À quoi sert le bouclier fiscal ? À massacrer la formation des enseignants !

Christophe Pébarthe, le blog de Médiapart, 1er avril 2010

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En 2009, 16 350 foyers fiscaux ont reçu au titre du bouclier fiscal 585 millions d’euros. Les 1 000 plus riches d’entre eux dont le patrimoine dépasse le plus souvent 15,8 millions d’euros en ont capté 368 millions, soit un chèque moyen de 360 000 euros ; les cent plus riches, 115 millions d’euros, soit un chèque moyen de 1,15 million d’euros. Certains députés de la majorité s’interrogent désormais sur cette mesure, après l’avoir votée avec enthousiasme, et envisagent de la supprimer.

Parallèlement, avec la réforme de la formation des enseignants qui aura pour effet immédiat d’affecter des fonctionnaires stagiaires à temps plein ou presque devant des classes, ce que chacun s’accorde à trouver scandaleux, le gouvernement économise 3 061 postes équivalent temps plein dans le primaire public et 2 244 postes équivalent temps plein dans le secondaire public, soit 5 305 postes. En terme de coût pour le budget de l’État, cette suppression de postes équivaut à un montant inférieur à 200 millions d’euros annuels.

Autrement dit, pour notamment favoriser la situation de 1 000 foyers fiscaux possédant pour la plupart d’entre eux un patrimoine dont la valeur dépasse les 15,8 millions d’euros, le gouvernement s’apprête donc à placer 16 500 enseignants sans formation devant 1,6 million d’élèves (selon les calculs de Sauvons l’Université !). Ajoutons que ces nouvelles modalités d’affectation des fonctionnaires stagiaires sont couplées avec des dates de concours (entre septembre et novembre au lieu du printemps) qui désorganisent les cursus universitaires et les préparations.

En supprimant le bouclier fiscal, en revenant à une année de stage avec une formation en alternance pour les enseignants nouvellement recrutés, en demandant au Ministre de l’Éducation Nationale de revoir le calendrier des écrits des concours de recrutement et en restituant les postes économisés sur le dos des élèves, des enseignants, des parents et de la société toute entière, les députés pourraient montrer qu’ils sont capables d’entendre certains messages des Français et même d’appliquer la politique du président de la République qui, s’adressant aux enseignants, déclarait le 4 septembre 2007 : « La Nation vous doit une reconnaissance plus grande, de meilleures perspectives de carrière, un meilleur niveau de vie, de meilleures conditions de travail ». Une reconnaissance plus grande et de meilleures conditions de travail supposent une entrée digne dans les métiers de l’enseignement.

Ce sont désormais les membres de la communauté universitaire, 1,6 million d’élèves et leurs parents, 16 500 futurs nouveaux enseignants qui vous regardent et qui attendent un collectif budgétaire. Serez-vous plus sensibles au doux regard de 16 350 foyers fiscaux, députés de la majorité ?

Christophe Pébarthe, maître de conférences en histoire grecque à l’université Bordeaux 3



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