Bugs de la rentrée : l’Education nationale fait la morte

Article Rue89

Devant une école parisienne en 2007 (Audrey Cerdan/Rue89).

Une fois n’est pas coutume, un petit tour en arrière-cuisine pour vous raconter le premier bide de la rentrée avec les services Luc Chatel, à l’Education nationale. Tout commence avec un papier participatif publié sur Rue89 début septembre pour recueillir vos témoignages sur les couacs .

L’article s’achevait sur une promesse qui n’avait rien de farfelu : proposer à l’administration d’apporter des réponses, point par point, aux questions les plus pertinentes. Soit parce qu’elles illustraient des non-sens flagrants, soit parce qu’elles étaient au contraire très représentatives des obstacles rencontrés par bon nombre de familles.

Dont acte : l’article a été publié le 6 septembre. Rien de provocant dans son contenu et un titre sobre : « Bugs de la rentrée scolaire : ça donne quoi chez vous ? »

Une semaine s’écoule, vous êtes nombreux à nous envoyer e-mails et commentaires. Une mayonnaise participative plutôt réussie.

Et vendredi 11 septembre, sur le coup de neuf heures et demie, appel au ministère. Avec la liste de neuf questions que voici :

  • Y a-t-il une règle sur les effectifs par classe en fonction des niveaux ?
  • Si un élève de plus de 16 ans déménage, est renvoyé, ou souhaite changer de lycée, un rectorat peut-il légalement lui refuser l’accès a un établissement ?
  • Déménagement ou séparation des parents : comment l’Education nationale peut-elle garantir la scolarisation d’un élève qui changerait de ville ou de quartier au dernier moment ?
  • Combien d’élèves ont quitté le privé pour le public, cette année ? Quelle est la règle : un rectorat peut-il renvoyer les parents vers le privé faute de places ?
  • Manuels scolaires : plusieurs témoignages font état de livres en sous-nombre dans certaines matières. Quelle est la règle ? Qui doit payer ? Que peuvent réclamer les parents ? En niveau collège, les manuels ne sont-ils pas à la charge de l’établissement ?
  • Un élève qui a été déscolarisé après avoir été renvoyé de son établissement sera-t-il rescolarisé par le rectorat ou peut-il s’entendre répondre qu’il n’est pas prioritaire ?
  • Quid des profs manquants à la rentrée ? Des affectations incomplètes ? Avez-vous des chiffres ? A quoi peut-on attribuer cela ?
  • Le lycée Voltaire a Paris a retardé sa rentrée parce que les emplois du temps n’etaient pas terminés. Qu’en dit le ministere ?
  • Combien d’élèves sont encore sur liste d’attente ?

A cette liste, serait venue s’ajouter une dizième question sur les recours possibles, soulevée par plusieurs riverains, prompts à conseiller aux parents de se tourner vers le juge administratif.

Raté : l’Education nationale ne fournira pas davantage de réponse sur ce point qu’aux neuf questions précédentes. Ça vous étonne ? Nous aussi.

Retour sur l’échange avec le service de presse du ministère dont a hérité Luc Chatel (avec lequel les relations étaient pourtant tout à fait fertiles l’an dernier, précisons-le tout de suite). Ça commence par une demande en bonne et due forme par e-mail.

Jusque-là, tout va bien. On donne une heure limite, en milieu d’après-midi, ce 11 septembre-là. Retour du ministère :

« Neuf questions ? Même les grands médias ne nous traitent pas comme ça. »

Voilà donc pour l’égo… La date limite est repoussée : l’article retour ne se fera qu’à réception des réponses du ministère, quitte à compléter a posteriori pour les dernières questions récalcitrantes.

Vu le caractère moyennement subversif des questions, l’optimisme était encore de rigueur jusqu’à lundi matin (le 14 septembre, donc). Coup de fil de la même attachée de presse du ministère, qui n’y est pour rien, précisons-le :

- J’ai de mauvaises nouvelles pour vous, nous ne répondrons pas.

- Euh… comment cela ? A aucune des neuf questions ? Vous avez forcément certaines réponses.

- Ecoutez, je ne peux rien faire, maintenant, tout doit être transmis à l’attachée de presse du ministre elle-même. Or elle a refusé de répondre à votre requête. Ça n’ira pas plus loin. Sur les effectifs, par contre, vous pourrez chercher l’info sur le site.

Forcément, raccrocher un brin furax est tentant, à ce stade. Mais la réponse étant aussi improbable que les questions sont piégeuses, on pose des questions : l’an dernier, tout se passait si bien, etc. Réponse :

« Le ministre a changé et le fonctionnement aussi. Maintenant, tout remonte au cabinet et ils peuvent refuser de répondre. »

Las, vous n’aurez donc pas de réponses aux questions que soulevaient vos très nombreux témoignages. Vous me direz, la veille de l’interview tendue accordée par Eric Besson dans son bureau du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, on s’était bien entendu répondre :

« Le ministre veut bien vous rencontrer sur les poursuites des soutiens aux sans-papiers, mais surtout aucune question sur son action au ministère. »

Nous voilà bien, et pourquoi ça (le champ de « l’action » est vaste, tout le monde en conviendra) ?

« C’est l’exclusivité d’un de vos confrères. »

Photo : devant une école parisienne en 2007 (Audrey Cerdan/Rue89).

A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89

Ailleurs sur le Web

Le site du ministère de l’Education nationale 



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