Lycées 2010 : le Sgen-CFDT particulièrement vigilant sur les conditions de mise en œuvre.

Le communiqué  du Sgen :

22/11/2009

Le ministre a présenté le 19 novembre, les mesures prévues pour les lycées à partir de 2010, conformes aux annonces du président de la république. Pour le Sgen-CFDT, deuxième organisation syndicale représentative des personnels du second degré dans les lycées, plusieurs de ces mesures vont de le bon sens, même si elles ne constituent pas la réforme ambitieuse souhaitée par le Sgen-CFDT.
Les enseignements d’exploration en seconde, l’accompagnement personnalisé, le tronc commun en première, le tutorat possible, l’espace d’autonomie pour les établissements peuvent constituer des leviers pour la transformation du lycée. Mais ces mesures ne remettent en cause ni la hiérarchie des filières, ni le pilotage par un examen terminal de plus en plus désuet. Le Sgen-CFDT regrette par ailleurs qu’il ne soit toujours pas question de la voie technologique et que par exemple les enseignements de première ne soient communs que pour les séries générales. En particulier, l’accompagnement personnalisé doit être inscrit très rapidement dans les horaires des séries technologiques.
Sans surprise, le point le plus précis du document ministériel concerne les grilles horaires. Les horaires proposés traduisent bien l’objectif ministériel d’un simple rééquilibrage des séries. Pour la classe de seconde, les objectifs des enseignements d’exploration doivent être rapidement précisés et garantir qu’il s’agit bien d’exploration, faute de quoi les horaires risquent d’être rapidement jugés insuffisants. Les quinze heures d’enseignements communs aux trois séries en première vont également dans le sens d’une construction progressive des parcours souhaitée par le Sgen-CFDT. La encore, il est impératif que des temps soient prévus dès 2010 pour que les équipes s’approprient les changements et que les enseignants soient largement associés à la rédaction des contenus.
Les mesures proposées pour l’enseignement des langues vivantes vont dans le bon sens, mais au delà des problèmes d’équipement et de gestion des temps qui ne manqueront pas de se poser dans les établissements, il est à craindre que rien ne change tant que les conditions de l’examen n’auront pas changé.
L’accompagnement personnalisé, inscrit dans l’horaire élève et dans le service des enseignants, est une mesure demandée par le Sgen-CFDT. Ce qui est proposé peut être un levier de changement à condition que les promesses concernant la mise en œuvre et la formation des enseignants soient tenues. En particulier, il est impératif que des temps de concertation et de formation soient dégagés au premier semestre 2010.Et surtout, il est hors de question que cela se traduise par une augmentation des heures supplémentaires pour les personnels.
La proposition de mettre à disposition des équipes les heures-professeurs nécessaires aux groupes à effectif réduit peut également être un levier de changement et va dans le sens d’une meilleure autonomie des établissements. Mais là aussi, il faut prévoir dès janvier 2010 des temps d’appropriation et de concertation pour que le travail soit bien celui des équipes et l’autonomie celle de l’établissement. Le Sgen-CFDT sera très attentif à la façon dont le conseil pédagogique sera inscrit dans les textes réglementaires.
Sur le volet orientation, la seule mesure tangible semble être le tutorat mais il ne concernerait pas tous les élèves ( le Sgen-CFDT demande à ce que, dans un premier temps, tous les élèves bénéficient d’un tuteur dans les zones d’éducation prioritaire ) ce qui ne va pas faciliter l’articulation avec l’accompagnement personnalisé. Que le tuteur suive les élèves sur l’ensemble des années lycée est une bonne chose, mais on ne sait rien de la taille du groupe de tutorat, ni de la façon dont ce tutorat sera pris en compte dans le temps de travail des personnels.
Enfin sur le volet culturel et la vie lycéenne, les mesures annoncées devront être précisées quant aux conditions et aux moyens de leurs mises en oeuvre.



Formation des enseignants : casse à tous les étages

Formation des enseignants



Opération « zappe ton prof » dans un lycée parisien

Article Le Monde.fr

C‘est parce qu’une enseignante veut faire cours que des élèves d’une classe de terminale technologique du lycée parisien Jean-Lurçat (13e arrondissement) tentent d’en changer. Claudine Lespagnol n’est pas une débutante. A 58 ans, dont huit dans l’établissement, elle n’a plus envie que les lycéens téléphonent ou envoient des SMS pendant ses cours d’anglais. Et ne souhaite plus voir « des filles s’y maquiller, miroir en main, ou s’épiler le sourcil », situation que dénonce une autre enseignante de la même classe.

Claudine Lespagnol est, de son propre aveu, « un peu sévère… enfin, si l’on considère que leur demander de ranger leur téléphone – sans le leur confisquer, puisque nous n’avons pas le droit -, c’est être sévère ». Pour certains élèves, c’est insupportable.

Le 20 octobre, ils signent – à la quasi-unanimité de la classe – une lettre au proviseur dans laquelle ils lui « conseillent vivement d’opérer un changement de prof ». La proviseur aura eu beau leur expliquer son refus, le groupe ne lâche pas prise, et sous la signature « la TSTG2″ – terminale sciences et technologie de la gestion – adresse une missive au professeur, à qui ils viennent de voler une clé USB.

Ils lui conseillent « de procéder à un changement d’attitude, et de cesser de faire des remarques à chaque fois que l’on a un téléphone entre les mains, car cela est une perte de temps. (…) Vous nous prenez trop au sérieux en nous engueulant à chaque cours ». Singeant la rhétorique des bulletins scolaires, avant de descendre d’un cran leur registre de langage, ils ajoutent : « Si ce n’est pas le cas et qu’il n’y a aucun effort de changement de votre part, nous n’avons plus que quelques mots à vous dire : allez vous faire enc… » Mme Lespagnol a déposé une plainte pour cette lettre, les menaces verbales qui l’ont précédée, et le vol de sa clé USB.

Depuis jeudi 19 novembre, les enseignants de ce lycée de plus de 1 200 élèves ont débrayé. La proviseur est en arrêt-maladie. Lundi 23, l’inspecteur d’académie devait dire à la classe « combien ces faits sont inacceptables ». Mais il reconnaît que « la sanction collective n’existe pas ».

De leur côté, une partie des enseignants se trouvent bien peu soutenus par leur direction. Selon Marie-Hélène Fougeron, professeur et militante de SUD, aurait « été évoquée l’idée de changer l’enseignante d’anglais au nom de « la continuité du service public »". Reste à savoir si cette continuité du service public d’éducation, c’est d’être devant la classe ou bien d’assurer un cours.

Maryline Baumard

 

 

Lettre d’insulte à la prof: les élèves de Jean-Lurçat se désolidarisent

Reportage Libé.fr

Les lycéens d’une terminale technologique du lycée parisien, qui voulaient changer de professeure d’anglais, ont été rappelés à l’ordre lundi par l’inspecteur d’académie suite à une lettre d’insulte reçue par l’enseignante.

JUSTINE LAFON

Devant l'entrée du lycée Jean-Lurçat (13e arrondissement de Paris), mardi matin.

Devant l’entrée du lycée Jean-Lurçat (13e arrondissement de Paris), mardi matin. (Liberation.fr)

 

Huit heures trente ce matin, des groupes s’entassent devant le lycée Jean-Lurçat, dans le 13e arrondissement de Paris. L’entrée est bloquée au motif d’une grève nationale contre la réforme des lycées, les élèves n’auront probablement pas cours. Si certains s’en réjouissent, les lycéens de la terminale 2 Sciences et technologies de la gestion sont plutôt lassés, et pour cause. Depuis jeudi, leurs professeurs ont débrayé pour manifester leur soutien à une collègue qui a une reçu une lettre d’insulte signée de la «TSTG2».

«S’il n’y a aucun effort de changement de votre part, nous n’avons plus que quelques mots à vous dire : allez vous faire enc.!», indiquait cette lettre, dans laquelle le ou les auteurs «conseillaient», par exemple, à l’enseignante de «cesser de faire des remarques à chaque fois que l’on a un téléphone entre les mains car cela est une perte de temps», et se justifiaient aussi d’avoir «volé» à leur professeure une clé USB.

Florie, élève de la TSTG2, est «choquée par le contenu de la lettre» et avance que c’est «très probablement le fait d’une seule personne». «Nous sommes tous révoltés, nous n’étions pas au courant», se défend la lycéenne qui craint qu’avec «cette histoire», «tous les profs deviennent méfiants». Autre inquiétude pour Jessica, sa camarade de classe: «J’ai peur que ça donne des idées à d’autres élèves

«Normal qu’on en soit arrivé là, cette lettre est grave et irrespectueuse»

Pas de risque pour l’instant, l’acte est mal perçu par les lycéens. Evoquant la «grève de solidarité» des professeurs, Maëlle, élève en première STG à Lurçat, estime «normal qu’on en soit arrivé là, cette lettre est grave et irrespectueuse». «C’est ridicule», ajoute Lou, lycéen dans la même classe. «C’est allé trop loin», selon Souad, lycéenne en terminale ES qui n’approuve ni les insultes, ni l’utilisation du téléphone portable en cours.

Pour Nicolas, première STG, l’argument du portable n’est qu’une excuse, il s’agit surtout «d’un problème de communication entre les élèves et la professeure». Florie de la TSTG2 le confirme: «On nous a lu la lettre, l’utilisation du portable en cours n’est qu’une remarque parmi d’autres, et d’ailleurs cette phrase est stupide car nous savons très bien que les téléphones sont interdits en cours

Après la passage de l’inspecteur d’académie lundi, les élèves de la TSTG2 ont écrit une «lettre de désolidarisation» afin de mettre les choses au clair. Si la quasi totalité de la classe a bien été à l’initiative d’une pétition pour demander le remplacement de la professeure d’anglais, car ils n’étaient pas satisfaits de sa «méthode» d’enseignement, une lettre d’insulte n’a jamais été envisagée.

Effets collatéraux

Les élèves se sentent eux-mêmes victimes des effets collatéraux de la lettre : «Des cours se suppriment, c’est plutôt gênant avec le bac à la fin de l’année», explique Florie. «Ils disent que ce n’est pas une sanction, mais nous sommes privés de cours pendant une semaine», renchérit Jessica.

«Les professeurs ont mis en place une semaine particulière pour essayer de remettre les élèves au travail dans une dynamique positive», rectifie Philippe Fatras, inspecteur d’académie chargé du second degré à Paris. Et «nous continuons à rechercher les auteurs de ces actions», ajoute-t-il.

Luc Chatel, le ministre de l’Education, a réagit sur RLT en annonçant que des «équipes mobiles de sécurité vont se rendre dans l’établissement pour procéder à une enquête et pour faire en sorte que les responsables de cette lettre injurieuse soient sanctionnés».

«On ne peut pas imaginer un renversement de situation», a dit le ministre, «ce ne sont pas les élèves qui font la classe!»

 

 

L’enseignante, appuyée par la proviseure et le corps enseignant, a porté plainte pour la lettre et pour le vol de la clé USB.

 


 



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