Les enseignants-chercheurs ont réussi leur journée

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Ils étaient plusieurs milliers à descendre dans la rue jeudi, rejoints par de nombreux étudiants. Du coup, la ministre tente de calmer le jeu, en réunissant la communauté universitaire mercredi 11 février. Le point sur la mobilisation, ville par ville

M.P.

A Strasbourg, les manifestants n'ont pas hésité à chahuté la ministre venue inaugurée la nouvelle université.

A Strasbourg, les manifestants n’ont pas hésité à chahuté la ministre venue inaugurée la nouvelle université. (Reuters)

La tension est montée d’un cran ce jeudi entre le monde universitaire et la ministre de l’Enseignement supérieur. Les enseignants-chercheurs, épaulés par les étudiants, ont fortement manifesté dans plusieurs villes de France, n’hésitant pas au passage à chahuter la ministre.

En visite à la nouvelle Université unique de Strasbourg jeudi matin, Valérie Pécresse a été accueillie à coups de «Pécresse démission !» et autres «Pécresse, fac off». (Lire le récit de cette inauguration sous haute tension sur LibéStrasbourg)

Décidée à «rassurer», la ministre a annoncé qu’elle recevrait le 11 février l’ensemble de la communauté universitaire afin de travailler sur une «charte de bonne conduite» visant à donner des garanties sur la façon dont les présidents d’universités exerceront leurs nouveaux pouvoirs vis-à-vis des enseignants.

Les enseignants…. Et les étudiants

Au quatrième jour de la mobilisation des professeurs d’universités, les étudiants, jusqu’à présent à l’écart du mouvement, ont participé en force aux manifestations dans plusieurs grandes villes de France. Le Snesup, le premier syndicat du supérieur, s’est félicité de cette mobilisation «d’une ampleur exceptionnelle».

A Paris, ils étaient entre 3 600 et 15 000 manifestants dans la rue, venus de différentes universités parisiennes et franciliennes. La manif’ aurait dû se terminer à deux pas du ministère de Valérie Pécresse. Mais, comme le raconte notre journaliste Sylvestre Huet sur son blog, «les manifestants ont continué, dans un désordre joyeux. Après avoir enfoncé le barrage policier, ils ont longé la Sorbonne, se sont répandus sur le boul’mich puis sur le boulevard Saint Germain, coupant la circulation…» (Lire la suite)

A Rennes, la mobilisation a été également importante (entre 3000 et 4000 personnes). Enseignants et chercheurs étaient épaulés par des étudiants, largement majoritaires dans le cortège. Dans la foule compacte, une pancarte teintée d’amertume: “Casser l’université, yes he can”. Une autre, évoquant un célèbre site internet, plus ironique: “Meetic: il n’y a pas que là que l’on fait de la recherche”!. (Lire le reportage sur LibéRennes)

A Lille, c’était une manif’ paisible, raconte notre correspondante sur LibéLille. Peu de slogans hurlés, un mégaphone qui ne sert pas beaucoup. Et pourtant. Les chercheurs étaient nombreux à protester (700, dit la police, 1 500,selon les manifestants).

A Toulouse, même constat: le cortège de manifestants était étrangement silencieux, loin de l’ambiance festive habituelle des cortèges… Alors qu’ils étaient près de 4.000 selon la police, 6.000 selon les organisateurs. Dans la manif’, les visages étaient graves, sinon tendus, témoigne notre correspondant sur LibéToulouse.

A Orléans, étudiants et profs s’étaient donnés rendez-vous de bonne heure jeudi matin, comme le montre cette vidéo tournée par notre correspondant.

A Lyon, les enseignants de l’Institut d’études politiques ont choisi d’expliquer leur mouvement à leurs élus. Après avoir voté la reconduite de leur grève pour jeudi et vendredi, ils ont rédigé une lettre (lire ici sur LibéLyon), qu’il vont remettre aux maires, conseillers et parlementaires de l’agglomération.

De nouvelles formes de protestation

Depuis lundi, le mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur. Et gagne même des facultés réputées peu enclines à la contestation comme Lyon III, ou l’Institut d’études politiques d’Aix, en grève pour la première fois depuis sa création en 1956.

Fait notable, à Toulouse, le président de l’université scientifique de Paul Sabatier a même accordé une demi-journée banalisée à l’ensemble du personnel. Une manière d’inciter les enseignants à manifester!

Autre particularité, le mouvement ne touche pas seulement les bancs de la fac: plusieurs IUT (instituts universitaires de technologie)  comme des IUFM (instituts universitaires de formation des maîtres) entrent aussi en résistance.

A côté des formes de protestations classiques (manif dans les rues et tracts distribués dans les amphis), les chercheurs pratiquent aussi la rétention des notes et même le lancer de chaussures, expérimenté mardi dans le jardin du ministère de Valérie Pécresse.

Dans certaines universités encore, les cours deviennent militants, comme l’explique sur son blog notre journaliste Véronique Soulé. Ainsi, certains, comme à l’Université de Tours, font des cours «hors les murs», devant la gare par exemple.

Le mouvement devrait se poursuivre la semaine prochaine avec notamment une manifestation nationale prévue mardi prochain à laquelle pourraient se joindre les étudiants. L’Unef, la première organisation étudiante, appelle en effet à la grève mardi 10 février pour demander «un changement de cap en matière de politique universitaire».

Valérie Pécresse change de ton

Face à l’ampleur grandissante de la mobilisation, Valérie Pécresse, chahutée ce matin à Strasbourg, a promis de réunir la communauté universitaire le mercredi 11 février à Paris. Elle a assuré vouloir travailler sur une «charte de bonne conduite» visant à donner des garanties sur la façon dont les présidents d’universités exerceront leurs nouveaux pouvoirs vis-à-vis des enseignants. La réunion de travail doit rassembler les doyens de faculté, le Conseil national des universités (CNU) et les syndicats d’enseignants.

Les IUFM obtiennent des garanties. La Fédération des maires des villes moyennes (FMVM) a annoncé jeudi en fin de journée avoir obtenu des garanties de la ministre sur le maintien d’antennes locales des Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM). «La ministre a rassuré les maires des villes moyennes en confirmant que les antennes de proximité des IUFM continueront d’accueillir des étudiants, parce que ceux-ci ont besoin d’une formation effectuée au plus près des territoires et au plus près des classes».

Une nouvelle proposition de loi? Le député UMP Daniel Fasquelle, également doyen de la faculté de droit de Boulogne-sur-mer (Pas-de-Calais), entend déposer dès lundi une proposition de loi visant à «améliorer» le projet de décret Pécresse sur le statut des enseignants-chercheurs. Cette «proposition de loi vise à rappeler l’indépendance du monde universitaire et la règle selon laquelle on ne peut être jugé que par ses pairs», a-t-il expliqué. Avant de rappeler: «Je soutiens Valérie Pécresse et sa démarche à l’égard des universités est sincère. Mais je sens aussi le malaise car on touche à des choses essentielles, qui vont au-delà de questions corporatistes».

Rappelons que jusqu’ici, la ministre de l’Enseignement supérieur s’était montrée ferme, décidée à ne pas céder. Mardi, elle avait ainsi écarté toute idée d’un retrait du décret réformant le statut des enseignants-chercheurs. «Le retrait serait un recul considérable pour tous les enseignants-chercheurs», a t-elle affirmé. Ce qui est en cause, selon elle, c’est «la façon dont le président d’université va appliquer le décret». Elle en appelle donc aux présidents d’universités pour «rassurer» et construire une charte destinée à la «bonne application» du décret.

Les raisons de la contestation

Les grévistes réclament d’abord le retrait de la réforme de leur statut. Le nouveau texte accorde, selon eux, de super-pouvoirs aux présidents d’université dans l’avancement des carrières et dans la «modulation» des temps de service (répartition entre enseignement, recherche et autres tâches). Les enseignants-chercheurs redoutent une hausse des heures d’enseignement, au détriment de leur travail de recherche.

Ils exigent aussi la suspension de la réforme de la formation des enseignants du primaire et du secondaire, appelée la «masterisation». Les futurs enseignants devront désormais avoir un master (bac+5) au lieu d’un bac+3. Et plus généralement, ils dénoncent les suppressions de postes prévues et le démantèlement du CNRS.

Enfin, comme l’explique Jean-Louis Fournel, président de Sauvons l’Université, les nouvelles règles liées à la LRU (la loi relative aux libertés et responsabilités des universités) inquiètent. «Elles vont radicalement changer la carte universitaire du pays, au seul bénéfice de quelques pôles.»
 

Puissante manifestation à Paris des universitaires, chercheurs et étudiants

5 févr.
2009
  Manif_paris_5_fevrier_2   A 15 000, même de débonnaires universitaires peuvent déborder un barrage de CRS s’il est trop faible. C’est ce qui s’est passé sous mes yeux, devant le Panthéon vers 16H.

La manifestation parisienne (photo Reuters/Charles  Platiau), plus importante que prévu par les organisateurs et la préfecture de police, aurait dû se terminer à deux pas du ministère de Valérie Pécresse. Enhardis par leur nombre, les manifestants ont continué, dans un désordre joyeux.

Après avoir enfoncé le barrage policier, ils ont longé la Sorbonne, se sont répandus sur le boul’mich puis sur le boulevard Saint Germain, coupant la circulation, tandis que les CRS couraient dans tous les sens sous les ordres contradictoire de leurs supérieurs… Amusant. Du moins pour les participants, tout heureux de ce bon tour joué à la maréchaussée, et de pouvoir ainsi montrer leur détermination et leur colère. Sur le trottoir, deux universitaires un tantinet rigolards se séparent en se félicitant de “ce galop d’essai pour la manifestation de mardi prochain”. Il est temps de retourner au journal pour bloguer et écrire le papier de demain.

Ces deux sentiments – colère et détermination – ressortent en effet de ce long cortège parti de Jussieu. La tête est vigoureusement occupée par les étudiants de Paris-3 et Paris-7. On y relève des banderoles de nombreuses universités (Paris-1, 3, 4, 5, 6, 7, 11, 12, 13, Marne La Vallée, Versailles Saint Quentin), et institutions scientifiques (Muséum national d’histoire naturelle, Inalco, EHESS, ENS..), plusieurs centaines d’enseignants et d’étudiants des IUFM (Instituts universitaires de formations des maîtres) formant un groupe serré en fin de cortège. Il est au deux tiers constitué d’universitaires et de chercheurs (Cnrs surtout) dont la tenue vestimentaire et le comportement signale le peu d’habitude de battre le pavé. “C’est la deuxième fois de ma carrière que je fais grève”, me souffle un professeur plus près de la retraite que du concours de recrutement. Les étudiants sont aussi en nombre pour les universités d’Orsay, Paris3, Paris 6, 7et 12 essentiellement.

Les revendications des manifestants sont clairement exprimées par écrit et par oral : retrait du décret sur les statuts des universitaires, retrait de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants, annulation des suppressions d’emplois dans la recherche et l’enseignement supérieur. Mais pancartes, slogans et banderoles montrent une contestation plus large, plus politique parfois. “Moins de traders, plus de chercheurs”, dit celle-ci. “Ici bat le coeur de ceux qui veulent penser et dire”. “La réflexion, le discernement, le raisonnement et non l’obéissance font la qualité de notre métier”, affirment les étudiants et enseignants de l’IUFM de Paris. D’autres sont plus directs : “Pécresse démission !”.

Bruno Jetin, maitre de conférence en économie à Paris-13 résume les raisons de sa présence à laManif_paris_20_novembre manifestation : “Je suis en grève jusqu’à ce que le ministère nous donne satisfaction. Ce que Valérie Pécresse nous propose, c’est une perte de temps de recherche et d’indépendance intellectuelle, la perspective de formation au rabais des enseignants. Je ne crois absolument pas au discours de la ministre lorsqu’elle prétend que cette réforme est pour notre bien. La ministre se trompe lourdement sur la force et la détermination de notre mouvement. Son projet met en cause les raisons les plus profondes pour lesquelles nous avons choisi ce métier”.

Je croise Jean-Louis Fournel, porte parole de SLU – Sauvons l’Université - qui me déclare : “plus le gouvernement attendra pour reculer et plus le prix politique à payer sera élevé pour lui. La grève s’étend et se renforce, les A-G du personnel enseignant sont très fournies, les étudiants commencent à bouger… je suis certains que la journée du 10 sera très forte.”

Jean_fabbri Suit Jean Fabbri, le secrétaire général du Snesup : “La mobilisation est remarquable. A Paris comme en province. Les votes de plus en plus nombreux des conseils d’Universités contre les réformes de Valérie Pécresse comme la participation massive aux A-G et aux grèves montrent que le refus est majoritaire ches les universitaires. Il faudra bien que le gouvernement en tienne compte. La ministre est en train de perdre ses soutiens. Les Présidents d’Universités qui voulaient accompagner cette réforme sont lâchés par leurs élus. Je ne vois pas d’autre issue à cette crise majeure que dans un recul du gouvernement”.

Gaël Sattonay, maître de conférence en chimie à Orsay (Paris-11) : “Nous voulons le retrait de la réforme de nos statuts, l’arrêt du démantèlement du Cnrs et des moyens pour nos universités. Personne n’est dupe des promesses de Valérie Pécresse, nous avons compris que la modulation des services, c’est plus d’heures de cours pour la majorité d’entre nous”.

Des étudiantes en licence scientifique générale d’Orsay, visant l’IUFM, me font part de leur crainte d’une formation baclée avec la “mastérisation”, l’abandon de l’année de stage.

 

L’université prend le train des manifestations dans les rues de Toulouse

UNIVERSITÉS. En 10 ans de métier, Mireille, vendeuse dans une boutique de la rue d’Alsace Lorraine n’a «jamais vu passer autant de manifs que ces derniers temps». Ce jeudi 5 février, ce sont les étudiants et les professeurs des universités qui ont arpenté une fois de plus le pavé toulousain pour protester contre la réforme de l’enseignement supérieur.

14h30, place du Capitole. Etrangement silencieuse, la foule des manifestants se rassemble face à l’hôtel de ville. Ils sont pourtant près de 4.000 selon la police, 6.000 selon les organisateurs à avoir répondu à l’appel de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) et de la Coordination nationale des universités.

Loin de l’ambiance festive habituelle, les visages sont graves, sinon tendus. Paul Sabatier, le Mirail, l’Arsenal, toutes les universités de Toulouse sont là. Il y a du personnel administratif, comme Catherine et Manuela, secrétaires à Paul-Sabatier. Payées 1.300 euros mensuels après 13 ans de carrière, les deux amies ne sont «pourtant pas venues manifester pour des augmentations de salaires». Elles manifestent, disent-elles, pour «soutenir les étudiants et contre la privatisation des universités. Les financements privés s’intéresseront aux facultés de sciences comme la nôtre, mais qu’adviendra-t-il des universités de lettres?»

«Par pudeur en temps de crise», Claude Roche, professeur de mathématiques à Paul Sabatier payé 3.547 euros écarte lui aussi la question du salaire. «Le plus important aujourd’hui, c’est la question du statut des enseignants chercheurs». Selon lui, la réforme envisagée pour ce statut «va établir un jeu de pouvoir à l’intérieur des universités  au détriment de l’enseignement et de la recherche».

Claude Roche balaie la foule du regard. «Il y a des gens de gauche comme de droite, commente-t-il. Cette manifestation est dans la continuité de celle du 29 janvier dernier». Comme pour lui donner raison, Pierre Cohen, le maire PS de Toulouse traverse le rassemblement. «Bien évidemment, dit-il, je soutiens cette manifestation».

Le cortège démarre. Les policiers de la Brigade Anti criminalité (BAC) n’exhibent tout de même pas les matraques. Á mi-chemin, le cortège est rejoint par un petit escadron de lycéens. Certains d’entre eux se font discrets «pour éviter les punitions administratives». Une présence pourtant «normale dans ce défilé, juge Laura, porte parole de la coordination des lycées de Toulouse. Cette année, on est au lycée, l’année prochaine on sera en fac».

Jean-Christophe Sellin, élu de Toulouse est aussi dans le cortège en tant que porte parole du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. «On n’a jamais vu un tel niveau de confrontation», note-t-il.

Au passage du Boulevard Carnot, les étudiants réclament «du fric pour les facs et les lycées, pas pour les flics, les banques et l’armée». Ludivine Labbe, présidente de l’UNEF Midi-Pyrénées estime «qu’il y encore plus d’étudiants dans la rue que le 29 janvier dernier». Selon elle, ils seraient «80% à participer aux AG». La dernière en date a déjà approuvé la prochaine manifestation prévue le mardi 10 février prochain.

J-M.E



Blocage symbolique du rectorat de Montpellier

Ce matin, une cinquantaine de personnes (enseignants des écoles, parents d’élèves, syndicalistes (CNT, Sud), sympathisants) se sont retrouvés devant le rectorat pour en bloquer l’entrée principale, située rue de l’Université à Montpellier. La manifestation avait été annoncée à l’avance. Neuf policiers étaient présents et des barrières avaient été disposées à l’entrée. Il y a eu quelques moments de chahutage quand de zélés fonctionnaires voulurent à tout pris rentrer par l’entrée principale malgré la suggestion qui leur étaient faite par les manifestants d’emprunter l’entrée secondaire située à 200 m et qui, elle, était libre. Dans ces cas-là, la police tentait de ménager un passage au nom “de la liberté d’aller et venir”. Réplique d’un manifestant : “Et la liberté d’aller et venir pour les sans-papiers ?” Et voici ce que ça donnait (pris avec mon appareil photo en carton, merci de votre indulgence) :

Vidéo consultable sur :

http://www.dailymotion.com/video/k25mzLZAiwmou9WakO
Vers 9h, quelques dizaines d’étudiants rejoignaient la manifestation et évoquaient les possibilités de convergence des mouvements. La tension retombait et le sourire revenait sur le visage des policiers. Peu avant, Joël Vezinhet du SNUIPP qui se rendait à une réunion au rectorat accompagné de deux personnes, est passé devant la manifestation. La délégation n’a pas forcé le passage et s’est dirigée vers l’entrée secondaire sans s’arrêter devant le regroupement :

Vidéo :

http://ecolecitoyenne.ning.com/video/video/show?id=2559421%3AVideo%3A1466



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