Les cinq chantiers de Luc Chatel

Article Le Figaro.fr

Le ministre de l'Éducation nationale, Luc Chatel, lors de sa conférence de presse de rentrée hier matin à Paris.
Le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, lors de sa conférence de presse de rentrée hier matin à Paris. Crédits photo : SIPA

Le ministre de l’Éducation nationale a précisé lundi qu’il ne voulait pas «de réformes cosmétiques», tout en promettant une large concertation.

Les cinq chantiers de Luc Chatel dans Revue de presse coeur-Luc Chatel le sait, son passé de commercial chez L’Oréal fait murmurer dans la vénérable maison Éducation, où les agrégés de lettres, tels Xavier Darcos, jouissent d’une aura singulière. Il a donc décidé d’en jouer, de clamer qu’il ne veut pas «de réformes cosmétiques», de rappeler son passé de DRH pour mieux parler de la carrière des enseignants. Le néophyte, c’est juré, reprend à son compte le bilan de son prédécesseur, fin connaisseur du système, et poursuivra l’élan. Mais il peine à convaincre des enseignants échaudés. Il se murmure que le ministre aurait commandé une étude sur les plus populaires locataires de la rue de Grenelle. «Il a dû y découvrir les noms de François Bayrou et de François Fillon, s’amuse Jean-Paul Brighelli, auteur de La Fabrique du crétin. Aucun n’a fait bouger les lignes. Cela laisse présager des modèles que se donne le ministre.» Luc Chatel ne serait-il qu’un ministre de transition, ou bien va-t-il, comme il l’affirme, reprendre le flambeau des réformes ? Cinq chantiers l’attendent.

1. Une urgence : la reconquête des enseignants. Jusqu’à présent, le ministre porte-parole prenait ses marques et privilégiait la concertation. Pour Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, principal syndicat du secondaire, «c’est surtout une question psychologique. Les enseignants ont besoin de gestes d’apaisement. Pour l’instant, Luc Chatel a fortement joué la prudence et le dialogue. Il a aussi joué la grippe A.» Mais pour les choix politiques qui détermineront l’avenir de l’école, chacun attend un signe. «Il semble pragmatique, analyse Bernard Kuntz, président du Snalc. À présent, soit il opte, comme ses prédécesseurs, pour une politique de “gauche pédago”, et il aura tout le monde à dos, soit il prend de véritables dispositions pour revaloriser les filières professionnelles, empêcher le passage automatique en seconde, bref, sauver le système.» L’Éducation fut un des chevaux de bataille du candidat Sarkozy et l’un des moteurs de sa victoire. Le statu quo, en ce domaine, s’est souvent révélé plus qu’un crime, une faute.

2. La réforme du lycée : priorité à la concertation.  Le rapport Descoings devait servir de base – très consensuelle – aux nouvelles discussions sur le lycée. Difficulté majeure pour Luc Chatel : les tenants de la réforme dans sa première version, avec semestrialisation et modules, sont les syndicats, tels l’Unsa, les plus éloignés politiquement du gouvernement. Les autres se réjouissaient d’avoir peu à peu amendé la copie. Mais sur le terrain, la réforme est expérimentée à des degrés différents dans une centaine de lycées. Principal but : tester en douceur une forme d’autonomie des établissements pour créer ce «lycée lieu de vie», voulu par le ministre.

3. La formation des enseignants : le terrain tranchera. Le mouvement des universités avait fait émerger un sujet crucial : la formation des enseignants. Sous le nom de «masterisation», il s’agit de modifier les concours de recrutement et de mettre fin au règne des IUFM. Les dernières négociations sur le contenu des épreuves avaient finalement rétabli le poids des connaissances face à la pédagogie. Mais les groupes d’experts mis en place par Luc Chatel pourraient remettre en cause cet équilibre. Autre problème : les programmes de formation des masters qui doivent préparer au concours sont en préparation dans les universités et ceux qui les rédigeront, orienteront la formation des enseignants vers plus de pédagogie ou plus de savoirs disciplinaires. Le véritable statut des IUFM et de leurs experts en sciences de l’éducation dépendra donc du rapport de force universitaire local.

4. La revalorisation du métier : la contrepartie de la baisse des effectifs.  Xavier Darcos avait promis une revalorisation salariale. Une urgence pour attirer vers les concours de recrutement un nombre suffisant de candidats de qualité. «Luc Chatel a donné quelques signes dans ce sens, reconnaît Gérard Aschieri. Il est vrai que donner de l’argent est toujours moins coûteux que de créer des postes.» Et 13 500 postes en moins, l’objectif affiché par l’Éducation nationale, ce sont des marges de manœuvre en plus.

5. Les nouveaux programmes du primaire : le vrai bilan Darcos.  Le mois de juillet a vu la remise en cause par le tribunal administratif des sanctions financières contre les professeurs «désobéisseurs». Mais le mouvement de protestation ne prend pas. Xavier Darcos laissait entendre en son temps que la réforme du lycée n’était pas le principal enjeu : si les bases avaient été posées au primaire, les élèves réussiraient, quelles que soient les formes que prendrait le système éducatif. Les programmes de 2007 constituent son véritable bilan, celui que Luc Chatel se doit de pérenniser.

» Chatel prudent sur le remplacement des profs absents

 

 Article Rue89.fr

Gros moyens pour l’internat de l’« excellence » selon Sarkozy

En cette veille de rentrée, la presse ne bruit que de cela. Un « internat d’excellence » conforme aux vœux de Sarkozy vient donc d’ouvrir ses portes à Sourdun (Seine-et-Marne) pour accueillir 128 élèves, exclusivement recrutés parmi les élèves « méritants » des milieux défavorisés. Ils sont tous curieusement issus de l’académie de Créteil, la seule, sans doute en France, à accueillir ce type d’élèves.

Devant les nombreux journalistes convoqués pour la circonstance, le recteur d’académie, émerveillé, ne tarit pas d’éloge : il s’agirait-là, affirme-t-il de la concrétisation d’une « utopie éducative ».

En quoi s’agit-il d’un établissement d’excellence ? On ne sait, au juste, puisque les programmes et l’enseignement seront ceux de l’Education nationale. Une certitude, néanmoins : les bonnes fées se sont penchées sur son berceau, généreusement doté par son ministère de tutelle.

Une des classes ira à Pondichéry, une autre à Londres…

On apprend en effet que quarante adultes parmi lesquels seize professeurs sont présents pour encadrer les 128 élèves (collège et lycée), ce qui donne un taux d’encadrement d’un adulte pour trois internes, ou encore d’un professeur pour huit élèves. Des chiffres qui feront sans doute rêver les quelque 800 000 autres enseignants confrontés à une troisième année consécutive de suppression de postes, et par corollaire à des classes de plus en plus chargées.

Une première tranche de crédit d’1,5 million d’euros a été débloquée, en attendant la suite. Il faut dire que, pour financer les activités des élèves, on n’a pas lésiné sur les moyens : une classe ira à Pondichéry, une autre à Londres, une troisième travaillera avec l’Opéra de Paris.

Le soir, les élèves vaqueront à de plus modestes occupations, comme l’équitation ou l’horticulture. Les chefs d’établissement, les profs et les parents qui, partout ailleurs doivent racler les fonds de tiroir pour financer leurs projets éducatifs apprécieront à leur juste valeur les faveurs accordées à l’internat de Sourdun par le seul fait du prince.

« Avec ces moyens sans commune mesure avec un collège lambda, on peut réaliser énormément de projets », explique ingénuement une enseignante.

Un coup de com » pour masquer l’abandon d’une ambition pour tous

On n’aura pas l’insolence de demander comment il se fait que dans la France républicaine, un établissement se voit ainsi royalement privilégié au détriment de tous les autres, ni sur quelle légitimité se fonde cette étonnante distinction entre élèves « méritants » et tous les autres qui, nécessairement, auraient démérité.

Si l’on se réjouit pour les heureux élus, on voit bien que l’ouverture de cet internat s’inscrit avant tout dans une campagne de communication médiatique typiquement sarkozyenne.

Dans un contexte de paupérisation de l’école, ces largesses distribuées à une structure dont la pertinence n’est pas démontrée, ne peuvent masquer l’abandon d’un véritable projet éducatif pour le plus grand nombre.

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