Manifestations : « Un sévère avertissement en direction de l’Élysée »

Articles Le nouvel Obs.com

 

La presse souligne l’ampleur de la mobilisation de jeudi. « C’est un signal », estime Le Figaro, tandis que pour Ouest France, « le président pourrait être amené à freiner son ardeur réformatrice, sinon à infléchir sa politique pour stimuler la confiance ».

La presse souligne vendredi 30 janvier le succès des manifestations organisées jeudi à l’appel des syndicats, tout en s’interrogeant sur les suites à donner à ce mouvement et sur la marge de manoeuvre du président Nicolas Sarkozy.
« On ne balaye pas d’un revers de main une journée comme celle d’hier. C’est un signal », reconnaît Paul-Henri du Limbert dans les colonnes du Figaro, qui met en garde Nicolas Sarkozy contre « ce malaise diffus et perlé né de la crise financière et des perspectives déprimantes qu’elle dessine ».
Même son de cloche dans Le Courrier picard sous la plume de Francis Lachat: « Plus qu’une protestation contre un projet précis, c’est sur un ensemble de revendications multiples et diffuses que se sont retrouvés les grévistes ».

« C’est du massif »

« En volume, c’est du massif et un sévère avertissement en direction de l’Élysée! » avertit Hervé Chabaud dans L’Union. Le jugement de Jean Levallois (La Presse de la Manche) est sans appel: « Pour les organisateurs, le succès est complet ».
« La première journée d’action nationale, depuis le déclenchement de la crise financière, est un succès », entonne lui aussi Patrick Fluckiger dans L’Alsace, tandis que Didier Pobel (Le Dauphiné Libéré) évoque un « déploiement massif et imposant ». « Nicolas Sarkozy va devoir ravaler ses imprudentes paroles de juillet dernier sur les grèves qui passent ‘inaperçu’ et montrer, au contraire, qu’il a entendu l’inquiétude exprimée dans la rue », estime-t-il.
« Nicolas Sarkozy ne pourra pas dire que lorsqu’il y a des manifestations dans ce pays, personne ne les voit », ironise Bruno Dive dans Sud-Ouest, à l’instar de Patrick Pépin (Nord-Eclair): « Pour un pays où les grèves passaient soi-disant inaperçues, la démonstration syndicale du 29 janvier a été très visible, et nombreuse ».

Pas d’ »effet CPE »

Et maintenant, quelle suite donner à cette mobilisation? « S’il devait être pris à la légère, le mouvement d’hier ne pourrait que déclencher de nouvelles actions. Sans doute moins paisibles », s’inquiète Jean-Paul Brunel dans Le Courrier de l’Ouest.
Jean-Louis Gombeaud (Nice-Matin) est perplexe: « La reprise économique n’étant pas en vue, l’espoir d’un changement de politique n’étant pas à l’ordre du jour, on ne parvient pas à deviner quelle direction peut désormais prendre ce mouvement ».
« Personne ne peut imaginer sérieusement un ‘effet CPE’. Le gouvernement ne va pas changer radicalement de politique pour répondre aux attentes des manifestants », estime de son côté Michel Lépinay (Paris Normandie).
Un avis que ne partage pas Paul Burel (Ouest-France): « Quoi qu’il en dise, le président pourrait être amené à freiner son ardeur réformatrice, sinon à infléchir sa politique pour stimuler la confiance, le moteur central de la croissance ».
« Il est inimaginable aujourd’hui que Nicolas Sarkozy se contente de prendre acte de ce ‘cri de colère’, s’emporte Rémi Godeau (L’Est républicain).
« En ayant évoqué la légitimité du vaste mouvement d’inquiétude d’hier, il s’est pratiquement condamné à y apporter une réponse concrète », conclut Jacques Camus (La République du Centre).

- La suite de la revue de presse
- Le point complet sur les défilés ville par ville.
- Les taux de grévistes secteur par secteur.

 

 

Après les manifestations

 

Les commentaires de la presse française, vendredi 30 janvier, au lendemain de la journée de mobilisation interprofessionnelle contre la politique sociale de l’exécutif. Un million de personnes ont manifesté selon la police, 2,5 millions selon la CGT.

LE FIGARO
Paul-Henri du Limbert

« On ne balaye pas d’un revers de main une journée comme celle d’hier. C’est un signal. Personne ne peut nier que la France vit à l’heure des frustrations, des angoisses et des peurs. Et d’abord les salariés du secteur privé, comme toujours ultraminoritaires dans les cortèges d’hier. Le danger, pour Nicolas Sarkozy, ce ne sont pas ces grandes manifestations aux allures de grand-messes un peu convenues, mais plutôt ce malaise diffus et perlé né de la crise financière et des perspectives déprimantes qu’elle dessine. En réalité, il y a très longtemps qu’on n’avait pas vu un exécutif affronter une situation aussi périlleuse (…) Le fait que les syndicats ne semblent pas prêts à organiser des manifestations à répétition est a priori un bon signe pour le gouvernement. Sur le plan politique, il est évident que le Parti socialiste va poursuivre et amplifier son offensive puisqu’il est persuadé qu’il en va de son avenir électoral. Ceux qui, Rue de Solferino, jugent qu’il y a un peu de démagogie à vouloir s’approprier à tout prix le « mouvement social » seront priés de se taire ces prochains mois. »

LE PROGRES DE LYON
Francis Brochet

« Dans la France de notre Président, quand les Français manifestent, les préfets valsent. Jean Charbonniaud, préfet de la Manche, vient d’en faire les frais: notre Président, furieux d’avoir récemment été accueilli à Saint-Lô par quelques huées, l’a muté-sanctionné. Le couperet est tombé hier, et ce matin tremblent tous les préfets de France. Vous imaginez, si notre Président s’avisait de muter-sanctionner les préfets de tous les départements où l’on a défilé hier ? De toutes les villes où l’on a apostrophé « Sarko » sans la déférence qui s’impose ? Une hécatombe préfectorale menace la France. C’est sans doute pourquoi ils s’employaient tous, hier soir, à mécompter les manifestants, et diviser par cinq ou dix les estimations syndicales… Allez, encore un effort, Messieurs les préfets, pour notre Président et votre avenir: des manifestants, il n’y en a point eu chez vous, n’est-ce pas ? »

SUD-OUEST
Bruno Dive

« Ce ne fut pas un « jeudi noir », ni l’annonce du  » grand soir « . Juste une après-midi ensoleillée pour exprimer une inquiétude. Car on a beaucoup marché hier dans les rues des grandes villes, et même des moins grandes. Mais on a plutôt moins fait grève que prévu et annoncé, notamment dans les services publics. Et c’est peut-être cela le premier enseignement à tirer de ce 29 janvier. La « journée d’action », rituel bien français de protestation, a changé de visage et d’acteurs. Jusqu’à présent, les gros bataillons du secteur et de la fonction publics garnissaient les cortèges et se faisaient entendre de façon spectaculaire en paralysant le pays. Ce 29 janvier 2009, des trains et de nombreux moyens de transport ont fonctionné, des écoles sont restées ouvertes. Mais de nombreux salariés du privé et une foule de gens qui n’avaient pas pour habitude de manifester ont rejoint les cortèges de la protestation (…) Nicolas Sarkozy ne pourra pas dire que lorsqu’il y a des manifestations dans ce pays, personne ne les voit. »

LE COURRIER PICARD
Francis Lachat

« L’ampleur de la mobilisation, tous secteurs confondus, pour la journée d’action d’hier montre le niveau de mécontentement auquel en sont arrivés une grande partie des Français. Beaucoup se sentent maintenant rattrapés par la crise. Les grévistes et manifestants d’hier n’étaient plus seulement les enseignants syndiqués, les cheminots, ou ceux de la fonction publique. C’était aussi les salariés du privé, touchés par le chômage technique, victimes de plans de licenciements, ou dont l’entreprise a revu les conditions de travail (…) Plus qu’une protestation contre un projet précis, c’est sur un ensemble de revendications multiples et diffuses que se sont retrouvés les grévistes (…) Le gouvernement dispose encore d’une certaine durée devant lui, et a toutes les possibilités de rebondir. Il n’a, semble-t-il, pas l’intention de surseoir aux réformes qu’il juge importantes. Tout au plus cherchera-t-il à mieux dialoguer avec les syndicats. Mais il faudra sans doute encore bien des journées d’action pour qu’il révise sa politique. »

LE COURRIER DE L’OUEST
Jean-Paul Brunel

« L’ampleur des défilés a-t-elle de quoi surprendre ? Oui et non. Certes, l’amalgame des revendications n’est pas dépourvu d’ambiguïté mais il n’y a aucune confusion possible sur la signification de ce jour de colère. Dans un pays faiblement syndicalisé et dont le tissu social se délite, on était habitué ces derniers temps à davantage de résignation (…) Il n’est pas certain, à ce stade, que les Français attribuent la responsabilité des difficultés au seul Nicolas Sarkozy. Trop instruits sur les causes et l’étendue de la crise, ils savent que les réponses seront avant tout d’ordre global. Mais ils en sont dans l’immédiat les premières victimes. Ont-ils, dès lors, d’autre recours que d’en appeler aux élus de la République pour faire entendre un message simple, implacable, dépourvu le plus souvent de considérations politiciennes : c’est à l’État d’assumer. Et à l’opposition jusqu’ici inexistante, de contribuer à trouver des remèdes. Car, s’il devait être pris à la légère, le mouvement d’hier ne pourrait que déclencher de nouvelles actions. Sans doute moins paisibles. Oui, la colère monte, la marmite bout. »

LE DAUPHINE LIBERE
Didier Pobel

« S’il est bien difficile, au-delà de la rituelle bataille des chiffres, d’affirmer le degré d’historicité de la mobilisation, une chose est sûre: elle aura posé un incontournable jalon dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy, vers lequel désormais les yeux sont davantage tournés (…) Le déploiement n’aura pas seulement été massif et imposant, il a également été marqué par ce qu’on pourrait appeler une grève citoyenne. Pas de chaos dans les transports, pas de ces signes extérieurs d’exaspération si fréquents en pareil cas, pas de véritables débordements en fin de cortèges. Et si c’était d’abord en cela que résidait l’originalité du mouvement? Une performance sans doute moins due aux effets du fameux service minimum imposé qu’à une sorte de désir collectif de ne pas entraver la vie quotidienne de tout un chacun. Un peu comme si, en 2009, il était apparu urgent de prouver qu’on peut être visible, sans être « nuisible ». Gageons que, n’en déplaise à l’Élysée, tout le monde s’en sera aperçu. »

NORD-ECLAIR
Patrick Pépin

« Pour un pays où les grèves passaient soi-disant inaperçues, la démonstration syndicale du 29 janvier a été très visible, et nombreuse (…) On n’a jamais vu les salariés arrêter de manifester alors qu’ils ont l’impression de tenir le bon bout. Quant aux partis politiques d’opposition, ils se refont une santé et ne vont pas se résoudre à quitter la scène alors qu’ils commencent à retrouver une crédibilité pour une possible alternance, d’autant qu’ils sont aiguillonnés par la gauche radicale. Enfin, on ne peut passer sous silence, le décalage entre les promesses électorales du candidat Sarkozy et la réalité de la politique du Président (…) Reste que le président de la République a du sens politique et qu’il peut trouver dans cet affrontement matière à rebondir. Seulement cette fois-ci, les tours de passe-passe, les invocations à Léon Blum ou à la Résistance ne sont plus de mise. Il faudra aller chercher au plus profond les raisons de donner de l’espoir à un peuple historiquement impatient. »

LA NOUVELLE REPUBLIQUE
Denis Daumin

« Voici donc, par défaut de perspectives économiques, la lourde dynamique sociale de nouveau en mouvement. Le piètinement de ses cortèges, l’impact de ses slogans bénéficieront ponctuellement aux organisations syndicales. Ils interpellent le sommet de l’Etat qui exprimait hier une empathie tardive et impuissante avec les inquiètudes des manifestants. L’heure n’est plus à railler ce mode d’expression à la française, ce folklore hérité de Germinal. Il n’est pas inutile de s’interroger sur les ressorts de cet élan exprimé hier. Si nombreux, si longtemps dans la rue à quoi cela sert-il ? A dire, et montrer bien sûr pour se soulager du poids écrasant des incertitudes. A serrer les rangs face au néant. A être ensemble, c’est tout, sans autre illusion. Ce n’est pas rassurant. »

MIDI LIBRE
François Martin

« Sarkozy l’hyperactif a réussi, au fil des mois, à fermer toutes les portes du dialogue. Les grèves, en France ? Personne ne s’en aperçoit. Les syndicats ? Il les reçoit mais ne les entend pas. La réticence au changement ? Il arrache les réformes avec les dents. Le pouvoir d’achat ? Il choisit la relance par l’investissement. Le hic: l’époque diffère de celle de sa prise de pouvoir. Aujourd’hui, le pays est plongé dans les affres de la crise. Inquiétude et détresse s’infiltrent insidieusement dans les esprits. La grosse colère d’hier, c’est celle des ménages devant la crise. Ils sont, pourtant, les derniers à en porter la responsabilité et les premiers à en supporter les conséquences. Cependant, Nicolas Sarkozy a montré lors de sa présidence de l’Europe, mais aussi à l’occasion du Grenelle de l’Environnement, qu’il pouvait écouter. Dialoguer. Convaincre. Et peut-être changer. »

PARIS NORMANDIE
Michel Lépinay

« Le fait que le mouvement de grève, en particulier dans les services publics, n’ait pas été à la hauteur des ambitions syndicales n’enlève rien au succès de la journée. Mais maintenant, qu’est ce qu’on en fait ? Les Français ont dit massivement leur inquiétude face à la crise (…) Les syndicats, forts de leur succès, vont sans doute essayer de pousser leur avantage. Mais pour en arriver où ? Personne ne peut imaginer sérieusement un « effet CPE ». Le gouvernement ne va pas changer radicalement de politique pour répondre aux attentes des manifestants (…) Si on ne change pas de politique, il faut sans doute au minimum changer un peu la manière. Celle du président qui semble prendre plaisir à noircir en permanence le tableau offert par la société française, pour valoriser mieux son action providentielle, a sans doute démontré hier ses limites (…) Sarkozy 1, le président « bling-bling » a cédé la place à Sarkozy 2, le président anxiogène. Les Français qui défilaient hier attendent maintenant la nouvelle version. »

LA REPUBLIQUE DU CENTRE
Jacques Camus

« Il ne faudrait pas résumer cette journée de grève à une trop dérisoire bataille de chiffres sur le nombre des manifestants (…) Dans un sobre communiqué, Nicolas Sarkozy a jugé « légitime » l’inquiétude qui s’est exprimée hier. On est donc très loin des remarques ironiques sur  » les grèves dont personne ne s’apercevrait plus désormais en France « . Faudrait-il en conclure que Nicolas Sarkozy est réellement en train de changer ? Ou bien s’agirait-il seulement pour lui de bercer de mots l’opinion dans une sorte de traitement psychologiquepassager ? Dans ce cas, Nicolas Sarkozy prendrait un bien grand risque. Car en ayant évoqué la légitimité du vaste mouvement d’inquiétude d’hier, il s’est pratiquement condamné à y apporter une réponse concrète. Il a trop usé jusqu’à présent de condamnations péremptoires, d’exigences de moralisation des marchés, de mises en demeure et de menaces de dénonciation, restées sans effet, pour décevoir l’attente qu’il vient lui-même de créer. Lui non plus ne peut plus se permettre de promettre l’espoir à crédit en usant du réconfort illusoire du verbe. Convenons-en: le défi est dur à relever. »

LE REPUBLICAIN LORRAIN
Philippe Waucampt

« Cette journée a donc consacré un mouvement plutôt réussi contre tout ce qui, ces derniers mois, a failli mettre le système par terre. La mobilisation a été conséquente. Autant que lors des manifs anti-CPE d’il y a trois ans. Autant que durant la difficile réforme des retraites de 2003 ou la longue grève anti-Juppé qui, la décennie passée, apprit le covoiturage et la marche aux Français. A l’aune de ces précédents, c’est conséquent. A cette différence près qu’il n’y a, cette fois, ni objectif précis à atteindre ni mur à abattre. Le pays, hier, était dans la protestation pure. Et c’est bien cela qui préoccupe le gouvernement. Sitôt la parenthèse refermée, Nicolas Sarkozy a jugé légitime l’inquiétude manifestée (…) Depuis hier, la France est devenue un peu plus moderne. Sans être moins inquiète pour autant face à une crise dont les retombées commencent seulement à se mesurer. »

OUEST-FRANCE
Paul Burel

« Si Nicolas Sarkozy espérait se tirer du mauvais pas de la grogne sociale en faisant le gros dos, c’est fichu. La mobilisation, réalisée sans le chaos et le désordre annoncés ou espérés par certains, est sans équivoque. Bien au-delà de l’habituel noyau dur du public ¬ Éducation, SNCF, La Poste ¬ elle s’avère exceptionnellement massive et spectaculaire (…) Quoi qu’il en dise, le Président pourrait être amené à freiner son ardeur réformatrice, sinon à infléchir sa politique pour stimuler la confiance, le moteur central de la croissance. La relance, la nécessaire relance, ne passe pas seulement par une aide financière substantielle aux banques et aux industries défaillantes. Elle est aussi indexée sur le moral, les revenus et, in fine, la consommation des salariés et des ménages. C’est ce que les syndicats martèlent depuis des mois. Le patron de l’Élysée peut-il continuer à ignorer cette attente ? Une récente étude du Cetelem souligne qu’un regain de pouvoir d’achat et de consommation profiterait de façon prioritaire au secteur de l’alimentation, donc à la production française et à l’emploi. À méditer, non ? »

L’ALSACE
Patrick Fluckiger

« La première journée d’action nationale, depuis le déclenchement de la crise financière, est un succès (…) Nicolas Sarkozy va devoir ravaler ses imprudentes paroles de juillet dernier sur les grèves qui passent  » inaperçu  » et montrer, au contraire, qu’il a entendu l’inquiétude exprimée dans la rue. Peut-il aller plus loin que les paroles compassionnelles qu’il a déjà prononcées ? L’élaboration d’un nouveau plan de relance privilégiant la consommation ou l’annulation des suppressions d’emplois dans l’Education remettrait en cause tous les objectifs d’assainissement de son quinquennat. Les syndicats ont placé la barre très haut : trop peut-être pour obtenir satisfaction, mais suffisamment pour compliquer la tâche du gouvernement. Ce n’est pas encore un bras de fer, mais déjà plus qu’un round d’observation. »

L’EST REPUBLICAIN
Rémi Godeau

« Les relativistes de l’UMP pourront nuancer le taux de participation, constater l’absence de blocage des transports ou moquer un mot d’ordre syndical aussi large que flou. Il n’empêche… Sans verser dans la bataille des chiffres, la mobilisation d’hier égale celles contre le contrat première embauche en 2006 ou contre la réforme des retraites en 2003. Et rappelle par la diversité des manifestants celle contre le plan Juppé sur la Sécurité sociale en 1995. A tel point qu’il est inimaginable aujourd’hui que Nicolas Sarkozy se contente de prendre acte de ce  » cri de colère « , exutoire historique, avant de reprendre son agenda d’hyperprésident comme si de rien n’était (…) Paradoxalement, l’intensité de la crise ouvre une opportunité au gouvernement. Face à la multiplication des plans sociaux et à l’effondrement de la croissance, un nouveau plan de relance semble inévitable. Il pourrait être discuté  » dans l’écoute et le dialogue « , selon les mots du nouveau vocabulaire présidentiel. »

VOIX DU NORD
Hervé Favre

« On annonçait un jeudi noir dans les transports, mais à l’arrivée trains et métros ont été plus nombreux que prévu. Cependant les huit syndicats qui appelaient hier le pays à se mobiliser contre la politique économique du gouvernement ont réussi à mobiliser dans les rues (…) Pour les responsables syndicaux et les partis de gauche qui les soutiennent, la démonstration de force n’a pas été complète puisque ce mouvement n’a pas paralysé le pays, ni sa capitale, comme le souhaitaient ses organisateurs. Une bonne surprise pour les usagers que le gouvernement ne manquera pas de mettre à son actif (…) Les huit organisations syndicales doivent maintenant se mettre d’accord sur la suite à donner à cette journée. Elles ont prévu de se voir lundi pour en décider, et l’unité qui a prévalu jusque-là pourrait être mise à rude épreuve. Soulignant que l’ » on ne peut pas faire dix manifestations contre la crise « , François Chérèque rappelait mercredi:  » On ne résout pas la crise avec des manifestations, on pose le problème » Un million et demi de personnes dans la rue, c’est assurément un gros problème à résoudre pour Nicolas Sarkozy.

LA PRESSE DE LA MANCHE
Jean Levallois

« La journée de grèves et de manifestations d’hier a été largement suivie. Pour les organisateurs, le succès est complet et la météo a offert à ce cri face à la crise, un temps idéal, un peu frais mais ensoleillé malgré la gravité de la situation. Un cri immense parce que l’inquiétude, la peur, sont dans bien des têtes, accablées par les informations qui pleuvent, jour après jour (…) La démagogie est toujours une lâcheté qui ne rapporte rien, et finit par être payée très cher. Les syndicats parlent de 2.500.000 manifestants en France. Retenons leur chiffre. Car il n’y a personne qui soit pour la crise, ni pour la récession, ni pour le chômage. Seulement, la colère, le cri qui se fait entendre, les aspirations à meilleur sort qui sont la réalité manifestée hier, se télescopent avec cette crise tout aussi réelle, et qu’on ne pourra résorber en l’aggravant par les procédés habituels utilisés depuis trente ans. »

LA CHARENTE LIBRE
Jacques Guyon

« Finie l’ironie sur ces « grèves dont personne ne s’aperçoit plus », l’heure est à la « priorité à la solidarité nationale ». Paroles, paroles ? Même si les mots ont toute leur importance en ces temps d’extrême crispation où le moindre d’entre-eux prononcé de travers peut provoquer l’embrasement, il en faudra sans doute un peu plus pour calmer les esprits et entraîner les citoyens à accomplir cet « effort commun pour sortir de la crise ». Nicolas Sarkozy doit comprendre que sa posture de Président de « rupture » qui l’a fait élire par temps calme n’est plus adaptée en période de grande tempête. Bringuebalés par la crise, les Français ont moins besoin d’un hussard qui taille à la hache dans les acquis que d’un pompier attentif doublé d’un capitaine fixant un cap. A condition que celui-ci comprenne enfin qu’on ne peut demander des efforts, des sacrifices à un équipage qu’à la condition que ceux-ci soient équitablement répartis. »

NICE-MATIN
Jean-Louis Gombeaud

« Mis à part l’expression d’une angoisse et d’une vraie souffrance ces défilés, aussi réussis soient-ils pour leurs organisateurs, auront du mal à déboucher sur des résultats concrets. Avec la crise qui est une dure réalité, les marges de manoeuvres du pouvoir sont quasiment nulles. Hier, les syndicats affirmaient que la mobilisation leur rappelait 1994. C’est exact. Mais à l’époque nous sortions de la récession brutale de 1993 et le rebond de croissance fabriquait du grain à moudre pour satisfaire certaines des revendications sociales. D’une certaine façon, ça valait le coup de protester. Si la crise se prolonge « des années » ce scénario de l’issue heureuse pour les protestataires n’est donc pas le plus probable, sauf à ce qu’en ligne de mire des défilés se profile une perspective politique de changement. Or, elle n’existe pas. Le PS a d’autres chats à fouetter (…) La reprise économique n’étant pas en vue, l’espoir d’un changement de politique n’étant pas à l’ordre du jour, on ne parvient pas à deviner quelle direction peut désormais prendre ce mouvement. Que démontre la démonstration d’hier ? »

L’UNION
Hervé Chabaud

« En volume, c’est du massif et un sévère avertissement en direction de l’Élysée! Les défilés protestataires ont été denses et peuplés de manifestants incisifs dont le point commun est d’estimer que les salariés sont les oubliés de la crise. Les soutiens annoncés aux entreprises n’empêchent pas des licenciements massifs. D’où une demande insistante de protection contre une fracture économique dont l’ampleur et les développements interdisent de se projeter dans l’avenir (…) Le moteur de la contestation est allumé et son régime est déjà élevé. Alors que le FMI table sur une récession d’environ 2 % pour la France, l’urgence d’un dialogue social pragmatique s’impose. En ayant bien à l’esprit qu’un surcroît de pouvoir d’achat ne doit pas aboutir à une explosion de nos importations, qui se situent déjà à un niveau inacceptable. Dans une économie avancée pariant sur son savoir et sa valeur ajoutée pour créer par son intelligence de la richesse, il faut être capable de s’entendre sur des choix qui ne creusent pas un peu plus l’ornière où nous sommes bloqués. »
 



Laisser un commentaire

recitsdautrefois |
loupian-demain pour vous |
Pour GREPIAC, du Dialogue à... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lenfantestadulte
| deci-dela
| BONNES NOUVELLES