Peut-on « dégraisser le mammouth » ?

LEMONDE | 06.04.10

 

Le slogan de campagne est devenu une règle comptable. Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée en 2007, le non-remplacement de la moitié des fonctionnaires partant à la retraite est globalement de mise. Et le chef de l’Etat a rappelé, mercredi 31 mars, qu’il le resterait jusqu’au budget 2013.

 

Dans l’éducation nationale, premier employeur, la saignée est importante. On a « dégraissé le mammouth » pour reprendre l’expression utilisée, en 1997, par Claude Allègre, alors ministre de l’éducation. En trois ans, 50 000 des quelques 700 000 enseignants ont vu leur poste disparaître. En 2012, si le rythme est maintenu, ce sont 80 000 postes qui auront été détruits. Alors que le nombre d’élèves repart à la hausse à la rentrée prochaine, des voix se font entendre à gauche – Martine Aubry, François Hollande -, mais aussi à droite – Dominique de Villepin -, pour demander une pause dans l’application à l’éducation et à la police de cette règle budgétaire.

 

Depuis plusieurs mois, le terrain gronde de grèves sporadiques pour attirer l’attention sur la violence latente qui laisse les équipes épuisées et impuissantes, le manque d’enseignants remplaçants, ou l’opposition de fond aux réformes, qu’elles soient du lycée ou de la formation des maîtres. Disparates, ces griefs trouvent pourtant un point de convergence dans le manque de moyens.

 

LA QUÊTE DU GRAS SUR LE MAMMOUTH

Pour combler les trous, s’est d’abord installée une mécanique de cache-misère consistant à rogner partout où les coupes restent invisibles. Dans un premier temps, ce sont les remplaçants des collèges et lycées, bataillons de profs en stand-by, qui ont été affectés sur des postes à l’année.

Certaines académies comme Lille ou Créteil ont commencé l’année 2009 sans solution pour les absences en anglais et dans des disciplines professionnelles. Pour combler les absences -maladies ou maternité, les -académies embauchent des vacataires au coup par coup. Des étudiants ou des retraités qui assurent à eux seuls 50 000 heures d’enseignement.

 

Dans un second temps, des options ont été supprimées. « Les académies de Lille, Amiens, Nancy ou Metz ont perdu pas mal de cours facultatifs en langues, disciplines artistiques ou éducation physique « , regrette Guy Barbier, secrétaire national du Syndicat des enseignants (SE).

 

D’autres ajustements ont aussi permis des gains de postes presque invisibles. Insignifiante d’un point de vue statistique, la baisse du taux de redoublement de 5,8 % à 5,4 % des élèves de collège, entre 2007 et 2008, a permis sur une seule année d’économiser une centaine de postes.

 

En lycée, avec des taux différents, le gain est identique. Au fil des ans, cela commence à compter. Quant au passage du nombre moyen d’élèves par classe, de 24,3 en collège en 2007, à 24,5 en 2008, il a permis une économie théorique de 1 400 postes.

 

LE MUSCLE DU MAMMOUTH EST ATTAQUÉ

Comme ces coupes n’ont pas suffi, il a ensuite fallu rogner sur les enseignements eux-mêmes. Tous les degrés du système ont perdu un peu de temps d’enseignement. Et l’addition de ces petits grignotages a permis de gagner plus de 10 000 postes.

A l’arrivée de Nicolas Sarkozy, 23,4 % des moins de 3 ans étaient scolarisés, ils ne sont plus que 18 %. Beaucoup de classes de très petits ont disparu, y compris dans les zones d’éducation prioritaires où la pré scolarisation est pourtant un droit inscrit dans la loi. Or 42 000 enfants de moins dans les écoles, cela compte.

Les enfants du primaire, eux, ont perdu deux heures hebdomadaires censées dégager du temps pour que leurs maîtres assurent une aide aux élèves en difficulté, et aussi pour que le ministre puisse récupérer des postes d’instituteurs spécialisés dans cette aide qui jusque-là travaillaient en réseau, à la demande.

 

Au lycée professionnel, les jeunes qui préparaient en quatre ans leur bac le font en trois ans depuis cette rentrée. Quant aux jeunes enseignants, ils paient aussi leur tribut, puisque l’année durant laquelle ils étaient stagiaires rémunérés disparaît à cette rentrée et qu’ils vont se retrouver tout de suite affectés devant une classe.

En multipliant ainsi les coupes à tous les niveaux, le grand public n’y a vu que du feu. En revanche, effet indirect, la vie des établissements a changé. Moins nombreux, les enseignants sont aussi moins disponibles. En collège, ce sont plus de 6 % des cours qui sont assurés en heures supplémentaires ; en lycée, plus de 12 %. Le 1,2 milliard d’euros défiscalisés qu’ils se partagent verrouille largement leur emploi du temps.

 

LE NIVEAU DES ÉLÈVES LES PLUS FRAGILES BAISSE

Si ces coupes étaient sans conséquences sur le niveau des élèves, le contribuable se réjouirait de voir la facture scolaire tomber de 6,7 % du PIB, il y a deux ans, à 6,6 aujourd’hui. Or les chercheurs restent dubitatifs sur l’évolution actuelle.

Responsable du programme d’évaluation international des élèves à 15 ans (PISA), Eric Charbonnier l’observe : « La France reste dans la moyenne des pays de l’OCDE. Les résultats des élèves de 15 ans n’ont pas changé depuis dix ans. En revanche, ce qui a changé, c’est la taille du groupe des élèves en très grande difficulté. Ceux qui ne maîtrisent pas suffisamment les compétences, même pour décrocher un CAP, ont été multipliés par deux. »

 

Et dans le primaire ? « Le niveau moyen des élèves au sortir du primaire a globalement baissé depuis vingt ans. De plus, cette baisse, qui, en lecture, concerne surtout les élèves les plus faibles, se traduit par un creusement des inégalités sociales dans cette matière », précise Marie Duru-Bellat, spécialiste de l’économie de l’éducation à Sciences Po. Si cette baisse de niveau est antérieure à l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, il sera bien difficile de savoir si elle a été enrayée ou aggravée puisque tout le système d’évaluation a changé et ne permet plus de comparaison dans le temps.

Reste le classement international pour se faire tout de même une petite idée de l’évolution. « La position relative de la France par rapport aux autres pays se dégrade… Les écoliers français se situent, en lecture, en moins bonne position qu’il y a une dizaine d’années. Hier placés dans les premiers rangs, nous sommes aujourd’hui très moyens », rappelle Marie Duru-Bellat.

 

LA RIGUEUR COMME POLITIQUE ÉDUCATIVE

L’autre conséquence de ces coupes claires est que toute décision ministérielle est -devenue suspecte, lue d’emblée comme un levier pour gagner des postes.

Le dernier exemple en date reste la réforme du lycée. Luc Chatel a beau répéter sur tous les tons, qu’elle est faite à moyens constants, les acteurs du terrain n’y croient pas. « Il ne coupe certes pas les moyens pour la mise en place de la réforme en seconde à cette rentrée, souligne Daniel Robin, cosecrétaire général du SNES. Mais il les coupera en 2011 et 2012 sur les classes de 1re et de terminale. » Le tronc commun d’enseignements en classe de 1re permettra, selon le syndicaliste, de regrouper des élèves des filières littéraires et scientifiques pour des cours communs.

Au fil du temps le « un sur deux » n’est plus perçu comme une politique de rigueur budgétaire, mais comme la politique éducative en vigueur. Un peu comme si le ministre de l’éducation avait emménagé à Bercy.

 

Maryline Baumard



Agence de remplacement des Profs

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Rentrée 2010, mode d’emploi!

La réforme de la formation des enseignants se met en place dans les écoles élémentaires et maternelles. Illustration:

par capitaine Guynemer

IUFM Paris


C’est la rentrée !

A l’école élémentaire de la rue de l’Avenir, dans la classe de CE2, élèves et parents font la connaissance de l’enseignant, enfin des enseignants… Car ils seront deux dans la classe, jusqu’aux vacances de la Toussaint.

Le premier vient d’être reçu au concours de recrutement des professeurs des écoles, on l’appelle P.E.S. (Professeur d’Ecole Stagiaire). Il n’a pas eu de formation professionnelle, hormis 4 semaines d’observation dans deux classes l’année dernière. Pas de chance, ce n’était pas en CE2, mais bon.

Le deuxième, qu’on appelle T1 (Titulaire 1ère année), sort d’un an de formation professionnelle à l’IUFM, il a eu la chance d’être reçu au concours en 2009 : il fait partie de la dernière promotion d’enseignants formés puisque les IUFM n’existeront plus en 2011. Il aurait du avoir un  poste à l’année dans une école pas trop difficile pour ce début de carrière, mais bon.


Le samedi suivant, réunion de classe.

PES explique aux parents qu’il a un tuteur dans l’école, un enseignant chevronné qui lui apporte conseils et soutien. Bien sûr c’est un peu compliqué parce que le tuteur a un CP et n’a pas fait de CE2 depuis 1997, il ne connaît pas les manuels, et le midi il fait les aides personnalisées. Mais bon, on peut discuter un peu à la récréation, s’envoyer des mails le soir. Et puis le T1 a accepté de prendre le CP du tuteur deux matinées par semaine pour qu’il vienne dans le CE2 voir comment travaille le PES. Et puis, il y a aussi un Maître Formateur qui viendra dans la classe de temps en temps.

Enfin, à partir de novembre, ce sera différent : le T1 quitte l’école pour aller faire des remplacements ailleurs. Le PES reste dans la classe de CE2…les lundis jeudis et vendredis, puisque les mardis il va parfaire sa formation  à l’Université jusqu’au mois de mai.

Pour les mardis, un remplaçant Brigade arrive. Jusqu’au mois de mai, le Brigade remplacera quatre PES dans quatre écoles différentes : une petite section le lundi, un CE2 le mardi, un CM1 le jeudi et une grande section le vendredi. Ca fait une centaine d’élèves, Brigade ne connaîtra peut-être pas tous les prénoms à Noël, mais bon.

Le PES et le Brigade ne se rencontreront jamais puisqu’ils ne sont pas là les mêmes jours, mais bon, quelques mails pour les urgences, ça permet de créer du lien !

Comme la formation professionnelle, c’est vraiment primordial, le PES aura aussi un stage d’une semaine complète au deuxième trimestre. Pas d’inquiétude, son remplacement est prévu…par une autre Brigade, on l’appelle Brigade n°2.

Quand mai arrivera, le PES aura terminé sa formation et sera à plein temps dans sa classe de CE2. Il sera évalué (il ne sait pas encore par qui ni comment) et titularisé (si tout va bien) à la rentrée suivante.

Les parents osent quelques questions sur l’emploi du temps, le programme scolaire, les projets pédagogiques, le livret d’évaluation. Le PES est embarrassé car il a été nommé la veille de la rentrée, il a juste eu le temps de lire les Programmes Officiels, participer à deux réunions le mercredi avec l’inspecteur sur le thème « Déontologie du fonctionnaire», aménager sa classe, s’initier au maniement du Baby-haller pour son élève asthmatique, repérer l’itinéraire pour les séances de piscine qui commencent lundi… Mais bon, il va faire son maximum, mettre les bouchées doubles. L’école est sympa, les collègues attentifs et le PES est très motivé et le T1 va l’aider.


Les parents quittent la réunion, perplexes, inquiets ou fâchés. Que penser ? Que faire ?


 

Vous n’avez pas tout compris ? C’est normal.

 

En revanche, vous avez sans doute compté : PES, T1, Brigade n°1, Brigade n°2… 4 enseignants différents. Une grippe ? Un congé maternité ? Il faudra faire appel à Brigade n°3…

 

A la rentrée, 170 écoles, soit plus de 4000 élèves, seront dans cette situation à Paris.



Evaluations en Angleterre : elles sont à l’origine d’un déclin de l’intérêt pour la lecture et pour les apprentissages chez les enfants.

Article Quelle école pour demain

Prétextant une volonté d’efficacité et de modernisation, le gouvernement actuel est en train d’imposer à l’école française les nouvelles Évaluations Nationales.

Changements majeurs par rapport aux formes précédentes :
- Elles sont mises en place en fin de cycle 2 et 3, au lieu de se trouver en début de CE2 et de 6ème. Elles ont ainsi un rôle de verdict final pour chaque classe de fin de cycle, suppriment tous les dispositifs de concertation que les évaluations précédentes avaient permis, notamment entre école et collège…
- Toute école est tenue de faire remonter les résultats des classes concernées, qui devront être utilisés « pour le pilotage des circonscriptions. »
- Leur contenu et consignes de passation très peu adaptés, leur mode de notation à l’emporte-pièce ne leur donne aucun intérêt diagnostic : ce sont des chiffres dénués de sens que les écoles sont tenues de transmettre.

Or cette logique du pilotage par les chiffres est la norme depuis plus de 10 ans en Angleterre… Et les effets sur l’école sont si catastrophiques, que les enseignants sont en train de décider d’en boycotter la session 2010.

On peut s’interroger : pourquoi choisir pour la France des options qui sont fermement dénoncées là où elles sont appliquées ?


Lu dans le Guardian, le 23 mars 2010 : Teachers plan to boycott school tests.

Les enseignants projettent de boycotter des tests à l’école.

Les professeurs principaux en Angleterre s’apprêtent aujourd’hui à enclencher une bataille avec le prochain gouvernement quelque soit sa couleur politique. Des milliers d’entre eux ont l’intention de boycotter les tests nationaux pour les élèves âgés de 11 ans après les prochaines élections (législatives, prévues le 6 mai [Ndlr]).

Les syndicats ont appelé les milliers de directeurs d’écoles (et leurs députés) à se prononcer par un vote en faveur d’un boycott des tests de maths et d’anglais, connus sous le nom de « Sats », et sur lesquels devront plancher 600 000 élèves pendant une semaine à partir du 10 mai.

Ce boycott pourrait donc être le premier conflit auquel le nouveau gouvernement sera confronté dès son élection.

« frustrer l’administration »

Les [principaux syndicats enseignants – la NUT (National Union of Teachers) et la NAHT (National Association of Head Teachers) ont demandé aux enseignants s’ils seraient d’accord de « frustrer l’administration » de ces tests.

« Si nous avons un résultat favorable au vote, et nous sommes confiants, nous publierons des consignes de ce que ne devront pas faire les enseignants ; ce qui privera l’administration de ces tests » déclare Christine Blower, la secrétaire générale de la NUT.

En janvier, un quart des membres de la NUT ont répondu à un vote initial. Les trois-quarts de ces votants se sont prononcés pour un boycott.

Les partis sont favorables aux tests.

Le parti travailliste et les conservateurs sont favorables aux tests [Sat].

L’année dernière, Gordon Brown s’était adressé personnellement aux enseignants en leur demandant de ne pas les boycotter. Ed Balls, le Secrétaire aux écoles, a annoncé des reformes concernant ces tests pour l’année prochaine. Ils seront publiés avec les annotations des enseignants en plus des notes données par les correcteurs externes.

Les Tories projettent de transférer les tests en première année de l’école secondaire et de les faire corriger par les enseignants, plutôt que par des examinateurs externes.

Stigmatisation, dressage.

Mais les syndicats veulent les mettre au rebut.

Pour eux, les tests sont utilisés pour remplir des tableaux de résultats par école « sans intérêt ». Ils stigmatisent les établissement qui comportent un grand nombre d’élèves en difficulté et transforment la dernière année de l’école primaire en un dressage pour les examens.

Lors de sa conférence annuelle à Liverpool le mois prochain, le syndicat demandera aux enseignants d’adopter une motion demandant la suppression de « Sats ».

Cette motion, proposée par des enseignants de Waltham Forest, dans l’est de Londres, stipule : « Nous pensons que nous devons nous tourner vers un système où l’évaluation est vraiment au service de l’apprentissage. Les « league tables » sont à l’origine d’un déclin de l’intérêt pour la lecture et pour les apprentissages chez les enfants. En abolissant Sats, nous faisons un premier pas vers un vrai progrès. »


Pour les anglophones, le texte original (quelques paragraphes ont été réorganisés lors de la traduction.)

Headteachers in England were today gearing up for a battle with the next government – whatever its political colour – after it emerged that thousands plan to boycott national tests for 11-year-olds days after the general election.

Teachers’ trade unions are balloting tens of thousands of school heads and their deputies over whether to boycott maths and English tests, formerly known as Sats, which 600,000 children are expected to sit during the week starting 10 May.

Teachers have until 16 April to vote, but today the unions – the National Union of Teachers (NUT) and the National Association of Head Teachers (NAHT) – said they were confident the majority of those balloted would vote for a boycott.

The two unions have asked teachers whether they would agree to « frustrate the administration » of the tests. Pupils and teachers would still attend school if a boycott went ahead, but children would not be entered for the tests.

A boycott could be the first battle a new government faces after the election, which is predicted to be called for 6 May.

Labour and the Conservatives support the tests. Last year Gordon Brown made a personal appeal to teachers not to boycott them. Ed Balls, the schools secretary, has announced reforms to next year’s tests which will see teacher assessments published alongside the externally marked exams. The Tories are considering deferring the tests to the first year of secondary school and allowing teachers, rather than external examiners, to mark them.

But the unions want them scrapped, saying the tests are used to compile « meaningless » school league tables, which unfairly stigmatise schools with the most challenging pupils, and turn children’s last year of primary school into a repetitive drill for the exams.

Christine Blower, the general secretary of the NUT, said : « If we have a successful ballot outcome, which we are confident that we will, then we will issue a list of instructions to teachers of things they should not do so, that way it will frustrate the administration of the tests. »

In January, a quarter of NUT members responded to an initial ballot. Three-quarters of respondents voted for a boycott.

Teachers will be asked to pass a motion at the union’s annual conference in Liverpool next month calling to abolish Sats.

The motion, proposed by teachers in Waltham Forest, east London, states : « We believe that we must move to a system where assessment is truly for learning … League tables are the driving force behind the decline in nurturing a love of reading and a love of learning in children. Abolishing Sats is the first step in a move to genuine improvements in achievement. »

The NUT is also heading for collision course with the next government over the expansion of academies. At the conference, teachers will be asked to step up plans to thwart Labour and Tory proposals to boost the number of academies.

A motion, proposed by teachers in Lambeth, south London, states : « Further expansion of the academies programme may tip the balance from a coherently planned, local and democratic education system into a wasteful patchwork of privatised, competing school market places in which those with ’buying power’ will do best. »



Le Conseil d’Etat condamne le ministre de l’Education Nationale

Dimanche, 28 Mars 2010 21:56
COMMUNIQUE RELATIF AUX DECISIONS RENDUES PAR LE CONSEIL D’ETAT LE 17 MARS 2010 RELATIVES AU REFUS PAR Erwan REDON et Christine JOUSSET D’EXECUTER L’AIDE PERSONNALISEE AUX ELEVES

Par deux arrêts en date du 17 mars 2010, le Conseil d’Etat a statué sur les pourvois qu’avait formé le ministre de l’Education nationale contre les deux
ordonnances de référé du Tribunal Administratif de Marseille du 11 août 2009 suspendant les retenues sur salaire dont avait fait l’objet Erwan REDON et
Christine JOUSSET pour non exécution de l’aide personnalisée aux élèves.

Par ces deux arrêts, les pourvois du ministre de l’Education nationale sont rejetés.

S’agissant d’Erwan REDON, le Conseil d’Etat a considéré que le juge des référés du Tribunal Administratif de Marseille n’avait pas commis d’erreur de droit
en suspendant les retenues sur salaire notifiées au professeur des écoles dès lors que le ministre de l’Education nationale n’avait pas justifié devant
ce juge de l’entière exécution desdites retenues.

S’agissant de Christine JOUSSET, le Conseil d’Etat a considéré que le ministre de l’Education nationale avait commis une illégalité en exécutant une retenue
sur salaire suspendue par le juge des référés du Tribunal Administratif de Marseille.

Une nouvelle fois, le ministre de l’Education nationale, partie perdante devant le Conseil d’Etat comme devant le Tribunal Administratif de Marseille, est
condamné à payer respectivement à Erwan REDON et à Christine JOUSSET la somme de 2.000 € au titre des frais de procédure engagés.

Le refus par Erwan REDON et Christine JOUSSET d’exécuter l’aide personnalisée aux élèves sera examiné le 15 AVRIL 2010 à 14H00 par le Tribunal Administratif
de Marseille, statuant au fond et en formation collégiale.

Par ailleurs, la saisine du Conseil d’Etat et l’illégalité dans laquelle le ministère de l’Education Nationale est prèt à se maintenir démontre sa volonté
d’intimider et de rendre illégitime la contestation lancée par tous les acteurs du système éducatif. Refusant l’évolution marchande de l’Education et la
négation de l’enfant-sujet au profit de l’élève-produit manufacturé, les enseignantEs, les parents, les éducateurs, psychologues, médecins… ont su répondre
collectivement en soutenant les EnseignantEs que le ministère avait tenté d’isoler (refus des évaluations, de l’aide personnalisée, de la base élèves,
de la hiérarchie, d’une pédagogie niant les personnes…)

Le refus de cette politique qui dépasse le cadre de la France se poursuivra à travers les collectifs d’individus qui s’organisent pour s’opposer aux directives
et les dénoncer.

Reconnaissant l’implication des syndicats, celle-ci reste insuffisante pour la plupart d’entre eux. Nous sommes déterminés à continuer notre engagement
au sein de ces collectifs (Collectif National de Résistance à Base Elèves, Collectif Anti Hiérarchie, Résistance Pédagogique, Coordination Nationale Ecole
en Danger )

Enfin les méthodes de répression et la logique politique à l’œuvre ne sont pas l’apanage du seul secteur éducatif. La justice, la poste, la santé, l’agriculture
– pour ne citer qu’eux – subissent aussi la même logique d’évolution marchande et les travailleurs s’y opposant payent eux aussi le prix fort.

Dans l’Education Nationale ou ailleurs nous poursuivrons notre opposition à la perte de l’humain au profit du seul mercantilisme.

Christine Jousset, Erwan Redon,
avocate – Sophie Sémeriva – Barreau de Marseille
contacts: 0632709189

Avocate : 0664859874

http://education-resistance-autoritarisme.org



Le syndicat des inspecteurs d’académie (SIA) alerte dans un courrier du 2 avril le Ministre Luc Chatel sur les conséquences négatives de la réforme de la masterisation (2 avril 2010).

Dans ce courrier adressé à Luc Chatel et transmis à la presse vendredi 2 avril 2010 (pas encore diffusé), Robert Prosperini, secrétaire général du syndicat des inspecteurs d’académie (SIA), veut « alerter le ministre sur les conséquences » qu’il pressent « négatives » des « décisions prises actuellement quant à l’affectation, le service et les modalités de formation des futurs professeurs stagiaires ». Il demande en outre une audience à ce sujet.

Extraits du courrier (source dépêche AEF) :
« Les IA-IPR, acteurs de la ’gestion de la ressource humaine et éducative’ dans les académies, expriment de très fortes réserves quant à la pertinence de mesures qui conduiraient à une entrée périlleuse dans un métier difficile pour de jeunes collègues sans expérience ».

Le syndicat rappelle avoir déjà alerté le ministre par un courrier daté du 25 janvier 2010. Pour toute réponse, la DGRH du ministère leur « rappelle [par lettre du 26 mars 2010] uniquement les dispositions prises, dispositions que, comme inspecteurs d’académie, nous connaissons et sur lesquelles notre courrier précédent avait précisément pour objet de vous alerter ! »

Le secrétaire général insiste sur le « manque évident de considération à l’égard de cadres supérieurs de votre ministère et de leur niveau d’expertise ».

Le SIA revient sur les éléments importants qu’il avait analysés : l’affectation des lauréats du concours sur un poste à temps plein « rendra l’entrée dans le métier bien plus difficile qu’auparavant ». « Une alternance régulière entre théorie et pratique est indispensable pour acquérir les repères professionnels fondamentaux et pour les assimiler de façon durable. Sans cette alternance, la construction d’une base solide de compétences professionnelles sera  incertaine et aléatoire, nuisant à la qualité de l’enseignement et à la sérénité professionnelle des jeunes enseignants et faisant courir, à terme, le risque d’une augmentation du nombre de professeurs en difficulté en cours de carrière ».

« Le remplacement des professeurs stagiaires pour leur permettre de  suivre la formation engendrera une discontinuité des apprentissages  pour les élèves. On ne peut à cet égard ignorer les difficultés de  remplacements – certaines académies ont été conduites à solliciter des  retraités – que ces dispositions auront pour conséquence d’aggraver et  dont les élèves seront les premières victimes ! ».

« D’autre part, le gel des supports budgétaires utilisés pour affecter  les professeurs stagiaires qui diminuera considérablement le nombre de  postes vacants va à l’encontre de l’objectif affiché, que nous partageons, de faciliter la mobilité des fonctionnaires. Dès lors, on  peut se demander à quoi serviront les ’cellules mobilité’ dans chaque  académie qui ont pour mission de rechercher les moyens de générer  cette mobilité. »

« Enfin l’absence d’harmonisation des dispositions prises dans les  académies entraîne une inégalité préjudiciable à la qualité de la  formation dont l’architecture doit répondre à un modèle national  éprouvé ».

Le SIA se dit « conscient que ces dispositions ont pour but de  diminuer la charge budgétaire de l’Éducation nationale pour alléger la  dette publique » : « Nous y souscririons si elle n’avait pas d’impact  sur la réussite scolaire des élèves et à terme sur leur insertion  professionnelle. Finalement, pour des économies à effets immédiats  nous engagerions un processus très coûteux pour l’avenir. Nous pensons  donc que ce n’est pas sur la formation des enseignants que doit porter  dans notre ministère la réforme destinée à optimiser les moyens de  l’État. »

Il propose « que les professeurs stagiaires soient affectés sur un  temps de service de 12/18e, le tiers restant (6/18e) étant dédié à  leur formation en alternance » : « Cette modalité d’affectation est  seule susceptible de garantir la continuité pédagogique due aux élèves  et la qualité du service public d’éducation, d’apaiser les fortes  tensions qui se manifestent de plus en plus dans les établissements  scolaires et d’obtenir l’adhésion des professeurs tuteurs pressentis  », conclut-il en demandant instamment un « cadrage national prenant en compte son analyse et garantissant une égalité d’application sur  l’ensemble du territoire national »



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