Pour un collectif budgétaire pour la rentrée 2012, pour une loi d’orientation et de programmation

Rappel de la position du collectif : L’éducation est notre avenir

La déclinaison des suppressions massives de postes dans les écoles, collèges et lycées – notamment professionnels – pour la rentrée 2012 est maintenant connue : partout elle se traduit par de nouvelles dégradations des conditions d’apprentissage des élèves et de travail pour les enseignants. Partout les dispositifs mis en œuvre pour faire réussir les élèves sont mis à mal. Partout ce sont les élèves les plus défavorisés qui en paieront le prix fort, alors que jamais les inégalités n’ont été aussi élevées.
Ces suppressions interviennent de plus dans un contexte où c’est l’ensemble de la politique éducative (contenus d’enseignement, évaluations, organisation du système, formation des enseignants…) qui aggrave la situation de l’école.

Mais cette politique se heurte à une montée importante des mobilisations et le début de 2012 est marqué par des initiatives revendicatives multiples rassemblant très souvent personnels, parents et lycéens (occupations, rassemblements, nuits des écoles, opérations « cœurs rouges » et autres « coups de froid sur l’éducation », délégations, conférences de presse, grèves, manifestations, vote contre les DHG dans les conseils d’administration des collèges et lycées, refus collectif des heures supplémentaires, organisation de contre-CDEN ou de comités de Salut public…). Elles traduisent le refus de toute la communauté éducative d’une politique de régression pour les élèves et pour le système éducatif et l’exigence de remise en cause de différentes réformes mises en place pendant le quinquennat qui s’achève.

Les organisations réunies dans « le collectif l’éducation est notre avenir » appellent à poursuivre et amplifier les mobilisations notamment contre les suppressions de postes en 1er et second degré, les gels de postes dans les universités, la destruction des Rased et de dispositifs pédagogiques alternatifs, l’imposition d’heures supplémentaires aux enseignants, la dégradation des conditions de travail, cela en s’efforçant de construire des centralisations départementales sous des formes à décider localement. Il est indispensable d’interpeler les directeurs académiques des services de l’éducation nationale, les recteurs, le ministre et les élus, notamment députés et sénateurs ainsi que les candidates et candidats qui briguent les suffrages des citoyens-es.

Il s’agit de peser pour  :

  • le rejet des suppressions de postes,
  • un collectif budgétaire permettant des mesures d’urgence dès la rentrée 2012,
  • une loi d’orientation et de programmation pour une politique scolaire et universitaire radicalement nouvelle,
  • l’ouverture d’un véritable dialogue social.


« La réforme des rythmes scolaires sera l’une de mes priorités » (F. Hollande aux parents d’élèves)

Article du site officiel du candidat François Hollande

François Hollande a répondu samedi 17 mars à l’invitaton de la FCPE (Fédération des Conseils des Parents d’élève) qui organisait une « journée d’interpellation des candidats à la présidentielle ». Il a donné son point de vue sur l’avenir de l’école, mais aussi sur des sujets très concrets, rythmes scolaires, devoirs à la maison, notes, statut des parents d’élèves, etc…

Retrouvez les principales déclarations du candidat et l’intégralité de son intervention ci dessous.

LES PRINCIPALES DECLARATIONS

1) Rythmes scolaires: une journée scolaire plus courte, plus de jours d’école, retour à la semaine de 4 jours et demi.

« C’est en France que la scolarité dans l’année est la plus courte, et le nombre d’heures dans la journée le plus élevé. Nous devons en terminer avec ce qui produit de la fatigue chez les enfants, de la difficulté d’enseigner pour les professeurs et un déséquilibre dans l’année. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de jours sans école que de jours avec école. Nous devons travailler sur un temps dans l’année où il y a plus de journées d’école (…) Donc, nous devons rétablir un équilibre, et nous le ferons en faisant en sorte que nous travaillions avec les enseignants, avec les parents, avec les élus locaux pour revenir à une journée scolaire plus courte et à une semaine scolaire qui ne sera plus celle des quatre jours. (…) Je déciderai le retour à la semaine de quatre jours et demi.

(La disparition du samedi a eu pour conséquence la disparition de deux heures hebdomadaires par élève, soit 72 heures par an) 

2) Scolarisation des enfants de moins de 3 ans :

« Parmi les créations de postes que j’ai annoncées (12000 par an), une part sera affectée dans la maternelle et dans l’école élémentaire, mais d’abord dans la maternelle. Je veux qu’il y ait plus d’enfants qui soient scolarisés à partir de deux ans. (…) Ensuite, à partir de trois ans, je pose un principe, qui est que tout enfant ayant trois ans doit être accueilli à l’école maternelle publique.

3) Les devoirs faits en priorité à l’école, pas à la maison

« Je suis pour qu’une grande partie des devoirs se fasse dans le temps scolaire, c’est-à-dire que ce soit un élément du temps de travail à l’école. Est-ce à dire qu’il n’y aura jamais rien à faire à la maison ? Non, même si j’en vois les contraintes et les risques. Plus il y a de devoirs à faire hors du temps scolaire, plus les inégalités selon les niveaux d’éducation des parents, les situations familiales, risquent encore de se creuser. Donc, nous devons faire en sorte qu’il y ait des devoirs qui soient faits pendant le temps scolaire, mais aussi l’apprentissage par l’élève lui-même d’un certain nombre de travaux qu’il doit conduire à la maison. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas suivi et accompagné.

4Les notes à l’école : faire évoluer l’évaluation

« Je suis pour le maintien des notes, mais avec une autre forme d’évaluation, une évaluation qui tienne compte également des progrès qui sont faits, des efforts qui ont pu être engagés. De ce point de vue, un certain nombre de travaux ont été engagés pour donner plusieurs indications chiffrées : sur le travail mais aussi sur l’implication de l’élève, sur le progrès qu’il a pu faire. Donc, je suis tout à fait favorable à une évolution de l’évaluation des élèves régulièrement.

5) Le redoublement

« Je considère qu’il y a un gâchis par le redoublement. Nous devons limiter le nombre de redoublements. En même temps, nous savons bien qu’il y a des élèves qui ont du retard, des difficultés, des moments particuliers d’adaptation. Donc, nous reprendrons la politique des cycles en la pensant de l’école maternelle jusqu’au collège, pour permettre qu’il y ait aussi du rattrapage, et ne pas entrer dans un processus cumulatif où un redoublement déjà sanctionne, puis un autre oriente, et un dernier élimine. 

6) Cours particuliers : lutter contre la marchandisation de l’école

« Je suis pour que l’accompagnement scolaire puisse être également mené. Nous connaissons, là, la problématique des services privés, de la marchandisation de l’accompagnement scolaire. Si nous voulons lutter contre cette marchandisation, cette nouvelle forme d’inégalité, il nous faut apporter, avec des personnels qui ne sont pas forcément des professeurs, un suivi des élèves par rapport aux devoirs qui doivent être accomplis à la maison ou en étude surveillée. (…) Cela peut être des jeunes tuteurs, cela peut être un certain nombre de personnes qui au-delà de l’école, dans les services civiques, peuvent apporter aussi leurs compétences. Là, il ne s’agit plus du travail des professeurs. Les devoirs principaux doivent être faits avec les professeurs ; l’accompagnement, l’aide et le soutien doivent être faits par des associations ou par le service public lui-même avec des personnels qui ne sont pas nécessairement des professeurs.

7) Une loi d’orientation et de programmation pour le service public d’éducation

«  Je présenterai avec le gouvernement une loi de programmation et d’orientation. (…) Nous avons besoin de cette programmation — programmation de moyens. Nous avons besoin de cette orientation. (…) Nous avons besoin d’avoir une vision et des engagements. La vision, c’est l’école de demain : qu’est-ce qu’elle peut apporter non seulement à chacun de nos enfants, mais aussi à la France ? Cette loi de programmation prévoira des moyens supplémentaires. Lorsque j’ai indiqué les 60 000 postes (12 000 par an), c’était bien pour donner, déjà, cette priorité, dans un contexte budgétaire très difficile, dans un contexte financier très lourd. Et vous avez sans doute entendu ce que cela m’a valu : « comment, vous n’y pensez pas, que l’on pourrait faire 12 000 recrutements par an, 60 000 postes, soit 2,5 milliards d’euros à la fin du quinquennat ? ». J’ai répondu : 2,5 milliards, c’est le coût du bouclier fiscal sur cinq ans. Que préfère-t-on, protéger les plus favorisés ou protéger les enfants de la République ? J’ai ma réponse. »

8) Financement de l’école privée sous contrat

« J’entends ce qui est dit sur la loi Carle. Ce qui est grave, avec notamment l’application de la loi Carle – car il y a la loi et il y a la circulaire, et vous avez sans doute été informés de la circulaire –, c’est qu’une dérive s’est produite. Ce que nous devons faire, c’est faire en sorte que la ville ou la commune – car il s’agit souvent d’une commune rurale – qui veut garder son école publique, que la commune qui a une solution publique pour son école, ne doit pas payer pour un élève de la commune qui va dans une autre commune dans une école privée. »

9) Statut des représentants de parents d’élèves :

« La première évolution serait de dire que le représentant parent élu dans un conseil de classe aurait le droit de s’absenter. »
- « Je pense qu’il faut reconnaître la représentation de parents d’élèves avec des droits spécifiques pour celles et ceux qui en ont été élus. Comment faire : essentiellement avec les employeurs, privés comme publics. Nous aurons d’abord à permettre des autorisations d’absence, ce qui n’est pas toujours possible notamment aux heures où se tiennent les conseils de classe. Ce qui fait que des parents légitimement élus, qui ont la confiance d’autres parents, ne peuvent pas s’y rendre parce qu’ils n’y sont pas autorisés, tout simplement.
- « Ensuite, il y a la question de la rémunération de cette absence. Là encore, je suggérerais qu’il conviendrait de trouver un accommodement avec les employeurs par rapport à des avantages en termes de cotisations sociales ou de fiscalité, qui pourraient être de nature à compenser la perte pendant un temps du travail du salarié.
- « Un décret devrait pouvoir permettre de résoudre un certain nombre de choses. C’est là l’engagement que nous souhaitons entendre, clairement, de la part des candidats à l’élection présidentielle. (…) Si je deviens le prochain président de la République — j’y travaille —, sans attendre même que l’Assemblée nationale soit renouvelée, ce décret peut être pris. Il le sera.
- « Au-delà du décret, nous rêvons de faire des élections de parents un grand moment. (…) Il faut une grande journée d’élection des délégués parents, mais aussi des délégués élèves. Cela pourrait se tenir le même jour. Ce serait une sacrée façon de reconnaître la démocratie au lycée !

 

Intégralité de l’échange

Bonjour François Hollande, merci d’être avec nous. Vous êtes le candidat du Parti socialiste et du Parti radical de Gauche pour cette élection présidentielle. Dans votre programme sur l’école, nous retenons surtout la création des 60 000 postes dans l’éducation et l’augmentation de 25 % de l’allocation de rentrée scolaire. Mais nous aimerions aller plus loin aujourd’hui.

La première question qui vous est posée concerne le statut de parent délégué. Si vous êtes élu, quelles décisions allez-vous prendre pour instaurer un véritable statut de délégué parent ?

D’abord, merci pour votre invitation. J’ai conscience que si nous voulons transformer l’école, si nous voulons faire de l’éducation une grande cause nationale, nous aurons besoin de tous les acteurs, à commencer par les personnels qui se dévouent pour la formation, l’instruction, l’éducation de nos enfants, mais aussi des parents eux-mêmes. Il y a plusieurs idées reçues qui circulent sur l’implication de parents. Il y a l’idée que certains seraient démissionnaires, qu’ils ne comprendraient plus ce qu’est le rôle de l’école et qu’ils s’en seraient éloignés. Il y a sans doute une part de vrai. Mais il y a surtout une telle attente des parents dans l’école, et une telle déception parfois quand il n’y a pas les résultats escomptés ou les moyens mis en place. D’où le rôle indispensable des représentants de parents d’élèves.

Il y a la question de la représentativité. Des progrès ont été faits, on peut mieux faire sur les élections pour qu’elles soient véritablement un moment de vie démocratique et d’implication des parents.

Ensuite, il y a l’interrogation qui m’est adressée sur le statut des représentants de parents d’élèves. Je n’aime pas tellement ce terme de « statut », comme si c’était un moment dans un cursus. Je pense qu’il faut reconnaître la représentation de parents d’élèves avec des droits spécifiques pour celles et ceux qui en ont été élus. Comment faire : essentiellement avec les employeurs, privés comme publics. Nous aurons d’abord à permettre des autorisations d’absence, ce qui n’est pas toujours possible notamment aux heures où se tiennent les conseils de classe. Ce qui fait que des parents légitimement élus, qui ont la confiance d’autres parents, ne peuvent pas s’y rendre parce qu’ils n’y sont pas autorisés, tout simplement.

Donc, la première évolution serait de dire que le représentant parent élu dans un conseil de classe aurait le droit de s’absenter.

Ensuite, il y a la question de la rémunération de cette absence. Là encore, je suggérerais qu’il conviendrait de trouver un accommodement avec les employeurs par rapport à des avantages en termes de cotisations sociales ou de fiscalité, qui pourraient être de nature à compenser la perte pendant un temps du travail du salarié.

Voilà ce que je veux poser comme principes. Oui, il nous faut avoir des droits permettant l’exercice de la mission de représentation. Oui, nous devons regarder avec les employeurs, sans doute progressivement, ce que nous pouvons faire — le premier principe étant l’autorisation d’absence.

Nos parents d’élèves brûlent d’impatience. Cela fait des années qu’on nous parle d’autorisation d’absence. Un décret devrait pouvoir permettre de résoudre un certain nombre de choses. C’est là l’engagement que nous souhaitons entendre, clairement, de la part des candidats à l’élection présidentielle.

Au-delà du décret, nous rêvons de faire des élections de parents un grand moment. Nous rêvons d’une campagne médiatique assumée par l’Etat, comme pour les Prud’hommes, et que cesse cette sempiternelle négociation que nous devons mener chaque année pour pouvoir promouvoir le rôle des parents dans l’école. Il faut une grande journée d’élection des délégués parents, mais aussi des délégués élèves. Cela pourrait se tenir le même jour. Ce serait une sacrée façon de reconnaître la démocratie au lycée !

Un décret est signé par le président de la République ou le Premier ministre. Si je deviens le prochain président de la République — j’y travaille —, sans attendre même que l’Assemblée nationale soit renouvelée, ce décret peut être pris. Il le sera.

La question des élections va même au-delà de la communauté scolaire, et vous avez eu raison d’évoquer aussi la désignation des délégués de classe. Voulons-nous des corps intermédiaires ou n’en voulons-nous pas ? Si nous en voulons, il faut que les corps intermédiaires soient les plus légitimes et les plus représentatifs possibles. Si en revanche tout est fait pour qu’ils ne procèdent pas du suffrage, ou de telle manière que leur légitimité soit réduite ou amenuisée, alors les corps intermédiaires seront progressivement dénoncés comme des empêcheurs, comme des freins, et l’on inventera je ne sais quelle démocratie directe, y compris pour l’avenir de l’école.

Franchement, je suis pour les corps intermédiaires dès lors que nous leur donnons toute la représentativité nécessaire. Je retiens donc l’idée d’une journée de la démocratie à l’école, pour qu’il y ait le plus de participation possible. Pour un enfant, la première élection n’est pas forcément celle du président de la République, mais c’est d’abord l’élection du parent d’élève ! J’ai été parent d’élève. Je me souviens que mes enfants m’adressaient des enveloppes en me disant : « il faut aller voter ». Quelle est la terrible déception, parfois, que ces enfants peuvent rencontrer ? C’est quand leurs parents, pour des raisons de temps, pour des raisons de complications ou de défaut d’information, ne le font pas. Si l’on veut qu’il y ait une participation civique élevée, y compris pour l’élection présidentielle — c’est mon intention —, mieux vaut qu’il y ait une participation électorale élevée à toutes les désignations de représentants dans toutes les institutions possibles, et d’abord dans l’école de la République.

Nous prenons acte de cet engagement. Sachez que tout ce que vous dites ici est enregistré et pourra être retenu contre vous !

J’en ai bien l’impression !

Nous avons fermement l’intention de peser au-delà du 6 mai parce que pour nous, ce n’est pas seulement une question d’élection présidentielle. Elle sera suivie par des élections législatives. L’éducation nous préoccupe beaucoup. Notre investissement sera sans relâche jusqu’à ce que le projet éducatif qu’a rédigé notre organisation puisse voir le jour ou du moins prendre corps au travers des politiques publiques d’éducation mises en œuvre.

Nous allons aborder un deuxième thème. Les parents de la FCPE ont le sentiment que l’école maternelle est aujourd’hui une variable d’ajustement dans l’attribution des postes d’enseignants. Vous engagez-vous à rendre obligatoire la scolarisation des enfants à trois ans et à instaurer un droit à la scolarisation pour les moins de trois ans ?

Je fais le constat que depuis dix ans, le taux de scolarisation des moins de trois ans — c’est-à-dire des deux à trois ans — n’a cessé de diminuer dans notre pays. Il y a dix ans, un tiers des enfants de moins de trois ans étaient scolarisés. Aujourd’hui, nous sommes tombés à 10 %.

Vous avez rappelé que j’avais annoncé des créations de postes pour les cinq prochaines années, 12 000 par an. Parmi ces créations de postes, une part sera affectée dans la maternelle et dans l’école élémentaire, mais d’abord dans la maternelle. Je veux qu’il y ait plus d’enfants qui soient scolarisés à partir de deux ans. Ceci pour des raisons à la fois de droit à la réussite — toutes les études prouvent que plus tôt est arrivée la scolarisation, plus grandes sont les chances d’un parcours scolaire équilibré — et aussi pour des raisons d’accueil des jeunes enfants dans l’institution. J’ai le souvenir d’une parole qui n’aurait peut-être pas dû être prononcée par un ministre de l’Education, qui pensait qu’en dessous de trois ans, c’était simplement de l’accueil — et encore, de l’hygiène. Non, à partir de deux ans, il est déjà possible de transmettre un certain nombre de règles, de principes, de savoirs et de connaissances. C’est aussi donc une volonté de scolariser tôt les enfants.

Ensuite, à partir de trois ans, je pose un principe, qui est que tout enfant ayant trois ans doit être accueilli à l’école maternelle publique.

Ce sera une obligation ?

Tout enfant dont les parents veulent qu’il soit scolarisé sera accueilli à trois ans. Ce n’est pas l’obligation scolaire à trois ans, je préfère être clair.

Au cours de l’actuelle législature, une réforme a vu la disparition du samedi. Cela a eu pour conséquence la disparition de deux heures hebdomadaires par élève, soit 72 heures par an. Comment comptez-vous rétablir ces 72 heures perdues ?

En changeant les rythmes scolaires, en revenant sur cette régression des temps, cette régression de la transmission du savoir qu’a été la réforme dont vous avez parlé. C’est en France que la scolarité dans l’année est la plus courte, et le nombre d’heures dans la journée le plus élevé. Nous devons en terminer avec ce qui produit de la fatigue chez les enfants, de la difficulté d’enseigner pour les professeurs et un déséquilibre dans l’année. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de jours sans école que de jours avec école. Donc, nous devons rétablir un équilibre, et nous le ferons en faisant en sorte que nous travaillions avec les enseignants, avec les parents, avec les élus locaux pour revenir à une journée scolaire plus courte et à une semaine scolaire qui ne sera plus celle des quatre jours.

C’est-à-dire la semaine de quatre jours et demi en travaillant le mercredi ou le samedi matin ?

Absolument.

Est-ce qu’on raccourcit les grandes vacances également ?

Là, vous allez me fâcher peut-être avec d’autres… Mais je pense que si nous voulons gagner des jours, oui, nous devons travailler sur un temps dans l’année où il y a plus de journées d’école.

Nous allons aborder la question de la pédagogie. La FCPE souhaite la suppression des notes, des devoirs et du redoublement. Y êtes-vous favorable ?

Je vais commencer par les devoirs, parce que je sais que c’est une question qui est avancée régulièrement par votre fédération. Je suis pour qu’une grande partie des devoirs se fasse dans le temps scolaire, c’est-à-dire que ce soit un élément du temps de travail à l’école. Est-ce à dire qu’il n’y aura jamais rien à faire à la maison ? Non, même si j’en vois les contraintes et les risques. Plus il y a de devoirs à faire hors du temps scolaire, plus les inégalités selon les niveaux d’éducation des parents, les situations familiales, risquent encore de se creuser. Donc, nous devons faire en sorte qu’il y ait des devoirs qui soient faits pendant le temps scolaire, mais aussi l’apprentissage par l’élève lui-même d’un certain nombre de travaux qu’il doit conduire à la maison. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas suivi et accompagné.

Car je suis par ailleurs pour que l’accompagnement scolaire puisse être également mené. Nous connaissons, là, la problématique des services privés, de la marchandisation de l’accompagnement scolaire. Si nous voulons lutter contre cette marchandisation, cette nouvelle forme d’inégalité, il nous faut apporter, avec des personnels qui ne sont pas forcément des professeurs, un suivi des élèves par rapport aux devoirs qui doivent être accomplis à la maison ou en étude surveillée. Cela fera partie aussi de ce que nous pouvons faire pour faire évoluer l’école, et j’y suis prêt.

A quels personnels pensez-vous en particulier ?

Cela peut être des jeunes tuteurs, cela peut être un certain nombre de personnes qui au-delà de l’école, dans les services civiques, peuvent apporter aussi leurs compétences. Là, il ne s’agit plus du travail des professeurs.

Les devoirs principaux doivent être faits avec les professeurs ; l’accompagnement, l’aide et le soutien doivent être faits par des associations ou par le service public lui-même avec des personnels qui ne sont pas nécessairement des professeurs.

Est-ce que vous faites une distinction entre l’école primaire et le collège pour les devoirs ?

Je pense qu’il faut faire cette distinction entre l’école primaire et le collège. A l’école primaire, le plus de devoirs possibles doivent être faits à l’école.

Il y avait une question sur les notes. C’est un sujet difficile parce que — je ne parle pas de votre fédération — les parents sont ambivalents par rapport aux notes. D’un côté, nous voyons bien les risques pour l’élève, la souffrance qui peut être la sienne à travers des notations qui peuvent être parfois humiliantes, l’anticipation d’avoir fait un mauvais devoir, le sentiment d’être montré, d’être déjà classé avant même que toutes les chances aient pu être données. Tout cela est vrai. Et en même temps, les parents souhaitent savoir où en sont leurs enfants, où ils se situent, comment ils se comparent à d’autres, s’ils ont progressé.

Je suis pour le maintien des notes, mais avec une autre forme d’évaluation, une évaluation qui tienne compte également des progrès qui sont faits, des efforts qui ont pu être engagés. De ce point de vue, un certain nombre de travaux ont été engagés pour donner plusieurs indications chiffrées : sur le travail mais aussi sur l’implication de l’élève, sur le progrès qu’il a pu faire. Donc, je suis tout à fait favorable à une évolution de l’évaluation des élèves régulièrement.

Etes-vous favorable aux évaluations pratiquées aujourd’hui en CE1 et CM2 ?

Non, il y a eu trop d’évaluations. Qu’on sache exactement quel est le niveau, c’est normal. Mais on ne peut pas demander aux professeurs, sans cesse, d’évaluer. Il y a un moment où ils doivent d’abord enseigner, pas simplement évaluer le niveau, mais plutôt l’élever.

Souhaitez-vous supprimer ces évaluations ?

Nous en discuterons avec les enseignants, c’est quand même avec eux qu’il faut avoir ce dialogue. Et les parents ! Mais là, c’est une intervention pédagogique, même si cela concerne les parents de savoir où en sont leurs enfants. Donc, nous essayerons de trouver la bonne évaluation, mais je pense qu’on ne peut pas sans cesse évaluer le niveau des élèves.

Les parents ont aussi l’intention de faire de la pédagogie. Si cela n’a pas été le cas ces dernières années, ou pas suffisamment entendu, nous comptons bien, dans les périodes à venir, le faire entendre.

Je n’ai pas encore répondu sur le redoublement. Je considère qu’il y a un gâchis par le redoublement. Nous devons limiter le nombre de redoublements. En même temps, nous savons bien qu’il y a des élèves qui ont du retard, des difficultés, des moments particuliers d’adaptation. Donc, nous reprendrons la politique des cycles en la pensant de l’école maternelle jusqu’au collège, pour permettre qu’il y ait aussi du rattrapage, et ne pas entrer dans un processus cumulatif où un redoublement déjà sanctionne, puis un autre oriente, et un dernier élimine.

Nous avons lu avec attention votre programme. Nous parlons, à la FCPE, de la nécessité d’une loi d’orientation et de programmation pour que cessent enfin ces réformes, ces improvisations, ces soubresauts médiatiques, et pour que l’école devienne véritablement quelque chose de construit, l’affaire de tous.

Avez-vous l’intention, si vous êtes élu, de veiller à ce que soit élaborée une loi d’orientation et de programmation pour le service public d’éducation ?

Ma réponse est oui. Je présenterai avec le gouvernement une loi de programmation et d’orientation. Ce travail sera préparé par une vraie concertation avec tous les acteurs de l’école — je dis bien tous : les professeurs, les personnels de l’Education nationale et les parents. Nous avons besoin de cette programmation — programmation de moyens. Nous avons besoin de cette orientation. Quelle école voulons-nous ? Quelles réformes voulons-nous engager ? Quel travail en équipe pour les enseignants ? Quels rythmes scolaires ? Quels modes d’évaluation ? Toutes les questions que vous avez posées. Nous avons besoin d’avoir une vision et des engagements. La vision, c’est l’école de demain : qu’est-ce qu’elle peut apporter non seulement à chacun de nos enfants, mais aussi à la France ? C’est un sujet qui n’est pas seulement individuel, c’est un sujet citoyen. L’école, ce n’est pas simplement l’affaire des enfants d’aujourd’hui, c’est l’affaire de la France de demain.

Cette loi de programmation prévoira des moyens supplémentaires. Lorsque j’ai indiqué les 60 000 postes (12 000 par an), c’était bien pour donner, déjà, cette priorité, dans un contexte budgétaire très difficile, dans un contexte financier très lourd. Et vous avez sans doute entendu ce que cela m’a valu : « comment, vous n’y pensez pas, que l’on pourrait faire 12 000 recrutements par an, 60 000 postes, soit 2,5 milliards d’euros à la fin du quinquennat ? ». J’ai répondu : 2,5 milliards, c’est le coût du bouclier fiscal sur cinq ans. Que préfère-t-on, protéger les plus favorisés ou protéger les enfants de la République ? J’ai ma réponse.

On m’a donné d’autres comparaisons : 20 000 places de prison supplémentaires, c’est 3 milliards d’euros en investissement et 1 milliard d’euros en fonctionnement. Que préfère-t-on pour donner un signe par rapport à l’avenir ? Moi, je veux faire le choix de l’école de la République.

Mais ces moyens-là devront être au service d’objectifs. Il ne s’agit pas simplement de réparer les dégâts qui ont été commis. Il y en a eu : 80 000 postes supprimés depuis cinq ans, près de 100 000 depuis dix ans. Voilà les conséquences que nous voyons aujourd’hui à travers ces suppressions de classes, parfois d’écoles. Les RASED qui sont mis en cause gravement. Et toutes les structures spécialisées, notamment pour les élèves les plus fragiles. C’est la double peine ! C’est à la fois une diminution générale de postes pour tous les enfants – et donc pour tous les parents concernés – et c’est en même temps vers les quartiers les plus sensibles, vers les zones rurales les plus abandonnées que se font, en plus, les suppressions de postes. Et quand je regarde, même, comment se font les ajustements, ce sont les postes dont les personnes qui les occupaient étaient chargées d’assurer le suivi scolaire, le rattrapage scolaire, l’accompagnement des élèves les plus en difficulté, les plus loin, les plus fragiles – eh bien, c’est vers ces structures-là qu’il a été fait d’abord des suppressions de postes et de moyens.

Donc moi, je ne veux pas simplement rétablir, je ne veux pas refaire ce qui a été défait : je veux qu’en utilisant ces moyens supplémentaires, nous permettions ensemble le changement de l’école pour qu’elle soit encore plus utile, plus efficace, plus sûre pour les enfants de la République.

François Hollande, comme beaucoup de candidats, vous parlez chiffres. J’ai envie de vous parler d’autres chiffres. Depuis de nombreuses années, nous constatons la difficulté, pour les usagers du service public de l’éducation, d’obtenir des statistiques fiables, des chiffres fiables, des évaluations fiables du système d’éducation. Parce qu’en fait, l’Etat et le ministère de l’Education nationale élaborent une politique d’éducation et évaluent également eux-mêmes leur propre politique. Ne serait-il pas concevable que l’évaluation du système d’éducation, du fichier, des différents dispositifs, puisse se faire dans un cadre où les principaux usagers soient également associés ? Où la guerre des chiffres entre ministères et partisans laisserait place à la transparence – d’ailleurs la guerre des chiffres, entre les ratios et les sondages, vous en savez quelque chose ! Nous aimerions, nous, pouvoir disposer de chiffres objectifs, d’évaluations objectives, d’évaluations fiables. Parce qui mieux pourrait participer à l’évaluation du système public d’éducation si ce ne sont les usagers, c’est-à-dire les parents d’élèves et les lycéens eux-mêmes, premier pôle des usagers du système public d’éducation ?

La mesure est déjà un choix. Si nous ne parvenons pas à donner l’indication juste, nous ne pouvons pas poursuivre une politique juste. Le défaut de statistiques et le manque d’informations fiables conduisent nécessairement à des arbitrages contestables. Donc je partage votre volonté. Il y a tous les moyens au sein du ministère de l’Education nationale. Tous les moyens aussi auprès de l’Insee, auprès de toutes les structures d’évaluation, pour que nous puissions avoir toutes les données, toutes les informations permettant d’avoir une bonne connaissance du système éducatif et de ses résultats. Je suis prêt, donc, là-dessus à répondre à votre exigence.

Cela vaut dans tous les domaines. Il y a des phénomènes que nous ne mesurons pas. Je vais m’éloigner un moment de l’école : la souffrance au travail. Nous savons mesurer le chômage – et encore, pas complètement. Nous savons mesurer la qualification – et encore, imparfaitement. Mais la souffrance au travail, est-elle mesurée ? Comme elle n’est pas mesurée, elle est souvent ignorée. Et quand elle vient, c’est souvent à partir de faits divers dramatiques. Chacun en a à l’esprit. Si je reprends votre interpellation, quand il y a des phénomènes que nous ne mesurons pas, nous ne les réduisons pas ou nous ne les attaquons pas. Donc je suis pour un système le plus large possible. Et alors là, si nous pouvons nous mettre autour de la table ensemble et les définir, ce sera bien volontiers que je le ferai.

Nous en prenons acte.

Alors, François Hollande, une nouvelle question de la salle. Aujourd’hui, la loi impose le financement de l’école privée sous contrat. Certaines collectivités vont même au-delà de leurs obligations. Quelle est votre position sur ce point ?

Moi, je suis d’abord pour que les règles soient les mêmes pour tous. Premier point. Et je vais prendre un exemple. Quand il y a eu des suppressions de postes dans l’Education nationale, il y en a eu plus dans l’école publique qu’il n’y en a eu dans l’école privée. Quand nous rétablirons – car nous rétablirons – les moyens, nous rattraperons d’abord les moyens qui ont été perdus dans l’école publique. Et pour l’école privée, qui a perdu moins de moyens, les rattrapages se feront – mais à hauteur de ce qui a été perdu. Je préfère, là aussi, avoir le langage de la franchise – d’autant que tout est enregistré ! Ensuite, j’entends ce qui est dit sur la loi Carle. Ce qui est grave, avec notamment l’application de la loi Carle – car il y a la loi et il y a la circulaire, et vous avez sans doute été informés de la circulaire –, c’est qu’une dérive s’est produite. Ce que nous devons faire, c’est faire en sorte que la ville ou la commune – car il s’agit souvent d’une commune rurale – qui veut garder son école publique, que la commune qui a une solution publique pour son école, ne doit pas payer pour un élève de la commune qui va dans une autre commune dans une école privée. Est-ce que je suis clair ?

Je vous demanderai une précision de plus. Nous savons qu’en certains points du territoire, les parents n’ont pas le choix. Ils doivent inscrire leurs enfants dans une école privée. Au moment où nous parlons d’une France laïque, comment pensez-vous faire pour imposer aux collectivités locales réticentes, voire hostiles à la création d’écoles ou d’établissement publics, le fait qu’il faille le faire et que cela est incontournable pour le respect des principes de la République ?

Ce sont des cas qui ne sont pas si fréquents mais qui, dans certaines régions, existent. Et notamment dans l’ouest – pas n’importe quels départements de l’ouest –, où il n’y a pas de collège public dans la zone considérée. Vous savez que la construction d’un collège est de la responsabilité des conseils généraux. Nous sommes devant cette difficulté. Nous devons donc trouver là une forme d’égalité pour les parents qui veulent scolariser leurs enfants. Mais ce n’est quand même pas à l’Etat – vous vous rendez compte ! – de construire à la place du conseil général. Il faudra donc sans doute poser cette obligation, car ce n’est quand même pas à l’Etat de payer à la place des conseils généraux qui ne voudraient pas assumer leurs obligations – ce serait quand même trop facile. Donc c’est à l’Etat de poser cette obligation à tous les départements.

Une dernière question vous est adressée émanant de la salle. Quelle décision concrète prendrez-vous pour que la gratuité soit effective aussi bien durant le temps scolaire que périscolaire (transport scolaire, restauration, etc.) ?

Une part de la gratuité qui relève de l’Etat, et puis une bonne part de la gratuité relève des collectivités locales. Là aussi, parlons franchement. Transport scolaire : j’entends bien la gratuité, mais rien n’est jamais gratuit. Il y a bien une collectivité qui paie. En l’occurrence, ce sont les conseils généraux qui paient. Dans l’état actuel des finances publiques départementales, si vous ne prenez pas conscience de ce qui s’est passé depuis des années, c’est-à-dire du transfert de charges sur les collectivités locales et les départements, vous aurez des mouvements de retrait par rapport à la gratuité des transports. Donc nous devons engager cette politique aussi par rapport à un financement nouveau des collectivités locales et à une clarification de leurs compétences.

Ensuite, il y a ce qui peut être fait par rapport à la gratuité d’un certain nombre de matériels. Les régions, en matière de lycées, ont fait des choix courageux. Là encore, elles n’y étaient pas obligées. Ce n’était pas dans leurs compétences. Et notamment pour les lycées professionnels, qui avaient plus de charges que d’autres pour suivre un certain nombre d’enseignements. Et d’ailleurs, toutes les régions n’ont pas forcément engagé les mêmes politiques de gratuité et nous avons encore des écarts très considérables selon les régions pour les frais de l’enseignement professionnel.

Par ailleurs – mais je sais que c’est parfois contesté –, je considère que l’équipement numérique doit être aussi apporté aux élèves, ce que l’Etat ne fait pas et que les collectivités font le plus souvent. Et là encore, c’est un élément de gratuité.

Donc sur le sujet de la gratuité, nous aurons, Etat et collectivités locales, à faire le clair sur les responsabilités des uns et des autres.

Faire le clair sur les responsabilités des uns et des autres, voire l’allocation de budgets aux collectivités locales et territoriales : ne faudrait-il pas aussi envisager que dans le cadre de cette révision, les crédits alloués aux collectivités – du moins une partie – soient fléchés éducation/gratuité ?

Reposez-moi la question sur le fléchage.

Je dis qu’il ne suffira pas de revoir les modes de financement des collectivités territoriales, mais que des choix politiques s’opèrent régionalement, localement. Et nous savons quelque fois les dérives ou les choix qui peuvent être opérés. Puisque nous savons que la gratuité est affirmée dans la Constitution, quelle mesure pourriez-vous prendre pour que les financements alloués aux collectivités locales ou territoriales soient fléchés éducation/gratuité et ne puissent être détournés de leur objectif ?

Les collectivités locales ne détournent pas de leur objectif les fonds qui leur sont dédiés, notamment les dotations.

Cela dépend lesquelles.

Non, je ne crois pas qu’on puisse dire cela. Les dotations aux collèges sont généralement insuffisantes, complétées, d’ailleurs, par les collectivités locales. Pareil pour les lycées. Ce que je vois, en revanche, apparaître – et je veux vous interpeller là-dessus, parce que cela renvoie à votre question –, c’est que la décentralisation est un bon principe. Le fait d’avoir transféré aux régions, aux collèges, le financement des équipements est un bon choix. Les départements et les régions ont souvent complété les dispositifs. Il y a maintenant un risque d’inégalité sur le territoire. Je vais prendre un exemple qui m’a été donné, entre ce qui est fait dans un département, les Hauts-de-Seine – département favorisé, riche, pas partout – et le département de la Seine-Saint-Denis. On voit que les collectivités locales qui ont des moyens supplémentaires par rapport à d’autres font davantage sur la gratuité, sur le soutien, sur l’accompagnement, sur l’animation extrascolaire, sur les voyages. Et donc, je pense qu’une péréquation sera nécessaire entre départements et entre régions pour assurer l’égalité.

Bien sûr, par « détourner », je voulais dire qu’il fallait qu’un choix politique soit opéré en matière éducative.

François Hollande, comme tous les candidats qui vous ont précédé, vous avez dix minutes de libre expression à la tribune, pour insister sur les points que vous souhaitez.

J’ai déjà beaucoup parlé ! Mais si vous voulez que je continue…

C’est la règle, depuis ce matin.

Pourrez-vous nous préciser durant cette intervention si, comme certains candidats, ce que vous envisagez de mettre en œuvre est à moyens constants ou pas.

D’abord, merci pour votre écoute, pour vos questions, pour vos exigences. J’ai bien compris que je ne pouvais pas satisfaire toutes les demandes. Et, chacun l’aura bien compris, si je vous avais dit oui à tout, vous n’auriez pas forcément pensé que je pourrai faire tout ce que j’ai promis. Si ? C’est que vous avez grande confiance en moi et je vous en remercie !

Mais j’ai fait de ma campagne présidentielle le choix de mettre la jeunesse au cœur de mes engagements. Je ne l’ai pas fait pour vous complaire ou vous plaire. Je l’ai fait parce que c’est le devoir, aujourd’hui, de celui ou de celle qui sera le prochain chef de l’Etat. Je considère que même et parce que nous sommes dans le contexte budgétaire, contexte financier, contexte économique que nous connaissons, nous avons le devoir de préparer nos enfants à la réussite. Je veux la réussite de tous les élèves ! Pas la réussite pour chacun. La réussite de tous. L’école ne doit pas être avant tout une machine à trier, à écarter ou à orienter. Elle doit permettre, avant ce moment décisif du choix de la filière et du métier, à chaque élève – par l’acquisition des compétences – de s’épanouir en tant qu’individu et en tant que futur citoyen. Voilà le sens et l’objectif de la politique que je veux mener au-delà même de l’éducation.

Car la jeunesse n’est pas simplement l’éducation. C’est l’ensemble des politiques publiques qui doit être orienté vers cette obligation de faire réussir la génération qui vient.

Néanmoins, je ne peux que m’alarmer du chiffre que vous connaissez : 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification. Je considère que c’est un terrible gâchis – gâchis de moyens, gâchis de chances, gâchis de compétences. Mon premier devoir sera de permettre que le gouvernement réduise de moitié le nombre de ces jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification.

Il ne suffit pas de lutter contre l’échec. Il faut faire réussir chacun et chacun, c’est-à-dire tous. Comment y parvenir ? Vous me demandez des moyens. J’ai dit que dans ce moment contraint, où les effectifs de la fonction publique seront stabilisés, je mettrai davantage de postes dans l’Education nationale.

Nous avons l’objectif aussi, je l’ai évoqué, d’améliorer le taux de scolarisation des moins de trois ans – il sera triplé –, d’agir dans les zones de très grande difficulté, de relever le taux d’encadrement, et notamment aux premières années de la vie scolaire, c’est-à-dire grande section, CP, CE1. Je ne peux pas admettre qu’arrive en sixième un tiers d’une génération qui ne possède pas les savoirs fondamentaux.

La réforme des rythmes scolaires sera donc une priorité. Nous articulerons mieux le temps scolaire, le temps éducatif et le temps de l’enfant. J’augmenterai le nombre de jours d’école sur l’année et je déciderai le retour, comme je l’ai dit, à la semaine de quatre jours et demi.

Ces réformes seront aussi des réformes de contenu et d’innovation pédagogique. Et à cet égard, je rétablirai la formation initiale des enseignants. La réforme dite de la mastérisation a été, en définitive, un assèchement des moyens pour l’école et une diminution – hélas – du nombre de candidats pour les postes aux concours. Il y aura donc une formation initiale digne de ce nom, avec des écoles supérieures de professorat et de l’éducation intégrées à l’université. Mais nous rétablirons aussi les moyens de la formation continue des enseignants, si nous voulons leur permettre, avec vous, de faire une pédagogie qui soit adaptée aux rythmes des enfants, à leur mentalité, à leurs savoirs, à leur évolution dans la vie.

Je considère que l’enseignement supérieur lui-même devra être une priorité, une vraie filière d’excellence et pas simplement une orientation.

Ensuite, je suis venu vous dire ce que j’entendais faire sur trois ou quatre sujets en plus de ceux que j’ai indiqués comme priorités. D’abord, la carte scolaire – c’est-à-dire la volonté de mixité scolaire. Nous reverrons le mécanisme de la carte scolaire, de façon à ce qu’il y ait sans doute un choix dans un périmètre, mais qu’il y ait surtout la possibilité pour tous les enfants d’avoir des échanges, d’avoir des chances, d’avoir des conditions que leur permette de réussir pleinement leur scolarité. Brasser les élèves, équilibrer les profils scolaires, c’est un avantage pour chacun. Donc nous le ferons.

Deuxième sujet que je voulais évoquer devant vous – mais cela a été fait –, c’est la laïcité. Nous devons former les professeurs à la laïcité. Ils le sont déjà, notamment pour les enseignants d’histoire, mais nous devons le faire davantage dans la pratique. Je ferai en sorte que dans les programmes d’enseignement, la laïcité – c’est-à-dire aussi l’enseignement des religions – puisse se faire.

Je créerai enfin ou, plus exactement, j’engagerai enfin la création de l’Observatoire de la laïcité dont le décret de création a été signé il y a cinq ans, mais qui n’a toujours pas été mis en œuvre.

Enfin, je suis très attentif au service public de l’orientation. Je veux que nos enfants puissent être suivis très tôt pour être accompagnés à toutes les étapes de la vie scolaire. Et que l’orientation ne vienne pas comme une sanction, mais comme une condition de réussite.

Enfin, nous avons besoin de personnels avec plusieurs métiers, dans l’école : métier d’enseignant, qui est le métier fondamental – transmettre le savoir, la connaissance –, mais aussi d’autres métiers. Métiers de surveillance, d’accompagnement, mais également les métiers qui sont aujourd’hui menacés : médecins scolaires, assistantes sociales, infirmières scolaires – parce que c’est aussi un moyen de repérer bon nombre de difficultés, d’alerter les familles.

Enfin, et j’en termine là, nous avons besoin des familles, mêmes des familles qui sont les plus éloignées, mêmes des familles les plus pauvres – que nous devons aider, aussi, à réussir ou faire réussir leurs enfants. Et donc, il y aura parmi un ensemble de dispositifs, une mesure qui permettra d’aider les parents, d’aller au soutien des parents. Et pour les familles, souvent monoparentales, dont on sait que la mère – car il s’agit le plus souvent de la mère –, ne possède pas tous les éléments de la langue française, notre devoir est aussi de faire que les parents reçoivent une formation, une éducation et une forme de compréhension des enjeux du savoir pour leurs enfants.

Enfin, je voulais vous dire, vous parents, vous si engagés pour la réussite de l’école : c’est une grande cause que de poursuivre la réussite éducative. C’est un grand enjeu, à travers l’élection présidentielle, de savoir quelle place nous donnons à l’école. Il y a plusieurs options qui vous sont ouvertes, ou plus exactement plusieurs choix de conception même de l’école. Jamais peut-être, dans une élection présidentielle, il y a eu, sur la question de l’école, deux politiques si différentes. Pas une politique quantitative contre une politique qualitative, comme on le dit souvent. Pas simplement une politique avec moins d’enseignants d’un côté et plus d’enseignants de l’autre, d’enseignants mieux payés ou d’enseignants moins bien payés. Non, deux conceptions de l’école. Une conception qui considère que l’école n’est là que pour sélectionner, pour mettre en compétition, en concurrence. Et une autre conception qui est celle, sans doute, de notre histoire, mais surtout de notre avenir : une école de la réussite, une école de l’émancipation, une école de l’égalité, une école du suivi, de l’accompagnement, une école qui permet d’avoir à chaque fois non pas une chance, mais deux chances, trois chances, autant de chances qu’il est nécessaire. Une école qui permette non seulement la réussite de l’enfant, non seulement la satisfaction de parents qui ont beaucoup donné pour que leurs enfants puissent avoir une vie meilleure qu’eux, mais aussi la condition du redressement de la France.

Nous sommes dans un moment où nous nous interrogeons sur le destin de notre pays. Que va-t-il devenir ? Est-il encore capable de prendre sa place en Europe, dans la mondialisation ? Faut-il baiser notre protection sociale, réduire nos coûts salariaux ? Eh bien l’une des réponses, peut-être même la principale, est la suivante. Est-ce que nous sommes capables d’élever le niveau de formation, de qualification, de connaissance, du savoir ? Est-ce que nous sommes capables d’avoir une école qui va nous donner toutes les conditions pour le redressement du pays, de la maternelle jusqu’à l’université, en faisant en sorte qu’il y ait une possibilité pour chaque génération de donner le meilleur d’elle-même ? C’est à ces conditions-là que nous pourrons redresser la France dans la justice et en donnant la plus belle des espérances qui soit : la réussite d’une génération qui doit vivre mieux que la nôtre.



Enseignement catholique: la guerre scolaire n’aura pas lieu

Article de l’Express.fr

Enseignement catholique: la guerre scolaire n'aura pas lieu

François Hollande et Vincent Peillon ne voient aucun problème à associer le privé au débat sur l’enseignement.

REUTERS

Le candidat, qui a su séduire les profs du public, a une bonne cote dans l’enseignement catholique. Et pour cause: il prend garde de ménager ses susceptibilités.

Souvenez-vous de François Mitterrand et de l’école libre. Souvenez-vous de ce blocage. » Cet avertissement de Nicolas Sarkozy à Laurent Fabius sur le plateau de l’émission de France 2 Des paroles et des actes, le 6 mars, n’a pas échappé au secrétaire général de l’enseignement catholique, Eric de Labarre: « Personne n’a intérêt à rallumer la guerre scolaire, nous avons aujourd’hui une forte capacité de mobilisation. »

Un possible retour de la gauche au pouvoir ne l’inquiète pas. Et pour cause. François Hollande, qui a fait une partie de sa scolarité chez les Frères des écoles chrétiennes, n’a rien d’un bouffeur de curé. « Il a une vision beaucoup moins caricaturale de l’enseignement privé que d’autres, gauche et droite confondues. C’est un élu local, il sait ce que nous représentons dans les zones rurales. »

Sur le sujet sensible des relations entre l’Etat et l’enseignement catholique, François Hollande balise le terrain et joue la carte du dialogue. Le candidat socialiste a reçu une délégation d’évêques le 7 mars. Le même jour, une rencontre était organisée entre Vincent Peillon, son responsable éducation, et les représentants de l’enseignement catholique.

Pour l’école catholique, « mieux vaut un socialiste humaniste qu’un UMP ultralibéral »

C’est un vieil ami, l’avocat chrétien Jean-Pierre Mignard, qui a joué les intermédiaires. « Je les vois comme je vois tout le monde, avec bienveillance et intérêt », rapporte Peillon. Il assure que les socialistes ne toucheront pas à la règle du 80/20 qui encadre la répartition des moyens budgétaires entre public et privé. Et si l’école libre veut s’associer aux réflexions sur l’évolution du système, « pas de problème ».

Prudent, l’enseignement catholique soigne ses relais au sein du Parti socialiste. Henri Nallet, par exemple, ministre de François Mitterrand et vice-président de la Fondation Jean-Jaurès, est un proche de Fernand Girard, fin lobbyiste de l’enseignement catholique. « Finalement, pour nous, mieux vaut un socialiste humaniste qu’un UMP ultralibéral », s’amuse Girard.

La loi Carle ne sera pas remise en question

Le privé, traditionnellement à droite, compte en effet parmi les déçus du sarkozysme. Il a perdu 6 850 emplois depuis 2007. Une situation jugée intenable, qui a fini par crisper les enseignants et les parents. Philippe Gustin, l’ex-directeur de cabinet de Luc Chatel, en a fait les frais: ce franc-maçon laïcard refusait de céder aux demandes du privé qui réclamait moins de suppressions de postes que prévu. Mal lui en a pris: d’importantes manifestations ont perturbé la rentrée. Et l’enseignement catholique a obtenu sa rallonge budgétaire. « Il a fini par comprendre: quand on nous prend des postes, on gueule », commente-t-on sobrement au Secrétariat général de l’enseignement catholique.

Le seul acquis du quinquennat, c’est la loi Carle, du 28 octobre 2009, qui a maintenu une situation plutôt favorable au privé en matière de financement des écoles accueillant des élèves scolarisés hors de leur commune. L’adoption de ce texte a fait pousser des cris d’orfraie aux associations laïques, et une bonne partie des parlementaires socialistes l’a combattue.

« Toucher à la loi Carle, c’est la bêtise à ne pas faire », prévient Bernard Toulemonde, inspecteur général et fin connaisseur de l’enseignement privé. Que fera François Hollande? « La loi Carle ne me pose pas de problème. Nous ne rouvrirons pas ce dossier », promet aujourd’hui Vincent Peillon. Il y aurait des coups à prendre des deux côtés: s’il veut soigner les cathos, Hollande n’a pas non plus intérêt à braquer les plus ardents défenseurs de la laïcité au sein de son camp.



La loi Carle déboutée : un coup d’arrêt aux privilèges de l’enseignement privé

Pascale Le Neouannic et François Cocq

Le tribunal administratif de POITIERS en date du 15 février 2011 a rejeté la demande formulée par l’établissement privé catholique sous contrat : l’école Sainte Marie de la Providence de Rochefort. Celui-ci, au nom de l’application de la sinistre loi Carle, voulait obliger 21 communes de Charente-Maritime à participer aux frais de scolarisation des enfants domiciliés sur leur territoire communal mais inscrits dans l’école privée située dans une autre commune.
« La commune de résidence n’a pas l’obligation de participer aux dépenses de fonctionnement des écoles élémentaires sous contrat d’association résultant de la scolarisation d’enfants fréquentant l’école d’une autre commune, lorsqu’elle est en mesure d’accueillir les enfants concernés », a estimé le Tribunal administratif de Poitiers.
Il s’agit d’un désaveu cinglant à l’une des principales dispositions de la loi Carle votée à l’automne 2009. Cette loi confirmait dans ses grandes lignes l’article 89 de la loi relative aux libertés et responsabilités locales du 13 août 2004 contre lesquelles le camp laïc s’était élevé avec vigueur.
Il s’agit d’un coup d’arrêt majeur aux nombreux avantages octroyés par les gouvernements depuis des années à l’enseignement privé, alors même que la pénurie est seule à l’ordre du jour pour l’enseignement public. Il confirme que l’école publique laïque et gratuite communale ne saurait être mise en concurrence avec des institutions confessionnelles privées payantes situées sur une autre commune, dénonçant la relation marchande entre l’usager et la commune introduite par la loi Carle.
Le tribunal administratif mesure ici tous les risques encourus pour les finances des communes si demain elles étaient contraintes de payer pour la satisfaction de choix particuliers. Cette école privée a tenté ni plus ni moins de remettre en cause la « libre administration des collectivités locales », principe constitutionnel.



Ecole: Hollande veut des journées moins longues, plus de jours sur l’année

Article 20minutes.fr

Mis à jour le 17.03.12 à 18h03

Le candidat PS à l’Elysée, François Hollande, a détaillé samedi plusieurs mesures pour l’Education, comme une modification des rythmes et de la carte scolaires, un décret accordant des droits aux représentants des parents d’élèves et une loi d’orientation.

« La réforme des rythmes scolaires sera l’une des priorités », a déclaré M. Hollande devant la fédération de parents d’élèves FCPE, qui a soumis douze « exigences pour l’école » aux candidats lors d’une rencontre à Paris.

« C’est en France que la scolarité dans l’année est la plus courte et les heures de la journée les plus longues », a-t-il développé, plaidant pour « une journée scolaire plus courte ». Cela irait de pair avec un raccourcissement des temps de vacances, pour qu’il y ait « plus de journées d’école ».

« Nous reverrons le mécanisme de la carte scolaire », a déclaré M. Hollande, qui a défendu ses autres mesures (création de 60.000 postes, triplement du nombre d’enfants de moins de trois ans en maternelle, rétablissement de la formation initiale des enseignants). « Tout enfant de trois ans dont les parents veulent qu’il soit scolarisé doit être accueilli à l’école maternelle », a-t-il dit.

M. Hollande s’est engagé samedi en faveur d’une demande forte de la FCPE: un décret qui accorderait des droits aux représentants des parents d’élèves. « Si je deviens le président, sans attendre que l’Assemblée soit renouvelée, le décret sera pris », a-t-il promis.

Le candidat socialiste est « pour le maintien des notes avec une autre évaluation qui tienne compte des progrès et des efforts », a-t-il ajouté.

« Je présenterai une loi de programmation et d’orientation. Ce travail sera préparé par une vraie concertation avec tous les acteurs de l’école: les professeurs, les personnels de l’Education nationale et les parents », a promis le député de Corrèze, qui veut « réduire de moitié le nombre de jeunes qui sortent du système scolaire sans formation » (150.000 chaque année).

Il a estimé que jamais une élection présidentielle n’avait confronté « deux conceptions de l’école aussi différente », entre « une conception qui considère que l’école est là pour sélectionner, contre l’école de la réussite et de l’émancipation ».

© 2012 AFP


Eva Joly veut créer 20 000 postes dans l’Education

Article Libé.fr

La candidate d’Europe Ecologie-Les Verts a répondu ce samedi à l’interpellation de la fédération de parents d’élèves FCPE.

Eva Joly, candidate d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à l’élection présidentielle, a prôné samedi un système éducatif français moins élitiste et souhaité recréer 20.000 postes, lors d’une journée d’interpellation de candidats par la fédération de parents d’élèves FCPE.

« Notre école est aujourd’hui à bout de souffle, nous devons inventer ensemble un nouveau modèle (…) Mais cela ne va pas être simple, car nous partons de 200 ans de tradition élitiste », a-t-elle déclaré à La Bellevilloise, un lieu branché parisien, dans le XXe arrondissement.

« Nous avons un chantier énorme: transformer cette école élitiste en une école devant former des citoyens capables de prendre la parole en public, de comprendre les grands enjeux et de pouvoir dire non », a-t-elle ajouté.

Pour cela, la candidate écologiste prône notamment 20.000 recrutements dans l’Education nationale, des formations professionnelles et permanentes pour les enseignants, une carte scolaire « qui assure la mixité sociale » et une offre de scolarité en maternelle « dès deux ans dans les quartiers difficiles ».

Selon elle, le quinquennat de Nicolas Sarkozy se termine par « une dérive des inégalités » et « une dégradation de notre école » dues notamment au « non remplacement d’un enseignant sur deux » et à « la suppression des structures d’aide », notamment les postes d’enseignants « Rased » contre l’échec scolaire.

«Fondre les grandes écoles dans l’université»

Eva Joly défend également « des écoles dans de mêmes lieux de 6 à 16 ans », des équipes pédagogiques stables et un « véritable statut pour les parents d’élèves », sujet sur lequel elle a pris « un engagement solennel ».

« Je ne rallumerai pas la guerre scolaire », a-t-elle déclaré en réponse à une question sur l’enseignement privé sous contrat avec l’Etat, « mais en assurant que les obligations de service public pèsent sur les écoles qui bénéficient de fonds publics », notamment en termes d’accueil des élèves et de mixité sociale.

Dans le supérieur, elle prône de « fondre les grandes écoles dans les universités, ainsi on améliorerait les universités et on rendrait possible un enseignement supérieur pour tous ».

« Les grandes écoles sont en réalité un lieu de reproduction des élites. Malgré les efforts de certaines, comme Sciences Po Paris, il n’y a pas de diversité dans les grandes écoles », a-t-elle estimé.

Avant elle, sont intervenus devant la première fédération de parents d’élèves Philippe Poutou (candidat du NPA) et Claude Goasguen comme représentant de Nicolas Sarkozy (UMP).

Contrairement à ses prédécesseurs, Eva Joly a été très applaudie par les délégués de la FCPE venus de toute la France. Les relations de la salle avec Claude Goasguen ont même parfois été tendues.

Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), François Hollande (PS) et Jacqueline Gourault au nom de François Bayrou (Modem) devaient à leur tour être interrogés dans l’après-midi.

 

(AFP)



Portes ouvertes au lycée Gide – Information à destination des familles

 

Le tableau ci-dessous montre l’évolution de notre établissement depuis 4 ans.

 

Rentrée scolaire

Effectifs

Nombre de classes

Dotation horaire

2009

770 élèves

26,5

1079 heures

2010

816 élèves

27

1161,5 heures

                     2011

872 élèves

         27,5

1118 prévues

Effectives en septembre 2011: 1214 h

 

2012

890 élèves (prévision)

28 prévues (29 si 11 classes de  2des à la rentrée)

1193 h

Demandées :

1230 h

 

Chaque année, le lycée Charles Gide gagne une 50aine d’élèves

et doit créer des classes supplémentaires pour accueillir les élèves.

 

Notre établissement se développe, c’est un atout.

 

Accueillir davantage d’élèves et rendre un service de qualité, cela suppose :

- des postes en nombre suffisant, dans tous les secteurs de l’établissement (administration, entretien, pédagogie, vie scolaire)

- des locaux adaptés aux besoins des élèves (salles d’études et de détente, réfectoire, internat, plateau sportif)

- la possibilité d’offrir différentes voies de formation (choix des enseignements d’exploration, des options et des enseignements de spécialité)

 

Quelle sera la situation du lycée à la rentrée 2012 ?

 

-       Il manquera des personnels en vie scolaire et dans les services administratifs et d’entretien.

-       Aucune suppression de postes d’enseignant mais la part des heures supplémentaires augmente, ce qui signifie que dans certaines disciplines, la charge de travail augmentera alors qu’elle est déjà difficilement supportable actuellement puisque les services du Ministère de l’Education Nationale estime qu’un enseignant de lycée réalise déjà un temps de travail de 39h45.

-       Notre dotation horaire est calculée sur des divisions à 32 élèves par classe ; nous devons être un des seuls lycées de l’Académie à bénéficier de ce ratio puisque la moyenne par classe dans les autres lycées et fixées à 36 élèves. Mais la dotation est prévue sur la base de 10 classes de seconde, alors que nous en avons 11 cette année et que les effectifs en provenance des collèges ne diminuent pas, au contraire.

 

Si notre lycée est moins touché que d’autres dans l’Académie par la réduction des moyens de fonctionnement, c’est qu’il a su faire reconnaître par les services de tutelle la vétusté de ses locaux. Il ne fait pas l’objet d’un régime de faveur.

 

Il est facile d’imaginer que les difficultés matérielles vont aller croissant si l’établissement ne parvient pas à s’agrandir rapidement.

Or ces difficultés pèsent sur les projets d’avenir :

Comment imaginer de créer des sections post-bac, qui sont aujourd’hui un prolongement presque obligé des classes de lycée ?

Comment ouvrir des enseignements optionnels, si utiles pour diversifier les voies de formation, quand on est limité par le nombre de salles de cours ?

Comment maintenir le recrutement le plus large possible quand il faut en passer par une restriction de la carte scolaire pour ne pas dépasser un seuil fatidique d’élèves inscrits ?

 

Le lycée Charles Gide est un établissement de proximité offrant de nombreux avantages aux élèves et à leurs familles. Les résultats de notre établissement restent parmi les meilleurs du Gard depuis plusieurs années.

Il doit cependant évoluer  pour répondre aux besoins d’une population scolaire plus nombreuse et plus diverse.

 

Les enseignants du lycée demandent aux parents de soutenir toutes les démarches entreprises auprès des pouvoirs publics afin d’obtenir de toute  urgence l’indispensable restructuration du lycée.

 

 

Les représentants SNES FSU des personnels du lycée Charles Gide

 

 

 



Les résultats du sondage : Les enseignants choisissent leur politique éducative

Par François Jarraud du café pédagogique

Les réponses au sondage 

Les enseignants ont des positions nuancées sur les changements à apporter à l’Ecole. C’est le principal enseignement du sondage réalisé par Le Café pédagogique auprès de ses lecteurs. Les 12 et 13 mars, 1050 personnels de l’éducation nationale ont répondu à une quarantaine de questions reprenant les principales propositions des candidats à la présidence de la République. Si les enseignants sont très déterminés sur certains points, ils sont prêts à accepter des évolutions à condition qu’un vrai projet se dessine pour l’Ecole. Cette position tout en nuances donne des possibilités inattendues à une nouvelle équipe, à condition qu’elle ne soit pas sarkozienne…

 

Les résultats du sondage : Les enseignants choisissent leur politique éducative dans Actualités 16JulesFerryQuel échantillon ? Nous avions prévu d’arrêter le sondage au premier millier de réponses complètes et validées ce qui a été atteint en moins de 48 heures avec 1050 réponses. N’ont pu se prononcer sur Internet que des lecteurs authentifiés sur le site du Café pédagogique, chacun ne pouvant se prononcer qu’une seule fois. L’échantillon est-il représentatif ? Ces 1050 personnes comprennent 81% d’enseignants, 9% de personnels de direction et 10% de cadres, formateurs etc. 36% enseignent dans le primaire, 29% en collège, 19% en lycée, 6% en L.P. On retrouve dans les réponses un éventail politique assez ouvert et des choix pédagogiques variés (par exemple 15% pour la revalorisation Sarkozy et 23% pour l’orientation précoce ce qui tend à valider la qualité de l’échantillon. Certaines questions, toujours issues des programmes des candidats, ne concernaient que certains niveaux. Enfin des questions ouvertes sur les changements attendus étaient proposées à tous et ensuite par niveau d’enseignement.

 

L’objectif du sondage était de confronter les enseignants et les cadres du système éducatif aux multiples propositions des candidats à l’élection présidentielle. Les enseignants ont pu faire leur choix. Et leurs réponses sont beaucoup plus nuancées que ce que l’on attendait. Il se dégage 5 grandes caractéristiques.

 

Un net rejet de la politique éducative de Nicolas Sarkozy

 

16JulesFerry2 dans ActualitésPratiquement aucune réforme, aucune proposition de Nicolas Sarkozy ne trouve grâce aux yeux des enseignants. Le jugement est beaucoup plus négatif qu’attendu, par exemple sur l’aide personnalisée au primaire ou l’accompagnement personnalisé en lycée.

 

Les mesures générales comme l’évaluation et le recrutement par le chef d’établissement sont rejetées par près de 8 enseignants sur 10 seulement 14 et 17% les acceptent. 82% sont favorables à un moratoire des suppressions de postes, 85% pour de nouvelles embauches. L’orientation précoce, un des points du programme Sarkozy, qui permettrait d’expulser du collège les enfants difficiles, n’est soutenue que par 23% des enseignants, 70% sont contre. La proposition sarkozienne de revaloriser el salaire en échange de travailler plus n’est acceptée que par 15% des enseignants, 73% sont contre. Le rétablissement de la carte scolaire est demandé par 79% d’entre eux. Le seul trait durable du quinquennat c’est « l’accent doit être mis sur les fondamentaux » : 59% des enseignants sont pour.

 

A l’école primaire, l’aide personnalisée est nettement rejetée : 89% des enseignants sont contre son maintien en état. 74% demandent la suppression des évaluations nationales chères au coeur du ministre. 94% s’opposent aux suppressions des Rased. Dans les réponses libres, on note de nombreuses demandes d’un retour aux programmes de 2002, ce qui veut dire qu’au bout de 4 ans les programmes de 2008 ne sont toujours pas acceptés. Au collège, le Livret personnel de compétences est rejeté par 51% des enseignants, 40% souhaitent le garder. C’est un enseignement sur lequel on reviendra. Au lycée, le moratoire pour la réforme du lycée technologique est validé par 58% des enseignants seulement 14% sont contre. Seulement un enseignants sur dix est pour le maintien en l’état de l’accompagnement personnalisé, 80% sont contre. En lycée professionnel, la proposition de mettre en alternance la terminale pro ne recueille que 14% d’avis favorables,  86% sont contre.

 

« Foutez-nous la paix ! »

 

Dans les questions ouvertes, à tous les niveaux, les enseignants manifestent spontanément un véritable ras le bol contre la pression hiérarchique. « Laissez-nous travailler » disent plusieurs profs.  » Que cesse le mépris affiché à notre égard par nos gouvernants depuis dix ans » dit un autre.  » Le monde enseignant autour de moi ( jeunes et anciens) est fatigué de toutes ces pressions que nous venons de subir ces dernières années et de la politique de dénigrement dont nous sommes la cible ! Qui peut croire que nous ne sommes que des fainéants toujours en vacances, en grève, immobiles !! Jaloux ou pervers… Nos élèves subissent en contre-coup des pressions eux aussi qui sont insupportables à regarder ! Où sont les rêves de mes débuts ? », écrit un autre. Une idée se dégage : les enseignants ont l’impression qu’on les empêche de bien faire leur métier. Le ras le bol est très fort.

 

Des exigences très fortes

 

16JulesFerry3La revalorisation salariale n’est pas que créditée par les réponses aux questions : 91% des personnels la demande alors que la revalorisation Sarkozy est rejetée par 73% des professeurs. Cette demande revient dans toutes les questions ouvertes spontanément avec force.

 

Une autre attente forte est la diminution du nombre d’élèves par classe. Elle est présente de la maternelle au lycée. C’est un point de vue classique chez les enseignants. Mais elle s’exprime avec beaucoup plus de force que d’ordinaire et particulièrement en maternelle et en école élémentaire. Elle fait sans doute écho au « bourrage de classe » qui résulte des suppressions de postes. On voit des enseignants du primaire dire que 2 niveaux, 3 niveaux ca va encore mais 4 ou 5… La demande de plus d’enseignants que de classe revient régulièrement.  Cette revendication renvoie au sentiment de dégradation du métier. Avoir moins d’élèves c’est pouvoir travailler en petits groupes ou à deux enseignants, autrement…

 

Au delà des tensions des avis nuancés et des capacités d’évolution

 

Si l’on sent une nette tension contre la hiérarchie et un ras le bol, pour autant de vraies marges d’évolution du système existe. L’idée que les professeurs ne veulent rien changer est fausse. Il y a là des autoroutes pour la nouvelle équipe.

 

16JulesFerry4La demande de formation initiale (98%) et continue (93%) est absolument massive. Cela veut dire que les enseignants ressentent le besoin de faire évoluer leurs pratiques pédagogiques et d’acquérir de nouvelles compétences. Cela alors que la moitié de l’échantillon a plus de 45 ans. La demande de matériel numérique est validée par 84% des sondés.

 

« Il est urgent de revoir le statut des enseignants, mais pas comme M. Sarkozy l’envisage », nous dit un enseignant. La nécessité de faire évoluer le métier avec la prise en charge de nouvelles fonctions est plébiscitée par 71% des enseignants contre 16%. Le statut de 1950 n’est pas sacralisé : 31% des enseignants refusent d’y toucher mais 52% acceptent sa remise en cause. La révision des rythmes scolaires au primaire est une demande forte avec 67% d’avis favorable au rétablissement de la semaine de 4,5 jours. Même les vacances d’été sont sujets à discussion : la diminution des vacances d’été est acceptée par 43% des enseignants contre 42%. Le projet d’école fondamentale regroupant école et collège n’est pas rejetée d’emblée : 29% sont favorables, 37% contre et 34% ne savent pas.

 

Ces capacités d’évolution sont la grande surprise du sondage. Les enseignants sont ulcérés et en révolte contre la hiérarchie. Mais au fond d’eux ils sont prêts à évoluer.

 

Une attente politique

 

16JulesFerry5« Avant toute réforme, il est nécessaire que la nation dise ce qu’elle attend et veut pour sa jeunesse. Un débat sur le modèle de celui-de 2003/2004 serait utile ». «  »Les valeurs de notre système sont-elles les bonnes ? « . « Nous nous devons de mettre tout en oeuvre pour leur apporter ce à quoi chacun a droit dans l’Ecole de la République ». « Je voudrais une vraie réflexion sur l’école avec tous les partenaires mais surtout les personnels de terrain (et non toutes ces études des inspecteurs qui n’ont souvent jamais enseigné dans le primaire) et des rectorats qui n’ont aucune idée de ce qui se passe dans les classes). Ceci afin d’aboutir à une loi cadre, quitte à changer bien des choses mais de façon concertée, qui apporte une solution aussi bien aux élèves, aux enseignants, et aux autres acteurs ».  » Le candidat qui pourra proposer ni plus ni moins de moyens mais qui insufflera une réflexion globale sur le fonctionnement de l’institution (gestion des flux, formation, rôle de l’école, examens et concours, …) afin d’en améliorer le fonctionnement à coût constant pourrait bien remporter mon suffrage ».

 

Arrêtons là les citations. Spontanément les enseignants demandent le retour du politique. Ils veulent un vrai débat sur l’Ecole. Pas pour savoir s’il faut des notes éliminatoires au bac, si la viande de la cantine est hallal ou s’il faut punir les familles d’élèves absentéistes. Ils veulent pas des mots suivis d’aucun moyen et de l’injonction de se débrouiller. Ils veulent un débat sur les valeurs que l’Ecole doit transmettre et mettre en oeuvre. Ils ont compris que le quinquennat de Nicolas Sarkozy a attaqué celles du système éducatif. Ils attendent quelqu’un capable de réunir la nation sur des objectifs éducatifs clairs. Ils veulent un cap, des perspectives, les moyens de les atteindre. Ils sont prêts à toutes les évolutions pour que l’Ecole redevienne un objet de fierté. L’heure du politique est venue.

 

François Jarraud



Présidentielle : Choisissez le programme !..…

C’est sans doute une caractéristique de cette campagne 2012. A quelques semaines du premier tour des présidentielles, l’éducation est bien au cœur du débat politique. Chaque candidat a mis en avant ses propositions, que ce soit, par exemple, François Hollande lors de son discours d’Orléans ou Nicolas Sarkozy à Montpellier. Une certitude : à l’issue du scrutin, l’Ecole sera sommée de changer.

Quelles orientations pour ce changement ? Nous ouvrons le dossier « Présidentielle » avec un point sur les programmes des principaux candidats. Nous le construisons tout au long de la semaine avec d’autres éclairages politiques (quel bilan Education pour N Sarkozy ?) ou pédagogiques (comment enseigner l’élection).

Quels choix pour l’Ecole ? Qui est le mieux à même de définir un changement pour l’Ecole ? Sans doute vous ! Acteurs de l’Ecole vous vivez au quotidien le bilan du quinquennat Sarkozy. Vous êtes à même de voir où mènent les propositions des candidats. Mieux qu’eux peut-être, vous pouvez proposer des améliorations et des orientations.

Dès maintenant, donnez votre avis. Le Café pédagogique lance un sondage auprès de ses lecteurs pour les inviter à choisir parmi les propositions des candidats celles qui retiennent leur attention. Le sondage vous permet aussi d’émettre des propositions pour l’école, le collège ou le lycée.
Participez au sondage !

Présidentielles : Les candidats face à l’Ecole

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/12032012Accueil.aspx#faitdujour

ÉDITORIAL

Quand dire c’est faire … jusqu’à un certain point

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/12032012Accueil.aspx#edito

LE SYSTEME

Faut-il en finir avec la réforme du lycée ?
Dans un rapport remis le 9 mars, l’Inspection générale fait le point sur l’application de la réforme du lycée général et technologique. Ce fleuron difficilement construit de l’ère sarkozienne se heurte à ses contradictions et à de nombreux obstacles. Aujourd’hui les objectifs principaux de la réforme sont loin d’être atteints. Les inspecteurs appellent à s’en remettre au temps. Pendant ce temps, les élèves essuient les plâtres…

Chronique de la carte scolaire
Les enseignants mis en fichier
Primaire : Postes à Mayotte et en Polynésie
Enseignant en promotion
Atlas mondial de la parité
Les enseignants américains dans l’insécurité.

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/12032012Accueil.aspx#systeme

L’ÉLÈVE

Orientation : Les métiers de la statistique
L’insertion des jeunes dans l’emploi .

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/12032012Accueil.aspx#eleve

LA CLASSE

Décrochés ou décrocheurs
Moins d’élèves, moins d’échecs ?….

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/12032012Accueil.aspx#classe

LA RECHERCHE

Familles, école, quartier : Les 5èmes Rencontres nationales sur l’Accompagnement du GFEN…

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/12032012Accueil.aspx#recherche

CITOYENNETE

L’Alsace lance Le mois de l’autre.

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/12032012Accueil.aspx#citoyennete

LES DISCIPLINES

La Guerre d’Algérie et la propagande
Le déclin de la calotte glaciaire arctique
9ème Congrès des enseignants documentalistes.

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/12032012Accueil.aspx#disciplines



Les neuf coups qui ont plombé le moral des profs sous Sarkozy

Nolwenn Le Blevennec
Rue89 – 12 mars 2012

Flicage des profs et des élèves, manque de formation des jeunes enseignants : en matière d’éducation, le bilan des attaques portées à l’école depuis 2007 est sévère.

Mardi 28 février, le candidat Nicolas Sarkozy annonçait à Montpellier ses propositions pour l’éducation. Son bilan est pourtant difficile à vendre. Nicolas Sarkozy n’avait pas de grand dessein pour l’Education nationale, ni de bienveillance particulière. Il y a vu une source d’économies potentielles, et le Président a détricoté des « choses » qui marchaient plutôt bien, sans cohérence.
Le résultat : une baisse de vocation. Il y avait, selon RTL, 92 000 candidats au Capes en 2004, il n’y en avait plus que 28 000 l’an dernier. Presque 900 postes n’ont pas été pourvus en 2011. Des enseignants manquent en lettres, maths, anglais ou allemand.

Cette liste des coups portés à l’école n’est pas exhaustive ; elle a notamment été réalisée en relisant les articles et témoignages publiés sur Rue89 depuis mai 2007.

1. Les établissements se vident de leurs profs

C’est quoi ? Le fil rouge du mandat de Nicolas Sarkozy qui prévoie le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Chaque année, les parents d’élèves se mobilisent contre les suppressions de postes dans des opérations « écoles mortes » (le Nord – Pas-de-Calais est très touché).

Selon nos calculs, cela fait près de 71 000 postes supprimés en cinq ans. En ajoutant les 8 701 suppressions de postes de la rentrée 2007, on arrive à un bilan de près de 80 000 sur l’intégralité du mandat – c’est le chiffre que tout le monde retient.

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Classes surchargées, personnels déplacés ou qui partagent leur temps entre plusieurs établissements, embauche de contrats précaires…

A lire
Ma journée à soutenir des élèves en grande difficulté (Rue89)
A Marseille, les moins de 3 ans refoulés de la maternelle (Rue89)
En cinq ans, près d’un tiers de l’effectif total de Rased (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) a aussi disparu. Un dispositif que la communauté éducative juge plus abouti que l’aide individuelle personnalisée (qui ignore les difficultés relationnelles ou sociales).

La suppression de postes se fait aussi au détriment de la scolarisation des moins de 3 ans – en forte baisse depuis dix ans.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Non. Dans un entretien donné aux Echos, le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, juge « possible » de continuer à réduire le nombre de postes dans l’éducation après 2012 et n’écarte pas de recourir « à un organisme indépendant » pour l’évaluation des élèves.

2. Les jeunes étudiants sont propulsés dans les classes

C’est quoi ? Avant, un postulant aux concours devait avoir au minimum un bac +3 pour le Capes, et bac +4 pour l’agrégation. Après le concours, il effectuait un an de stage (6 à 8 heures par semaine en classe, le reste du temps en cours théorique à l’IUFM).

Depuis la rentrée 2010, il faut un niveau master (bac +5) pour se présenter. Les nouveaux masters aménagés comportent une part de théorie. Les stages pratiques (facultatifs) sont prévus en deuxième année de master, alors que les étudiants n’ont pas encore réussi le concours. Post-examen, ceux qui ont réussi sont propulsés à temps plein dans les classes.

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Les jeunes profs sont « balancés » dans leurs classes sans savoir comment parler à leurs élèves (ils manquent de pratique et ne bénéficient plus en alternance des conseils de l’IUFM).

La réforme ne tient pas compte du rythme des étudiants, qui doivent valider leur dernière année de master, préparer les concours d’enseignants et faire des stages en même temps.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Oui, mais en pire. Nicolas Sarkozy a reconnu, en janvier 2011, la nécessité d’« améliorer notre système » :

A lire
Prof stagiaire, ma première rentrée scolaire s’annonce mal (Rue89)
Jeunes profs en alternance, nouvelle embrouille de Chatel ? (Rue89)
Masterisation : Luc Chatel désavoué par le Conseil d’Etat (Rue89)
le « séjour d’accueil » (avec distribution d’un DVD de tenue de classe) à l’académie passe de trois jours à cinq jours ;

à la rentrée 2012, des étudiants pourront suivre un cursus en alternance dans des universités-pilotes. ;
dès la première année de master, ils pourront enseigner de 3 à 6 heures par semaine ou occuper un poste d’assistant pédagogique à mi-temps.
Aucune précision sur les conditions d’encadrement, Luc Chatel est soupçonné de vouloir recruter de la main d’œuvre à bas coût.

3. Les profs et les élèves se sentent fliqués

C’est quoi ? Jusqu’à présent, tous les enseignants étaient tenus de renseigner un cahier de textes papier mis à la disposition des élèves. Désormais, dès la rentrée 2011, à chaque cours, il faut remplir un cahier de textes numérique très complet, qui doit comporter les documents utilisés pour les cours.

Les élèves sont eux répertoriés depuis 2009 dans Base-élèves, des fichiers qui enregistrent des informations variées sur un élève pour l’ensemble de sa scolarité (état civil, adresse, responsable légal…).

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Le cahier de textes numérique apparaît, pour certains, comme une volonté politique de surveillance. Il donne à l’administration un pouvoir sur les enseignants.

Pour les profs, il s’agit d’une augmentation de leur charge de travail sans compensation financière.

Contre les fichiers Base-élèves, des enseignants, chefs d’établissement, parents d’élèves, réunis dans un collectif estiment que ces fichiers ne respectent pas le droit à la vie privée, et craignent qu’ils soient utilisés par la police. Qualifiés de « désobéisseurs », les enseignants qui refusent de les remplir ont été déplacés ou sanctionnés.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? En grande partie. Au départ, les fichiers Base-élèves comportaient des données intrusives et sensibles.

A lire
J’écris pour les profs qui pètent les plombs (Rue89)
Le cahier de textes numérique, c’est big brother en classe (Rue89)
Fichage des élèves : le ministère mate les derniers résistants (Rue89)
Face aux critiques, Xavier Darcos, alors ministre de l’Education nationale, a revu deux fois les fichiers, en les expurgeant de données à caractère personnel en 2007 (critères ethniques) puis en 2008 (profession et catégorie sociale des parents, situation familiale, absentéisme signalé).

Le Conseil d’Etat a demandé que d’autres modifications soient apportées : la durée actuelle de conservation des données de 35 ans a par exemple été jugée trop longue.

4. Les écarts se creusent entre les lycées

C’est quoi ? C’est le résultat de la réforme Chatel, avec l’introduction, de la seconde à la terminale, d’un accompagnement personnalisé de deux heures hebdomadaires (groupes de quinze à vingt élèves). Pour compenser, le ministre a décidé de couper un peu partout. L’histoire-géo passe en option pour les filières S.

Par ailleurs, une plus grande autonomie est donnée aux établissements pour gérer les heures « de dédoublement » qui permettent un travail en petit groupe. Auparavant réparties par discipline au niveau national, ces heures (10 heures en moyenne) sont désormais à la libre disposition des établissements.

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Les élèves scientifiques sont pénalisés : ils perdent des heures d’histoire. Mais surtout, on reproche à cette réforme de creuser l’écart entre les lycées. La formation proposée change d’un établissement à l’autre, en fonction de l’usage qui est fait du volume d’heures laissé au libre arbitre du chef d’établissement.

A lire
La réforme Chatel est injuste et élitiste (LeMonde.fr)
Dans les meilleurs établissements, les heures d’accompagnement personnalisé se transforment en une heure de mathématiques en plus.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Non.

5. Les chefs d’établissement sont les nouveaux patrons

C’est quoi ? La loi LRU datant d’août 2007 concentre les pouvoirs entre les mains des présidents d’université et de leur conseil d’administration. Ils ont le pouvoir de recruter les enseignants qu’ils désirent et de lever des fonds privés via des fondations. Le statut des enseignants-chercheurs est plus encadré. Le prolongement à l’école ? C’est le projet de la mise en place de l’évaluation des profs par les chefs d’établissement dès la rentrée 2012.

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? L’autonomie des universités suscite toujours des critiques : des universitaires continuent de réclamer son retrait, dénonçant la toute-puissance des présidents, la privatisation et la mise en concurrence des universités.

A lire
Pour ou contre l’évaluation des profs par le chef d’établissement ? (Rue89)
Le métier d’enseignant-chercheur face aux préjugés (Lexpress.fr)
Concernant l’évaluation par les chefs d’établissement, les profs se posent des dizaines de questions. Par exemple : quelle légitimité a un ancien prof de techno devenu proviseur pour évaluer un prof de français ?

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Partiellement. Modifié dans le cadre de la loi LRU, le statut des enseignants-chercheurs a été revu par Valérie Pécresse.

6. La mise en concurrence des établissements

C’est quoi ? C’est une des mesures phares du quinquennat Sarkozy. En 2007, le président de la République décide « d’assouplir » la carte scolaire en autorisant les dérogations. Les élèves sont toujours affectés à l’établissement de leur quartier, mais peuvent obtenir une dérogation, notamment s’ils sont boursiers. « Une manière de favoriser l’égalité des chances et la diversité sociale. »

A lire
La réforme de la carte scolaire a rendu l’école plus injuste (Rue89)
Pourquoi cela plombé le moral des profs ? Selon Philippe Tournier, secrétaire général du syndicat, cité dans Libération en 2010, les établissements les plus fragiles qui sont les plus touchés : 30% des collèges et lycées classés ZEP-RAR (zone d’éducation prioritaire-réseau ambition réussite) jugent que la libéralisation de la carte scolaire a eu un impact négatif.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Non.

7. L’absentéisme scolaire provoque la fin des allocs

C’est quoi ? C’est un retour en arrière, puisque la suppression des allocations familiales pour absentéisme scolaire a été mise en place en 1946 (jusqu’en 2004). Un décret de janvier 2011rétablit cette pratique.

Un an après, il y a eu 161 suspensions (chiffres arrêtés à octobre 2011), les départements des Vosges et du Cher en tête. Les familles touchées étaient « très majoritairement » suivies par les services des conseils généraux. Les gens du voyage sont aussi touchés, selon un cadre de la CAF.

A lire
Absentéisme à l’école et allocs : pourquoi Sarkozy se trompe ? (Rue89)
Pourquoi cela plombé le moral des profs ? Les profs n’ont pas réagi massivement. Il n’y a pas eu de mouvement national sur le sujet.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Non, au contraire. C’est une source de fierté pour Luc Chatel qui a présenté ces chiffres en décembre dernier.

8. Les remarques clownesques des ministres

C’est quoi ? Il y a au moins deux épisodes ridicules marquants. La phrase de Xavier Darcos, en juillet 2009 :

« Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits délégués par l’Etat, que nous fassions passer des concours bac +5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? »

Et puis, il y a eu la sortie com à l’Intermarché du tout nouveau ministre Luc Chatel en août 2009 : devant les caméras, des fausses mères de famille (en réalité des sympathisantes/élues UMP) disent tout le bien qu’elles pensent de l’action du ministre. La mise en scène est démasquée : Intermarché protège Chatel en affirmant que les interviewés sont des salariés de l’enseigne.

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Sans commentaire.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Partiellement. Xavier Darcos a présenté ses excuses lors du débat sur le budget de l’Education nationale au Sénat.

A lire
Chatel à Intermarché : les dessous d’un coup de com’ (Rue89)
Dans des lettres à trois médias (France Inter, France Info et Libération), Luc Chatel ministre a « condamné fermement » le « procédé » d’Intermarché invitant des salariés à « faire figuration ».

9. La chasse aux femmes voilées

C’est quoi ? Luc Chatel, ministre de l’Education, propose au printemps 2011 que les personnes accompagnant les élèves lors de sorties scolaires respectent le « principe de neutralité et laïcité » de l’école, et donc d’interdire les signes ostentatoires (en premier lieu le voile).

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Les profs sont loin d’être unanimes là-desus, mais certains ont souffert du fait que l’école soit instrumentalisée dans ce débat.



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