Revue de presse : rapport de l’OCDE

En France, les profs sont moins payés que les autres

Contrairement à une idée reçue, les enseignants ne roulent pas sur l’or en France. Ils gagnent moins que leurs homologues des pays riches. Et surtout, leur salaire recule depuis 1995, selon l’OCD

Article l’Expansion.fr

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Une classe de primaire à Vincennes

REUTERS/Charles Platiau

A quelques mois de l’élection présidentielle, c’est un pavé dans la mare de l’Education nationale que lance l’OCDE. Dans son rapport 2011 « Regards sur l’éducation », publié ce mardi, l’organisation qui réunit les pays les plus riches de la planète juge « alarmante » la situation salariale des enseignants en France.

Tout d’abord, le salaire statutaire moyen (hors primes et heures supplémentaires) des enseignants du primaire ou du secondaire est inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE, aussi bien pour les enseignants débutants (-25% environ), que pour ceux qui ont 10 ou 15 ans d’expérience professionnelle (de -14% à -17% en fonction du degré d’enseignement). Seuls les salaires en fin de carrière sont légèrement au dessus de la moyenne de l’OCDE.

« C’est un premier critère assez alarmant, mais en plus, quand on regarde l’évolution de ce salaire statutaire entre 1995 et 2009, la France avec la Suisse fait partie des deux pays qui ont eu une baisse constante de ce salaire des enseignants », a commenté lors d’une conférence de presse Eric Charbonnier, analyste des politiques éducatives de l’OCDE. De fait, l’évolution du salaire d’un enseignant du premier cycle du secondaire ayant 15 ans d’expérience est passée d’un indice 110 à un indice 95, selon les critères de l’OCDE.

« Ces statistiques de l’OCDE ne font que refléter une triste réalité: les enseignants français sont moins bien payés que leurs homologues des pays développés et leur niveau de vie n’a cessé de se dégrader depuis dix ans, confie à L’Expansion.com Daniel Robin, secrétaire général du SNES-FSU, principal syndicat de l’Education nationale. C’est encore pire depuis deux ans: le gel du point d’indice dans la Fonction publique et la hausse de la CSG et des cotisations retraites [dans le cadre de la réforme des retraites de 2010, NDLR] se traduisent par une perte sèche de pouvoir d’achat pour les enseignants », ajoute-t-il.

1666 euros en début de carrièreSelon l’Insee, le salaire moyen mensuel net d’un enseignant du primaire était de 2367 euros en 2008, de 2423 euros pour les professeurs agrégés, certifiés et enseignants du supérieur. C’est légèrement supérieur à la moyenne du salaire d’un agent des services civils de l’Etat (2328 euros nets par mois). Mais c’est près de deux fois moins qu’un cadre dans le secteur privé (statut équivalent à celui des professeurs certifiés et agrégés), qui gagne en moyenne 4081 euros par mois.

Selon la grille de rémunération du ministère de l’Education nationale, un professeur des écoles gagne 1666 euros en début de carrière puis 3026 euros en fin de carrière. Même grille de salaire pour le professeur certifié. Les agrégés gagnent plus: 2032 euros en début de carrière, 3722 euros après 30 ans de carrière. Pour les enseignants du secondaire (collèges et lycées), s’ajoutent à ces rémunérations des primes, indemnités diverses et heures supplémentaires. Le tout pouvant atteindre 200 à 250 euros par mois selon la SNES-FSU.

Des niveaux bien en-deçà des autres grandes économies mondiales. En Allemagne, le salaire mensuel moyen d’un enseignant certifié de plus de 15 ans de carrière s’élève à 5400 euros, selon les données de l’OCDE. Aux Etats-Unis, le même professeur gagne 4150 euros par mois. En France, il ne touche que 1913 euros, puis 2540 euros (après 20 ans de carrière) pour finir à 3000 euros.

Ces statistiques ne vont pas manquer d’alimenter le débat électoral pour 2012, alors que la droite envisage d’augmenter le temps de présence de cours des enseignants, moyennant rémunération (c’est le « travailler plus pour gagner plus » cher à Nicolas Sarkozy), que Martine Aubry propose de prendre en compte dans le nombre d’heures travaillées les réunions d’équipe et les rendez-vous avec les parents, et que François Hollande se déclare prêt à recréer les 70.000 postes supprimés depuis cinq ans. Las, aucun des candidats ne répond aux voeux des syndicats: « une revalorisation du salaire des enseignants à un niveau au moins aussi élevé que la moyenne des pays riches », détaille Daniel Robin.

 

OCDE : L’école française s’est nettement dégradée en 10 ans   

 

 

Par François Jarraud du café pédagogique

 

A quelques mois des présidentielles, l’OCDE dresse un portrait terriblement accusateur pour la politique éducative des gouvernements des dix dernières années: inégalités sociales et ethniques dans l’accès à l’éducation, baisse du taux de scolarisation, désinvestissement dans l’éducation y compris dans les salaires des enseignants, l’école française a rompu avec sa tradition républicaine. La publication le 13 septembre des « Regards sur l’éducation » va probablement orienter le débat sur l’Ecole durant les prochaines semaines. Car l’OCDE a aussi des suggestions sur ce qui pourrait améliorer la situation.

 

1309112 dans Revue de presse « La tonalité n’est pas très positive« , nous a déclaré le 12 septembre Bernard Hugonnier, directeur adjoint à l’éducation de l’OCDE. Certes la France a rattrapé son retard sur les autres grands pays européens en améliorant le taux de diplômés dans la population sur les 30 dernières années. Mais sur ces dix dernières années la situation s’est considérablement dégradée.

 

Le taux de scolarisation des 15-19 ans a généralement augmenté de 9,5% dans les pays de l’OCDE. En France il est passé de 89 à 84%. Certes cela résulte en partie de la baisse des redoublements. Mais cela se traduit  par le fait que 130 000 jeunes quittent le système éducatif sans diplôme du secondaire ce qui est énorme. La situation n’est pas meilleure chez les 20-29 ans où le taux stagne alors que dans l’OCDE il a monté de 8%. Le gouvernement s’est engagé à avoir 50% d’une tranche d’âge diplômé du supérieur. Il lui manque 30 000 jeunes diplômés. C’est presque 200 000 jeunes qui n’atteignent pas le niveau scolaire que la société considère comme normal.

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Pour les dépenses pour l’éducation , la France se singularise à nouveau. Elle est simplement le dernier pays de l’OCDE pour l’évolution de ses dépenses éducatives. Elles ont évolué moins vite que le PIB, même si le rythme n’est pas le même du primaire au supérieur. Il y a par contre une unité pour les salaires des enseignants qui sont toujours inférieurs à la moyenne de l’ OCDE: 33 359$ pour un enseignant du primaire français contre 38 914 dans l’OCDE; 38 856 en collège français contre 41 701. Ces salaires ont diminué en France alors qu’ils ont progressé dans tous les pays de l’OCDE sauf deux : seule la Hongrie fait plus mal que la France. « On peut s’interroger sur l’attractivité du métier d’enseignant dans ces conditions », remarque Bernard Hugonnier.

 

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L’Ecole a rompu avec ses valeurs républicaines. Mais le pire est peut-être la montée des inégalités sociales dans l’accès à l’éducation. L’influence de la famille dans l’éducation est particulièrement forte en France estime l’OCDE. Sur 34 pays, elle n’est plus forte que dans un seul pays (la Nouvelle Zelande). L’origine pèse aussi d’un grand poids. En moyenne dans l’OCDE il y a 55 points d’écart (aux résultats de PISA) entre un jeune allochtone de première génération et un autochtone. En France l’écart est de 75 points, soit presque deux années de scolarité. Pour la seconde génération il est de 55 points contre 35. « On est très loin de l’école républicaine », remarque Bernard Hugonnier.

 

Pourtant les diplômes ont un effet certain en France. Ils protègent du chômage davantage en France qu’ailleurs. Ils assurent un gain sensible à celui qui a investi dans son éducation. Ainsi le gain d’un diplômé du supérieur par rapport à un non diplômé représente 291 000 $ sur une vie en France (330 000 dans l’OCDE) et 191 000 pour une femme (233 000). A noter l’écart entre les genres ! Pour l’Etat la rentabilité est aussi importante : un diplômé du supérieur « rapporte » (en balance entre impôt et services rendus par l’Etat) 64 000 $ soit le triple de l’investissement mis dans son éducation.

 

1309113Que faudrait-il faire ? La question a été posée à Eric Charbonnier, expert auprès de l’OCDE.  Des pays ont remarquablement amélioré leur situation ces dernières années et ont rattrapé la France. C’est par exemple le cas du Portugal, de l’Allemagne, ou de la Pologne. Au Portugal on a amélioré la formation des enseignants et subventionné les familles défavorisées. En Allemagne on a allongé la journée d’école (en mettant fin aux après-midi libres) , investi dans l’éducation pour financer l’offre éducative de l ‘après-midi et imposé l’allemand comme langue obligatoire dès l’école maternelle ». Bernard Hugonnier rappelle la façon dont à Shanghaï on lutte contre les inégalités. « On échange systématiquement enseignants, élèves et personnels de direction entre les écoles qui ont de très bons résultats et celles qui sont en difficulté. C’est dire que la mise en concurrence des écoles n’est sans doute pas la bonne voie. Si on doit faire le choix entre diminuer le nombre d’ élèves par classe et améliorer la qualité des enseignants, il vaut mieux faire ce dernier choix. Même si cela passe par une augmentation des salaires ».

 

Ce sont maintenant les candidats aux présidentielles qui auront à proposer leurs choix. La question de l’ investissement dans l’éducation est revenue au centre du débat.

 

François Jarraud

 

Liens :

Regards sur l’éducation 2011

 



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