Ecole : L’UMP propose un programme de rupture

Article du café pédagogique
La droite veut reconstruire l’Ecole. Mort du collège unique, nouveau statut enseignant, chefs d’établissement aux pouvoirs renforcés, notation publique des établissements, les propositions de l’UMP pour l’éducation rompent nettement avec la tradition scolaire.

 

L’UMP réunit le 8 novembre sa Convention éducation et publie ses propositions de campagne pour les présidentielles de 2012 en matière d’éducation. Elles se déclinent autour de 4 points : la réforme des rythmes scolaires, celle du collège, le management scolaire et la réforme du statut des enseignants.

 

Auparavant vient le bilan. «  Des résultats encourageants sont cependant déjà perceptibles », estime le document UMP en citant les évaluations de CE1 et de Cm2 qui montrent «  une meilleure maîtrise des fondamentaux ». Il montre également « une augmentation sans précédent de la rémunération des jeunes enseignants », une hausse du pouvoir d’achat de tous grâce aux heures supplémentaires. Globalement « les moyens existent mais il faut les mettre là où on en a le plus besoin ».  

 

Après avoir modifié les rythmes scolaires sous X Darcos, l’UMP propose de nouveaux rythmes en conformité avec les recommandations de l’Académie de médecine. Extension de deux semaines de l’année scolaire, sans qu’il soit fait mention d’une compensation, au primaire et au secondaire, semaine de 4 jours et demi au primaire, pause méridienne d’une heure et demi.

 

« Passer du collège unique au collège pour tous… S’il ne s’agit pas de remettre en cause le collège pour tous, il faut cependant l’adapter aux nouveaux besoins des élèves qui sont plus diversifiés qu’auparavant », écrit l’UMP. De fait il s’agit bien d’en enterrement du collège unique. D4une part l’UMP recommande d’expérimenter des collèges « par classes » en coupant le collège en deux niveaux (5-6ème et 3-4ème) institués dans des établissements différents. Ce système permettrait de mettre en place facilement un double examen d’entrée en 6ème et 4ème, les deux anciens paliers d’orientation seraient remis en place. A l’issue de la 5ème, une partie des jeunes pourraient être envoyés dans des classes de pré professionnalisation. «  Dans le cadre de la réforme du collège, une diversification des voies serait permise, afin que chaque enfant puisse s’orienter dès l’âge de 14 ans vers une voie de réussite qui lui correspond ». Des classes « métiers études » seraient instituées ouvrant sur des CFA. C’est la fin du socle commun qu’annonce ce projet. L’expression est peu citée dans le document et parfois sans l’adjectif « commun »…

 

L’UMP propose une gestion manageriale des établissements. Les écoles primaires deviendraient des établissements. A la tête des établissements, le chef d’établissement embaucherait le personnel de son établissement. Il l’évaluerait. Enfin les résultats des évaluations nationales de chaque école et chaque collège seraient publiées. On aurait ainsi une mise en concurrence renforcée des établissements.

 

Enfin l’UMP propose une réforme du statut des enseignants du secondaire. «  Il faut réfléchir à un nouveau statut des enseignants qui permette d’intégrer dans les missions des enseignants non seulement les cours mais l’accompagnement : tutorat, orientation, concertation. Cette redéfinition des missions pourrait aboutir à la création d’un nouveau corps qui concernerait les candidats à l’actuel CAPES et qui serait ouvert aux professeurs certifiés en exercice, sur la base du volontariat ». Sans toucher aux certifiés et encore moins aux agrégés, cette disposition les mettrait en extinction et on aurait une nouvelle catégorie d’enseignants probablement au temps de service passé à 24 heures (plus un tiers). Cette mesure permettrait d’économiser des milliers de postes. Dans le même souci, l’UMP entérine la fin de la scolarisation à 3 ans et pose la question du devenir du Cndp et du Cned appelés à se fondre dans une seule nouvelle structure.

 

Tous ces dispositifs ont été semés par Nicolas Sarkozy durant son quinquennat mais aboutissent à une rupture. L’UMP propose d’aller au bout des démarches et de mettre en place une école sans doute plus conforme aux principes libéraux que proche du modèle anglo-saxon. C’est la mise en concurrence des établissements qui devra assurer l’amélioration du système éducatif. C’est le chef d’établissement patron qui est seul responsable de bonne cote de sa maison. L’école semble passer du service public au service marchand.

Le programme UMP

 

Echos de la Convention UMP

Ecole : L'UMP propose un programme de rupture dans Actualités 09ump3C’est devant un public acquis et conquis que s’est tenue, ce mardi 8 novembre, au Théâtre Bobino, la convention éducation de l’UMP.  Les mots d’ordre : personnalisation, autonomie, décloisonnement  et confiance, sont répétés avec conviction par les participants successifs, très motivés, comme le disait une militante en sortant, pour  « convaincre les français à faire le bon choix ». Un climat clairement pré-électoral, donc, dans lequel les critiques du programme du PS ont fusé, en contrepoint des projets forts de l’UMP : revoir les rythmes scolaires, la gestion des personnels enseignants (« on ne peut plus fonctionner avec des statuts de 1950! »), les relations avec l’entreprise, le développement de la professionnalisation précoce des élèves et le retour sur le collège unique, qui ne « correspond plus à la société d’aujourd’hui ».

Lisez le reportage

 

Les réactions syndicales

sys5 dans Revue de presse« Rétrograde » pour Thierry Cadart (Sgen Cfdt). « Vrai projet radical » pour Christian Chevalier (Se-Unsa) que cela confirme dans son analyse d’une privatisation de l’Ecole. « Conception idéologique libérale » pour Sébastien Sihr du Snuipp. Le projet UMP a déjà les syndicats contre lui.

 

« Pour le coup l’arrivée de N Sarkozy a changé la vision de l’école de la droite », nous a déclaré Christian Chevalier, secrétaire général du se-Unsa. « Jusque là la droite s’adaptait à l’école républicaine. Elle a maintenant son propre projet » qu’elle veut mettre en place. Même s’il « n’est pas surpris car ces mesures s’inscrivent dans la logique des mesures déjà avancées », il souligne la rupture. « On n’est plus dans l’Ecole de la République. C4est l’école de la ségrégation ». C Chevalier attire par exemple l’attention sur le risque de déserts scolaires du fait de l’embauche des enseignants par les chefs d’établissement. « L’UMP a un vrai projet pour l’Ecole : l’Ecole de la concurrence. Ce n’est pas une école de la réussite de tous les élèves ».

 

Interrogé lui aussi, Thierry Cadart (Sgen Cfdt) voit dans cette mise en concurrence « une obsession idéologique,… une tentative d’importer dans le système éducatif les principes du management des entreprises ». Le Sgen qui est ouvert à l’évolution des missions des enseignants, appelle « à ce que le débat nécessaire ne prenne pas une forme caricaturale ».

 

Pour Sébastien Sihr (Snuipp Fsu), « la vision éducative de l’UMP c’est le chacun pour soi » et la mise en concurrence, nous confie-t-il. Avec les jardins d’éveil tous les parents par exemple n’auraient plus accès à l’éducation préélémentaire. Le syndicat est favorable à une évolution des missions des enseignants mais fustige un programme qui « fait l’impasse sur les dynamiques professionnelles qui fondent les réussites des élèves ». Il dénonce « une conception libérale de l’école ».

 

Article Libération.fr

 

L’école UMP: le « vous » dès l’âge de 3 ans !

Vous connaissez Christine Maso ? Non ? Moi non plus, jusqu’à ce que j’assiste mardi à Bobino à la Convention UMP sur l’éducation. Et que Christine Maso, une prof de maternelle assise à la tribune, propose une loi pour interdire le tutoiement des petits, rendant donc obligatoire le vouvoiement, histoire d’imposer le respect

8 nov 2011 038

Il était autour de 17 heures 30 lorsque la Convention a débuté dans la salle parisienne, soudain plongée dans le noir comme pour un spectacle – ce qui ne facilite pas la prise de notes. Les balcons sont vides mais à l’orchestre, on voit beaucoup de militants UMP aux cheveux blancs et quelques jeunes placés bien devant.

Après un début classique – un discours bilan-perspectives du ministre Luc Chatel – , Christine Maso fut l’une des toute premières sollicitées par l’animateur du raout, Nicolas Rossignol, un homme plutôt joyeux. La raison: prof, elle est au coeur du sujet.

L’enseignante de moyenne et grande section de maternelle évoque alors ces élèves de maternelle qui tutoient leurs profs et qui sont « de plus en plus arrogants« . « Autorité, respect, seraient-ils devenus des gros mots ? », lance-t-elle devant une salle conquise, hostile par nature à « la chienlit ». Mais elle réserve son annonce-surprise à plus tard, lorsqu’elle est interrogée une seconde fois: « et pourquoi pas une loi pour interdire le tutoiement ? ».

En son temps, Xavier Darcos, le prédécesseur de Luc Chatel, était aussi un adepte du « vous ». Mais ayant déjà pas mal de sujets de frictions, il n’avait pas insisté.Christine Maso ne s’arrête pas là. Elle est ensuite carrément applaudie lorsqu’elle déplore le mauvais niveau des élèves en français: « c’était quand même mieux avant lorsqu’on enseignait sujet, verbe, complément, au lieu de groupe nominal… ».

La Convention de l’UMP – deux panels d’une petite dizaine d’intervenants chacun, l’un sur l’éducation, l’autre sur le supérieur – a ainsi oscillé entre la nostalgie d’une époque où les élèves ne pipaient pas mot en classe, et le rêve d’une école libérale où les directeurs recruteraient eux-mêmes les profs et où ces derniers travailleraient plus sans gagner plus.

Le rêve libéral, c’est Luc Chatel qui l’a développé. « Il faut que vous soyez fiers du bilan, mes chers amis », a-t-il commencé. Puis il a prôné « la troisième révolution, celle de la personnalisation«  de l’enseignement, après la démocratisatoin (la première révolution) et la massification (la deuxième) – son leitmotiv ces derniers temps.

Plus sérieusement, reprenant une partie des 30 propositions de la Convention, il a évoqué une série de réformes à faire, dont voici les principales:

- un changement de statut des profs afin qu’ils soient davantage présents dans les établissements et qu’au delà des cours, ils assurent aussi du tutorat, de l’orientation, etc (proposition 15 de la Convention). « Le métier d’enseignant a changé, a-t-il expliqué, avant, face à des classes homogènes, il pouvait se contenter de transmettre le savoir. Mais aujourd’hui, peut-on continuer avec un statut fait en 1950 ? » (selon lequel un prof certifié assure 18 heures de cours par semaine, un agrégé 15, auxquelles il faut ajouter les préparations, les corrections, les rendez-vous avec les parents, etc, ndlr).

- le recrutement des profs par les chefs d’établissement (proposition 10). « Je suis fier que 300 lycées et collèges expérimentent une autonomie du recrutement, c’est révolutionnaire, s’est félicité le ministre, il faudra aller plus loin ». Il faisait ici allusion aux établissements du dispositif Eclair.

- un changement des rythmes scolaires, avec un allongement de deux semaines de l’année en raccourcissant les vacances d’été (proposition 3). « Les élèves français ont 1 000 heures de  cours par an, un record parmi les pays développés, en plus concentré sur un petit nombre de jours », a souligné le ministre.

- une mise en concurrence des écoles, avec publication des résultats des évaluations nationales des CE1 et CM2 et ceux de celle introduite cette année en 5è (proposition 4). Sur la scène de Bobino, Luc Chatel n’a pas été aussi précis, mais il a vanté « l’autonomie des établissements » et la possibilité pour les parents de « mesurer les performances » des écoles de leurs enfants.

8 nov 2011 039Jean-François Copé, le patron de l’UMP, est ensuite revenu sur ses dadas. Il a défendu l’idée de collèges par niveau – certains regroupant les 6è et 5è, les autres les 4è et 3è (proposition 6). Selon lui, cela doit permettre d’avoir davantage de mixité sociale et d’éviter les « ghettos scolaires ».

Il voulait un examen à l’entrée en 6è fleurant bon le certif. Mais pour surmonter « sa petite divergence avec Luc » (Chatel), il  fait un petit effort et est maintenant d’accord pour une évaluation en début de CM2 (proposition 5).

Les ministres présents – également Laurent Wauquiez pour l’Enseignement supérieur, Nadine Morano pour l’Apprentissage et la secrétaire d’Etat à la Jeunesse Jeannette Bougrab,- se sont succédés à la tribune pour s’autoféliciter du chemin déjà parcouru -  « la réussite exceptionnelle » de la LRU (la loi d’autonomie des universités), « les grandes avancées » dans l’éducation, etc.

Les chiffres ont déferlé pour illustrer le succès des réformes – 240 000 élèves de primaire ont fait un stage de pré-rentrée cette année par exemple – et la hausse continue du nombre d’enseignants alors que celui des élèves baisse. Mais il n’y pas eu un mot sur les suppressions de postes – 66 000 depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007.

Quelques mots enfin sur le panel Enseignement supérieur. Il a consisté essentiellement en une célébration de la LRU. Après l’ »égalitarisme » post-soixante huitard et « la poussière » accumulée par « les  corporatismes », la droite a fait ce que la gauche rêvait de faire en donnant l’autonomie aux universités, a dit en substance Laurent Wauquiez.

Il a aussi célébré le rapprochement des universités avec les entreprises et leur plus grand souci de l’insertion professsionnelle de leurs diplômés. « Ah ! le lien avec les entreprises, c’était une horreur, une abomination il y a dix ans », a-t-il lancé pour le plus grand plaisir des militants.

Les invités ont eu 3-4 minutes pour parler, ce qui leur a laissé peu de temps pour dire des choses intéressantes. Et comme il fallait libérer la salle pour le spectacle à 20 heures tapantes, il n’y a pratiquement pas eu de questions de l’assistance.

Tout cela est censé préfigurer ce que sera le programme du candidat UMP à la présidence, candidat non déclaré mais connu, en campagne sans vouloir le dire. Suivez mon regard…

Crédits photos: sur la scène de Bobino, le premier panel laisse la place au second. Parmi les personnages s’en allant, Luc Chatel; Laurent Wauquiez en plein discours (DR).

 



recitsdautrefois |
loupian-demain pour vous |
Pour GREPIAC, du Dialogue à... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lenfantestadulte
| deci-dela
| BONNES NOUVELLES