CAPES 2010 : bingo pour le privé.

Article à consulter sur :

http://ecole.demain.free.fr/spip.php?article453

ou

http://4tous.net/ecoledemain/spip.php?article453

 

Le nombre de postes aux concours du privé (CAFEP) a été publié (pas en même temps que le nombre de postes aux concours du public, mais cette fois-ci ce n’est peut-être pas anodin…).
Alors que le nombre de postes au CAPES externe est en lègère diminution (5006 postes cette année contre 5095 l’an dernier), et toujours largement inférieur au nombre de départs en retraite, le nombre de postes au CAFEP-CAPES (concours externe du privé), lui, est cette année multiplié par deux et même plus (1260 postes contre 569 l’an dernier) !
Répartition 2010 : http://www.education.gouv.fr/cid4588/contrats-offerts-cafep-capes.html
Répartition 2009 : http://www.education.gouv.fr/cid48867/cafep-capes-session-2009.html

Il n’y avait jamais eu autant de postes au CAFEP depuis au moins 2004 (statistiques sur le site du Ministère).

Quelques exemples précis par discipline :
- lettres modernes : 40 postes en moins au concours du public, et dans le même temps 126 postes en plus au concours du privé (200 postes contre 74 l’an dernier) ;
- anglais : 42 postes en moins pour le public, 52 postes en plus pour le privé (95 postes contre 43 l’an dernier) ;
- philo : nombre de postes dans le privé multiplié par 4 (20, contre 5 l’an dernier), alors que le public n’offre que 32 postes. Qu’en est-il du ratio 80/20, est-il toujours inscrit dans la loi ?

Les économies budgétaires ne concernent-elles que certains secteurs de l’Education (le secteur public) ?

Le Ministère compte-t-il médiatiser, assumer et justifier cette différence de traitement entre le public et le privé ?

Les jurys de concours auront-ils la décence de ne pas pourvoir tous les postes aux concours du privé (c’est déjà le cas depuis très longtemps dans plusieurs disciplines) si cela est nécessaire pour que la barre d’admission ne soit pas plus basse dans le privé que dans le public (question de justice et d’égalité de traitement dans l’accès à l’emploi) ?

-S’agit-il de compenser des errances antérieures qui auraient trop lourdement affecté l’enseignement privé ?
Au vu des chiffres, non…

-Peut-être est-ce que ce recrutement intensif dans le privé a pour but de compenser des départs massifs d’enseignants en déroute ?
Pas plus.

-Serait-ce donc que les établissements privés auraient à faire face à une véritable afflux des élèves en provenance d’un enseignement public fortement décrié ?
Pas vraiment non plus.

-Peut-être est-ce que ce recrutement exceptionnel vise seulement à réparer la cruelle injuste d’une surcharge ancienne et rémanente des classes dans le privé ?
Toujours pas…

Alors ?

Trépidante enquête menée ici :

http://4tous.net/ecoledemain/spip.php?article453

 Réduction du nombre d’enseignants : oui, mais pas dans le privé…

- Dans le public, on passe de 5094 postes en 2009 à 5006 postes en 2010, soit une baisse de 81 postes, ce qui correspond à un peu moins de 2% : 1,75% de postes en moins par rapport à 2009. 1,75% de moins pas de quoi mettre du monde dans les rues, pourrait-on dire si on s’en tient à cette observation. Rien d’inattendu non plus.

- Dans le privé, on observe en revanche 1260 postes ouverts en 2010 au lieu des 568 mis au concours en 2009. Cela correspond tout de même à plus du double (x 2,21) du nombre initial !

Concours second degré public : CAPES externe

  Postes Postes Evolution

Concours second degré privé : CAFEP/CAPES externe

  Postes Postes Evolution

Que s’est-il passé ?

S’agit-il de compenser des errances antérieures qui auraient trop lourdement affecté l’enseignement privé ?

On peut également trouver les places ouvertes pour les années antérieures sur le site du Ministère. on peut ensuite les compiler en tableau. C’est un peu fastidieux, mais l’appétit de connaissance nous tenaille…

 

 


 

 Evolution des postes aux concours depuis 2004

Observe-t-on, donc, une baisse excessive du recrutement dans le privé, et cela de façon injuste et décalée par rapport au public ?

Et bien, il semblerait que non… Le tableau ci-dessous s’agrandira pour le plus grand plaisir de vos yeux si vous cliquez dessus. Nous vous suggérons humblement de l’ouvrir dans une nouvelle fenêtre afin de pouvoir l’analyser à la lumière de nos modestes commentaires.

JPEG - 72.1 ko

sources : 1 ;2 ;3 ;4 ;5 ;6 ;7 ;

Mais cela est plus parlant sur un graphique : graphique, donc, du nombre de postes aux concours CAPES et CAFEP/CAPES de 2004 à 2010

JPEG - 61.7 ko

Dans le public, le nombre des postes ouverts au CAPES diminue avec constance, marque un palier en 2009 pour reprendre de façon moins soutenue en 2010.

Dans le privé, le nombre de postes ouverts au CAFEP/CAPES est en baisse légère en 2005 et 2006, se stabilise en 2007 et 2008. On observe un fléchissement un peu net en 2009, avant la remontée marquée de 2010 qui a attiré notre attention. Cette évolution s’achève à un niveau plus élevé que le point de départ en 2004.

Peut-être est-ce que cette baisse un peu plus marquée de 2009 a suscité un fort mouvement de lobbying qui a influencé nos gourvernants pourtant peu favorables à l’enseignement confessionnel…

Mais ne persiflons pas trop vite et formulons vite une autre hypothèse :

Peut-être est-ce que ce recrutement intensif dans le privé a pour but de compenser des départs massifs d’enseignants en déroute ?

Les postes mis aux concours permettraient alors juste de rééquilibrer cette tendance, et le nombre total d’enseignants du privé resterait en diminution dans un contexte de fort renouvellement ?

Examinons donc l’évolution du nombre total d’enseignants dans le secondaire, dans le public et le privé. On en trouve les données nécessaires dans la brochure Etat de l’école, octobre 2008, également publiée par le ministère de l’Education Nationale, media.education.gouv. On peut télécharger le-dit document ici, et consulter ce tableau p17.

 

 


 

 Nombre total d’enseignants : évolution depuis 2000.

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Ces chiffres apaisent un peu nos suspicions :

- Dans le public, le nombre des enseignants baisse régulièrement depuis 2004.
- Dans le privé, cette baisse s’amorce avec un an de retard… mais semble effective.

Convertissons cependant ce tableau en graphique, en prenant comme référence l’effectif des enseignants en 2000.

JPEG - 84.5 ko

On s’aperçoit avec stupeur que la réduction du nombre total de profs du secondaire dans le privé reste assez légère, et surtout, que les enseignants y restent sensiblement plus nombreux dans ce type d’établissements en 2008 qu’en 2000.

Par contre, c’est loin d’être le cas dans le public….

Mais dira-t-on, cet article est tendancieux, on fait dire aux chiffres ce qu’on veut, comment ose-t-on comparer l’évolution de 700 000 postes du public avec les malheureux 140 000 postes du privé sur une même échelle ?

Soit.

Convertissons donc ces chiffres en pourcentage de l’année 2000.

JPEG - 64.7 ko

Le graphique obtenu ne contredit pas l’impression initiale, loin de là.

Dans le privé, le nombre total d’enseignants progresse de façon presque constante par rapport à 2000.

Ce qui n’est toujours pas le cas dans le public.

Serait-ce donc que les établissements privés auraient à faire face à une véritable afflux des élèves en provenance d’un enseignement public fortement décrié ?

Cette hypothèse mérite toute notre attention. Reportons-nous une fois de plus sur les chiffres officiels publiés dans Repères et références statistiques 2009 p 93

 

 


 

 Nombre d’élèves accueillis dans le public et le privé de 2002 à 2008.

  2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008

On ne peut donc pas déplorer ni se réjouir d’un exode massif d’élèves, toute juste une faible érosion d’1% sur 6 ans en faveur des établissements privés du second degré…

Cette accélération du recrutement d’enseignants dans le privé doit-il nous faire craindre des mesures favorisant le transfert des élèves vers ce type d’établissement, que nous aurions la douleur de devoir corréler avec une dégradation éventuelle des conditions d’enseignement dans le public ?

Allons, ne nous emballons pas ! Peut-être est-ce que ce recrutement exceptionnel vise seulement à réparer la cruelle injuste d’une surcharge ancienne et rémanente des classes dans le privé ?

Les chiffres publiés par le ministère sont foisonnants pour qui se donne le mal de fouiller. Nous avons trouvé sur média.éducation : RERS 2009, les données permettant de répondre à cette question.

 

 


 

 Nombre d’élèves par classe dans le secondaire dans le public et le privé de 2002 à 2008.

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Le nombre d’élèves par classe en collège est légèrement plus bas dans public :
- 23,4 élèves/classe dans le public,
- 25,1 élèves/classe dans le privé.

- soit 1,7 élèves de moins par classe en moyenne que dans le privé.

A noter que les collèges privés classés ZEP sont rares, ce qui pourrait être une amorce d’explication, ces classes bénéficiant d’effectifs allégés…

L’honnêteté intellectuelle nous force à souligner que les effectifs de classe en collèges privés ont progressé de 0,3 élèves/classe depuis 2006. Ils sont à peu près constants dans le public.

Nous observons en revanche que nombre moyen d’élèves par classe en lycées était en 2008/2009 de :
- 26,8 dans le public,
- 23,5 dans le privé.

- soit 3,3 élèves de moins en moyenne par classe dans le privé.

Cet écart est constant depuis 1997/1998. Le nombre d’élèves dans les classes a baissé de façon parallèle dans les deux types d’établissements.

On peut donc se demander pourquoi les recrutements d’enseignants dans le public et le privé ne suivent pas des évolutions parallèles, pourquoi on recrute moins chez les uns et deux fois plus chez les autres.

Il faudra peut-être se résoudre à admettre que la politique actuelle tend à favoriser les établissements privés par rapport aux établissements publics… On peut même s’aventurer à penser que cela relève d’un objectif général identifié en d’autres occasions (se reporter au dossier Laïcité.

 

 


 

 Haro sur la Bio ! Mais seulement dans le public.

Mais revenons sur la répartition par matière des postes offerts au concours en 2009 et 2010.

Dans le public :

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Les matières sont diversement affectées par les baisses de postes ouverts au CAPES.
- L’unique poste en hébreu était encore trop visible : il y en aura zéro en 2010. Il s’agit peut-être enfin d’une ferme protestation contre la politique israélienne en territoires palestiniens…
- Parmi les matières à fort recrutement, la biologie a le triste privilège de se trouver championne toutes catégories au jeu de qui perd gagne, son recrutement est divisé par 4,39. Nous n’avons pas pour l’heure d’explication satisfaisante à cette coupe franche… Ni le nom de l’éminent professeur de biologie de collège ou lycée susceptible d’avoir déplu au point de provoquer ce séisme.
- Vient ensuite l’espagnol, avec une baisse de presque 14%. -L’anglais, les lettres modernes, l’histoire géo se trouvent avec une réduction de 4 à 5% des postes ouverts, ce qui ne mérite pas de franche levée de bouclier.

A l’inverse, est-ce par souci de rééquilibrage ?
- Les sciences économiques et sociales sont bien pourvues, avec un triplement des postes offerts.
- La philo bénéficie d’une augmentation de 23% ce qui l’amène au modeste nombre de 32 postes offerts en tout.
- +13% et +18% pour les lettres classiques et l’allemand,
- entre 3 et 7% d’augmentation pour les maths, les arts plastiques, et l’italien.

Le recrutement pour les autres matières reste stable, à l’exception notable de la Langue des signes française qui accueille pour la première fois trois heureux titulaires (qui sera apte à évaluer ces heureux candidats ?)

Dans le privé :

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Il est remarquable que les postes offerts sont en augmentation dans toutes les matières, sauf l’hébreu qui reste décidément mal loti.
- Quadruplement, pas moins, du nombre de postes en philo et … breton, ce qui nous amène respectivement à 20 postes et 4 postes.
- Triplement pour les lettres classiques,
- x 2,5 à x 2,86 pour la physique-chimie, la bio (tiens ?), les lettres modernes et la musique.
- x 2 à x 2 ,5 pour les Sciences économiques et sociales, les arts plastiques, l’anglais, l’allemand et l’histoire géo, ainsi que le basque, l’italien, le tahitien… qui totalisent à eux trois, 8 postes.
- x 1,3 à x 1,5 pour l’espagnol, les math, la documentation.

Bref, pas trop de motif de protestation dans le privé… Les profs vont être plus nombreux dans presque toutes les matières.

 



3 commentaires

  1. Bruno Desroches 10 janvier

    Attention – Attention

    le site « Quelle école pour demain ? » vient de déménager. Merci de noter sa nouvelle adresse :

    http://ecole.demain.free.fr

    Bruno Desroches
    le webmestre

  2. moka63 10 janvier

    Merci d’avoir relayé notre article !

    Cependant attention, cet article a évolué, certains graphiques ont été corrigés. Le mieux serait peut-être d’orienter vos lecteurs sur le site 4tous.net :

    http://ecole.demain.free.fr/spip.php?article453

    ou

    http://4tous.net/ecoledemain/spip.php?article453

  3. moka63 30 mars

    Bonjour, un argumentaire qui pourrait vous interesser :

    Evaluations nationales CE1 2011 : mon engagement.

    Les évaluations CM2 sont passées, les évaluations CE1 se profilent, l’heure est aux grandes décisions !
    En tant qu’enseignant-fonctionnaire-qui-fonctionne, je m’engage donc :

    - à stresser mes élèves, en leur imposant des épreuves et un protocole de passation totalement inadaptés à leur âge,

    - à respecter un codage binaire de correction qui transforme, de façon très arbitraire, chaque élève en une ligne de « zéros » et de « uns » (les autres codes ne sont pas pris en compte lors du relevé),

    - à faire remonter les résultats obtenus, dont je sais qu’ils ne veulent rien dire, pour que les inspecteurs s’en saisissent et « pilotent » artificiellement les écoles et les personnels,

    [...]

    Ou bien :
    Tout cela m’écœure et me rend malade.

    - Je n’en peux plus d’attendre une consigne syndicale unifiée qui n’arrivera pas.

    - Je n’en peux plus d’essayer d’adapter à la marge les consignes de passation de ces évaluations, en espérant que les effets néfastes sur les élèves et sur la gestion de l’école resteront limités.

    [...]

    A lire ici :
    http://4tous.net/ecoledemain/spip.php?article658

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