«Chatel, si tu savais, ta réforme où on s’la met !»

Article Libé.fr

REPORTAGE

Motivés, mais peu nombreux, des lycéens parisiens ont tenté de bloquer leurs établissements jeudi, pour protester contre la réforme du ministre de l’Education Luc Chatel.

Par LUCIE LE HOUEZEC

Le lycée Victor Duruy (VIIème arrondissement) bloqué par ses élèves.

Le lycée Victor Duruy (VIIème arrondissement) bloqué par ses élèves.

 

Paris, VIIème. Ce jeudi, devant le lycée Victor Duruy, 100 à 200 lycéens organisent le blocage. Les plus motivés sont présents depuis 07h00 du matin et la neige ne les fait pas fuir.

Peu à peu, les élèves arrivent, s’entassent, bloquent l’entrée de l’établissement. «Cool!, lance l’une d’elle, j’avais pas eu le temps de réviser les logarithmes !». Les collégiens et les prépas rejoignent leurs salles de cours, sous les sifflets des lycéens.

«Oui, oui, oui, à notre éducation !»

«Non, non, non, aux suppressions, oui, oui, oui, à notre éducation !» scandent les lycéens, perchés sur les arceaux à vélo. Marine, 17 ans, explique les raisons de sa présence: «Je ne suis pas complètement contre cette réforme parce qu’en S [filière scientifique, Ndlr] on a beaucoup plus de matières que les autres pour le bac. Avoir l’Histoire-Géo en option, ça allègerait les révisions de terminale. Mais d’un autre côté, c’est un enseignement vraiment important qui nous apporte de la culture G».

Selon, elle, s’il y a une matière à supprimer, c’est l’ECJS – éducation civique, juridique et sociale – qui représente deux heures de cours par mois.

Pour Irène, 15 ans, cette réforme spécialise encore plus les études avant le bac. «On ne peut pas déjà choisir ce qu’on veut faire de notre vie», s’indigne-t-elle.

Camille, 15 ans elle aussi, est syndiquée à la FIDL. Selon elle, «la suppression de l’Histoire-Géo en S a motivé les étudiants à se mobiliser mais la mesure importante est la suppression des postes». Elle explique que le fait de passer cette matière en option est une ruse, «après ils vont la supprimer».

9h00. La neige en amuse certains et en fait fuir d’autres. Entre deux slogans, les plus motivés demandent aux autres de rester mobilisé et de ne pas partir. Puis, ils reprennent leur refrain : «Chatel, si tu savais, ta réforme, ta réforme, Chatel, si tu savais, ta réforme où on se la met !».

Une mobilisation forte, mais vite retombée

Quatre heures plus tard, des élèves de plusieurs lycées du XVIème arrondissement les ont rejoint. Ensemble ils prennent la route de l’Assemblée nationale, pensant se rendre au Ministère de l’Education nationale… dans la direction opposée. Rapidement, les CRS les encerclent. Les manifestants font demi-tour et retournent devant le lycée avant de se disperser.

Les syndiqués de la FILD prennent les choses en main et lancent un appel au mégaphone : «On va a Sèvres-Babylone rejoindre d’autres lycéens!». La moitié du groupe suit, l’autre décide de rester bloquer le lycée jusque 16h30. Pour témoigner leur soutien, une vingtaine de professseurs ont signé une pétition.

Objectif rue de Grenelle

A 13h30, il ne neige plus. La vingtaine d’étudiants décidés à rejoindre le ministère se met en route, mégaphones et klaxons sous le bras. Ils rejoignent leurs camarades, une trentaine au total. «Je viens d’avoir quelqu’un au téléphone qui m’a dit que 38 cars de CRS nous attendent devant le ministère, ce qui fait quasiment un car par personne. Vous voulez y aller?», demande un des membres de la FILD. L’assemblée répond oui à l’unanimité.

Le cortège se met donc en marche, direction la rue de Grenelle. Sur la route, ceux qui n’ont pas eu le réflexe «Moon Boots» se plaignent du froid et de la faim : «On est quand même dehors depuis 07h00 du matin !».

A l’arrivée, les CRS sont bien présents, mais beaucoup moins nombreux que ce qui était annoncé : seulement un CRS par élève. Quelques minutes plus tard, le mouvement perd encore de l’ampleur. Les élèves partent par petits groupes. «Il ne va rien se passer et aucune délégation ne rentrera dans le ministère contrairement à ce que l’on espérait».

Les plus courageux d’entre eux prévoient de relancer le mouvement demain matin.



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