Une école sous le choc après l’interpellation d’un père sans papiers

Libération

26-03-2010

SOCIETE – Vers 8h30 hier matin, la police a attendu que Guilherme Hauka Azanka, Angolais en situation irrégulière, revienne de déposer ses trois enfants à l’école Gilbert Dru de la Guillotière (Lyon 7e), pour forcer la porte de son domicile, l’embarquer et tenter de l’expulser, pour la troisième fois en un mois. Sous les yeux de sa compagne, de leur bébé d’un an et une petite fille de dix ans. Une quinzaine de parents d’élèves, mobilisés depuis plusieurs semaines en faveur de Guilherme Hauka, ont essayé de s’interposer, dénonçant « la brutalité policière » et « l’acharnement à détruire une famille ».  A la sortie de l’école, hier, de nombreux parents étaient encore en état de choc, craignant une nouvelle expulsion de leur voisin…

« Papa en instance d’expulsion. Ecole en colère ». La banderole placée à l’entrée de l’école maternelle Gilbert-Dru a jauni en trois mois que des parents de l’école, épaulés par le Réseau Education Sans Frontière, se mobilisent pour que Guilherme Hauka Azanka ne soit pas arraché à sa compagne et leurs quatre enfants.  Jeudi après-midi, à 16h30, ils étaient une vingtaine massés devant l’école à se repasser le film de la matinée, partagés entre l’inquiétude et la colère.

A 8h30, alors que le père venait de déposer ses trois enfants à l’école, une dizaine de policiers se sont présentés à son domicile et ont défoncé la porte qu’il refusait d’ouvrir. Alertés, une quinzaine de parents se sont précipités à son secours. « On a fait le plus de barouf possible. Les policiers ont essayé de nous intimider, et l’un d’eux m’a retourné le pouce car je voulais filmer la scène » raconte Sandrine Barat, le bras en écharpe pour une huitaine de jours. « C’est tellement injuste, poursuit la jeune femme. Guilherme a toujours demandé à s’insérer dans cette société ; ses enfants sont intégrés parmi nous, ils sont intelligents, travaillent bien à l’école. Pourquoi s’acharner à vouloir détruire cette famille ? » D’autres parents ont assisté, de plus loin, à la scène. « On l’a vu descendre comme ça, menotté, une seule claquette aux pieds, avec un vide terrible dans les yeux. Ça m’a choquée de le voir partir comme ça, laissant sa famille derrière lui » témoigne une maman.

A la sortie de l’école, la petite fille de 10 ans qui a assisté le matin même à toute la scène, et vu un policier pointer une arme sur le père de sa meilleure amie, était manifestement en état de choc. Incapable de parler, de confier sa peur. Elle a simplement échangé quelques mots à la récréation avec son amie Exaucée, l’aînée de la famille Hauka-Mawete, puis semble s’être repliée dans le mutisme. Florence Mawete, la compagne de Guilherme Hauka, est elle aussi abasourdie. « Mon mari n’est pas un criminel, il est timide, il ne vole pas, il ne vend pas de la drogue. Sauf qu’il n’a pas ses papiers et ne veut pas quitter sa famille ».

Pourtant, « aux yeux de la loi, soupire Catherine Tournier, responsable de RESF dans le Rhône, Guilherme est un délinquant multirécidiviste et violent : il a refusé par deux fois de monter dans l’avion, il s’est débattu pour rester avec sa famille ». Guilherme Hauka, qui vit depuis huit ans en France et y a refondé une famille, s’est vu refuser la demande d’asile à son arrivée. La Préfecture ne lui a pas a pas non plus accordé de titre de séjour « vie privée et familiale », au motif qu’il avait déjà une famille en Angola. Mais, d’après RESF, ses enfants sont dispersés et son épouse décédée. Guilherme Hauka a reçu à la place du titre de séjour une obligation à quitter le territoire français, confirmée en octobre par le tribunal administratif.

En janvier, il est interpellé une première fois et placé en centre de rétention en vue de son expulsion. Refusant d’embarquer, il est traduit en justice et incarcéré pendant deux mois. Le 18 mars, il est conduit directement de la prison à l’aéroport où il refuse de nouveau de monter dans l’avion. « Il a préféré s’enduire de matières fécales plutôt que d’embarquer. Les policiers lui ont demandé de se nettoyer, il a refusé, et il a alors été recouvert d’une couverture avant d’être mis dans l’avion » expliquait hier son avocat, Me Sabatier, à l’AFP. Lors de l’escale à Francfort, le pilote refuse de décoller avec un voyageur sous contrainte. Guilherme Hauka est alors rapatrié en France et présenté à un juge des libertés et de la détention (JLD) qui ordonne sa libération, samedi dernier, et lui accorde sept jours pour quitter le territoire.

« Depuis qu’il a été libéré, on était plein d’espoir, raconte Sophie Buisson, la directrice de l’école maternelle. Lundi et mardi, on a vu ses enfants revivre : ils avaient le sourire ; après deux mois de séparation, ils étaient accrochés à leur père en arrivant à l’école. Alors ce matin, on est tombés de haut. J’ai trouvé que c’était violent, brutal. Guilherme Hauka a le souci de ses enfants ; il est impliqué dans la vie de l’école, assure tous les accompagnements, participe aux réunions. Pour nous, voir un père arraché à ses enfants, c’est inacceptable. En plus, on ne comprend rien à toutes ces procédures » poursuit la directrice.

Ce que ne savaient pas Guilherme Hauka, sa famille et ses soutiens, c’est que la Préfecture a fait appel de la décision du JLD dès le lundi, ouvrant la voie à la possibilité d’une nouvelle interpellation. Conduit en centre de rétention, Guilherme Hauka ne devrait pas être expulsable avant cinq jours. « Ça nous laisse peut-être le temps d’obtenir enfin sa régularisation si on arrive à alerter les gens, les élus, voire le président de la République ? » se demandent avec inquiétude des parents. Ils ont photocopié une affichette qu’ils veulent placarder dans l’ensemble du quartier et au-delà : « Libérez et régularisez Guilherme Hauka Azanga ! Assez d’acharnement contre un père de famille ».

Ils se sont donné rendez-vous samedi à 13h45 place des Terreaux, pour la manifestation organisée par le Réseau éducation sans frontière appelant à « la régularisation de tous les jeunes et familles sans papier ». « Ce n’est pas parce que c’est la loi qu’il est juste de séparer des familles. Nous voulons au contraire que ce qui nous semble juste rentre dans la loi » explique Catherine Tourier de RESF. Clamant leur soutien à Guilherme Hauka Azanka et sa famille, les parents de l’école Gilbert-Dru ouvriront demain le cortège.

Anne-Caroline JAMBAUD



Masterisation : le recteur de Versailles présente son plan de formation des stagiaires

« Nous avons travaillé depuis plusieurs mois avec les différents partenaires, les cinq universités de l’académie et l’IUFM, afin de construire l’offre de formation la plus adaptée aux professeurs stagiaires », indique à AEF Alain Boissinot, jeudi 25 mars 2010 (AEF n°129358). Le recteur de Versailles a présenté jeudi son plan d’organisation de l’année de formation de fonctionnaire stagiaire en CTPA. Il s’appliquera dès la rentrée 2010 à quelque 1 600 stagiaires du premier degré et du second degré. « L’année 2010-2011, qui verra l’arrivée d’enseignants qui n’auront pas suivi l’année de formation en IUFM (PE2, PLC2) sera particulièrement stratégique », prévient le recteur.

Bâti « dans l’esprit de la note de cadrage du 25 février », ce dispositif assure aux stagiaires une formation équivalente à un tiers du temps de service obligatoire (27h hebdomadaires pour les PE ; 18h pour les certifiés et 16h pour les agrégés), soit « environ l’équivalent d’une journée de formation par semaine », précise le recteur. Cette formation comprend pour tous les personnels stagiaires, un accueil début septembre, un accompagnement renforcé jusqu’à la Toussaint, puis des périodes de formation « filée » ou « groupée » tout au long de l’année.

« L’objectif était d’offrir aux stagiaires le temps de formation le plus efficace possible, tout en assurant le bon fonctionnement des établissements », énumère le recteur, qui reconnaît volontiers des « complexités d’ordre technique » dans la construction du dispositif.

PREMIER DEGRÉ. Dans le premier degré, les stagiaires seront affectés – selon leurs vœux et leur place au classement – en brigade de remplacement et « stabilisés » jusqu’aux vacances de la Toussaint dans une école auprès d’un maître expérimenté. Ils seront ensuite placés sur des remplacements longs et alterneront enseignement devant élèves et périodes de formation.

Les professeurs tuteurs, choisis en priorité parmi les EMF, pourront encadrer un ou plusieurs stagiaires. Ils bénéficieront d’une formation et d’un suivi par regroupements ou à distance. Interrogé par AEF, Alain Boissinot estime avoir « les moyens de payer les intervenants et les professeurs expérimentés ».

SECOND DEGRÉ. Leurs collègues du second degré seront affectés sur des supports laissés vacants et/ou des blocs de moyens provisoires. Le rectorat a repéré pour eux des supports adaptés, en concertation avec les corps d’inspection et les chefs d’établissement.

Selon Alain Boissinot, le blocage de « quelques centaines » de postes pour les stagiaires ne devrait pas nuire au bon déroulement du mouvement des 40 000 enseignants du second degré de l’académie, premier et second degrés confondus. Dans la mesure du possible, le rectorat a réuni des « petits blocs de moyens épars » afin de constituer des « supports complets ». « Cette année, non seulement nous n’allons pas supprimer de postes, mais nous allons en créer plusieurs dizaines », se félicite le recteur.

Après une période d’accueil et d’information de trois jours en amont de la rentrée, les stagiaires bénéficieront les deux premiers mois de l’année d’un « accompagnement renforcé » par un collègue chevronné sous forme « d’échanges » : « Le stagiaire viendra deux heures par semaine dans la classe du tuteur et inversement », résume le recteur. Suivra tout au long de l’année une « formation filée » à raison d’environ une demi-journée par semaine, laissée libre dans l’emploi du temps. Le rectorat précise que « dans toute la mesure du possible, le service du stagiaire sera organisé avec un abattement de deux heures ».

Les heures correspondantes « feront l’objet d’une délégation correspondante à l’établissement d’affectation […]. Elles pourront, de préférence, être assurées par un autre professeur de l’établissement ou, éventuellement, donner lieu à une rémunération du professeur stagiaire enseignant sans que le service de celui-ci ne puisse dépasser l’obligation réglementaire de service de son corps », précise le rectorat dans une note technique.

Enfin, au printemps, les stagiaires seront regroupés pour dix jours de formation à l’université. « À ce moment-là, il faudra leur trouver des remplaçants », reconnaît Alain Boissinot, mais pas des stagiaires de M2. « Le ministère a renoncé à remplacer des stagiaires par des étudiants de M2 afin d’éviter aux élèves d’avoir deux débutants », explique Alain Boissinot.

Enfin, à l’instar des stagiaires du premier degré, ces jeunes professeurs auront accès à une banque de données ou des conseils en ligne, via l’ENT de l’académie de Versailles. Un volet de la formation auquel Alain Boissinot se dit « particulièrement attaché ».

PÔLE DE FORMATION. Afin d’assurer ces nouvelles missions de formation des stagiaires, jusqu’ici assumées par l’IUFM, le rectorat de Versailles réorganise ses services. « Nous voulons assumer notre mission d’académie de formation en constituant un véritable pôle de formation initiale et continue qui concernerait tous les personnels », détaille le recteur. Pour l’instant, ce pôle placé sous la direction d’un IA-IPR, Philippe Ballé, et constitué de deux ou trois personnes (inspecteurs, chefs d’établissement) a vocation à s’étoffer. En lien avec l’université et l’IUFM, il coordonnera toute les actions de formation.

UNE RÉPARTITION ÉQUITABLE. En parallèle, le rectorat travaille avec les cinq universités de l’académie à une répartition « équitable » des formations à travers l’académie. « Les formations mobilisant une forte demande comme celle de PE seront sans doute présentes dans toutes les universités, mais ce ne sera peut-être pas le cas pour toutes », précise Alain Boissinot. L’université de Cergy-Pontoise ayant intégré l’IUFM est « le fer de lance » de ce dispositif : « L’IUFM devrait jouer un peu le rôle d’agence de stages », conclut Alain Boissinot.

Contact : Rectorat de Versailles, Dominique Patard, Service communication, 01 30 83 40 50



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