Communiqué des enseignants du Lycée Charles Gide (UZES – Gard)

Les personnels enseignants du lycée Charles Gide D’UZES partagent l’inquiétude des lycéens et soutiennent leurs revendications.

AG 04-12-09
Dans un souci d’efficacité, ils les invitent à adapter leur action aux temps forts de l’action nationale. Ils tiennent à rappeler que tous les cours sont assurés mais alertent la communauté éducative (parents d’élèves et lycéens) sur les régressions dont est porteur le projet de réforme Chatel du lycée.

AG 04-12-09 (2)

-       La logique de cette réforme est déterminée par la contrainte budgétaire et le dogme du non-remplacement d’un fonctionnaire partant en retraite sur deux. Les classes sont de plus en plus chargées, dégradant les conditions d’apprentissage des élèves, notamment des plus faibles d’entre eux (28 élèves par classe en moyenne au lycée en 2006 contre 32 en 2009).

-       L’introduction de 2 heures d’accompagnement se fait au détriment des horaires des disciplines, notamment pour celles « d’exploration » qui voient leur horaire réduit au rang d’amuse-gueule (1h30 hebdomadaire). On enlève donc des heures de cours pour les recycler sous forme d’accompagnement, ce qui diminue le volume horaire global des lycéens.

-       Les cours en demi-groupe ne sont plus définis au niveau national ; leur répartition est confiée aux chefs d’établissement sur la base d’une enveloppe globale de 10h par classe. Les disciplines et les établissements seront mis en concurrence.

-       L’instauration d’un tronc commun en première va se traduire par une hausse des effectifs dans les classes pour les disciplines concernées (français, langues vivantes, histoire-géographie, EPS, ECJS).

-       L’idée de donner le droit à l’erreur aux élèves, en leur proposant de changer d’orientation en cours ou fin de première, est un généreux principe qui renforcera cependant le déséquilibre des séries. Proposer quelques jours de remise à niveau pendant les vacances dans les disciplines manquantes est une supercherie. Par ailleurs, cette possibilité de réorientation sera à sens unique : de la série S vers les séries L et ES, des séries ES et L vers les séries technologiques ! En ce sens, la réforme Chatel qui dénonce pourtant la hiérarchie des séries ne fait que la renforcer.

-       Un véritable rééquilibrage des séries aurait nécessité un même nombre global d’heures de cours et de dédoublements dans chaque série. Or, il n’en est rien. Les élèves de la série S auront droit à 28h de cours (sans les options) contre 27h en ES et 26h30 en L.

 



La réforme du lycée fait l’économie de la série ES

Par véronique Soulé (Libération 4-12-2009)

Enfin, tous les élèves français vont avoir des cours d’économie. Ils deviendront ainsi des citoyens éclairés, capables de comprendre une crise et d’y réagir au mieux. C’est, en substance, ce que le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, a annoncé triomphalement en détaillant la réforme du lycée. En réalité, la série ES (économique et sociale) en sort franchement affaiblie. S’ils reconnaissent que d’autres disciplines sont touchées – comme l’histoire-géo qui n’est plus obligatoire en terminale S -, les enseignants de SES (sciences économiques et sociales), qui manifestaient mercredi à Paris, estiment «payer le prix fort de la réforme». Ils n’ont pas vraiment tort.

Les élèves de seconde qui prenaient l’option SES (43% du total) avaient droit jusqu’ici à deux heures trente par semaine. C’était une vraie plongée dans une discipline transversale qui mêle économie, sociologie, anthropologie et science politique. Avec la réforme, ils n’auront plus qu’une heure trente, ce qui est peu pour choisir, en connaissance de cause, la série ES, et qui ravale les SES au rang de matière mineure. Le ministre n’a pourtant pas tout à fait tort lorsqu’il dit que tous les lycéens feront un peu d’économie. En seconde, ils devront choisir l’une de leurs deux options obligatoires d’«exploration» entre les SES et une nouvelle matière : «économie appliquée et gestion». Le problème est que personne ne sait quel enseignant donnera ce cours et quel en sera le programme. Il reste à définir et, tout récemment, la matière a été rebaptisée «principes généraux d’économie et de gestion». Pour les enseignants de SES, il y a là une volonté de dénaturer la série ES, qui pourtant attirait de plus en plus d’élèves et avait de bons résultats au bac. «Nous avons toujours dû nous battre pour l’identité de notre enseignement au croisement de plusieurs disciplines, explique un professeur, nous y tenons beaucoup car notre série [nommée B à l’origine, ndlr] a été créée pour introduire une troisième culture à côté de la littéraire et de la scientifique.»

Dès la fin des années 70, Raymond Barre lance une offensive pour supprimer le «et sociales» des SES et en faire un enseignement purement économique. En vain. La droite et les milieux économiques proches du Medef reviennent régulièrement à la charge : ils reprochent aux SES de présenter une vision trop négative de l’entreprise, de s’appesantir sur le chômage au lieu de vanter les avancées du libéralisme, etc. En clair, il s’agit d’idéologie. En terminale, la réforme a saucissonné les SES. Les lycéens devront choisir, en spécialité, entre sciences sociales et économie approfondie d’où l’on aura extirpé la sociologie.



Derrière la réforme du lycée, La mise au pas des enseignants de tout le second degré.

logo SUDLes textes présentés au Conseil Supérieur de l’Education du 10 novembre confirment ce que nous disions déjà sur la réforme du lycée [1]. Mais le projet de décret concernant l’organisation des EPLE introduit en plus des éléments inacceptables dans le fonctionnement des lycées et collèges [2].

Le renforcement du pouvoir du chef d’établissement. (Art. R421-8 à 421-13)- Sur la structure de l’établissement, sur l’utilisation de la DGH (dotation horaire globale) et en général sur les mesures relevant de l’autonomie pédagogique des établissements, le texte laisse l’initiative des propositions au chef d’établissement. Ceci limitera les interventions en CA à des amendements puis à un vote favorable ou défavorable au projet du chef.
- Dans « le cas où le CA rejette la seconde proposition relative à l’emploi des dotations en heures d’enseignement et d’accompagnement personnalisé qui lui est soumise, le chef d’établissement en arrête l’emploi ». Bref en cas de désaccord du CA sur le choix des dédoublements ou dans la répartition entre les collègues et les disciplines des heures de dédoublements/modules globalisées dans le cadre du « nouveau lycée », c’est le chef d’établissement qui décidera !
- Il préside, installe et convoque seul le conseil pédagogique.
- Il désigne les membres du conseil pédagogique sans aucune référence au choix des équipes pédagogiques. C’est clairement une mise en place de petits chefs qui décideront réellement des conditions de travail des collègues et des choix de l’établissement.

Le conseil pédagogique. (Art. R 421-41-1à 421-41-3)

Fondé par la loi Fillon, son rôle est conforté et son installation sera généralisée si ce décret passe tel quel. Sa composition reste inchangée et ses compétences sont étendues dans toutes les EPLE à l’occasion de la reforme du lycée :
- organisation des groupes de compétences ;
- aide et soutien ;
- modalités des changements d’orientation prévues dans la réforme ;
- « la notation et l’évaluation des activités scolaire ». C’est bien sur une atteinte à la liberté pédagogique des enseignants mais aussi des équipes. Ici c’est la porte ouverte à des formes d’évaluation locales des activités pédagogiques des enseignants ;
- il propose les modalités de l’accompagnement personnalisé. Il aura donc à arbitrer l’attribution dès la seconde entre les collègues et les disciplines des heures de dédoublements/modules globalisées ;
- il propose au chef d’établissement le volet pédagogique du projet d’établissement et est qualifié pour la mise en place de dispositifs expérimentaux prévus dans le cadre de la loi Fillon.

C’est bien cette nouvelle hiérarchie intermédiaire formée pour l’essentiel de collègues que nous dénoncions déjà dans la loi Fillon. Vu ses attributions, nous avions raison d’écrire dans le 4 pages Lycée, qu’il s’agit du pivot de l’application de cette réforme. Mais le texte concerne aussi le collège.

C’est inacceptable. L’autonomie des établissements allait déjà dans le sens de la concurrence/inégalité de traitement institutionnalisée entre les lycées ; ce système est étendu à tout le second degré. Au-delà on assiste au renforcement du pouvoir du chef d’établissement aidé par un conseil pédagogique, véritable hiérarchie intermédiaire de petits chefs à sa solde. C’est toute une conception encore possible d’un travail entre pairs qui disparaît au profit d’un système nettement inspiré de l’exemple anglo-saxon.

Saint-Denis, le 03 12 09



recitsdautrefois |
loupian-demain pour vous |
Pour GREPIAC, du Dialogue à... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lenfantestadulte
| deci-dela
| BONNES NOUVELLES