sera plus là, c’est l’ensemble de la classe qui en pâtira ».

Alice Géraud

(1) Les Rased sont constitués de trois types d’enseignants. Les Maîtres G, chargées de l’aide à dominante rééducative (par exemple pour les enfants qui ont des problèmes de rapport à l’école, de comportement, etc.). Les Maîtres E chargés de l’aide à dominante pédagogique (aide à l’apprentissage). Et les psychologues scolaires.

 



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