Un professeur sur six en «burn-out»

Article du Figaro.fr (pour une fois)

Une étude révèle que 17% des professeurs sont victimes d’épuisement, contre 11% dans les autres professions. Les jeunes en dessous de 30 ans sont les plus exposés. Le ministère de l’Education conteste la fiabilité statistique du rapport.

Un professeur sur six en «burn-out» dans Revue de presse coeur-Les professeurs de collèges et lycées sont 17% à être touchés par le «burn-out», ce phénomène d’épuisement physique, mental et émotionnel, contre 11% dans les autres professions, révèle une étude de deux spécialistes publiée dans Le Monde daté de jeudi. «Près de 30% des enseignants interrogés ont dit songer, souvent, à quitter le métier», explique Georges Fotinos, ancien inspecteur général de l’Education nationale et coauteur de cette enquête réalisée auprès de 2100 personnels de 400 établissements. «Les différences entre les sexes et entre les établissements -en zone urbaine, en zone rurale, en ZEP…- sont moins déterminantes que le facteur âge. Les jeunes en dessous de 30 ans sont plus exposés», ajoute-t-il.

Crise de l’autorité, classes parfois surchargées et plus hétérogènes qu’il y a 20 ans, manque de soutien de l’institution, difficultés face au rythme des réformes, quasi-absence de médecine de prévention, manque d’organisation des enseignants eux-mêmes en collectifs de travail… Telles sont les raisons avancées par les professeurs pour expliquer ces sentiments d’impuissance et de solitude.

Ce n’est pas un hasard si les enseignants sont les seuls, avec la police, à bénéficier des services d’un établissement psychiatrique dédié, l’Institut Marcel-Rivière surnommé «la Verrière», dans les Yvelines. Près de 1000 patients s’y font soigner chaque année.

Les souffrances et l’épuisement de nombreux enseignants ont été largement mis en lumière depuis le suicide la semaine dernière d’une professeure dans son lycée de Béziers.

Sentiments d’usure, d’impuissance et d’abandon.

Au-delà des syndicats, qui pour beaucoup ont parlé d’un «drame révélateur du malaise enseignant», le père et les collègues de Lise Bonnafous, 44 ans, ont dit que son geste dépassait sa seule personne. «Son message désespéré était celui-ci: il faut refonder, à tout prix, une nouvelle et authentique école de la République, celle où primaient les valeurs du civisme et du travail; celle où le professeur était au centre de tout; celle où l’enfant du peuple pouvait devenir fils de roi», a écrit le père dans un mail adressé à Midi Libre et publié mercredi. «Son geste appelle à la solidarité de l’ensemble des personnels et témoigne de notre difficulté à accomplir notre mission. Nous attendons donc l’engagement responsable de nos autorités. Nous pensons très fort à Lise», avaient déclaré ses collègues dès vendredi.

Selon Françoise Lantheaume, sociologue à Lyon-2, «il y a des souffrances extra-ordinaires, comme celle de cette femme, mais elles sont rares. Et il y a des souffrances ordinaires: les enseignants français expriment massivement des sentiments d’usure, d’impuissance et d’abandon». «Je l’ai constaté il y a une dizaine d’années déjà en collèges et lycées, je le vois maintenant en primaire», a-t-elle ajouté.

Manque de prévention

Les syndicats avancent le chiffre de 39 suicides par an pour 100.000 enseignants. Mais le ministère de l’Education nationale a contesté mercredi ces statistiques du rapport, notant que les données portent sur un travail mené en «Hollande à la fin des années 90». Citant une enquête de sa direction générale des ressources humaines, ont été recensés «52 cas de suicides de septembre 2008 à septembre 2009 sur une population de 857.000 enseignants, soit un peu plus de 6 cas de suicides pour 100.000 enseignants». «Rien ne semble indiquer en l’état une évolution à la hausse du taux de suicide sur ces dernières années», a déclaré une porte-parole.

Après chaque cas de suicide, les syndicats rappellent qu’aucun dispositif de prévention du stress n’existe, puisque, contrairement aux salariés de droit privé, les enseignants ne bénéficient pas d’une visite médicale annuelle.

A son arrivée au ministère en 2009, Luc Chatel avait pourtant fait de la santé et du suivi des enseignants une priorité, dans le cadre de son «pacte des carrières». Mais les moyens n’ont pas été au rendez-vous, selon les syndicats. Seuls 17 des 80 médecins de prévention promis en 2010 ont été effectivement recrutés, explique Elizabeth Labaye, chargée des questions de santé au Snes-FSU, notamment car ce métier «n’est pas attractif».

«Les conditions de travail sont catastrophiques car il y a en moyenne plus de 10.000 agents de l’Education nationale par médecin». Ceux-ci sont donc «submergés, notamment avec le développement des risques psycho-sociaux» et «ne reçoivent que les personnels en urgence», sans pouvoir faire de prévention. «On a acquis des directeurs des relations humaines mais ils n’ont pas de réponses à ce type de situation. Tout simplement parce que cela a un coût», a relevé Philippe Tournier du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d’établissements.

VOS TÉMOIGNAGES - Effectifs des classes, établissements, sentiment d’abandon… Enseignant, vous avez peut-être déjà rencontré ces situations d’épuisement qui touchent la profession. Faites-nous part de vos témoignages dans les commentaires ci-dessous ou bien en écrivant à temoin@lefigaro.fr.

 



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