Enseignant réfractaire, je risque l’exclusion de l’Education nationale

Article Rue89

Hostile à plusieurs mesures dictées par le ministère, Erwan Redon, instit marseillais trentenaire, risque l’exclusion. Il est convoqué devant une commission disciplinaire de l’Inspection d’académie le 7 juillet. Rue89 lui a proposé d’expliquer contre quoi il s’élève, au risque d’y perdre son poste pour « insuffisance professionnelle ».

Professeur des écoles depuis 1999, je suis en poste à Marseille depuis 2004. Ma classe est ouverte aux visiteurs. On y voit de la vie. Ses jours sans et ses jours avec. A l’image du groupe d’individus qui la façonnent courageusement, cloisonnés à 22 dans leur 35 metres carrés de ZEP « ambition réussite ».

Il y a de l’humain là-dedans. Ça bouillonne, pense, réfléchit, organise, agit, besogne, apprend et… castagne ! Le taylorisme éducatif que l’on veut nous imposer n’a que faire avec la lente évolution tortueuse des être que nous sommes… Calibrage et sélection, pour un marché éducatif efficient.

L’éducateur n’est pas la machine adaptée à cette chaîne manufacturée d’enfants. Je me refuse donc à :

  • collaborer à la construction d’un rapport au savoir compétitif (refus du cadre des évaluations nationales, pas de l’évaluation en générale)
  • une stigmatisation des élus, les bons d’un côté et les faibles de l’autre, ceux des heures sup d’aide personnalisée (trente-deux jours de retrait de salaire pour ne pas l’avoir appliquée « comme il faut »)
  • laisser dénoncer les familles sans-papiers (sanction sur dénonciation de ma directrice)
  • porter la responsabilité du « fichage d’une génération » comme enseignant et comme parent (base-élèves)
  • supporter l’augmentation des effectifs par classe obligeant, de fait, à ne plus laisser les enfants libres de leurs mouvements, pratique primordiale pour les apprentissages et la vie en groupe comme l’ont démontré de nombreux pédagogues, dont un des plus connus est Célestin Freinet. D’autres poursuivent la recherche vers une « école du troisième type », sans qu’on les entende, sans que l’administration ne cherche même à les comprendre.

Je ne suis qu’un pauvre petit enseignant de rien du tout. Ni la culture d’un Meirieu, d’un Frackowiac, l’inventivité d’un Freinet ou la plume « désobéisseuse » d’un Refalo.

Mais quelques sentiments qui me font dire non. Si fonctionnaire je suis devenu, en acceptant une part de contrainte, ce n’est pas pour autant que je considère que je dois obtempérer devant tout ordre quel qu’il soit.

Le chef préfère répondre par des convocations, des brimades

Dire non aux injustices, aux aberrations du quotidien scolaire, c’est refuser une somme de petites choses qui forment un tout hypocrite de l’école, invisible des passants, camouflée derrière la grille républicaine.

Mais ça vaut rappel à l’ordre de la part du hiérarque patenté dont la compétence ne lui permet pas de reconnaître ses erreurs, humblement, pour donner raison aux praticiens de terrain. Le chef préfère répondre par des convocations, des brimades et surtout en faisant peur, pour mieux contrôler ce qui ne devrait pas l’être …

C’est bien parce que ce contrôle relève d’un cumul de fonctions impossibles (administratif, formation, évaluation) que je suis entrée dans une action syndicale de refus des procédures d’inspection, reconnue par une note de service de 1983.

Il semble cependant que mon inspecteur d’académie n’apprécie guère le droit et que ses ouailles zélées, par ambition ou sous pression, officient aux doigts et à l’œil du hiérarque.

Dans notre chère maison, notre patron lorsqu’il n’est pas content de nous, porte l’estocade, nous impose le lieu, et à la fin de l’envoi pointe son inquisition suprême par-dessus les commissions ad hoc qui ne sont que consultatives.

A l’académie, le patron est aussi le juge

Patron, accusateur et juge à la fois… En façade pourtant, la hiérarchie jurera, ô grand dieu démocratique, que tout un chacun est libre de pratiquer telle ou telle pédagogie… Elle est alors capable de s’appuyer sur les enfants pour imposer son directoire.

C’est ainsi qu’elle me refusa un mois avant, l’organisation d’une classe de neige et d’une classe verte.

« Je ne peux engager ma responsabilité pédagogique, n’ayant pu voir l’enseignant dans sa classe », a stipulé l’inspecteur de circonscription dans le premier cas. « Les évaluations des apprentissages [pendant la classe verte ( ! )] manquent de précisions », a fait valoir un autre inspecteur pour le second projet, mis en place en commun avec une collègue de l’école. A chaque fois, les parents de ces écoles situées en zep m’avaient pourtant donné leur confiance.

Etonamment, trois ans plus tôt, n’ayant pas encore dénoncé ces modalités d’inspection, je fus autorisé à partir en classe verte…

Bien que syndiqué dans une petite structure (Udas), « enseignant-chercheur » au sein des Creps, participant activement aux collectifs CNRBE contre base élèves, au Resf 13, malmenant l’orientation d’une FCPE 13 que ne reconnaîtrait pas la fédération Kornec des débuts, c’est avant tout sur le refus des petites accointances quotidiennes que s’effectuent mes oppositions, petites sommes d’un tout mûrement programmé sur les sommets du marché.

Griefs multiples et désobéissance tous azimuts

Ma désobéissance est multiple car les griefs le sont. A tout choisir, je refuse. J’ai pris le parti des enfants, de leur avenir à tous, quitte à me prendre les coups de spécialistes administratifs, que je ne peux laisser faire lorsqu’il m’intime l’ordre de scier la branche d’un futur plus humain.

Cet avenir, nous le construisons, le façonnons aux antipodes d’une lutte des uns contre les autres, au profit de la collégialité, de l’échange, de la coopération, de l’émancipation.

« Trop se pencher sur eux, c’est la meilleure position pour recevoir un coup de pied au derrière » disait Fernand Deligny. Je ne peux prendre ce risque car, ils frappent dur, les mômes.

C’est pour cela que petit ramoneur de rien du tout, je préfère risquer de prendre les coups de ceux d’en haut, déshumanisés. C’est peut-être idiot, d’un autre temps, mais j’aimerai pouvoir croiser ces minots et les miens lorsqu’ils seront adultes sans avoir à changer de trottoir…

Une histoire de fond, de bas fond. Bienvenue au carnaval des animaux.

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Darcos invente avec Villiers l’école « pour honnête homme »

Article Rue98

Un « collège novateur de référence nationale » va ouvrir en Vendée. Ses innovations : internat, tutorat serré et retour des « humanités ».

Xavier Darcos en 2003 (David Mendiboure/Matignon) et Philippe de Villiers en 2005 (Kenji-Baptiste Oikawa/Wikimedia Commons)

Quand le ministre de l’Education phosphore sur le collège du futur, c’est chez Philippe de Villiers qu’il trouve son mentor.

En guise de projet innovant, c’est un pensionnat à l’ancienne façonné par le patron du Mouvement pour la France qui a obtenu le feu vert de Xavier Darcos. Et qui pourrait même essaimer ailleurs en France, malgré son style un poil suranné (pour dire le moins).

C’est Bernard Girard, un riverain dont vous suivez souvent les contributions sur l’éducation, qui a alerté Rue89.

Sur le site du rectorat d’académie de Nantes, l’info date du 5 juin : entre 2010 et 2012, la Vendée comptera bien un établissement de plus, conforme aux voeux de Philippe de Villiers.

Ce dernier négociait depuis février 2008 auprès du ministère. Après avoir loué la fermeté de Xavier Darcos dans le dossier sécuritaire, il a fini par avoir gain de cause.

Une section « humanités classiques, art, culture »

On en sait plus dans le dossier de presse du 18 mai, qui acte le lancement de ce projet de « collège novateur de réference nationale » à Montaigu, à deux pas de l’autoroute reliant Nantes à Niort.

Quatre mesures principales pour cette inovation :

  • le tutorat permanent des profs avec passage « de la notion d’enseignement à la notion de présence »
  • l’internat pour six cents élèves pour « changer de logique : de lieu de passage, le collège devient lieu de vie » avec « deux soirées de culture générale » par semaine en vertu d’une « logique d’éducation humaniste »
  • pas de section « sport-études » mais une section « humanités classiques, art, culture » et la priorité aux options latin et grec
  • « l’engagement social personnel » et « l’apprentissage de la générosité » inscrits dans le règlement intérieur, à raison de « une demie-journée par semaine de présence caritative ou humanitaire, par exemple la visite de personnes âgées »

Caricatural ? La prose du rectorat de l’académie de Nantes nous dit que Xavier Darcos a « accepté cette idée avec enthousiasme et détermination ». Le ministère précise que « cet établissement novateur a vocation à valoir d’exemple au niveau national » et qu’il pourrait essaimer en France sur le même concept.

On ignore encore le coût d’un tel établissement car l’étude est en cours. Mais on peut s’interroger sur le feu vert que lui donne Xavier Darcos, alors que jusqu’ici les départements s’en tenaient au financement des locaux, sans incidence sur le contenu pédagogique des établissements.

Villiers voulait des uniformes et un drapeau

Avant d’alerter Rue89, Bernard Girard a exhumé les programmes des candidats à l’élection présidentielle de 2007. Chez Philippe de Villiers, on trouvait le rétablissement de l’uniforme en milieu scolaire et un drapeau tricolore obligatoire sur toutes les cours d’école.

Au service de presse du ministère, on précise qu’il existe des dizaines d’établissements avec des projets éducatifs innovants, et que le latin et le grec existent ailleurs… « même si ce projet est vraiment d’une envergure sans comparaison ». Officiellement, pas de virage réactionnaire en perspective, bien sûr.

Mais Jean-Claude Rouanet, inspecteur d’académie dans la Sarthe, missionné sur le dossier, ne conteste pas le côté « traditionnel » de la chose, mais « avec nuances » :

« Le concept, c’est celui de l’honnête homme, grâce aux humanités classiques. Mais imprégné de modernité avec les ordinateurs et ouvert sur l’international. »

Côté enseignants, certains dénoncent pourtant »une fibre traditionnaliste » qui infuserait dans l’entourage de Xavier Darcos.

Photos : Xavier Darcos en 2003 (David Mendiboure/Matignon) et Philippe de Villiers en 2005 (Kenji-Baptiste Oikawa/Wikimedia Commons)

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Ailleurs sur le Web

 



Plus de 34.000 suppressions de postes de fonctionnaires en 2010?

Article Libé.fr

C’est ce que le ministre du Budget a laissé entendre ce mardi matin, alors que 30.627 postes de fonctionnaires d’Etat seront supprimés en 2009. 28.000 équivalents temps pleins ont été supprimés en 2008.

112 réactions

 

Eric Woerth, ministre du Budget.

Eric Woerth, ministre du Budget. (Reuters)

 

 

Pas question de ralentir dans l’amaigrissement de la fonction publique. C’est ce que le ministre du Budget a réaffirmé ce matin sur LCI.

Eric Woerth n’a pas exclu de dépasser le chiffre de 34.000 de postes de fonctionnaires supprimés dans le budget 2010: «Nous verrons, mais en tout cas, nous n’irons pas moins loin.»

La baisse des effectifs dans la Fonction publique d’Etat, un axe essentiel de la politique gouvernementale vivement contesté par les syndicats, a été de 28.000 équivalents temps pleins supprimés en 2008.

Pour 2009, le gouvernement a prévu dans son budget de supprimer 30.627 postes de fonctionnaires d’Etat, et a déjà annoncé un objectif de 34.000 supressions de postes pour 2010 dans les lettres plafond fixant les crédits et les effectifs dont disposeront les ministères, envoyées ce week-end par le gouvernement à chacun de ses ministres.

(Source AFP)

 



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