165.000 manifestants pour une grève historique dans l’Education

par Le Nouvel Observateur   

Les syndicats annoncent plus de 50% de grévistes pour cette journée de mobilisation qui rassemble exceptionnellement public et privé.

Manifestation dans l'éducation à Paris le 27 septembre 2011 (AFP) Manifestation dans l’éducation à Paris le 27 septembre 2011 (AFP)

Les défilés contre les suppressions de postes dans l’Education nationale, à l’appel des syndicats du public et du privé, ont réuni mardi 27 septembre plus de 165.000 manifestants en France, dont « 45.000 à Paris », selon une première estimation communiquée par l’intersyndicale.

« Plus de 120.000 manifestants ont défilé », sans compter la manifestation qui s’est déroulée à Paris, selon une première estimation établie à partir de la mobilisation dans 72 départements, ont indiqué la FSU et Unsa éducation, au nom de l’intersyndicale.

Près de 54% (53,75%) des enseignants du primaire et 50% de ceux du secondaire dans le public sont en grève, ont annoncé les syndicats de la FSU à la mi-journée.

Auparavant, le ministère de l’Education avait fait état d’une estimation dans la matinée de 28,89% de grévistes en primaire et 22,3% dans le secondaire, tous ces chiffres, ministériels et syndicaux, correspondant à l’enseignement public.

Signe d’un profond malaise dans l’Education nationale, un front uni des syndicats du public et, fait exceptionnel, du privé, appelle à la grève pour dénoncer la « dégradation » de l’école, l’un des enjeux de la présidentielle de 2012.

Le cortège parisien est parti vers 15h du Luxembourg.

 

Bernadette Groison secrétaire générale de la FSU
« La volonté » du chef de l’Etat de « diviser les salariés », c’est « une marque de faiblesse de sa part », a jugé mardi, à l’issue de la manifestation pour l’éducation à Paris » elle a ajouté « la volonté de Nicolas Sarkozy d’essayer de diviser les salariés, d’opposer les gens, c’est une marque de faiblesse de sa part. Je pense que ces ressorts-là ne fonctionnent plus »

 

Marseille: Des représentants des écoles, collèges et lycées privés se sont joints au cortège et l’on pouvait lire notamment sur une pancarte « Ecole privée sainte Jeanne-d’Arc sur le bûcher« .

Selon les syndicats, le taux de grévistes était de 70% dans la région en primaire et de 60% dans le secondaire. De son côté, le rectorat d’Aix-Marseille donnait, selon « des estimations arrêtées à 11H00″, 33,6% de grévistes en primaire, 26,6% en collèges, 15,6% en lycées professionnels et 18,5% en lycées d’enseignement général et technologique.

 

Dans la capitale, « 45.000 manifestants ont défilé« , a ajouté l’intersyndicale. La tête du cortège parisen, partie vers 14H30, est arrivée à Sèvres-Babylone, pas très loin du ministère, vers 16H30

 

Marseille: de 1.500 à 1.600 personnes selon la police, à 5.500 selon la FSU, ont défilé « pour une autre politique de l’Education », comme le proclamait une banderole en tête de manifestation.

 

Les défilés contre les suppressions de postes dans l’Education nationale, à l’appel des syndicats du public et du privé, ont réuni mardi plus de
165.000 manifestants en France, dont « 45.000 à Paris« , selon une première estimation communiquée par l’intersyndicale.

« Plus de 120.000 manifestants ont défilé« , sans compter la manifestation qui s’est déroulée à Paris, selon une première estimation établie à partir de la mobilisation dans 72 départements, ont indiqué la FSU et Unsa éducation, au nom de l’intersyndicale.

 

 

 

«L’enseignement était un vrai choix, un désir profond»

Par LIBÉRATION.FR

 

Suppressions de postes en pagaille, manque de reconnaissance dans l’exercice de leur métier, quasi-disparition d’une formation digne de ce nom… Le métier de prof va mal. Ce mardi, les syndicats du public et du privé appellent à la grève qui s’annonce massivement suivie.

Signe d’un profond malaise, la rédaction de Libération reçoit un grand nombre de témoignages de profs, découragés et désabusés. En voici une sélection.


«Un immense gâchis pour tout le monde»

Chloé, 29 ans, prof de français. Elle enseignait depuis deux ans et demi quand, en janvier dernier, à bout de force et de nerfs, elle a demandé une mise en disponibilité.

«L’enseignement était un vrai choix, un désir profond. J’avais d’ailleurs un pied dans l’éducation depuis quelques années, en tant qu’assistante d’éducation et assistante maternelle, un moyen de ne pas cultiver trop d’illusions.

Après le concours, j’ai passé deux ans sans vagues, une année à Paris et une année au fin fond du 93. J’y trouvais ma place, ma légitimité et une forme d’épanouissement. L’an dernier cependant, parvenue au bout de mes «privilèges», à savoir ni stagiaire, ni nouvelle titulaire, les choses ont beaucoup bougé. J’ai ensuite été envoyée dans une zone d’éducation prioritaire (ZEP) d’Aubervilliers pour un remplacement de deux mois.

J’y suis allée avec appréhension mais aussi avec l’envie de mener ma mission à bien. Or, ma position de remplaçante m’a rendu la tâche pratiquement impossible puisque d’emblée le dialogue était difficile. Elèves bien sûr mais aussi équipe pédagogique et administrative considérant le caractère éphémère de mon intervention comme un frein à toute communication. Et moi-même, me sentant bien inutile et jetable à tout moment, j’ai perdu entrain et motivation, sans lesquels l’enseignement devient périlleux.

J’ai eu très vite le sentiment d’être mise dans une position d’échec puisque face à un public méconnu, j’étais non seulement désarmée mais seule. La formation à l’IUFM (avant la réforme de la masterisation, ndlr) ne nous permet en aucune façon d’anticiper des situations de crise, puisqu’il est toujours question d’une classe modèle, à peine perturbée par quelques bavardages ou démotivations. Mais on ne nous dit jamais comme réagir face à des «micro-incidents» ou des drames quand ceux-ci interviennent de façon presque continue, sans parler de la difficulté d’être une jeune femme: cela va du retard ou du travail non fait, aux interpellations directes du type «t’es une pute» ou indirecte du type «elle est bonne la prof, mate son cul!», jusqu’aux menaces de mort. Face à ces situations quotidiennes, rien ne se passe, l’administration minimise et contribue à l’éclatement de notre autorité.

Pris individuellement, on peut toujours trouver une explication, la source de tel ou tel comportement, l’absence des parents, la solitude, le mal-être ou la maladie. Mais en tant que professeur, arrive un moment où le voile posé entre élève et adulte se déchire. Nous devenons simplement des êtres humains face à d’autres être humains, nous devenons vulnérables et la guerre est déclarée. Et c’est un immense gâchis pour tout le monde. On finit par avoir peur et cette peur entame l’envie, le sommeil… C’est le début de la dépression.»

On n’enseigne plus, on manage!

Jean-Michel, professeur de lettres modernes en Normandie depuis dix ans.

«Je surprendrais peut-être les personnes les plus éclairées, et bienveillantes (ce qui n’est pas commun face au métier que j’exerce) en disant que je n’ai presque jamais enseigné. Aujourd’hui, plus que jamais, et cela fait déjà longtemps, un professeur doit communiquer, gérer, relativiser, négocier, obéir, transiger et se justifier – il n’enseigne pas. Quoi d’étonnant dans un monde où quiconque prétend «qu’enseigner c’est transmettre», se voit taxé de conservatisme insupportable?

Personnellement, je n’ai dû enseigner que trois, quatre heures dans ma vie ; le reste était de la médiation.

Comme je suis têtu et que je crois plus à mes idées qu’aux nouveautés à la mode, je résiste. Je n’ignore pas que c’est peine perdue. Une nouvelle attitude professorale se fait actuellement jour dans mon lycée et, même si l’on en trouve des traces depuis fort longtemps dans le monde éducatif, cette attitude a, ces temps derniers acquis, une importance considérable. Il s’agit ni plus ni moins de «manager», pour reprendre un terrible mot anglais, les enseignants, mais aussi les élèves. Toute une somme de maximes et d’axiomes non écrits sont aujourd’hui indiscutables.

En voici quelques-uns, justement, enfin écrits:

- Un élève qui obtient de brillants résultats ne le doit qu’à sa propre excellence.
- Un élève qui échoue ne le doit qu’à l’incompétence de son/ses professeurs(s) qui l’ont mal préparé.
- Pour préparer efficacement un élève à un examen, il faut et il suffit de lui donner des devoirs nombreux et répétitifs, et des tartines d’exercices corrigés rapidement par l’enseignant.

Un bon professeur est celui qui effectue du travail supplémentaire pour ses élèves, c’est-à-dire du «soutien», de «l’accompagnement», des «oraux», ou ne serait-ce que des photocopies très précises et détaillées avec le contenu in extenso des données à restituer.

Nous en arrivons donc, ce qui me semble nouveau, au point où l’enseignant qui effectue ses charges de travail ordinaires, c’est-à-dire 18 heures de cours hebdomadaires, plus les corrections, préparations, lectures, gestions de classes, d’élèves, coups de fils aux parents, médiations, convocations aux formations obligatoires, réunions, conseils divers, cet enseignant est considéré comme un fainéant indigne et un tire-au-flanc.

Ce qui est surprenant, ce n’est pas que l’on considère un enseignant de la sorte, mais plutôt que bien des professeurs, désormais, sont persuadés du bien-fondé de cette idée. Et pour avoir observé, autour de moi, ces enseignants (souvent en matières dites «scientifiques») qui passent leurs journées, même libres, au lycée, à manager des élèves et à combler leur emploi du temps d’heures supplémentaires, j’en ai déduit que ces gens avaient honte de leur «corporation» et qu’ils ne cherchent qu’à montrer au monde, dans un combat perdu d’avance, qu’ils ne sont pas les fonctionnaires paresseux que l’on décrit. Ces «forçats honteux», comme je les désignerais, sont alors les premiers à critiquer, parfois directement, souvent avec perfidie, leurs propres collègues qui eux croient encore à la disponibilité de leur temps.

Dans de telles conditions, l’enseignement est entré de plein fouet dans une dynamique managériale et capitaliste, où le facteur de concurrence joue à plein. Là encore, ce n’est pas tout à fait nouveau car il a toujours été bon, chez les professeurs, de critiquer le voisin, ou de dénoncer les méthodes du collègue. La nouveauté, c’est que tout cela est désormais entouré d’un discours très sérieux, institutionnel, où l’on parle sans fard de «gérer des flux» d’élèves, de «remplir des classes» en «tenant ses chiffres» et donc «d’attirer du public», c’est-à-dire de «développer des performances» pour ne pas «fermer des postes». Le discours est désormais celui du monde de l’entreprise, même si bien entendu les risques ne sont pas les mêmes… pour l’instant!»

«Je me retrouve routier de l’éducation»

Augustin, professeur agrégé d’éducation physique et sportive (EPS) depuis sept ans.

«J’ai enseigné pendant cinq ans en collège dans le 93, en Seine-Saint-Denis. Quand on donne des cours dans des zones d’éducation prioritaire, on engrange plus de points qui permettent ensuite d’être muté où l’on souhaite. Au bout de cinq ans de remplacement, j’espérais obtenir ma mutation dans la Marne pour vivre avec ma femme. J’avais suffisamment de points… Sauf qu’au final, je n’ai pas eu le poste, un collègue avec moins de points que moi m’a pris la place. Sans qu’aucune explication ne me soit donnée.

Bref, je suis toujours remplaçant, j’ai été affecté d’office  dans l’Aube, à Troyes. Je me retrouve routier de l’éducation à faire 240 kilomètres aller/retour par jour pour enseigner! Vive l’Education nationale, vive les syndicats et leur notion d’égalité de traitement. J’ai déposé, seul, un recours devant le tribunal administratif.»

 

A Paris, les profs veulent «des élèves, pas des sardines»

REPORTAGEIls étaient 45.000 dans le cortège parisien selon les syndicats, dont une trentaine de tout nus…

Par LIBÉRATION.FR

165.000 manifestants pour une grève historique dans l'Education dans Actualités

Le cortège a relié Luxembourg à Sèvres-Babylone. (AFP)

Ils l’ont fait. Défiler nu. Enfin, à moitié nu, parce que devant des milliers de personnes (45.000 selon les syndicats, 8500 selon la police, entre 110.000 et 165.000 dans toute la France), dont des mineurs et des parents d’élèves… Après avoir posé en petite tenue dans un calendrier pour dénoncer le «dépouillement de l’école», une trentaine de profs a remis ça ce mardi, en tête du cortège parisien contre les suppressions de postes dans l’éducation. Torse nu pour les hommes, soutien-gorge pour les femmes, masque blanc pour tous, impact médiatique assuré.

Les «dépouillés», organisé en collectif, ont égréné une série de noms, professions, chacun ponctué d’un «dépouillé» tonitruant : «Sylvain G. , illustrateur, dépouillé !, Patrice M., étudiant, dépouillé !». «Ce ne sont pas seulement les enseignants, pas seulement des individus, mais tout un ensemble de métiers qui luttent», explique sous son masque Isabelle, prof dans l’académie de Créteil. «On n’est pas là pour faire de l’étalage ou de l’exhibitionnisme, ce qui est choquant c’est la réalité: l’école est nue».

 dans Revue de pressePlus loin dans le cortège, c’est plutôt ambiance chemisettes et jupes sous le genou – sans forcer le cliché. Car, une fois n’est pas coutume, le privé s’est joint au public pour cette journée de grève. Public, privé, même slogan: «Zéro suppressions de postes en 2012». Après 16.000 nouvelles suppressions cette année, public et privé confondu, soit 66.000 au total depuis le début du quinquennat, «la coupe est pleine», résume Marie-Claude, remontée. Prof d’allemand dans un lycée privé parisien, elle n’avait pas manifesté en tant que prof depuis le mouvement pour la défense de l’enseignement privé en 1984. C’est dire. Ce qui l’a poussée à redescendre dans la rue? D’abord, les classes surchargées. «On veut des élèves, pas des sardines», clame d’ailleurs une pancarte quelques rangs derrière elle. «A 35 par classe, ça devient très compliqué», soupire Marie-Claude, qui fustige aussi la réduction des heures de langues au lycée : «Deux heures en première, ça sert à rien.»

«Moi aussi j’en ai ras la mallette»

Même tranche d’âge, même constat, mais côté enseignement public, Nadine, un carton «Moi aussi j’en ai ras la mallette» pendu au cou. Prof d’espagnol en Seine-et-Marne, elle a fait une croix depuis belle lurette sur «les heures qu’on avait pour enseigner en demi-groupes». Résultat, «les élèves les plus en difficultés trinquent les premiers, ce qui est tout l’inverse du sur-mesure prôné à longueur de discours par le ministre».

Plus loin dans le cortège, des jeunes profs stagiaires en mal de formation, regroupés sous dans le collectif «stagiaire impossible», des «Indignés», des lycéens… Etienne et Baptiste, 16 ans, en première S dans l’Essonne, à Saint-Michel-sur-Orges. Ils sont les seuls de leur lycée à s’être déplacés avec leur «pancarte de l’année dernière». Cette année, ils sont 33 dans leur classe «et c’est beaucoup trop. Encore nous ça va, parce que les élèves sont assez calmes mais dans d’autres classes, c’est pas gérable.»

Christine Boutin de sortie

Bien présents aussi en cette période de campagne, les politiques: Ségolène Royal, Martine Aubry, Harlem Désir, Olivier Besancenot, Jean-Luc Mélanchon… Et Christine Boutin. «Je suis là parce que l’éducation nationale est en danger», commence la présidente du Parti Chrétien-Démocrate, tout sourire devant les caméras. Une guêpe vient perturber son plan communication. Puis un enseignant: «Pendant des années, vous avez été dans ce gouvernement et vous n’avez rien fait. Alors c’est bien sympathique de venir défiler, mais c’est un peu tard», l’apostrophe Dominique, prof dans un lycée technique, en chaudronnerie, depuis 37 ans. «Je suis là parce qu’il y a un malaise important», poursuit l’ancienne ministre. «Malaise que vous avez contribué à créer», rétorque le prof, mettant un terme à la pseudo discussion.

En aparté, il poursuit: «Sarkozy a dégradé vraiment les choses, mais elles l’étaient avant, notamment dans les filières techniques. Il n’y a plus de formation spécifique, or les profs doivent apprendre à apprendre. On peut être un bon professionnel et être complètement paumé devant les élèves! D’ailleurs, on n’en trouve plus des profs. Il faut un master pour enseigner aujourd’hui, mais des masters en chaudronnerie ça n’existe pas encore…»

«Ça frise la folie»

En gilets jaune fluo, des enseignants Rased (réseau d’aide aux élèves en difficulté), dont les effectifs ont été sérieusement amochés par les suppressions de postes. Telles Agnès et Annick, fatiguées de «palier le manque» : sur les 20 postes de leur réseau en Essonne, cinq n’ont pas été renouvelés depuis 2007. «On n’arrive plus à gérer, on travaille dans l’urgence permanente. Alors que les besoins, eux, augmentent. Les élèves en difficulté sont encore plus livrés à eux-mêmes dans des classes surchargées. Ça frise la folie.»

 

Derrière la banderole FCPE, première fédération des parents d’élèves, Katherine, mère d’un élève de 4e dans un collège plutôt bien loti de Courbevoie, près de Paris. Elle a posé une RTT pour venir soutenir les enseignants. «Le prof de maths de mon fils est absent depuis la rentrée, il n’a toujours pas de remplaçant. On a fait appel au rectorat qui a répondu :  »le titulaire devrait rentrer de congé maladie en octobre. Estimez-vous heureux, dans 80 classes de l’académie de Versailles, il n’y a pas de prof de maths du tout ».»

 

 



Laisser un commentaire

recitsdautrefois |
loupian-demain pour vous |
Pour GREPIAC, du Dialogue à... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lenfantestadulte
| deci-dela
| BONNES NOUVELLES