Sept présidents d’université en appellent à Sarkozy

Article Nouvel Obs.com

Face au « sentiment général de rancœur, voire de désespoir » dans les universités, ils demandent au chef de l’Etat des « gestes d’apaisement radicaux et clairs ».

Vote à l'assemblée générale de l'université de Bordeaux III pour la poursuite du blocage (Sipa)

Vote à l’assemblée générale de l’université de Bordeaux III pour la poursuite du blocage (Sipa)

L‘édition du Monde datée du jeudi 14 mai, publie une tribune intitulée « Sept président d’universités en appellent au chef de l’Etat. Face à la gravité de la situation, ils lui demandent des gestes d’apaisement ». Les signataires de la tribune, en réalité six au décompte, demandent à Nicolas Sarkozy « des gestes d’apaisement vigoureux, radicaux et clairs » pour trouver une solution face à une situation dans les universités jugée « grave ».
La tribune est signée des présidents Pascal Binczak (Paris VIII), Lise Dumasy (Grenoble III), Anne Fraïsse (Montpellier III), Bernadette Madoeuf (Paris X), Georges Molinié (Paris IV) et Philippe Rollet (Lille I). Leurs universités font partie de celles qui ont été parmi les plus touchées par le mouvement universitaire entamé le 2 février.

« Des gestes d’apaisement radicaux et clairs »

« Monsieur le président de la République, si nous nous permettons de nous adresser à vous maintenant, c’est que la situation dans les universités est grave », écrivent-ils. Ils estiment la situation « contrastée« .
« Dans certains établissements et dans certaines filières, il n’est pas sûr que les examens puissent se tenir dans des conditions correctes ni même simplement se tenir », alertent-ils.
Selon eux, « il y a risque réel de non-validation du semestre, donc de l’année, ce qui est aussi catastrophique pour les étudiants qu’ingérable pour nos administrations ». D’où la nécessité de « gestes d’apaisement vigoureux, radicaux et clairs » du chef de l’Etat, disent-il.
Les présidents décrivent l’état d’esprit des acteurs de la communauté universitaire : Il y a « opposition et colère de la quasi unanimité des parties prenantes vis-à-vis des deux grands chantiers que vos ministères ont ouvert : la réforme des statuts des enseignants-chercheurs et l’ensemble du dispositif de la formation et du recrutement des professeurs des écoles et des lycées et collèges. Une telle union n’avait jamais été vue ». Selon eux, subsiste une impression diffuse et tenace d’une volonté ministérielle de passer outre les avis de la communauté universitaire. Pour parler clair, beaucoup n’ont pas confiance ».

Pour la tenue d’un moratoire sur les réformes

« La sagesse consiste évidemment à décider un moratoire » sur les réformes prises dans l’enseignement supérieur, rappellent-ils, de manière à « favoriser une réflexion réelle, et collective, sur cette question qui déborde amplement le milieu universitaire ».
Or « il n’y a ni suspension ni moratoire, mais une série de mesures, d’indications, de commissions, de projets, d’annonces, qui conduisent à faire entériner des dispositifs confus, peu lisibles et globalement nocifs ».
« D’où un sentiment général d’amertume, de colère et de rancoeur, voire de désespoir, qui aboutit à un mélange de consternation et de radicalisation avec le risque de comportements de plus en plus incontrôlables », constatent-ils.
Le 9 février dernier, dans un appel solennel lancé à Paris à la Sorbonne, ces présidents (et quelques autres) avaient demandé au gouvernement de retirer ses projets de réforme controversés sur le statut des enseignants-chercheurs et sur la formation des enseignants.
(Nouvelobs.com)

 

Article Le Monde.fr

Monsieur le président de la République,

Si nous nous permettons de nous adresser à vous maintenant, c’est que la situation dans les universités est grave.

Quelle que soit la façon dont on vous présente les choses, aussi bien officiellement que dans les médias, la confusion règne : on vous dit à la fois qu’il ne se passe rien de considérable et que tout rentre dans l’ordre, et en même temps que l’année risque d’être perdue dans des troubles et des désordres intolérables. C’est là un tableau pour le moins contradictoire.

La réalité est certes contrastée. Mais, dans certains établissements et dans certaines filières, il n’est pas sûr que les examens puissent se tenir dans des conditions correctes ni même simplement se tenir. Et la solution du décalage au début de l’été pas davantage le basculement en septembre ne constituent la moindre solution à ce type de problème. Il y a risque réel de non-validation du semestre, donc de l’année, ce qui est aussi catastrophique pour les étudiants qu’ingérable pour nos administrations – sauf à laisser les universités éventuellement concernées inventer, dans le cadre de leur autonomie, des modes de règlement du problème indépendants des contrôles strictement bureaucratiques des tutelles : à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles.

Quel est l’état d’esprit des acteurs de la communauté universitaire ? On peut le présenter sous deux aspects. L’un d’eux, que vous avez sans doute perçu dès le début de la crise, c’est l’opposition et la colère de la quasi-unanimité des parties prenantes (sociétés savantes, organes décisionnels professionnels de l’enseignement supérieur, structures académiques, syndicats de tous bords…) vis-à-vis des deux grands chantiers que vos ministères ont ouverts : la réforme des statuts des enseignants-chercheurs et l’ensemble du dispositif de la formation et du recrutement des professeurs des écoles et des lycées et collèges. Une telle union n’avait jamais été vue.

Le second aspect est davantage et durablement porteur de tensions. Comme le traitement du premier point reste ambigu, subsiste une impression diffuse et tenace d’une volonté ministérielle de passer systématiquement outre les avis de la communauté universitaire. Pour parler clair, beaucoup n’ont plus confiance.

Pourtant, toutes les raisons ont été largement, clairement et publiquement expliquées qui entraînent à voir dans les mesures prises un ensemble de réformes sans grand impact positif, voire aggravantes, menées dans la précipitation et sans réelle consultation d’une communauté universitaire habituée à la collégialité dans la prise de décisions et encouragée depuis des années dans l’idée et la pratique qu’elle doit s’investir dans le gouvernement de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La sagesse consiste évidemment à décider un moratoire, de manière à favoriser une réflexion réelle, et collective, sur cette question qui déborde amplement le milieu universitaire, et qui touche, justement parce que nous sommes une démocratie, tous les enfants de toutes les familles du pays.

Or que constatons-nous ? Il n’y a ni suspension ni moratoire – mais une série de mesures, d’indications, de commissions, de projets, d’annonces, qui conduisent à faire entériner des dispositifs confus, peu lisibles et globalement nocifs. D’où un sentiment général d’amertume, de colère, de rancoeur, voire de désespoir, qui aboutit à un mélange de consternation et de radicalisation avec le risque de comportements de plus en plus incontrôlables. C’est miracle que l’on en ait jusqu’à maintenant limité la propagation.

Qu’en sera-t-il quand on sera conduit à envisager que, par suite de l’obstination ministérielle ou d’une démarche excessivement tatillonne de l’administration des tutelles, des milliers d’étudiants puissent perdre leur année ? La démarche actuelle génère, dans le milieu de la culture, de la recherche et de l’enseignement, très attaqué et moqué ces temps-ci, un malaise profond, durable, et aux effets lointains, très peu susceptible de donner de l’attractivité à notre enseignement supérieur et à notre recherche.

Il faut donc, vite, des gestes d’apaisement vigoureux, radicaux et clairs, que vous seul, Monsieur le président de la République, pouvez accomplir avec éclat et avec sagesse. C’est la confiance qu’exprime de la sorte notre profond respect.


Par Pascal Binczak, président de l’université Vincennes-Saint-Denis (Paris-VIII),
Lise Dumasy, présidente de l’université Stendhal (Grenoble-III),

Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry (Montpellier-III),
Bernadette Madeuf, présidente de l’université Paris-Ouest (Paris-X),
Georges Molinié, président de l’université Paris-Sorbonne (Paris-IV),
et Philippe Rollet, président de l’université Lille-I, sciences et technologies.

 

 



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