A l’Education nationale, la rumeur va plus vite que l’épidémie

Article Rue89

 

La grippe A, il faut bien le reconnaître, plus on en parle, plus on s’y perd. Alors que, depuis la rentrée scolaire, il ne se passe pas un jour sans l’annonce très médiatisée de la fermeture d’une classe ou d’un établissement, les autorités seraient bien en peine de donner le nombre, même approximatif, d’élèves touchés par le virus.

Afin de mesurer le phénomène, elles viennent d’ailleurs d’inventer un nouveau concept, pas vraiment scientifique, de « cas groupés avec suspicion ». Autrement dit, il suffit d’un « groupe » de deux élèves pour que l’on « suspecte » la grippe et que, toutes affaires cessantes, on décide de fermer la classe ou l’établissement tout entier, même si, après vérification, il apparaît que le virus H1N1 n’est pas en cause.

Ainsi, à la Celle-Saint-Cloud (Yvelines), un cas groupé de trois malades, dont un seul cas avéré, est suffisant pour faire fermer une classe de terminale. A Chartres (Eure-et-Loir), une maternelle est fermée pour la durée d’une semaine avec six cas de suspicion de grippe H1N1 avant même que des analyses soient pratiquées, le préfet croyant nécessaire de préciser que « dans l’hypothèse où ces analyses s’avèreraient négatives, la classe rouvrirait bien entendu avant le terme de ce délai ».

La préfecture de l’Hérault, quant à elle, a fait très fort en décidant la fermeture d’un collège de 850 élèves à Castries… un collège où deux élèves ont été diagnostiqués avec le virus grippal. A Thiais (Val-de-Marne), des symptômes grippaux font fermer deux classes de maternelle sans qu’aucun prélèvement ne soit effectué. La préfecture, sans doute un peu gênée, est bien forcée de reconnaître que de nombreux cas d’angine, de rhino-pharyngite et autres pathologies sont courants en cette période de rentrée.

Au passage, personne ne semble s’étonner que la grippe A, que nos savants responsables de la santé publique annonçaient comme un virus hivernal, se manifeste au cours d’une rentrée scolaire caniculaire avec des températures avoisinant ou dépassant les 30 degrés.

Le virus ferait-il preuve de mauvais esprit ou bien les élèves seraient-ils touchés par toutes sortes de maladies courantes dans les écoles ? Le plus curieux reste encore le cas de ces deux collèges du Nord fermés pour cause de « cas avérés ou suspects » alors qu’ils avaient déjà connu une première fermeture quelques jours auparavant. On peut effectivement se demander qui, du virus ou des autorités se moque du monde : alors que 13 millions d’élèves sont rentrés sans encombre, quelques cas isolés suffisent à décréter l’état de pandémie.

Comme c’était prévisible, cette grippe providentielle a fait faire le silence sur tout le reste, permettant ainsi au ministre de l’Education nationale de passer sans encombres le cap d’une rentrée qui, en d’autres temps, se serait avérée difficile.

Pas chiens, les syndicats d’enseignants n’ont pas eu l’indécence de protester contre la quatrième année consécutive de suppression de postes, alors que les conditions de travail des profs comme celles des élèves, continuent de se dégrader.

L’opinion publique n’a rien su, ou presque, du scandale de ces 2000 enfants handicapés privés de rentrée, parce que les AVS (auxiliaires de vie scolaire) et EVS (emplois de vie scolaire) qui, jusque là les accompagnaient, n’ont pas vu leurs contrats renouvelés. Entre la compassion pour les enfants handicapés à qui le droit élémentaire à l’instruction est refusé et la compassion pour l’industrie pharmaceutique, généreusement subventionnée par la commande de 94 millions de doses de vaccins, le gouvernement a fait son choix. L’honnêteté voudrait qu’il le reconnaisse.

Les fermetures d’établissements scolaires vont probablement se poursuivre plusieurs semaines encore, non pour faire face à une menace réelle mais plus sûrement afin de rendre évidente et indispensable aux yeux d’une opinion publique affolée une campagne de vaccination massive centrée sur les scolaires. Pour quelques spécialistes de la question, cette vaccination est non seulement inutile mais potentiellement risquée eu égard aux effets secondaires qu’elle ne manquera pas de déclencher. Ce coup de bluff médiatique auquel on assiste depuis la rentrée scolaire est peut-être annonciateur d’un nouveau scandale de santé publique dont les élèves seront les victimes.

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Bugs de la rentrée : l’Education nationale fait la morte

Article Rue89

Devant une école parisienne en 2007 (Audrey Cerdan/Rue89).

Une fois n’est pas coutume, un petit tour en arrière-cuisine pour vous raconter le premier bide de la rentrée avec les services Luc Chatel, à l’Education nationale. Tout commence avec un papier participatif publié sur Rue89 début septembre pour recueillir vos témoignages sur les couacs .

L’article s’achevait sur une promesse qui n’avait rien de farfelu : proposer à l’administration d’apporter des réponses, point par point, aux questions les plus pertinentes. Soit parce qu’elles illustraient des non-sens flagrants, soit parce qu’elles étaient au contraire très représentatives des obstacles rencontrés par bon nombre de familles.

Dont acte : l’article a été publié le 6 septembre. Rien de provocant dans son contenu et un titre sobre : « Bugs de la rentrée scolaire : ça donne quoi chez vous ? »

Une semaine s’écoule, vous êtes nombreux à nous envoyer e-mails et commentaires. Une mayonnaise participative plutôt réussie.

Et vendredi 11 septembre, sur le coup de neuf heures et demie, appel au ministère. Avec la liste de neuf questions que voici :

  • Y a-t-il une règle sur les effectifs par classe en fonction des niveaux ?
  • Si un élève de plus de 16 ans déménage, est renvoyé, ou souhaite changer de lycée, un rectorat peut-il légalement lui refuser l’accès a un établissement ?
  • Déménagement ou séparation des parents : comment l’Education nationale peut-elle garantir la scolarisation d’un élève qui changerait de ville ou de quartier au dernier moment ?
  • Combien d’élèves ont quitté le privé pour le public, cette année ? Quelle est la règle : un rectorat peut-il renvoyer les parents vers le privé faute de places ?
  • Manuels scolaires : plusieurs témoignages font état de livres en sous-nombre dans certaines matières. Quelle est la règle ? Qui doit payer ? Que peuvent réclamer les parents ? En niveau collège, les manuels ne sont-ils pas à la charge de l’établissement ?
  • Un élève qui a été déscolarisé après avoir été renvoyé de son établissement sera-t-il rescolarisé par le rectorat ou peut-il s’entendre répondre qu’il n’est pas prioritaire ?
  • Quid des profs manquants à la rentrée ? Des affectations incomplètes ? Avez-vous des chiffres ? A quoi peut-on attribuer cela ?
  • Le lycée Voltaire a Paris a retardé sa rentrée parce que les emplois du temps n’etaient pas terminés. Qu’en dit le ministere ?
  • Combien d’élèves sont encore sur liste d’attente ?

A cette liste, serait venue s’ajouter une dizième question sur les recours possibles, soulevée par plusieurs riverains, prompts à conseiller aux parents de se tourner vers le juge administratif.

Raté : l’Education nationale ne fournira pas davantage de réponse sur ce point qu’aux neuf questions précédentes. Ça vous étonne ? Nous aussi.

Retour sur l’échange avec le service de presse du ministère dont a hérité Luc Chatel (avec lequel les relations étaient pourtant tout à fait fertiles l’an dernier, précisons-le tout de suite). Ça commence par une demande en bonne et due forme par e-mail.

Jusque-là, tout va bien. On donne une heure limite, en milieu d’après-midi, ce 11 septembre-là. Retour du ministère :

« Neuf questions ? Même les grands médias ne nous traitent pas comme ça. »

Voilà donc pour l’égo… La date limite est repoussée : l’article retour ne se fera qu’à réception des réponses du ministère, quitte à compléter a posteriori pour les dernières questions récalcitrantes.

Vu le caractère moyennement subversif des questions, l’optimisme était encore de rigueur jusqu’à lundi matin (le 14 septembre, donc). Coup de fil de la même attachée de presse du ministère, qui n’y est pour rien, précisons-le :

- J’ai de mauvaises nouvelles pour vous, nous ne répondrons pas.

- Euh… comment cela ? A aucune des neuf questions ? Vous avez forcément certaines réponses.

- Ecoutez, je ne peux rien faire, maintenant, tout doit être transmis à l’attachée de presse du ministre elle-même. Or elle a refusé de répondre à votre requête. Ça n’ira pas plus loin. Sur les effectifs, par contre, vous pourrez chercher l’info sur le site.

Forcément, raccrocher un brin furax est tentant, à ce stade. Mais la réponse étant aussi improbable que les questions sont piégeuses, on pose des questions : l’an dernier, tout se passait si bien, etc. Réponse :

« Le ministre a changé et le fonctionnement aussi. Maintenant, tout remonte au cabinet et ils peuvent refuser de répondre. »

Las, vous n’aurez donc pas de réponses aux questions que soulevaient vos très nombreux témoignages. Vous me direz, la veille de l’interview tendue accordée par Eric Besson dans son bureau du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, on s’était bien entendu répondre :

« Le ministre veut bien vous rencontrer sur les poursuites des soutiens aux sans-papiers, mais surtout aucune question sur son action au ministère. »

Nous voilà bien, et pourquoi ça (le champ de « l’action » est vaste, tout le monde en conviendra) ?

« C’est l’exclusivité d’un de vos confrères. »

Photo : devant une école parisienne en 2007 (Audrey Cerdan/Rue89).

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Ailleurs sur le Web

Le site du ministère de l’Education nationale 



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