IUFM : pourquoi nous ne voulons toujours pas de la réforme

Article Rue89

Par Marie-Albane de Suremain Didie… | professeurs à l’IUFM de Créteil

| 29/12/2009 | 12H07
Il peut sembler surprenant que tous les enseignants rejettent une réforme des IUFM dont le ministre de l’Education affirme qu’elle vise à « améliorer la qualification des personnels en vue de renforcer la réussite des élèves… » Alors, en quoi consiste cette réforme, et pourquoi les enseignants et les étudiants des centres IUFM de Melun et de Torcy la refusent-ils massivement ?

Si la réforme est appliquée, les étudiants devront étudier cinq années après le bac et obtenir un diplôme de master pour pouvoir réussir un concours leur permettant de devenir enseignants. A la rentrée suivante, ils seront dans une classe, face à des élèves, sans avoir reçu de réelle formation professionnelle.

En effet, ces jeunes professeurs n’auront jamais appris à transmettre leur savoir. Le plus souvent, ils n’auront pas appris le contenu des programmes qu’ils auront à enseigner et ne sauront pas comment un élève apprend. Ils n’auront pas appris à s’adapter à la très grande diversité de leurs élèves (âge, niveau, milieu social et culturel, etc). De plus ils n’auront jamais appris à exercer leur autorité dans une classe et n’auront pas le sens du service public.

Et pourtant, s’ils enseignent par exemple à l’école maternelle ou élémentaire, ils devront enseigner dix matières différentes. Ils pourront avoir une classe de cours préparatoire et apprendre à lire, écrire, compter à de jeunes élèves. Ils pourront avoir à préparer des élèves de CM2 à entrer au collège ou bien devront donner envie d’apprendre aux enfants de la maternelle.

S’ils enseignent en collège ou en lycée, ils devront être capables, sans l’avoir appris, de s’imposer à des classes d’adolescents nombreux et parfois réticents.

Le risque de démissions précoces, faute de préparation suffisante

Sans l’avoir appris, ils devront aussi préparer leurs élèves à devenir des citoyens responsables. Très souvent, ils auront du mal à trouver les mots justes permettant de faire comprendre ce qu’ils ont appris à l’université. Devant ces difficultés, certains seront même tentés de démissionner précocement !

En bref ce que craignent les enseignants qui refusent cette réforme, c’est que l’amélioration prévue par le ministre ne soit qu’un effet d’annonce pour mieux faire mieux passer la poursuite des suppressions de postes d’enseignants (encore 16 000 en 2010) et qu’elle n’aboutisse, en réalité, qu’à une forte dégradation de la qualité de l’enseignement dispensé aux élèves.

En conséquence les enseignants de l’IUFM manifesteront leur opposition à cette réforme le mardi 15 décembre 2009 à l’appel de la quasi-totalité des syndicats d’enseignants.

(Ce texte a été rédigé par trois enseignants au nom de l’assemblée générale des formateurs d’Iufm de Seine-et-Marne.)

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