La masterisation, un vrai casse tête

Article Libé.fr

La réforme de la formation des enseignants, encore appelée « masterisation », aura réussi une chose : refaire l’unité syndicale contre elle. Enseignants, universitaires, parents d’élèves, étudiants, lycéens… vont manifester aujourd’hui pour réclamer son retrait ou au moins une sérieuse refonte. Pourtant Luc Chatel et  Valérie Pécresse entendent conclure au plus vite, si  possible avant Noel.

Pecresse en visite à l'usine Renault de Flins, 2 oct 09 (Reuters)
La réforme du lycée divise les syndicats. Il y a les « pros », avec quelques réserves, comme le Sgen-CFDT et l’Unsa, et les « antis » comme le Snes-FSU et le Snalc. Les enseignants d’histoire-géographie, ceux de SES (sciences économiques et sociales) et d’autres encore sont aussi montés au créneau. Les medias en ont parlé, l’opinion s’y est intéressée. .

Le problème avec la réforme de la formation des enseignants, c’est qu’elle est technique et donc compliquée. Elle a d’abord été  présentée en 2008, est devenue un point dur de la mobilisation universitaire, a alors été reportée d’un an, a  donné lieu à de nouvelles consultations, a été représentée le 13 novembre dernier avec des arbitrages ministériels qui ont encore fâché tout le monde…. Du coup, on en a perdu le fil.

 

Tous la critiquent. Mais souvent pour des raisons différentes. Tentons donc d’y voir clair alors qu’une large intersyndicale appelle à une mobilisation, à quelques jours des vacances de Noel, ce qui n’est probablement pas le meilleur moment pour mobiliser les foules.

Un bref rappel de la réforme. Désormais pour être recrutés, tous les enseignants devront avoir un master – soit un bac plus cinq. Jusqu’ici, il leur fallait une licence mais beaucoup, dans le secondaire, avaient au delà. Officiellement, il s’agit ainsi de revaloriser la profession afin de pouvoir mieux payer les débutants, jugés mal payés par Nicolas Sarkozy, et de mettre la France au diapason de l’Europe – où la plupart des enseignants seraient déjà recrutés au niveau master.

Chatel au salon de l'auto en 2008, flickr (galerie de luc.chatel) Avec la réforme, le ministère économise aussi une année de postes d’enseignants-stagiaires payés, soit l’essentiel des 16000 postes supprimés en 2010. Ce qui fait dire à beaucoup qu’encore une fois, on fait une réforme pour économiser des postes.

Plusieurs points font problème:

- Le premier porte sur la place du concours de recrutement – de professeurs des écoles, le Capes pour le secondaire, etc. Les ministres ont décidé que les étudiants le passeraient durant la deuxième année du master (en M2). En début du M2 – en septembre pour les profs du primaire, en novembre-décembre pour le secondaire – pour l’admissibilité (la première partie), à la fin du M2 pour l’admission (la seconde partie).

Impossible, disent les protestataires – plusieurs ont écrit une lettre aux ministres -, car c’est tout simplement ingérable: l’étudiant de M2 devrait faire en même temps un mémoire pour son diplôme de master, un stage pour se préparer à enseigner, bachoter pour le concours, et réussir son master… En plus que vont devenir les étudiants collés au concours et engagés en M2 ? Officiellement, le master qu’ils suivront sera assez généraliste pour leur permettre de continuer et de se réorienter ensuite. Mais les protestataires n’y croient pas.

- Les universitaires notamment craignent que le master soit ainsi dévalorisé. Il est prévu qu’il propose une « ‘initiation à la recherche » permettant ensuite de suivre un doctorat. Mais cela semble impossible de tout faire en même temps.

- Au delà, c’est le manque de formation professionnelle qui inquiète. Les stages ne seront pas obligatoires et il n’est pas sûr qu’il y en ait pour tout le monde. Les enseignements en pédagogie et en sciences de l’éducation semblent aussi réduits à la portion congrue. Du coup, la FCPE craint de voir arriver devant des classes des enseignants qui connaissent mal les enfants. Le Snuipp, premier syndicat du primaire, dénonce aussi ce recul alors que les classes sont de plus en plus chargées et hétérogènes.

- Parallèlement, beaucoup voient là l’occasion pour le gouvernement de se débarrasser des IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres), dénoncés comme un repaire de « pédagogues ». Même s’ils étaient assez critiqués, ils permettaient une première approche du terrain. Des syndicats comme le Sgen-CFDT réclament que la réforme mentionne clairement leur rôle dans la formation professionnelle des futurs enseignants.

- Aux yeux des universitaires surtout, le contenu des concours pose problème. Des syndicats comme AutonomeSup dénoncent la réduction à deux épreuves écrites seulement de la première partie des concours. Cela fait craindre une baisse du niveau disciplinaire des lauréats. Le Snesup-FSU s’inquiète aussi de l’affaiblissement des masters, notamment dans leur dimension recherche.

- Enfin les critiques s’inquiètent d’un recul de la mixité sociale des futurs enseignants. La réforme supprime en effet l’année d’enseignants-stagiaires: les lauréats au concours se préparaient au métier en alternant cours et stages sur le terrain, et étaient payés 1300 euros par mois. Aujourd’hui le futur prof devra s’engager sur un cursus de cinq ans, et au mieux il sera payé 3000 euros pour 108 heures de stage, le maximum autorisé en une année.

Valérie Pécresse était interviewée ce matin sur France Inter. Elle a indiqué que la réunion du Cneser (le conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche, réunissant les partenaires sociaux) le 21 décembre où le gouvernement présentera sa réforme permettra de « dialoguer et d’améliorer les choses si nécessaire ». Il n’y a plus qu’à attendre et à voir.

Crédits photos; Valérie Pécresse visitant les usines Renault à Flins en octobre 2009 (Flickr), Luc Chatel au Salon auto en 2008 (Reuters)

 

Les enseignants attendus dans la rue

Article 20Minutes.fr

SOCIAL – Les manifestations sont annoncées dans plusieurs villes de province, comme Caen, Lille, Marseille, Montpellier, Nancy ou Toulouse…

La réforme controversée de la formation des enseignants va être une nouvelle fois, ce mardi, la cible d’une journée nationale de mobilisation intersyndicale. Des lycéens pourraient se joindre au mouvement pour protester contre la réforme du lycée.

«Parce qu’enseigner est un métier qui s’apprend», une intersyndicale allant des fédérations FSU, Unsa-Education et Sgen-CFDT aux étudiants de l’Unef, en passant par les parents de la FCPE et les lycéens de l’UNL et la Fidl ont appelé à des manifestations, rassemblements et assemblées générales. Dans l’enseignement privé, la Fep-CFDT appelle aussi à cette journée.

Une formation trop théorique

Les syndicats protestent contre un projet «régressif» et demandent «une vraie formation professionnelle», reprochant au projet gouvernemental de privilégier l’apprentissage des savoirs disciplinaires au détriment de la pédagogie. «Si vous additionnez tous les stages proposés avant le concours, vous obtenez déjà davantage de présence devant les élèves» que dans la situation actuelle, «soit plus de 300 heures», a rétorqué ce week-end le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel.

Des grèves pourraient avoir lieu, mais il n’y a pas eu d’appel national, seulement le dépôt de préavis, notamment du SNUipp-FSU (premier syndicat du primaire) et du Sgen-CFDT, pour «couvrir» les personnels qui souhaiteraient faire grève. La mobilisation devrait être forte dans les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) de l’ensemble du pays, selon des syndicats. La réforme prévoit de recruter les enseignants au niveau master 2 (bac +5) et de confier la formation aux universités via des masters.

M. D. avec agence

 

Formation des maîtres, les dangers de la réforme

Article L’Humanité.fr

Rejetée par l’ensemble de la communauté éducative, la « masterisation » du recrutement des profs est au coeur de la mobilisation enseignante prévue aujourd’hui.

photo : Joël Saintier/phototheque.org.

Rien n’a changé. Au printemps dernier, le gouvernement, bousculé par une mobilisation sans précédent dans les universités, se voyait contraint de repousser d’un an la mise en place de sa réforme de la formation des maîtres. Sept mois plus tard, la nouvelle mouture du texte, présentée en novembre par Luc Chatel et Valérie Pécresse, n’a rien réglé. Des enseignants du primaire jusqu’aux présidents d’université, l’ensemble du monde éducatif l’a rejetée ! Ce projet, qualifié de « régressif » et « dangereux », sera au coeur de la journée de mobilisation qui doit se dérouler aujourd’hui à l’appel d’une large intersyndicale. Retour sur les raisons de ce désaveu unanime.

Une formation professionnelle minimale

Recrutés en fin de master (bac + 5), les futurs enseignants ne passeront plus par les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM). Aux douze semaines de stages obligatoires, dispensés actuellement en deuxième année d’IUFM, vont se substituer, lors de la première année de master (M1) 108 heures de stages facultatifs dits « d’observation » et, en deuxième année (M2), 108 heures de stages, encore facultatifs, dits « en responsabilité ». Le ministère parle de « progressivité dans la spécialisation ». Les organisations syndicales, elles, y voient surtout une régression sans précédent de la formation professionnelle. « Puisque ces stages ne sont pas obligatoires, un prof des écoles pourra débuter en septembre sans jamais avoir mis les pieds dans une classe ! », peste une formatrice de l’IUFM de Paris. Une aberration qui va devenir réalité dès septembre prochain pour les étudiants actuellement en première année d’IUFM. Réforme oblige, le gouvernement a décidé que ceux qui réussiront le concours de recrutement en juin 2010 ne bénéficieront pas de la deuxième année d’IUFM. Ils atterriront donc directement dans les classes, sans aucune expérience du terrain. Le contenu des masters reste le second point épineux. Le gouvernement les a voulus plutôt « généralistes » afin de favoriser la réorientation des étudiants en cours de cursus. Résultat : ils font la part belle aux savoirs disciplinaires et minorent l’aspect pédagogique du métier. « Face à des classes hétérogènes, les débutants ne sauront pas comment un élève apprend ni comment transmettre son savoir », alerte Didier, prof à l’IUFM de Créteil.

Discorde sur le calendrier des épreuves

Autre point largement contesté : le choix de faire passer les deux concours (admissibilité et admission) au cours de la seule année de M2 (en septembre pour le primaire, en décembre pour le secondaire). « Placer les épreuves disciplinaires d’admissibilité en M1 aurait eu l’avantage de dégager l’année de M2 pour la formation pédagogique, estiment de nombreux syndicats. Là, elle va être sacrifiée. » Comme le dénonce l’Unef, les étudiants vont affronter une deuxième année de master titanesque avec le concours de l’admissibilité, la réalisation d’un mémoire pour valider le master, la préparation du concours de l’admission et la réalisation, si possible, de 108 heures de stages ! « Ça va se résumer à un long bachotage  », redoute l’organisation étudiante.

Cette seconde année impossible va refroidir bon nombre de candidats potentiels, notamment ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir de longues études. Elle produira aussi, immanquablement, un taux d’échec élevé et des situations difficiles pour les étudiants.

Que vont devenir ceux qui auront entamé leur M2 mais échoué à leur admissibilité ? Et ceux qui auront leur master mais ne décrocheront pas le concours de l’éducation nationale (les reçus-collés) ? « Plutôt que de se réorienter vers un autre métier, comme le dit le gouvernement, ils viendront grossir les rangs des précaires de l’éducation », anticipent la plupart des syndicats, dont beaucoup auraient souhaité une admissibilité en fin de M1, pour faciliter la réorientation dès septembre.

Précarité organisée à grande échelle

Conjuguée à la baisse continue du nombre de postes ouverts au concours, la réforme de la formation des maîtres va fabriquer de la précarité à grande échelle. « Les nombreux reçus-collés seront des cibles privilégiées pour effectuer des remplacements sous statut vacataire ou contractuel, explique Didier, prof d’histoire- géographie à l’IUFM de Livry-Gargan. Ce type de recrutement précaire, effectué directement par les rectorats, voire les établissements, va se développer au détriment de l’emploi statutaire et de la qualité de l’enseignement donné aux enfants. »

LAURENT MOULOUD

 

 

 



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