Evaluation des enseignants : La réforme appliquée à la rentrée 2012

Les syndicats face à la nouvelle évaluation

Au rejet plus ou moins violent des syndicats d’enseignants, s’oppose pour le moment le silence des syndicats de cadres. « Totalement inacceptables », pour le Snes, le Snep et le Snuep, les projets de texte sont vivement critiqués. « Ce qui deviendra de fait premier, ce n’est plus le cœur du métier, la capacité de l’enseignant à faire acquérir savoirs et compétences à ses élèves, mais tout ce qui est périphérique à l’acte d’enseigner », écrit le Snes. « Cela changera le sens du métier d’enseignant mais aussi le rôle de l’Ecole envers les élèves, dans la mesure où l’appropriation et la maîtrise de savoirs, l’acquisition de compétences seraient minimisées ». Le syndicat fait allusion au fait que l’inspection n’évaluera plus. Il dénonce aussi « le gel des promotions jusqu’en 2015″ du fait du changement de système d’avancement.

 

Interrogé par le Café, Guy Barbier du Se-Unsa, estime ces textes « pas acceptables ». « On est attaché au regard croisé IPR – chef d’établissement. Ce dernier a son mot à dire dans certains aspects mais le regard pédagogique ne peut venir que de l’inspection. Comment le chef d’établissement pourrait-il apprécier les compétences disciplinaires comme le demande le texte ? C’est aberrant ». Le Se-Unsa rappelle quand même les défauts du système actuel : irrégularité des inspections, absence de critères objectifs et connus.

 

Le Sgen « salue la disparition de l’inspection individuelle » et demande de « déconnecter la question de l’évaluation des modalités d’avancement… Il est inacceptable qu’avec le nouveau système les personnels soient perdants dans le déroulement de leur carrière ».

 

Les syndicats de chefs d’établissement et d’inspecteurs n’ont pas encore réagi aux projet d’arrêté. En février 2011 ils avaient jugé négativement l’entretien d’évaluation des enseignants annoncé par J Théophile. « Le Snpden, premier syndicat de chefs d’établissement, ne voyait pas comment techniquement il sera possible de passer de la gestion de masse des enseignants à une gestion individuelle. P Roumagnac, pour le SIEN, syndicat d’inspecteurs, disait : « le fait de mener de tels entretiens ne s’improvise pas et ni les chefs d’établissement, ni les inspecteurs ne sont formés pour cela. La généralisation brutale de la démarche apparait donc totalement contre-productive ».

Communiqué Snes

En février 2011

 

Changer l’évaluation pour bloquer les carrières ?

Dans ce domaine comme dans d’autres, le ministère vise-t-il avant tout les économies ? La question peut être posée en reconstituant le déroulé des carrières tel que le prévoit le projet de décret. Sur ce graphique l’axe de gauche correspond aux années.

Evaluation des enseignants : La réforme appliquée à la rentrée 2012  dans Actualités 1611111 

A l’ancienneté, dans le système actuel il faut 12,5 ans pour atteindre le 8ème échelon. Il en faudra 15 avec le nouveau. Au grand choix, une carrière théorique dure 16 ans et 9 mois aujourd’hui. Elle nécessiterait 25 ans avec la nouvelle évaluation. C’est une énorme masse salariale d’économie potentielle et un coup d’arrêt à l’augmentation de la masse salariale par l’effet GVT.

 

Evaluation des enseignants : Le Snes appelle à la grève

snes111 dans ActualitésJugés « inacceptables », les projets de textes sur l’évaluation des enseignants font se mobiliser le Snes. Le 15 novembre il annonçait son intention de « réagir avec puissance et détermination ». Dans une déclaration à l’AFP, le 16, Daniel Robin, co-secrétaire général, appelle à la grève le 12 ou le 13 décembre. « Nous appelons les enseignants à limiter strictement leurs tâches à l’enseignement » a ajouté D. Robin. Le Snes est le premier syndicat dans l’enseignement secondaire.

 

Les autres syndicats d’enseignants manifestent leur irritation. L’Unsa education, sous la plume de son secrétaire général, Patrick Gonthier, demande une véritable négociation et rejette les deux textes. « Sur le fond, le projet ministériel exclut de fait les personnels d’inspection pédagogique du second degré de l’évaluation en leur substituant en totalité les chefs d’établissement, y compris sur les problématiques spécifiquement liées à l’enseignement et à la didactique des disciplines », écrit-il. « Surtout, elle bouleverse de manière fondamentale l’organisation des déroulements de carrière. Le projet ministériel est d’abord l’occasion de réaliser des économies budgétaires sur la rémunération des enseignants des écoles, collèges et lycées en les alignant sur le rythme d’avancement le plus défavorable, alors qu’ils sont toujours en attente d’une réelle revalorisation des carrières ».

 

La CGT juge les textes inacceptables et y voit « l’instauration du mérite comme mode de gestion ». Le Snuipp « s’opposera à une conception managériale basée sur un mérite largement arbitraire qui entrainerait individualisme et division des équipes. Il est également hors de question que l’évaluation ne se réduise à un contrôle administratif et à une opération de classement des enseignants. Il portera le projet d’une évaluation formative qui soit une aide au développement professionnel ». Quant au Sgen il parle de « rupture de confiance ». « L’absence de projet ambitieux pour le système éducatif associé à la gestion de coups médiatiques faisant office de politique aboutit à une rupture de confiance renforcée par l’instrumentalisation des débats éducatifs ».

 

Luc Chatel affirme qu’il « n’est pas question de prendre en catimini un décret, un arrêté sans qu’il y ait eu de concertation ».

Dépêche AFP

Communiqué unsa

Snuipp

Les projets de textes

 

 

Evaluation des enseignants : Vers une grève unitaire le 15 décembre

18F_RoletL’intersyndicale du second degré s’est réunie le 17 novembre. Elle se reverra le 21 au même moment qu’une réunion de l’intersyndicale du premier degré. On s’achemine bien vers une grève unitaire.

 

« On a une analyse commune sur la méthode et le fond de ces textes », nous dit Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes, à la sortie de la réunion de l’intersyndicale du second degré, faisant allusion au décret et à l’arrêté sur l’évaluation des enseignants publiés le 15 novembre par le Café. L’intersyndicale réunit les syndicats Fsu (Snes, Snep, Snuep), le Sgen, le Se Unsa, FO, le Snalc, Sud et la Cgt. « C’est une vision inacceptable de l’éducation qui se dessine ». L’intersyndicale a décidé la diffusion d’une pétition commune lundi 21. « L’appel à la grève se dessine », nous dit F. Rolet et devrait être décidé lundi. L’intersyndicale a lancé un appel pour une action commune à l’intersyndicale du premier degré.

 

Selon Sébastien Sihr, secrétaire général du Snuipp, l’intersyndicale du premier degré (Snuipp, Se Unsa, Sgen) se réunira effectivement lundi. « On pense que le sujet, c’est à dire l’annonce de nouvelles suppressions de postes, les 3000 Rased dans le viseur, les salaires et la nouvelle évaluation des enseignants, est de nature à amener une réaction commune face au torpillage de l’école ».

Les projets de textes sur l’évaluation des enseignants


 

 



Fichage des élèves : le ministère mate les derniers résistants Imprimer

Marie Kostrz
Rue89

Mis à jour le mercredi 16 novembre 2011 à 19h36

Trois ans après la création de Base élèves, des enseignants du primaire refusent toujours de remplir le fichier numérique.

Fichage des élèves : le ministère mate les derniers résistants      Imprimer dans Actualités 1611-classe-ecole

Dans une classe de l’école La Providence à Vincennes, Paris (Charles Platiau/Reuters)

Le 14 novembre, le Collectif national de résistance au fichier Base élèves (CNRBE) a publié un appel. Directeurs et enseignants y réaffirment leur refus de ficher les élèves et encouragent leurs collègues à dénoncer Base élèves. Pour le moment, seuls 68 directeurs et 82 enseignants ont signé le document.

Jérôme Thorel, de l’ONG Privacy International, qui lutte contre la violation de la vie privée par les gouvernements, affirme que les enseignants qui boudent le fichier sont sans nul doute plus nombreux. Aucun outil ne permet néanmoins de connaître précisément le nombre de désobéisseurs. Il consent :

« Beaucoup ont baissé les bras. Si le directeur arrive dans une école où les élèves ont déjà été fichés, il considère parfois que ça ne le regarde plus. »

En 2008, le gouvernement a supprimé de Base élèves certains champs de renseignement jugés dangereux par les instits, entre autres la nationalité, le lieu de naissance et la langue parlée à la maison. La plupart des directeurs sont alors entrés dans le rang.

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Des sanctions plus sévères

Blâme, retenue sur salaire, mutation et serrure changée…

 

Ceux qui ont été encouragés par la condamnation de l’ONU et l’avis rendu par le Conseil d’Etat continuent à résister. Cet acte de rébellion a un prix. Les sanctions, appliquées depuis 2009, sont désormais plus sévères. Sur le terrain, tous ont observé un durcissement du ton ministériel à la rentrée scolaire 2011. Blâmés, financièrement sanctionnés, ils sont aussi mutés.

Philippe Wain, responsable d’une classe unique de Bauzy dans le Loir-et-Cher, s’est toujours opposé à Base élèves. Il a été « déplacé ». Après de multiples avertissements oraux et écrits, ainsi que des retenues financières, l’instituteur a reçu en avril un appel informel du secrétariat de l’inspectrice d’académie. On lui a alors déclaré qu’il serait souhaitable pour lui de changer d’école. L’enseignant a finalement appris sa mutation le 20 juin, par hasard :

« J’ai consulté la liste des postes vacants dans le département et j’ai eu la surprise d’y trouver celui que j’occupais depuis cinq ans ! »

Le ministère de l’Education nationale ne rate pas une occasion de contourner le refus des enseignants. En octobre, Annelyse Benoit, directrice de l’école Montbrun-Bocage en Haute-Garonne, est partie en congé formation. Une aubaine pour l’inspection académique, qui a convoqué incognito son remplaçant et fiché la totalité des élèves de l’école.

La palme revient cependant à l’inspection des Hauts-de-Seine : en 2009, elle avait fait changer la serrure de la porte de l’école Paul-Bert de Malakoff afin que Fabienne Thomas, désobéisseuse de la première heure, ne puisse plus venir enseigner.

Contacté par Rue89, le ministère de l’Education nationale a décidé de ne pas s’expliquer sur ces méthodes. Au service presse, on dit :

« Il arrive qu’il y ait une volonté du ministère de ne pas répondre à certaines questions. Ce n’est peut-être pas le moment de les poser. »

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Une pression différente selon les académies

Là où l’opposition est forte…

 

Annelyse Benoit précise cependant que la situation est très différente d’une académie à l’autre :

« Ça dépend aussi de la personnalité des inspecteurs. Il y a des départements où ils font clairement du zèle, comme en Haute-Garonne, en Isère et dans l’Hérault. »

D’autres départements sont au contraire encore peu dans le collimateur du ministère. Véronique Decker, directrice à Bobigny, estime ne pas rencontrer de problèmes majeurs :

« En Seine-Saint-Denis, nous sommes encore plusieurs centaines de directeurs à s’opposer à Base élèves. Le rapport de force change et on nous laisse tranquille. »

Philippe Wain était le dernier chargé de classe de Loir-et-Cher à refuser l’usage du fichier. Il pense lui aussi qu’on l’a évincé afin de « finir ce qui avait été commencé » dans le département.

Plus au Sud, Joseph Ulla est l’un des deux directeurs aveyronnais à ne pas lâcher prise. Pour le moment, les sanctions se limitent à des retenues sur salaire :

« Ici, la population est très influencée par les luttes du Larzac. A chaque sanctions, enseignants comme parents d’élèves se mobilisent. L’administration a moins de marge de manœuvre. »

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La mobilisation des parents, déterminante

Deux mille courriers, six plaintes en mai

 

Les parents sont souvent les oubliés de la lutte contre Base élèves. Pourtant, ils sont plusieurs milliers à s’y opposer. Avocate, Sophie Mazas défend certains d’entre eux. Elle affirme que leur mobilisation peut faire la différence.

En juillet 2010, le Conseil d’Etat a en effet rendu un avis qui rétablit la possibilité pour les parents de refuser l’entrée dans Base élèves d’informations concernant leur progéniture. La juridiction a déclaré qu’ils pouvaient faire valoir un « motif légitime » dans ce but. Une expression restée indéfinie.

Depuis, environ 2 000 parents ont écrit au ministère pour faire valoir leur veto au fichage de leur enfant. Tous ont été rejeté. Sophie Mazas poursuit :

« En portant plainte pour différentes raisons, les tribunaux administratifs seront obligés de définir ces motifs. Si on obtient un large pannel de jurisprudences, on pourra réussir à faire supprimer le fichier. »

Six parents ont déposé une plainte en mai 2011 devant différents tribunaux. Des dizaines d’autres devraient les rejoindre d’ici à décembre. Une mère d’élève, domiciliée dans l’Aveyron et très impliquée dans la lutte, explique que la mobilisation est tout de même difficile à mettre sur pieds :

« Beaucoup de parents avaient adressé des courriers, mais il y a moins de monde qui suit lorsqu’il s’agit de porter plainte. Ça a un coût et c’est sûr que c’est un frein. »



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