Comment répondre à la colère et à la souffrance des enseignants ?

Remplacer carotte et bâton par le sens du métier

Par Gérard Aschieri, président de l’institut de recherche de la FSU.

Des enseignants qui s’affichent dénudés pour protester contre le dépouillement de l’école : en dépit de son clin d’œil humoristique, ce geste a une portée symbolique particulièrement forte. D’une certaine manière il rejoint d’autres gestes qui ces derniers mois ont rompu délibérément avec la « bienséance » professionnelle, comme ceux qui se sont déclarés « désobéisseurs ».

Les protestations de vertu effarouchée du ministre ne peuvent occulter la réalité de ce que, selon moi, disent ces gestes : la colère, l’indignation et la souffrance professionnelle devant le « travail empêché ». Il suffit de discuter avec les personnels de leur travail pour percevoir combien ils ont le sentiment douloureux d’être dépouillés de leur professionnalité, d’être empêchés de simplement « bien faire » leur travail, de le faire en accord avec ce pour quoi ils ont choisi ce métier, avec leurs valeurs professionnelles, avec ce que leur dit leur expérience et qu’ils pensent être l’intérêt des élèves. Il y a plus : le sentiment qu’on les méprise, qu’on ignore la réalité de leur travail et de leur engagement : un mépris que manifeste de façon caricaturale le coup de pied de l’âne du président de la République au soir de la journée de grève du 27 septembre mais qui transpire de toute la politique conduite ces dernières années : les suppressions de postes mais aussi les avalanches de réformes conduites par des hiérarchies et des « experts », qui ignorent systématiquement leur point de vue, la transformation d’abord subreptice puis de plus en plus ouverte des finalités de l’école, la volonté de défigurer mais aussi caporaliser leur métier, de les mettre sous pression et en concurrence entre eux.

Cette situation est grave pour l’avenir car, si l’école de la République tient encore, c’est d’abord grâce à l’engagement individuel et collectif de ceux qui la font.

C’est selon moi un défi majeur pour les responsables politiques que de faire confiance aux personnels et leur redonner confiance pour relancer une vraie dynamique qui vise à une école de la réussite pour tous. Et, de ce point de vue, ce que je lis aujourd’hui des programmes ou entends des débats me laisse quelque peu sur ma faim.

Pour cela, il faut d’abord un projet ambitieux qui remette d’aplomb les finalités de la formation des jeunes en redonnant toute leur valeur à la formation de « l’homme » et du « citoyen » à côté de celle du « travailleur » et qui postule que tous les enfants sont a priori capables de réussir. Il faut dans le même mouvement permettre aux personnels et singulièrement aux enseignants de reprendre la main sur leur métier pour le transformer. Ce n’est pas d’abord une question de réforme statutaire. Il s’agit prioritairement de leur donner les instruments permettant de penser leur métier et d’agir sur lui, individuellement et collectivement : la formation, bien sûr, et pas seulement la formation initiale – la formation continue et la recherche en éducation ont sombré corps et biens et il y a urgence à la restaurer ; la capacité de travailler collectivement, de prendre des initiatives ; la stabilité qu’implique la résorption de la précarité ; la reconnaissance qu’exprime une politique salariale…

Substituer la confiance à la défiance ; remplacer carotte et bâton par le sens du métier et les valeurs du service public, voilà la vraie efficacité démocratique.



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