Profs de SES au bord du boycott

Article Libé.fr

Besson 052
Cent-soixante-dix notions en cent-soixante-dix heures: c’est ce que les élèves de première vont devoir ingurgiter dans le nouveau programme de SES (Sciences économiques et sociales). Pour ses concepteurs, à raison d’une notion par heure de cours, c’est jouable. Les profs de SES jugent, eux, le programme inacceptable et en préparent un alternatif.

On aura rarement autant parlé des SES. En décembre 2009, l’Apses (Association des professeurs de SES) proteste une première fois en découvrant les nouveaux horaires, réduits, de la discipline dans le cadre de la réforme du lycée. Les SES, devenues une « option d’exploration », passent de 2 heures et demie hebdomadaires pour les élèves (3 heures pour les profs dont 1heure en demi groupe), à 1 heure et demie.

En janvier, les enseignants se mobilisent à nouveau, cette fois contre le nouveau programme de seconde. En pleine crise, il « saute » carrément le chômage, l’emploi, le pouvoir d’achat. L’Apses obtient finalement le retour du chômage et quelques autres gestes. Mais rien sur les horaires.

Aujourd’hui, c’est le nouveau programme de première applicable en 2011-2012 – année de la mise en place de la nouvelle classe de première – qui est en cause. Mis en ligne le 27 mai sur le site du ministère de l’Education, il est soumis à consultation jusqu’au 16 juin. L’Apses réclame son retrait. A défaut, elle appellera au boycott.

 

Le 24 mai, le président de l’Apses, Sylvain David, a claqué la porte de la commission d’élaboration du programme où il siégeait. Motif: le travail est beaucoup trop précipité – un mois et demi et quatre réunions – pour une remise à plat sérieuse. Le résultat est que le nouveau programme « saborde une discipline » qui attire pourtant toujours plus de lycéens – cette année, la série ES (Economique et sociale) compte 32% des candidats au  bac général, contre 51% pour la série S et 17% pour la série L.

Les SES, introduites avec la création de la section B en 1966, sont une discipline transversale qui allie économie, sociologie, anthropologie et science  politique. Cette particularité a toujours agacé certains milieux, estimant que l’on ne parlait pas assez de l’entreprise, et en plus qu’on en parlait mal.

Dans le nouveau programme de première, les enseignants dénoncent justement le fait que l’on compartimente leur discipline, la dénaturant ainsi. On étudie d’abord l’économie qui a la part belle, surtout la microéconomie, puis la sociologie, puis la science politique, avant d’arriver à la fin à des « regards croisés » sur plusieurs thèmes.

De plus, on assomme les élèves, qui n’ont que 16 ans, avec 170 notions – contre une centaine dans le programme actuel, ce qui est déjà beaucoup – contenues dans 38 chapitres. Le programme alternatif de l’Apses se limite, lui, à 70 notions et 20 chapitres.

Un tel encyclopédisme risque de rebuter les élèves, estime l’Apses. D’autant plus que faute de temps, on ne pourra plus renvoyer à des thématiques contemporaines et susciter le débat, ce qui était l’un des attraits des SES. Dans le thème « consommation », « une robinsonnade » est tout de même recommandée pour expliquer les ressorts du choix (entre deux biens).

Manif près du Parthenon, 4 mai 2010  (Reuters)
En fait, l’Apses reproche au programme de ne pas se mettre à la hauteur de lycéens de première, en voulant leur donner d’abord tous les instruments pour comprendre, seulement ensuite, les mécanismes économiques. Une démarche, selon elle, plus adaptée à des étudiants qui veulent se spécialiser qu’à des jeunes, cherchant plutôt à comprendre et interroger le monde.

Sur son site, l’Apses a mis au vote son programme. Et assure que ce sont pas seulement ses membres qui participent. Elle a reçu notamment le soutien de la CGT Educ’action, du Snes., ainsi que ceux de l’Association française d’économie politique et de Philippe Meirieu qui a exprimé son « soutien sans réserve« . .Dans un communiqué , le président du groupe d’experts qui a élaboré le programme, Jacques Le Cacheux, directeur du département d’études de l’OFCE et professeur d’économie à l’Université de Pau, se défend d’avoir voulu « saborder » les SES et dénonce le « mauvais procès » à son encontre: « dois-je rappeler que j’enseigne, depuis plus de 15 ans, l’initiation à l’économie en première année du premier cycle universitaire ? Que j’ai participé avec plaisir à de nombreuses sessions de formation des professeurs de SES ? Que j’ai siégé pendant quatre ans dans le jury du concours externe d’agrégation des professeurs ?… ».

Dans un texte paru dans Libé – « Eco sans socio n’est que ruine de l’âme », le sociologue Stephane Beaud écrivait:

« Est-ce un hasard si la série ES a eu le vent en poupe ces deux dernières décennies ? Elle parlait aux enfants de la démocratisation scolaire, en les ouvrant sur le monde. En réduisant de moitié l’horaire d’enseignement des SES en seconde, en supprimant tous les aspects de la réalité sociale qui peuvent désespérer le lycéen, il s’agit d’imposer une vision réductrice et tronquée du monde réel dans lequel nous vivons, une perception irénique et déréalisée du monde social.

« Surtout, ne plus parler en classe de ce qui fâche ou apparaîtrait comme négatif (chômage, inégalités de revenus ou de destin, ségrégation urbaine, etc.). Surtout, ne plus voir l’entreprise telle qu’elle est : avec des hommes et des femmes, des chefs et des subordonnés, avec une hiérarchie et des relations sociales au travail. Taire le stress au travail, les maladies professionnelles et, pour reprendre le lapsus du PDG de France Télécom, la récente «mode des suicides». »

Crédits photos: manifestation en défense du service public de l’Education à Paris, janvier 2010 (de l’auteure), manifestation contre les mesures d’austérité près du Parthenon à Athènes, 4 mai 2010 (Reuters).

 



Nous ne sommes pas des veaux ! Cessons de ruminer, agissons !

.

Communiqué du Réseau des enseignants du primaire en résistance :

Ce gouvernement a déjà pratiquement réduit à néant l’accueil des 2 ans en école maternelle, il a diminué le nombre d’heures de classe en élémentaire.

Les RASED ont été saignés, les budgets des associations complémentaires à l’Éducation ont été asséchés, la formation des maîtres a été mise à mal pour économiser les traitements des étudiants-stagiaires.

EH BIEN, IL PRÉTEND ALLER PLUS LOIN !

Les recteurs ont reçu des consignes claires pour « respecter la contrainte du non-remplacement d’un départ sur deux pour la période 2011/2013. »

Il leur est demandé :
- d’augmenter les effectifs des classes, (seuil de 32 élèves par classe en maternelle, +0,7 en élémentaire),
- de fermer les petites écoles : les établissements seront plus impersonnels et plus lointains,
- de confier les remplacements à des vacataires qui ne bénéficieront plus d’aucun statut digne de ce nom, ni d’aucune formation,
- de réduire les temps de formation continue proposés aux enseignants, et le nombre des conseillers pédagogiques,
- de finir de détruire les RASED encore existants…



La gestion du personnel comme solution aux manques de moyen

Suite aux Etats Généraux de la Sécurité, le ministre entend substituer aux dispositifs existants une nouvelle cartographie des établissements concentrant le plus de difficultés en matière de climat et de violence. Un nouveau programme, baptisé CLAIR (Collèges et Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite) sera créé et expérimenté dans une centaine d’établissements à la rentrée prochaine, avant d’être étendu à la rentrée 2011.
Le principe est simple : « dans une centaine d’établissements particulièrement exposés à la violence le chef d’établissement aura le droit de procéder lui-même au recrutement des professeurs sélectionnés sur profil, sur la base du volontariat ».
Dans l’Académie de Lyon une liste provisoire de 8 établissements a été décidée par le Recteur.
Il s’agit de :
Collège Elsa Triolet à Vénissieux
Collège Lamartine à Villeurbanne
Collège Alain à Saint-Fons
Collège Les Noirettes à Vaulx en Velin
Collège Ampère à Oyonnax
Collège Jules Vallès à la Ricamarie
Collège Jean Rostand à Saint-Chamond
LP Marc Seguin à Vénissieux.

Nous sommes tout d’abord surpris de voir que la majorité de ces établissements ont entamé des actions allant parfois jusqu’à la grève lors de l’ attribution des DHG en février/mars.
Deuxième surprise, aucun Conseil d’Administration n’a été consulté et les chefs d’établissement n’étaient même pas au courant.
Le Recteur de Lyon souhaite donc combattre la violence scolaire et améliorer la réussite des élèves en recrutant des enseignants solides selectionnés sur profil.
C’est sur qu’il faut être solide pour être enseignant avec les réformes qui dégradent chaque année les conditions de travail et de réussite des élèves.
Par exemple, au LP Marc Seguin, terminé les classes limitées à 24 élèves avec le classement en ZEP.
A la rentrée 2010, ce sera 30 élèves en classe entière.
En février/mars, ces établissements étaient en lutte pour des vrais moyens. L’objectif était d’obtenir des effectifs allégés permettant le maintien de projets éducatifs, de péreniser des postes au lieu de surcharger en heures supplémentaire les collègues.
La réponse du Rectorat arrive donc maintenant comme une punition :
Cela se résume à dire « si vous ne supportez pas les conditions de vie de l’établissement et bien nous allons recruter des profs qui les acceptent. »
En réservant des postes au mouvement pour ces établissements, le Rectorat bloque un peu plus les mutations.
Voilà le projet de réussite éducative et de lutte contre la violence scolaire du Ministère ! Ne surtout pas améliorer le système et ne surtout pas mieux former les personnels.
Mieux recruter à l’heure où les réformes suppriment des postes, suppriment une vraie formation des maîtres, c’est France Télecomien !!!



Vive les stagiaires dans le secondaire!

Témoignage d’une enseignante en collège, reçu sur la messagerie de la
SAES (société des anglicistes de l’enseignement supérieur)

——–
Voici la situation incroyable dans laquelle je me trouve, et dans laquelle vous risquez de vous retrouver vous aussi.

Moi qui n’ai pas pour habitude de me plaindre, j’ai décidé d’en informer le plus decollègues possibles, quelle que soit l’académie où ils travaillent.
Merci de faire passer le message à qui vous voudrez.

J’enseigne depuis 22 ans l’anglais dans un petit collège rural de l’académie de Clermont-Ferrand où je suis officiellement nommée « àtitre définitif » (en tout cas c’est ce qui est noté sur i-prof) depuis septembre 1988. Ce collège étant de petite taille, il n’y a quedeux postes d’anglais: le mien (à temps complet) et un autre, qui est partagé avec un autre collège de la région. Mon collègue venant d’obtenir le concours de chef d’établissement, son poste est donc vacant pour la rentrée prochaine, sans toutefois être passé au mouvement . Et voilà que vendredi dernier, j’ai été informée par mon chef d’établissement, qui me soutient activement dans mes démarches,  de la décision de la Direction des Ressources Humaines de nommer un stagiaire à temps complet (c’est-à-dire, pour lui, 16 heures) sur notre collège pour la rentrée prochaine, et de par ce fait de me donner un service partagé sur deux établissements. De plus, il paraît que je serais alors la tutrice du stagiaire nommé. Quel comble!

Je tiens à préciser, pour info, que c’est uniquement grâce à ma principale que je suis au courant de ce qui se trame, et que personnellement le Rectorat n’a pas eu la courtoisie de me contacter à ce sujet. C’est à peine croyable, j’ai vraiment l’impression d’être devenue un pion sur un échiquier.

Apparemment, je ne suis pas la seule dans ce cas. Dans mon académie, un autre cas se présente, où là il s’agit d’un enseignant en SVT avec 25 ans d’ancienneté à qui l’on va demander « gentiment » d’aller se balader l’an prochain.

Plusieurs syndicats ont été contactés, sans réaction pour l’instant.

Si ceci vous révolte autant que moi, merci de transmettre cecourrier à tous ceux que vous connaissez en sachant que nous sommes tous concernés. Le changement de statut des stagiaires, sous prétexte de les mettre davantage en contact avec leur futur métier, va  peut-être faire faire des économies sur le budget, mais déstabiliser bien des établissements, et remettre en cause notre statut.

Nous ne pouvons pas laisser faire les rectorats en douce et créer ainsi des précédents qui pourraient être utilisés à d’autres escients…

Merci de votre soutien.
J. Rebelo



recitsdautrefois |
loupian-demain pour vous |
Pour GREPIAC, du Dialogue à... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lenfantestadulte
| deci-dela
| BONNES NOUVELLES