« EVALUATIONS CE1 : QUAND Y EN A PLUS, Y EN A ENCORE » !

« EVALUATIONS CE1 : QUAND Y EN A PLUS, Y EN A ENCORE » ! (1)
« Vous avez aimé les évaluations de CM2 ? Vous allez adorer celles de CE1 ! »

Voilà ce qu’aurait pu dire le Ministre de l’Education Nationale qui confond une fois encore la détermination dont il se prévaut avec un entêtement bien regrettable. Car aucune leçon n’a été tirée du détestable épisode de janvier dernier qui aura vu, fait historique, l’administration demander aux enseignants de mettre eux-mêmes leurs élèves en échec !

Certes, la communication (2) des résultats en mars 2009, à partir d’éléments très lacunaires (bilans incomplets et au moins 22 % de non remontée) n’a pas participé pour une fois au discours catastrophiste auquel on nous avait habitués. Mais les risques liés à ces nouvelles évaluations (3) demeurent entiers. D’abord par la difficulté de certains items (dans la logique des nouveaux programmes). Ensuite par le système d’évaluation (4) révélateur de la pensée actuelle : binaire (1 ou 0, bon ou faux) ! Enfin, par la menace persistante d’une publication qu’aucun pouvoir politique ou judiciaire ne pourra empêcher. D’ailleurs, on a déjà pu voir sur internet des classements par académie dignes d’un championnat (5) !

Par ailleurs ces évaluations vont suivre les élèves, car elles font partie du nouveau livret national unique et obligatoire qui va en plus être informatisé. Elles seront même l’essentiel de ce document, puisqu’elles vont servir de base pour l’inscription dans ce même livret des « compétences » du « socle commun » censées être acquises par les élèves. Ces évaluations vont donc (comme celles de CM2) entraîner une concurrence entre élèves, entre enseignants et, rapidement, entre écoles. Si tel devait être le cas, ce serait la fin de l’école publique que nous connaissons et défendons.

Devant tant d’incompréhension, mais aussi en raison des risques encourus par ceux qui ont affronté l’administration dans cette affaire des évaluations (jusqu’à 4 jours de retrait de salaire pour des enseignants qui ont pourtant fait classe la semaine de passation), nous appelons plus que jamais les collègues concernés, soutenus par les Conseils de Maîtres, voire les Conseil d’Ecole où siègent les Parents d’Elèves (qui peuvent inciter à ne pas mettre les élèves de CE1 une matinée dans la période d’évaluation),  à ne rien faire remonter des résultats partiels ou globaux qui pourraient être récupérés.

Et comme le dit lui-même Xavier Darcos (6)  (Ouest-France, le 6 mai 2009) : « Je serais un prof du premier degré, je serais sans doute parmi les mecs qui gueulent ». Comme on le comprend !

Sylvain Grandserre
Porte-parole de l’appel des 100 maîtres

(1) – Le site avec ce texte :

http://www.darcos-demission.org/

(2) – la communication des résultats de CM2 : http://www.vousnousils.fr/page.phpP=data/autour_de_nous/l_actualite_du_jour/depeches_de_l_educat/&key=20090330&key2=090330155100.5sbuwumm.xml(3) – Le cahier de l’élève : http://www.darcos-demission.org/docs/evalCE1_eleve.pdf
(4) – Le livret de l’enseignant :

http://www.darcos-demission.org/docs/evalCE1_maitre.pdf

(5) – Classement aux évaluations CM2 :

http://www.linternaute.com/actualite/education/dossier/test-des-cm2-les-resultats-par-region/niveau-des-cm2-qui-sont-les-meilleurs.shtml?f_id_newsletter=766

- (6) – la déclaration de X. Darcos :

http://www.ouest-france.fr/actu/politique_confidentiel_-Xavier-Darcos-furieux-contre-certains-universitaires_41770-923607_actu.Htm



Réforme du lycée: Descoings concentre ses consultations sur 4 thèmes

Richard Descoings, le directeur de Sciences-Po Paris chargé par le chef de l’Etat d’une consultation sur la réforme du lycée, a décidé de centrer désormais ses discussions sur quatre grands thèmes, selon le site internet « lyceepourtous.fr » lancé en partenariat avec YouTube.

Il s’agit de l’orientation des lycéens, de la rénovation de la voie technologique, du rééquilibrage des séries du lycée général (littéraire, économique et social, et scientifique) et de la maîtrise des langues.

M. Descoings s’est rendu jusqu’à présent dans 70 lycées du pays. Les consultations qu’il prévoit encore de mener jusqu’à la fin du mois seront désormais centrées sur ces quatre thématiques.

Il rendra ses « préconisations » sur la future réforme du lycée la dernière semaine de mai, a-t-on indiqué lundi dans son entourage.

L’audience du site internet « lyceepourtous.fr » avait dépassé lundi soir 400.000 visiteurs, a-t-on ajouté. Ce site permet d’apporter des contributions par écrit, webcam ou téléphone et propose aussi des témoignages recueillis dans les lycées dans lesquels s’est rendu M. Descoings.

Le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos avait été contraint en décembre, après une forte mobilisation des lycéens, de reporter d’un an cette réforme, qui devait entrer initialement en vigueur à la rentrée 2009 pour la seconde.

M. Descoings a été nommé le 12 janvier à la tête d’une « mission » chargée de « conduire la concertation » pour la réforme des lycées.

Lire la synthèse sur le blog « lycée pour tous »

http://blog.lyceepourtous.fr/2009/05/synthese-20-la-reforme-sera-pragmatique-ou-ne-sera-pas/



Grand Corps Malade – Education Nationale



Sept présidents d’université en appellent à Sarkozy

Article Nouvel Obs.com

Face au « sentiment général de rancœur, voire de désespoir » dans les universités, ils demandent au chef de l’Etat des « gestes d’apaisement radicaux et clairs ».

Vote à l'assemblée générale de l'université de Bordeaux III pour la poursuite du blocage (Sipa)

Vote à l’assemblée générale de l’université de Bordeaux III pour la poursuite du blocage (Sipa)

L‘édition du Monde datée du jeudi 14 mai, publie une tribune intitulée « Sept président d’universités en appellent au chef de l’Etat. Face à la gravité de la situation, ils lui demandent des gestes d’apaisement ». Les signataires de la tribune, en réalité six au décompte, demandent à Nicolas Sarkozy « des gestes d’apaisement vigoureux, radicaux et clairs » pour trouver une solution face à une situation dans les universités jugée « grave ».
La tribune est signée des présidents Pascal Binczak (Paris VIII), Lise Dumasy (Grenoble III), Anne Fraïsse (Montpellier III), Bernadette Madoeuf (Paris X), Georges Molinié (Paris IV) et Philippe Rollet (Lille I). Leurs universités font partie de celles qui ont été parmi les plus touchées par le mouvement universitaire entamé le 2 février.

« Des gestes d’apaisement radicaux et clairs »

« Monsieur le président de la République, si nous nous permettons de nous adresser à vous maintenant, c’est que la situation dans les universités est grave », écrivent-ils. Ils estiment la situation « contrastée« .
« Dans certains établissements et dans certaines filières, il n’est pas sûr que les examens puissent se tenir dans des conditions correctes ni même simplement se tenir », alertent-ils.
Selon eux, « il y a risque réel de non-validation du semestre, donc de l’année, ce qui est aussi catastrophique pour les étudiants qu’ingérable pour nos administrations ». D’où la nécessité de « gestes d’apaisement vigoureux, radicaux et clairs » du chef de l’Etat, disent-il.
Les présidents décrivent l’état d’esprit des acteurs de la communauté universitaire : Il y a « opposition et colère de la quasi unanimité des parties prenantes vis-à-vis des deux grands chantiers que vos ministères ont ouvert : la réforme des statuts des enseignants-chercheurs et l’ensemble du dispositif de la formation et du recrutement des professeurs des écoles et des lycées et collèges. Une telle union n’avait jamais été vue ». Selon eux, subsiste une impression diffuse et tenace d’une volonté ministérielle de passer outre les avis de la communauté universitaire. Pour parler clair, beaucoup n’ont pas confiance ».

Pour la tenue d’un moratoire sur les réformes

« La sagesse consiste évidemment à décider un moratoire » sur les réformes prises dans l’enseignement supérieur, rappellent-ils, de manière à « favoriser une réflexion réelle, et collective, sur cette question qui déborde amplement le milieu universitaire ».
Or « il n’y a ni suspension ni moratoire, mais une série de mesures, d’indications, de commissions, de projets, d’annonces, qui conduisent à faire entériner des dispositifs confus, peu lisibles et globalement nocifs ».
« D’où un sentiment général d’amertume, de colère et de rancoeur, voire de désespoir, qui aboutit à un mélange de consternation et de radicalisation avec le risque de comportements de plus en plus incontrôlables », constatent-ils.
Le 9 février dernier, dans un appel solennel lancé à Paris à la Sorbonne, ces présidents (et quelques autres) avaient demandé au gouvernement de retirer ses projets de réforme controversés sur le statut des enseignants-chercheurs et sur la formation des enseignants.
(Nouvelobs.com)

 

Article Le Monde.fr

Monsieur le président de la République,

Si nous nous permettons de nous adresser à vous maintenant, c’est que la situation dans les universités est grave.

Quelle que soit la façon dont on vous présente les choses, aussi bien officiellement que dans les médias, la confusion règne : on vous dit à la fois qu’il ne se passe rien de considérable et que tout rentre dans l’ordre, et en même temps que l’année risque d’être perdue dans des troubles et des désordres intolérables. C’est là un tableau pour le moins contradictoire.

La réalité est certes contrastée. Mais, dans certains établissements et dans certaines filières, il n’est pas sûr que les examens puissent se tenir dans des conditions correctes ni même simplement se tenir. Et la solution du décalage au début de l’été pas davantage le basculement en septembre ne constituent la moindre solution à ce type de problème. Il y a risque réel de non-validation du semestre, donc de l’année, ce qui est aussi catastrophique pour les étudiants qu’ingérable pour nos administrations – sauf à laisser les universités éventuellement concernées inventer, dans le cadre de leur autonomie, des modes de règlement du problème indépendants des contrôles strictement bureaucratiques des tutelles : à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles.

Quel est l’état d’esprit des acteurs de la communauté universitaire ? On peut le présenter sous deux aspects. L’un d’eux, que vous avez sans doute perçu dès le début de la crise, c’est l’opposition et la colère de la quasi-unanimité des parties prenantes (sociétés savantes, organes décisionnels professionnels de l’enseignement supérieur, structures académiques, syndicats de tous bords…) vis-à-vis des deux grands chantiers que vos ministères ont ouverts : la réforme des statuts des enseignants-chercheurs et l’ensemble du dispositif de la formation et du recrutement des professeurs des écoles et des lycées et collèges. Une telle union n’avait jamais été vue.

Le second aspect est davantage et durablement porteur de tensions. Comme le traitement du premier point reste ambigu, subsiste une impression diffuse et tenace d’une volonté ministérielle de passer systématiquement outre les avis de la communauté universitaire. Pour parler clair, beaucoup n’ont plus confiance.

Pourtant, toutes les raisons ont été largement, clairement et publiquement expliquées qui entraînent à voir dans les mesures prises un ensemble de réformes sans grand impact positif, voire aggravantes, menées dans la précipitation et sans réelle consultation d’une communauté universitaire habituée à la collégialité dans la prise de décisions et encouragée depuis des années dans l’idée et la pratique qu’elle doit s’investir dans le gouvernement de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La sagesse consiste évidemment à décider un moratoire, de manière à favoriser une réflexion réelle, et collective, sur cette question qui déborde amplement le milieu universitaire, et qui touche, justement parce que nous sommes une démocratie, tous les enfants de toutes les familles du pays.

Or que constatons-nous ? Il n’y a ni suspension ni moratoire – mais une série de mesures, d’indications, de commissions, de projets, d’annonces, qui conduisent à faire entériner des dispositifs confus, peu lisibles et globalement nocifs. D’où un sentiment général d’amertume, de colère, de rancoeur, voire de désespoir, qui aboutit à un mélange de consternation et de radicalisation avec le risque de comportements de plus en plus incontrôlables. C’est miracle que l’on en ait jusqu’à maintenant limité la propagation.

Qu’en sera-t-il quand on sera conduit à envisager que, par suite de l’obstination ministérielle ou d’une démarche excessivement tatillonne de l’administration des tutelles, des milliers d’étudiants puissent perdre leur année ? La démarche actuelle génère, dans le milieu de la culture, de la recherche et de l’enseignement, très attaqué et moqué ces temps-ci, un malaise profond, durable, et aux effets lointains, très peu susceptible de donner de l’attractivité à notre enseignement supérieur et à notre recherche.

Il faut donc, vite, des gestes d’apaisement vigoureux, radicaux et clairs, que vous seul, Monsieur le président de la République, pouvez accomplir avec éclat et avec sagesse. C’est la confiance qu’exprime de la sorte notre profond respect.


Par Pascal Binczak, président de l’université Vincennes-Saint-Denis (Paris-VIII),
Lise Dumasy, présidente de l’université Stendhal (Grenoble-III),

Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry (Montpellier-III),
Bernadette Madeuf, présidente de l’université Paris-Ouest (Paris-X),
Georges Molinié, président de l’université Paris-Sorbonne (Paris-IV),
et Philippe Rollet, président de l’université Lille-I, sciences et technologies.

 

 



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