« Plus la classe est nombreuse, plus elle est lourde à gérer »

Article Rue 89

Augmenter le nombre d’élèves dans le premier degré : une proposition qui fait l’unanimité contre elle. C’est le verdict des enseignants riverains de Rue89 auxquels nous avons proposé de réagir au projet qui, selon eux, a surtout pour but de réduire le nombre de postes d’enseignants. Revue de commentaires et d’arguments.

1Des classes plus dissipées

Par expérience, les enseignants notent qu’il devient difficile, dans une classe à fort effectif, de créer une atmosphère de travail stimulante. Nelmezzodelcamin, prof de langues, témoigne :

« Du point de vue de la relation, plus le groupe est nombreux, plus il est lourd à gérer. Ce qui est épuisant c’est de devoir stimuler les élèves, pour qu’ils s’impliquent, participent, prennent la parole et canaliser en même temps. »

Une classe à fort effectif se dissipe plus facilement qu’une autre et peut créer des émulations négatives, selon Anterak13 :

« Plus le nombre d’élèves par classe est important, et plus les problèmes de comportement de certains enfants sont difficiles à gérer. »

2

La pédagogie individualisée à la trappe

Difficile de mettre en place des éléments de différenciation pédagogique quand les élèves sont nombreux. Pourtant, il apparaît indispensable de pouvoir solliciter les élèves personnellement et d’avoir des moments pour reformuler les consignes individuellement. J.N, qui exerce dans le secondaire, explique :

« Les élèves ne font pas tous les mêmes erreurs, et n’ont donc pas tous besoin des mêmes remédiations.

Il est important de pouvoir individualiser au maximum l’aide apportée dans la classe. »

Les enseignants ont insisté sur la complémentarité des aspects collectif et individuel du travail en classe : l’enseignement associe l’animation de la classe -en tant que groupe- et des moments d’attention accordés à l’élève dans sa spécificité. En augmentant la taille des classes, on risque de faire pâtir les deux aspects. Lally, professeur, précise :

« Plus l’enseignant peut être disponible pour aider chaque élève, plus la réussite générale de la classe est importante. […]

Et plus les enfants viennent d’un milieu familial en difficulté, plus cette notion de pédagogie individualisée est importante. »

3Des élèves en difficulté laissés sur le bas-côté

La note du 4 mai remise par le ministère de l’Education nationale aux inspecteurs d’académie prévoit de réduire le nombre de postes du Réseau d’aide aux élèves en difficulté (RASED).

Si les deux hypothèses -d’augmentation des effectifs et de réduction des postes RASED- étaient confirmées, les enseignants redoutent de voir les élèves souffrant de handicap scolaire « noyés » dans des classes, alors que leurs spécificités devraient pouvoir être prises en compte.

Bleuet1, enseignante d’anglais dans le secondaire, s’interroge :

« Les statistiques montrent que chaque enseignant a dans sa classe au moins deux élèves souffrant de handicap scolaire (très souvent de la dyslexie, mais il n’y a pas que ça).

Ces handicaps réclament une prise en charge particulière, qui doit être rendue possible pour peu que le professeur soit formé pour ça, mais aussi qu’il en ait le temps !

Comment fait-on pour s’occuper des besoins très particuliers de manière adéquate si la classe est très nombreuse, et si en plus elle est bruyante ? »

4Un espace saturé et des ressources pédagogiques limitées

Si l’effectif des classes est malléable, les murs d’une classe ne le sont pas. JN redoute « des classes pleines à craquer (surtout dans les établissements récents, où leurs dimensions sont calculées aux millimètres), où il est impossible d’isoler un élève. »

Partager l’espace et le matériel d’une classe peut devenir compliqué à mesure que l’effectif d’une classe est revu à la hausse. Pour Morse, professeur des écoles, « augmenter le nombre d’élèves revient à disposer de ressources pédagogiques limitées. »

5Les cours de langue, un casse-tête

Dans certaines matières, notamment les langues vivantes, l’oral a une place privilégiée. C’est dans la pratique et la conversation qu’elles s’acquièrent.

Or, dans une classe de plus de vingt élèves, il est difficile de donner la parole à tous, expliquent les enseignants de langue, qui ont été nombreux à réagir.

Ermine, étudiante en sociologie, qui se destine à la profession d’enseignante, se rappelle ses cours d’anglais en terminale :

« 33 élèves issus des filières S, ES et L. Pas le même programme, pas la même épreuve au bac. Une prof devait donc préparer 33 élèves de trois filières différentes à trois examens différents et ayant des niveaux différents. »

Pour conclure, Morse souligne une contradiction du gouvernement. Dans sa note préparatoire aux inspecteurs d’académie, le ministère de l’Education avance :

« Hors cas ou situations spécifiques, les études et expériences les plus récentes indiquent que la diminution des effectifs dans les classes n’a pas d’effet avéré sur les résultats des élèves […]. »

Pourtant en zone d’éducation prioritaire (ZEP), les classes de maternelle et de primaire sont limitées dans le cadre de la discrimination positive.

« On limite le nombre d’élèves dans les classes de milieux sociaux défavorisés, c’est l’aveu même de l’influence du nombre d’élèves dans les classes sur la qualité de l’enseignement. »

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Hausse d’effectifs : enseignants, quels effets sur vos élèves ?

 

Un dessin de Baudry sur le projet de  hausse des effectifs dans les classes du premier degré

La recette du ministère de l’Education nationale pour réduire le nombre de postes d’enseignants pour les rentrées prochaines a filtré sur Internet : augmenter la taille des classes dans le premier degré.

Téléchargez le document publié sur CaféPédagogique.net

Cette proposition, issue d’un document du 4 mai remis par le ministère aux inspecteurs d’académie, a été publiée sur le site CaféPédagogique.net (voir document ci-contre) le 31 mai dernier, suscitant de vives réactions.

Plusieurs études ont tenté de mesurer l’impact de la taille des classes sur la réussite des élèves. Et notamment celle de l’économiste Thomas Piketty, publiée en 2006 par les services du ministère : elle montrait qu’en primaire, on apprend mieux à lire et à calculer quand on est 20 au lieu de 25. Un constat qui se vérifie d’autant plus pour les enfants de milieux défavorisés.

Pourtant, dans sa note aux inspecteurs d’académie, le ministère ignore les résultats de cette étude et avance au contraire que :

« Hors cas ou situations spécifiques, les études et expériences les plus récentes indiquent que la diminution des effectifs dans les classes n’a pas d’effet avéré sur les résultats des élèves et que les très petites écoles ne s’avèrent plus toujours performantes. »

Enseignants, sur un mode prospectif, racontez-nous les effets que pourraient avoir une augmentation des effectifs sur l’atmosphère de travail en classe. Quel impact sur les progrès de vos élèves ? N’hésitez pas à être concret et précis dans vos commentaires.

► Nous publierons une synthèse de vos contributions.

Illustration : dessin de Baudry sur le projet de hausse des effectifs dans les classes du premier degré

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Bourrage de classe

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Appel National pour l’École Publique

L’École publique, laïque et gratuite crée le lien social indispensable pour faire face aux défis d’un monde en crise. C’est elle, et elle seule, qui permet de garantir la cohésion sociale. Elle est pourtant aujourd’hui menacée par des choix politiques qui favorisent le privé et encouragent le consumérisme éducatif.

Redonnons la Priorité à l’École laïque !

Le service public et laïque d’éducation doit garantir à chaque élève une scolarisation de qualité sur tous les territoires. Il doit permettre à chacune et chacun, quelle que soit son origine culturelle ou géographique, quelle que soit sa condition, quel que soit son handicap, de bénéficier d’une éducation et de s’approprier « le vivre ensemble » dans un espace où la liberté de conscience est strictement respectée.

Aujourd’hui, le service public et laïque d’éducation n’est plus une priorité de l’état.

Les nombreuses décisions ministérielles le montrent :

  • les dizaines de milliers de suppressions d’emplois qui ne cessent de le frapper durement, le fragilisent en zone rurale et l’asphyxient en zone urbaine,
  • les aides publiques concédées aux établissements privés (à 95% catholiques) qui n’ont jamais été aussi élevées. Il s’agit de près de 7 milliards d’Euros octroyés chaque année par l’État, auxquels viennent s’ajouter les participations obligatoires versées par les collectivités locales,
  • la loi Carle qui amplifie le financement de la concurrence au service public et conforte la logique de « marché » scolaire,
  • la suppression de la sectorisation, qui transforme les parents d’élèves en consommateurs d’école,
  • le développement du privé par le plan banlieue, là où les besoins du service public sont les plus criants, là où la ségrégation sociale est la plus forte,
  • les accords « Kouchner Vatican » (qui remettent en cause les règles de collation des grades universitaires au bénéfice des instituts catholiques) ainsi que les projets de financement par l’état de l’enseignement supérieur privé.

Nous, signataires de cette pétition, refusons l’affaiblissement organisé par l’État, de notre service public et laïque d’éducation.
L’éducation n’est pas une marchandise. La liberté de conscience doit être respectée partout et pour toutes et tous. L’argent de tous doit cesser de financer les choix de quelques-uns.

Nous exigeons une orientation politique qui fasse clairement le choix de l’École publique, laïque et gratuite.

Nous réaffirmons qu’il n’y a qu’une École de la République.

Nous demandons que l’effort éducatif de la Nation soit réservé au développement de l’École de la Nation.

Signez la pétition :

http://www.appelpourlecolepublique.fr/transf.php



Sauvons les RASED

Monsieur le Ministre de l’Education nationale,

En 2008, votre prédécesseur annonçait la suppression de 3000 postes de RASED.

Face à l’indignation générale des écoles et des parents d’élèves, exprimée par les centaines de milliers de signatures de la pétition « sauvons les Rased », celui-ci a dû transformer 1500 de ces suppressions en postes dits surnuméraires (en réalité 2200 suppressions et 1248 sédentarisations d’après les chiffres émanant de vos services), tout en publiant au Bulletin Officiel une nouvelle circulaire pérennisant ces dispositifs mais présentant une version simplifiée de leurs missions.

A la rentrée 2009 les organisations syndicales de l’éducation, les associations professionnelles, les fédérations de parents d’élèves vous alertaient à nouveau, constatant les projets de suppression des postes surnuméraires dans les cartes scolaires des IA, et la baisse drastique des départs en formation spécialisées, départs indispensables pour pourvoir les postes des réseaux par des personnels compétents et spécifiquement formés à la prise en charge des élèves en difficulté.

Des discussions se sont alors engagées avec vos services, dans le but de stabiliser les dispositifs, de réfléchir autour du plan de formation pour rattraper le retard pris dans ce domaine, et de dresser un état des lieux de l’implantation des postes.

Alors que les discussions ont été interrompues unilatéralement, le document interne « Schéma d’emplois 2010-2013 » adressé aux Recteurs d’académie en vue de la préparation de la carte scolaire 2011 suscite la stupeur et la consternation.

Il y est en effet proposé de ne recruter aucun maître G, aucun psychologue scolaire et un minimum de postes E. Les postes vacants, dont le nombre ne cesse d’augmenter du fait de l’insuffisance des départs en formation, seraient fermés.

Bien plus, les différents « scénarii possibles » soumis aux Recteurs envisagent la suppression ou la « mise en extinction » pure et simple de ces catégories de professionnels spécialisés, par le non-recrutement et la remise en affectation classe.

Ces mesures sont en totale contradiction avec les engagements précédents, les études sur les causes et les moyens de remédier aux difficultés scolaires.

Alors que deux heures de classe ont été supprimées à la rentrée 2008, ces décisions, si elles sont confirmées, vont se traduire inévitablement, par une dégradation des résultats des écoles, par plus d’inégalité sociale. Comme l’indique la circulaire n°2009-088, l’aide personnalisée et les stages de remise à niveau « peuvent se révéler insuffisants ou inadaptés pour certains élèves ». Il est alors nécessaire d’avoir recours aux enseignants des réseaux d’aides spécialisées pour « renforcer les équipes pédagogiques » et « construire les réponses adaptées ».

Comment envisager que les moyens déjà insuffisants consacrés à la lutte contre l’échec scolaire se voient ainsi amputés, alors que vos projets prévoient également en parallèle une augmentation du nombre d’élèves par classe ? Dans quelle situation ingérable vont se retrouver les enseignants des classes, les élèves et leurs familles ? Quel avenir préparons-nous pour ces élèves et pour notre nation si l’Ecole de la République faillit ainsi à ses missions – celles d’une éducation de qualité accessible à tous ?

Nous vous demandons solennellement, Monsieur le Ministre, de renoncer à ce projet et de rouvrir les discussions sur l’avenir des réseaux d’aides aux élèves en difficulté.

Les organisations syndicales (CGT Educ’action, SE-Unsa, Sgen-CFDT, Snudi FO, Snuipp, Solidaires), les associations professionnelles (AFPEN, FNAME, FNAREN, ANCP), la fédération de parents d’élèves FCPE.

Avec le soutien de l’AGSAS.



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