Ecole : silence, on privatise…

Le Monde du 4 Septembre 2010

Suppression de 16 000 postes d’enseignants, classes plus chargées, classes maternelles amputées, suppression progressive des réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté (Rased), accélération des logiques de ghettos avec la fin de la carte scolaire, suppression des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), loi Carle sur le financement de l’enseignement privé par les municipalités… La liste est longue et bien connue.

Mais sa cohérence a-t-elle été suffisamment analysée ? A qui profite le crime ? Il ne s’agit pas seulement de faire des économies, mais d’un programme idéologique : faciliter l’évasion scolaire en direction du privé.

Il existe aujourd’hui 8 200 établissements catholiques sous contrat (soit 1 961 037 élèves), auxquels il faut ajouter 256 établissements juifs (38 000), huit protestants (2 760), 82 établissements bretons catholiques (4 241), 44 écoles bretonnes Diwan (3 076), 26 écoles basques (2 508), 50 occitanes (1 627) et huit catalanes (6 000). La France est divisée, moins citoyenne, mais ce n’est rien au regard de ce qu’on lui prépare.

L’Etat n’a plus d’argent pour l’école publique, mais en trouve pour financer l’ouverture de classes catholiques en banlieue. Xavier Darcos, ancien ministre de l’éducation nationale, a même promis 10 millions d’euros à l’école privée pour l’aider à payer ses formations (qu’il a supprimées dans le public !). Une facture que Luc Chatel hésite tout de même à régler. Peu importe. Le mécénat continuera par d’autres moyens : les niches fiscales.

Deux fondations consacrées à financer les écoles privées, surtout les plus religieuses, se sont vu reconnaître le statut d’« utilité publique » : la Fondation Saint-Matthieu et la Fondation pour l’école. Cette dernière est issue de « Créer son école », qui s’inspire d’un autre réseau : les Créateurs d’écoles.

Le livre d’Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi, Main basse sur l’école publique (Démopolis), nous éclaire sur la généalogie de ce mouvement : un mélange de hauts fonctionnaires, voire de futurs ministres (comme Xavier Darcos) et de têtes pensantes issues du Club de l’Horloge (Nouvelle Droite) ou de l’intégrisme catholique (« opusiens » et traditionalistes), bien décidés à animer ensemble un lobby en faveur du « pluralisme scolaire ».

Le site « Créer son école » vous apprend à créer une « école indépendante ». Et la Fondation pour l’école se charge du reste, c’est-à-dire des financements… Elle a obtenu le statut d’utilité publique en un temps record. Un an à peine après sa création, François Fillon signait le décret ! Désormais, 60 % à 75 % des dons qu’elle reçoit sont déductibles des impôts et donc investis dans les écoles hors contrats de son choix. Une liste de partenaires qu’Anne Coffinier, sa fondatrice, ne tient pas à rendre publique, mais qui compte de nombreux établissements catholiques intégristes. Comme l’école de la Sainte-Famille à Dijon, tenue par la Fraternité Saint-Pie-X.

L’inspection d’académie y a relevé des pratiques d’endoctrinement et d’humiliation (bonnet d’âne et Scotch sur la bouche) d’un autre âge. Sans que leurs rapports ne soient vraiment suivis d’effets. Ce qui n’est pas sans rappeler le climat d’impunité qui régnait à l’école bordelaise Saint-Projet, jusqu’à ce que les caméras des « Infiltrés », magazine de France 2, dévoilent le goût de ses élèves pour le racisme, et celui de ses profs pour Pétain. La fondatrice de la Fondation pour l’école ne cache pas qu’elle pourrait financer cette école si elle le demandait…

Il existe bien d’autres écoles, particulières ou communautaires, qui attendent de fleurir grâce aux niches fiscales saignant les déficits publics en plus des 7 milliards que l’Etat verse directement aux écoles privées au titre de la loi Debré. En l’occurrence, dix établissements musulmans, un établissement sikh, et 30 établissements protestants évangélistes auxquels s’ajoutent les 600 établissements (25 000 élèves) du mouvement « Créer son école »… C’est dire si les niches fiscales ne font pas que creuser la dette. Elles creusent aussi la tombe de l’esprit républicain.

Caroline Fourest



Débrouille et inégalités, la rentrée scolaire est aussi pire que prévue

Article Rue89

Un crayon à mine (Audrey Cerdan/Rue89).

Soucieux sans doute de ne pas être à la traîne, c’est à la veille de la rentrée scolaire du 2 septembre que les médias publièrent enquêtes et chroniques, annonçant les périls qui pesaient sur celle-ci. Qu’en est-il réellement, plus de dix jours après la date fatidique ?

D’abord, on aurait dû être alerté par cette protestation du syndicat SIEN-UNSA des inspecteurs de l’Education nationale (IEN) dans l’enseignement primaire.

Ceux-là pestaient contre le rôle de chevaliers blancs que le ministère tenait à leur faire jouer à la rentrée : tout devait paraître nickel… alors qu’eux, justement, pointaient « le mécontentement et l’incertitude » qui pesaient sur les écoles.

Rapport de l'Inspection générale de l'Education nationale.Puis, plus accablant encore, il y eut ce rapport alarmant de l’Inspection générale, révélé sur le tard, et dénonçant les choix budgétaires qui « préparent assez peu l’avenir » :

  • le problème des jeunes enseignants stagiaires sans formation pédagogique préalable,
  • les disparités dans la prise en charge des jeunes profs,
  • les incohérences dans la gestion des personnels…

Avec à la clef, des menaces très graves de tensions à attendre au cours de l’année scolaire 2010/2011. (Télécharger le rapport de l’Inspection générale)

Quand on sait avec quel habituel zèle empressé les corps d’inspection élaborent les programmes -l’Inspection générale- ou se chargent de faire appliquer sur le terrain les instructions venues d’en haut, on peut raisonnablement déduire de leurs « révoltes » que le feu couvait vraiment à la maison. De fait, la réalité du terrain confirme grandement leurs craintes.

La réforme de la seconde dans la tourmente

Le cas le plus spectaculaire de ces départs d’incendie concerne la réforme des classes de seconde. De mauvaises langues murmurent qu’elle fut précipitée et bâclée pour permettre au plus vite un maximum de suppressions de postes et de classes :

  • étude de l’histoire géographie supprimée en terminales,
  • sciences économiques et sociales réduites à la portion congrue d’une simple option même plus prise en compte dans les évaluations…

Ces urgentissimes « réformes » ne furent publiées au Journal officiel que fin avril, et ne laissèrent plus aux éditeurs scolaires que quelques semaines pour bricoler à la hâte les manuels adéquats. Lesquels parvinrent ric-rac dans les lycées, à la veille de la rentrée.

Certains établissements choisirent à la va-vite dans le paquet des spécimens qui engorgeaient les casiers des profs. D’autres se donnèrent un peu de temps pour éviter la sélection précipitée d’un éventuel nanar qui les liait pour quelque cinq années. Et beaucoup à ce jour ne se sont toujours pas décidés.

Certains enfin préférèrent reporter leur choix d’un an, « aidés » par les fédérations de parents d’élèves qui rechignaient au surcroît de dépenses que cette réforme aurait induit. Mais privant ainsi les élèves d’un outil adapté aux sacro-saints nouveaux programmes.

Les finances publiques aux abonnés évaporés

Pire, deux régions au moins, ayant choisi le principe d’une gestion des achats de manuels en lycée par le financement public, n’ont toujours pas débloqué à ce jour les fonds pour le renouvellement des ouvrages de seconde : les régions Bourgogne et Ile-de-France.

Après moult tergiversations, Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France (25% des effectifs nationaux à elle toute seule) a annoncé que les lycéens de sa région ne sauraient être pénalisés, mais que euh, euh, la somme de 20 millions que cet investissement nécessitait, n’avait pas été budgétée.

La réunion fut fixée au 30 septembre pour voir comment on pouvait récupérer ces maudits fifrelins… soit plus d’un mois après la mise en applications des pressants nouveaux programmes ! Une récente information émanant de la région rajoutait à la confusion en indiquant qu’une partie seulement de ces 20 millions pourrait être débloquée courant octobre. Et qu’on étudierait le versement du solde nécessaire… début janvier 2011 !

En attendant, débrouille dans les lycées et grosses inégalités selon les régions ! La réforme des lycées s’annonce d’ores et déjà compromise sur une bonne part du territoire -elle doit en principe se poursuivre l’an prochain dans les classes de premières ! De leur côté, les corps d’inspection peuvent continuer à s’arracher ce qui leur reste de cheveux.

Photo : un crayon à mine (Audrey Cerdan/Rue89).

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A Philippe Lamour (Nîmes) la rentrée n’est pas terrible non plus

Les suppressions massives de postes d’enseignants et une de leur conséquence directe, la réforme du lycée, mise en place cette année pour les élèves de seconde, conduisent à une nette dégradation des conditions d’enseignement offertes à vos enfants :

 

- Le nombre d’élèves par classe est trop élevé :

 

> Les 13 classes de seconde comptent 34 à 35 élèves. Aider les plus en difficulté devient donc très difficile. Le rétablissement de la 14ème classe de seconde aurait permis d’alléger ces effectifs.

 

> Il y a cette année 109 élèves en Terminale S. Au lieu de les répartir équitablement entre les 4 classes, 3 TS se retrouvent à 30 élèves, et une ne compte que 19 élèves. Ceci permet d’économiser des heures en ne dédoublant pas cette classe lors des TP et des TD. La logique est purement comptable, et en aucun cas pédagogique.

 

- Des classes sont supprimées : 2 Terminales ES au lieu de 3. Résultat : la majeure partie des élèves ayant échoué au baccalauréat ont dû aller redoubler dans d’autres lycées de Nîmes ou à Milhaud. Qu’en sera-t-il l’année prochaine des 73 élèves qui sont en 1ère ES cette année ? Se retrouveront-ils à 37 par classe en Terminale ? Devront-ils aller s’inscrire ailleurs ?

 

- Les nouvelles conditions de « formation » des professeurs stagiaires : elles pénaliseront cette année 4 classes de seconde et 2 classes de première. Ils auront au cours de l’année au moins 3 professeurs d’espagnol différents : outre leur enseignant (stagiaire sans tuteur dans l’établissement pour le guider), un remplaçant (ou plus) assurera les cours jusqu’à la Toussaint, et un étudiant viendra plusieurs semaines au cours de l’année pour prendre les classes.

 

- Des problèmes sont directement liés à la « nouvelle classe de seconde » :

 

AVANT LA REFORME

AUJOURD’HUI

Aide individualisée : 1h en français et 1h en maths par semaine pour les élèves en difficulté (8 élèves maximum)

Modules d’histoire-géographie : 1h en groupe une semaine sur deux

2 h d’  «accompagnement personnalisé»  par semaine:

-       1h en classe entière

-       1h en demi-classe financée sur 27 semaines seulement.

L’année scolaire s’achève-t-elle en avril ?  Comment « personnaliser » en classe entière ?

Option de détermination :

2h30 à 3h par semaine (SES, options artistiques, IGC…) avec 20 élèves maximum.

Enseignements d’exploration :

1h30 par semaine avec des effectifs de 34 élèves !

Pas de vrai programme, pas d’évaluation…

 

Perte d’heures d’enseignement en maths, français, histoire- géographie.

C’est un appauvrissement de l’enseignement

Un cadre national base du principe d’égalité entre usagers du service public

Fin de l’égalité républicaine entre les lycées et les lycéens, chaque établissement faisant des choix « pédagogiques » qui lui sont propres, souvent imposés par une baisse des moyens.

 

Vos enfants perdent des heures d’enseignement.

Celles-ci se déroulent dans de mauvaises conditions.

Les effets d’annonce ne résistent pas à une analyse des faits : les effectifs sont trop lourds pour apporter l’aide indispensable à vos enfants en cette année d’entrée au lycée.

 

Parents, Elèves, Enseignants

C’est tous ensemble que nous devons défendre l’Ecole Publique



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