Une école démocratique enseigne que tout pouvoir est révocable

Article Rue89
La question est celle-ci : une école démocratique est-elle possible ? Et non pas : qu’est-ce qu’une école démocratique ? interrogation, cette dernière, à laquelle nombre d’ouvrages et d’articles tentent de répondre ni plus ni moins que tous les ans à la même époque. Sachant bien sûr que la première question implique une réponse préalable à la seconde.

Pourquoi alors cette interrogation cette année précisément, alors que le monde semble vaciller au coeur d’une tourmente que nul responsable, nul gouvernement ou institution internationale ne semblent en mesure de maîtriser ?

Une école qui échoue à répandre les lumières n’est pas démocratique

Parce que, depuis Condorcet, pour poser un repère commode, on n’a cessé de penser, de révolution en révolution, que le salut de la Démocratie était tout entier dans l’éducation.

On n’a cessé de penser que seul un peuple éduqué, c’est-à dire un ensemble d’individus chacun suffisamment éduqué, donc instruit (la réciproque n’est pas nécessairement vraie), capable ainsi de porter des jugements selon la raison, était en mesure de se gouverner lui-même à moindre risque.

De sorte que plongés dans ce marasme provoqué par des « représentants du peuple » qui n’ont su ni analyser, ni prévoir, ni réformer de manière à éviter la catastrophe, ne serait-on pas en droit d’attendre l’intervention d’un peuple conscient d’être en dernière instance le dépositaire du pouvoir en démocratie ?

Encore faudrait-il définir ce concept de « peuple » ce qui ne va pas sans difficultés. Nous dirons ici que nous entendons par peuple l’ensemble de la population qui souffre en premier lieu de ce marasme.

En l’absence donc d’intervention de ce peuple malmené, n’est-on pas en droit de penser que l’institution éducative chargée de répandre les lumières a failli ? Et donc que cette école ne peut en aucun cas être qualifiée de démocratique puisque ayant échoué dans sa mission essentielle : répandre les lumières de telle sorte que le peuple soit en capacité de se gouverner lui-même ?

Une école démocratique enseigne que tout pouvoir est révocable

Vient donc alors la question de ce que devrait être une école démocratique, c’est-à-dire une école qui enseigne à chacun la manière d’intervenir, en raison, dans la vie de la cité. Une école qui enseigne que « En général tout pouvoir, de quelque nature qu’il soit, en quelques mains qu’il ait été remis, de quelque manière qu’il ait été conféré, est toujours ennemi des lumières » (Condorcet, cinquième mémoire). Une école donc qui enseigne que tout pouvoir délégué à des représentants est un pouvoir révocable par ceux-là même, le peuple donc, qui l’ont délégué.

Quel serait le mode de vie, l’organisation interne d’une telle école et, plus précisément, ce mode de vie peut-il être démocratique ? Évidemment non.

Évidemment car l’école n’est pas une « société d’égaux ». Elle est un lieu de vie dans lequel des adultes accompagnent et veillent sur des enfants en leur enseignant autant de choses qu’il faut de manière à ce qu’ils grandissent aussi heureusement que possible, c’est-à-dire qu’ils découvrent en eux et grâce aux autres « ce qu’il leur plaît de faire ».

Un tel fonctionnement n’est en aucun cas démocratique puisque les enfants ne sauraient y avoir la décision en dernière instance. Bref, les enfants ne sont pas le peuple.

Tous les enseignants qui tentent de pratiquer une pédagogie plus ou moins « institutionnelle » ou « conseilliste » savent bien qu’il faut se garder de cette perversion qui consiste à « singer » la démocratie adulte, raison pour laquelle j’exprime de très grandes réserves à l’égard des « parlements d’enfants » et autres « conseils municipaux de jeunes ».

En revanche le fonctionnement démocratique des adultes est absolument indispensable car il ne peut y avoir de vie réellement active dans l’école sans travail collectif des adultes, parents compris, sous les yeux des enfants.

A cet égard, j’ai tout de même été un peu surpris de constater que parmi les très nombreux commentaires à mes deux derniers articles (le coup de la casquette) aucun n’évoque la possibilité de l’action collective des enseignants comme moyen privilégié de prise en charge de telles situations, ce qui signifie sans doute que, en cette huitième rentrée que je ne fais pas, le modèle du professeur seul dans la classe est décidément toujours aussi bien ancré dans les esprits.

Une « école prolétarienne » : qu’est-ce que c’est que ça ?

Cela dit, n’apparaît-il pas alors qu’une école pourrait être qualifiée de démocratique si elle se donnait pour mission non seulement de permettre à chaque élève de découvrir ce qu’il lui « plaît de faire » mais aussi d’enseigner comment et pourquoi il convient de révoquer les représentants du peuple quand ceux-ci ont failli ?

Ce qui nécessite de toute évidence un mode de fonctionnement interne permettant cet enseignement qui ne peut être autre que le fonctionnement démocratique des adultes sous le regard des enfants.

Pour finir et à propos de qualifications, je voudrais m’autoriser à signaler ici une analyse fort intéressante parce que portant sur des aspects très concrets de l’école tels que les notions d’aptitude, d’employabilité, de qualification, de compétence, de savoir-faire… et des dispositions comme la pré-affectation multicritère (PAM) ou encore la valorisation des acquis de l’expérience (VAE) et, en outre, une critique de l’oeuvre de J.-L. Mélenchon comme ministre délégué chargé de l’Enseignement professionnel.

Mais alors je ne peux qu’être intrigué par son titre : « Le travail de l’école : contribution à une critique prolétarienne de l’éducation » (de Philippe Geneste, Acratie, Mars 2009). Diantre ! Mais qu’est-ce donc qu’une critique prolétarienne ? Une école prolétarienne ? Qu’est-ce donc que le prolétariat en ce début de siècle ? On se demande….

 

Article Rue89

Les sorties scolaires, une « perte de temps », dit-on au ministère

Je n’ai pas l’habitude de lire les notes internes au ministère de l’Education nationale, mais mon oeil est resté scotché sur le rapport sur la réforme du premier degré publié par l’Inspection générale, à l’intention du ministre. Je ne l’ai pas lâché tant la prose des deux signataires, deux inspecteurs généraux, est fascinante.

Un mélange d’autosatisfaction naïve (« L’année a été exceptionnelle aussi par la soudaineté de mise en oeuvre de la réforme et par l’audace de certaines propositions… Les élèves retrouvent le goût de l’école… ») et de méfiance/brutalité (« Les récalcitrants à ce nouveau service ont été réduits de quelques centaines d’opposants déclarés dans ou par les médias à un petit nombre de situations individuelles, qui font l’objet de retraits de salaires »).

Certains passage maladroits sont inutilement blessants pour les enseignants. Exemple :

« La modification la plus fondamentale réside dans l’implication personnelle des enseignants dans la prise en charge
de la réussite de leurs élèves. »

Que l’aide personnalisée ait pu aider certains élèves à résoudre une difficulté, cela peut se défendre. Mais pourquoi suggérer que les enseignants n’avaient pas, auparavant, « d’implication personnelle » dans ladite réussite
de leurs élèves ?

Mais ce qui m’a le plus retenu l’oeil, c’est ce passage très inquiétant :

« Dans l’immédiat, il est indispensable de lutter contre les habitudes de grignotage du temps installées avec les sorties scolaires et les interventions extérieures, qui déconcentrent les élèves et qui font perdre beaucoup de temps sur les apprentissages, en prenant des mesures de restriction des empiètements tolérés, et parfois encouragés, sur le temps scolaire, en revoyant et limitant les agréments et autorisations. »

Ainsi, nous disent ces deux inspecteurs généraux, les sorties scolaires et les intervenants extérieurs ne seraient que perte de temps et facteurs de déconcentration !

Et moi, benêt que je suis, qui pensais que c’était ce qui reliait l’école au monde qui l’entoure. Ce qui apportait aux enfants du sens à leurs leçons. Je pensais que c’était un moyen de varier cet apprentissage, de lui apporter de l’émotion, de décloisonner les matières ; de donner aux enfants ce formidable plaisir de la découverte. De développer leur envie de poser des questions.

Je croyais aussi que c’était l’occasion de tisser des relations différentes avec l’enseignant et avec d’autres adultes. Mais non, rien de tout cela : ce n’était qu’une sale « habitude de grignotage du temps » !

Voici une drôle de vision, extrêmement fermée, de l’école. Personnellement, sorties et interventions de témoins extérieurs sont les moment qui m’ont le plus marqué pendant le primaire (à l’école publique).

Je me souviens par exemple d’un type venu à l’école avec un boa vivant, et je n’ai rien oublié de son système digestif (celui du boa). Ou encore de la visite
d’une synagogue dans le Marais, qui m’a ouvert l’esprit sur d’autres
cultures que celle dans laquelle j’étais élevé.

Dans mon souvenir,
j’ai alors gagné du temps ; et j’étais alors tout sauf « déconcentré ».

Pas vous ?

 

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