Education : les programmes des candidats

LEMONDE.FR | 04.03.12

Nicolas Sarkozy a présenté cette semaine ses propositions sur la politique de l’éducation, axée sur un renforcement de la présence des enseignants pour mieux accompagner les élèves. Mais la politique de l’éducation s’articule aussi autour d’autres thématiques comme l’apprentissage, les rythmes scolaires ou l’université ; quels sont les propositions des candidats sur l’éducation ?

UN ACCES PLUS DEMOCRATIQUE A L’ENSEIGNEMENT ET UNE UNIFORMISATION DE L’ECOLE

 

Pour Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) et Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), la politique de l’éducation s’axe autour du renforcement des services publics et d’une normalisation de l’école. Tous trois sont pour l’arrêt du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et pour l’embauche d’enseignants et de personnels de l’éducation dont ils souhaitent revoir la formation (notamment au handicap).

Les candidats de LO et du NPA proposent la création d’un service public de la petite enfance et, avec le candidat du Front de gauche, ils souhaitent scolariser les enfants dès 2 ans. Par ailleurs, ils sont fermement opposés à toute orientation précoce et M. Poutou propose une école commune sans sélection ni orientation de 3 à 18 ans quand M. Mélenchon souhaite que les mêmes programmes soient enseignés à tous jusqu’à la fin du collège et que la scolarité soit obligatoire jusqu’à 18 ans.

Sur les rythmes scolaires, le candidat du NPA propose plus de souplesse et de réserver le temps scolaire au matin et l’après-midi aux activités extra-scolaires. Il propose en outre d’ouvrir un débat public sur les contenus des cours et défend, comme Mme Arthaud, un système sans note ni classement.

Concernant les études supérieures, M. Poutou souhaite construire au moins 220 000 logements étudiants et accorder une allocation d’autonomie aux étudiants, tout comme M. Mélenchon, qui veut augmenter les montants des bourses. Tous deux refusent par ailleurs une privatisation du secteur (ils sont pour l’abrogation de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU)) et une perte de la mainmise de l’Etat aux profit des entreprises dans l’université.

>> Lire : « Mélenchon dénonce la financiarisation de l’école »

Avec un peu moins de ferveur, Eva Joly (Europe Ecologie – Les Verts) défend elle aussi une uniformisation de l’école avec la mise en place d’une « école fondamentale » réunissant le primaire et le secondaire. Elle souhaite également l’arrêt du « un sur deux » et veut embaucher 20 000 postes de cadres éducatifs et enseignants, dont elle compte rétablir l’année de formation en alternance avec la pratique en classe (supprimée en 2009). Mme Joly propose enfin de revoir le système d’affectation des enseignants, notamment dans les zones difficiles (allègement des charges horaires et pas d’affectation non désirée pour les enseignants de moins de cinq ans d’expérience). Elle compte également créer un service public de la petite enfance et 400 000 places d’accueil pour les jeunes enfants.

Par ailleurs, la candidate met en avant les innovations pédagogiques dans les cours ainsi que les activités artistiques et culturelles. Elle propose également un plan national d’éducation à la préservation de la nature et de systématiser l’enseignement des sciences de la nature à tous les niveaux. Comme Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, elle souhaite abandonner le système des notes.

La candidate d’EELV souhaite enfin la construction d’au moins 50 000 chambres universitaires, l’abaissement des frais d’inscription à l’université et l’abrogation la loi LRU (qu’elle remplacera par une « loi élaborée avec la participation de tous les acteurs »).

>> Lire : La liste des propositions d’Eva Joly

Corinne Lepage (Cap21), comme l’autre candidate écologiste Mme Joly, veut introduire davantage d’innovation dans les programmes scolaires en s’ouvrant à d’« autres formes d’apprentissage des connaissance » et réviser les rythmes scolaires.

Dans le supérieur, elle ne compte pas revenir sur la LRU et propose de concentrer les efforts sur quelques universités (metttre en place une « Silicon Valley à la française »). Elle suggère un nouveau modèle d’établissement, offrant des formations professionnelles en deux ans et servant aussi de lieux de vie ouverts sept jours sur sept.

François Hollande (Parti socialiste) attache lui aussi une certaine importance à l’acquisition d’un même socle commun de compétence pour tous, particulièrement sur les fondamentaux (français, mathématiques, etc.). Le candidat socialiste, qui propose de scolariser les enfants dès 2 ans et de créer un service public de la petite enfance, souhaite par ailleurs revoir les rythmes scolaires en allongeant l’année pour alléger les journées de travail. Pour les jeunes sortis de l’école à 16 ans et sans formation, il veut proposer une « solution de formation, d’apprentissage ou un service civique », pour, à terme, diviser par deux le nombre de jeunes sortant sans qualification du système scolaire.

M. Hollande compte également arrêter le « un sur deux » dans l’éducation et embaucher 60 000 professionnels de l’enseignement – sans pour autant augmenter le nombre global de fonctionnaires. Il propose de revaloriser leur salaire et de restaurer l’année de formation pratique.

Dans les études supérieures, il souhaite décloisonner les filières universitaires et renforcer les passerelles pour éviter des spécialisation trop précoce et réformer la loi LRU pour une « autonomie réelle des établissements ». Enfin, il souhaite lui aussi créer un système d’allocation d’étude.

>> Lire : François Hollande promet de débarrasser l’école du sarkozyme

Dominique de Villepin (République solidaire), un peu comme ses concurrents d’extrême gauche, se prononce pour une solide école commune et continue de 3 à 18 ans. Mais il suggère de la diviser en deux parties, avec une « école du socle » commune à tous jusqu’à 14 ans et une « école de la détermination » avec orientation et spécialisation progressive jusqu’à 18 ans et compte ainsi sortir du collège unique. Il propose la suppression des ZEP et le transfert de ces crédits vers un « droit personnalisé à l’enseignement prioritaire » affecté anonymement à des élèves en fonction de critères scolaires et sociaux.

L’ancien premier ministre veut également rendre possible l’apprentissage dès 14 ans et propose de créer des grands établissements régionaux pour les études supérieurs tout en interdisant le recrutement local des enseignants-chercheurs. Il veut également permettre l’accès à un « revenu citoyen » de 550 euros par mois dès 18 ans et reserver des places dans toutes les filières sélectives (CPGE, STS, IUT) aux 5 % des élèves de chaque lycée ayant eu les meilleurs résultats au bac

Concernant les statuts des enseignants, M. de Villepin propose d’introduire une distinction entre les jeunes enseignants et les enseignants confirmés dans les horaires, les mutations, les rémunérations et de développer les passerelles à mi parcours dans les carrières.

>> Lire : l’entretien de Dominique de Villepin accordé au Monde

UNE EDUCATION PLUS PERSONNALISÉE

Nicolas Sarkozy (Union pour un mouvement populaire) veut lui un renforcement de la présence des enseignants pour un meilleur encadrement individuel des élèves. Tout en donnant plus d’autonomie aux chefs d’établissement, il propose aux enseignants du secondaire qui le souhaitent de pouvoir travailler huit heures de plus par semaine (passer de dix-huit à vingt-six heures hebdomadaires) pour augmenter leur salaire d’environ 25 % (soit 500 euros par mois). Le but est d’augmenter leurs horaires de présence dans les établissements pour mieux accompagner les élèves qui éprouvent des lourdes difficultés scolaires.

>> Lire : Nicolas Sarkozy propose aux enseignants de travailler plus pour gagner plus

>> Lire des témoignages d’enseignants : « Rester 26 heures dans le collège ? C’est déjà le cas »

>> Lire : Sarkozy, les profs et l’argent : de 2007 à 2012

Il a également annoncé qu’il arrêterait le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite dans le primaire. Dans la même idée d’accompagnement personnalisé des élèves, le candidat de l’UMP veut, comme M. Bayrou, sortir du collège unique et permettre l’entrée en apprentissage dès 14 ans.

M. Sarkozy a par ailleurs montré sa satisfaction envers les « internats d’excellence » qu’il compte pérenniser. Sur le supérieur, pas plus de propositions, si ce n’est la poursuite de la loi LRU qu’il a lui-même fait voter.

 

UNE ÉCOLE PLUS CLASSIQUE ET LA PRIORITÉ AUX FONDAMENTAUX

François Bayrou (Mouvement démocrate) prône une école plus individualisée et adaptée aux parcours des élèves avec la sortie du collège unique au profit d’un « collège hors les murs » avec des pédagogies adaptées. Il veut en outre donner plus d’autonomie aux chefs d’établissement.

Comme François Hollande, le candidat du MoDem estime qu’il faut donner la priorité à l’apprentissage des contenus fondamentaux et propose de consacrer 50 % du temps scolaire en primaire à l’écrit et au français mais aussi « informer les élèves sur ce qu’ils ne maîtrisent pas : les codes de comportement, d’habillement, de langage, les chemins de la confiance en soi ». M. Bayrou, qui souhaite par ailleurs que le contenus des programmes soient débattus au Parlement, veut, comme son concurrent socialiste, alléger les journées de travail.

Sans augmenter les effectifs de l’éducation nationale, il propose de réduire le nombre d’élèves par classe dans les établissements où cela est nécessaire. Tout en prônant un encadrement des élèves après la fin des cours (il avait créé les « études dirigées » en 1996, lorsqu’il était ministre de l’éducation), il souhaite que les temps de travail des enseignants puissent être étendus, mais seulement sur la base du volontariat. Concernant leur formation, il souhaite restaurer l’année de formation en alternance avec la pratique en classe et maintenir les concours de recrutement nationaux pour les enseignants du second degré.

Le candidat du MoDem met également l’accent sur l’apprentissage qu’il veut « favoriser, soutenir et valoriser » notamment en créant de nouveaux centres de formations. Il ne développe pas davantage de propositions sur l’enseignement supérieur si ce n’est de repenser la classe de terminale comme une préparation aux études supérieures.

>> Lire : François Bayrou dévoile son programme pour l’éducation

Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), veut lui avant tout revenir aux fondamentaux dans les programmes scolaires et restaurer le respect de l’école et de l’enseignant : il propose d’augmenter le nombre d’heures de français dans le primaire (passer de dix à seize heures hebdomadaires) et permettre l’exclusion des élèves « gravement perturbateurs » pour les prendre en charge dans un « environnement spécialisé, à vocation disciplinaire et éducative ». Les enseignants seront en outre mieux formés à l’autorité.

Le candidat souverainiste souhaite également revoir les rythmes scolaires, en revenant à la semaine de quatre jours et demi dans le premier degré et dédoubler les classes de CP. Il compte d’ailleurs stopper le « un sur deux » pour recruter 30 000 enseignants, principalement pour les premières classes.

Sur le supérieur, le candidat de DLR veut, en dix ans, porter à 2 % du PIB l’effort budgétaire dans ce secteur pour « permettre un accès plus démocratique » à l’enseignement supérieur par des bourses au mérite et la réduction des frais d’inscription.

Marine Le Pen (Front national) insiste également sur le respect de l’enseignant et de l’école (la « valeur discipline ») et l’apprentissage des fondamentaux, dont elle veut augmenter les volumes horaires. Comme M. Sarkozy, elle souhaite individualiser davantage l’école, donner plus d’autonomie aux chefs d’établissement, sortir du collège unique et permettre l’entrée en apprentissage dès 14 ans. La candidate frontiste propose d’arrêter le « un sur deux » et de remplacer tous les départs à la retraite sans pour autant réembaucher.

Elle veut par ailleurs placer des détecteurs de métaux à l’entrée des établissements les plus dangereux et compte interdire l’accès à l’école pour les enfants de sans-papiers. Mme Le Pen veut créer un service public de l’enseignement supérieur et généraliser le regroupement des universités en pôles de recherche et d’enseignement. Enfin, elle souhaite que les étudiants français soient prioritaires dans l’attribution des logements étudiants.

>> Lire aussi : Le « travailler plus pour gagner plus » dans l’éducation est peu concluant

>> Lire aussi : Sarkozy-Hollande, à chacun son école

Hélène Bekmezian

 

 

 

« Rester 26 heures dans le collège ? C’est déjà le cas »

Après la proposition du candidat Nicolas Sarkozy d’augmenter le temps de travail des enseignants qui le souhaitent pour renforcement l’encadrement et l’accompagnement des élèves, nous avons sollicité l’avis de membres du corps enseignants via un appel à témoignages publié sur Le Monde.fr. Ils ont été extrêmement nombreux à répondre et se sont montré majoritairement contre cette proposition. Voici des extraits de leur témoignages, à la tonalité parfois désabusée, souvent énervée.

« CONFUSION ENTRE TEMPS DE PRÉSENCE DEVANT ÉLÈVE ET TEMPS DE TRAVAIL EFFECTIF »

Une large majorité des enseignants ayant apporté leur témoignage ont tenu à rappeler le contenu du métier d’enseignants qui ne se limite au cours devant éléve et beaucoup nous ont envoyé, pour preuve, leur emploi du temps détaillé de la semaine.

Gaetan Oddou, 38 ans, enseignant depuis 15 ans, Tarascon (Bouches-du-Rhône)

 

« 15 heures de cours ne signifie pas 15 heures de travail. Dire cela est aussi absurde que dire à un acteur de théâtre qu’il ne travaille que 2 heures par semaine ou à un journaliste qui présente le journal du matin qu’il ne travaille que deux heures par jour. On fait une confusion entre temps de présence devant élève et temps de travail effectif. »

Corrections de copie, préparation des cours, accueil des élèves, animation de divers clubs, préparation de projets…. De très nombreux témoignages relatent par le menu détail les multiples composantes du travail, qui souvent s’exporte jusque dans la vie personnelle.

Bernard Prévot, 60 ans, professeur de mathématique en collège, Bordeaux (Gironde)

 

« Je fais, chaque semaine : 18 heures de cours, 1 heure et demi d’heure supplémentaire annuelle, 4 heures d’animation pour le club échecs, 1h de préparation au brevet à partir du mois de février. J’assure 10 heures de vie de classe sur l’année, je participe à de nombreuses réunions : commission permanente, conseil d’administration, commission de pilotage informatique, rénion du réseau de réussite scolaire…. J’évalue ma présence au collège à 26 heures (au moins) et j’estime mon travail à plus de 40 heures par semaine. »

Yves Moalic, 56 ans, professeur de lettres en lycée depuis 33 ans, Semur-en-Auxois (Côte-d’Or)

 

« Je n’ai quasiment jamais eu un week-end complet de repos dans ma carrière et mes petites vacances m’ont toujours servi à me mettre à jour dans mes préparations et mes corrections. Chaque semaine : 19 heures de cours, 3 heures de réunions diverses, 2 heures de réception des parents, 2 heures d’encadrement des sorties culturelles, 1 heure de tutorat bénévole, 8 à 10 heures de correction, 8 à 10 heures de préparation, sans compter toutes les soirées consacrées à des lectures « utilitaires » … 45 heures pendant les semaines calmes, 50 à 55 au moment des conseils de classes et des examens blancs. »

Comme Bernard et Yves, pratiquement tous les professeurs ayant calculé leurs heures hebdomadaires (« en toute honnêteté », précisent certains) arrivent à un total de 40 à 60 heures par semaine et fustigent le « regard condescendant de la population et de la classe politique sous-entendant que notre travail se résumerait à 18 heures ».

Virginie Lagrange, 36 ans, professeur de lettres et histoire en lycée professionnel, Montreuil (Seine-Saint-Denis)

 

« Par ailleurs, dans un lycée pro, nous aiguillons les élèves avant, pendant et après les stages ; recherches, comportements, gestions de conflits. Au quotidien, nous gérons aussi les difficultés sociales (pauvreté, violence, addictions) et réorientons les élèves vers les infirmières, les assistantes sociales ou les associations. »

Alors si les huits heures supplémentaires de travail proposées par Nicolas Sarkozy peuvent recouvrir ce travail là, effectué de toute façon, les enseignants approuvent.

Manuel Drigoz, professeur en secondaire

 

« Je voudrais tirer mon chapeau à notre président pour proposer aux enseignants une augmentation de 25 % sans rien demander en échange ! Pourquoi ‘rien’ ? Mais parce qu’entre les conseils de classe, les corrections de copies, les entretiens individuels, le soutien bénévole, je suis largement à plus de 30 heures de présence dans mon établissement. »

Emilie Vallaud, professeure en collège

 

« Bien sûr que j’accepterais de rester 26 heures dans le collège où je travaille, tout simplement parce que c’est déjà le cas. Alors je voudrais savoir, au juste, qu’est-ce qui sera pris en compte dans ces heures supplémentaires ? Le montage, les photocopies d’exercices ? Le remplissage du cahier de texte en ligne ? Les visites chez l’assistante sociale ? Les coups de téléphone aux parents ? »

Baptise Belleau, professeur en secondaire

 

« Si pendant ces heures de présence supplémentaires je peux préparer mes cours, corriger mes copies, préparer mes devoirs, continuer à enrichir mes connaissances .. pourquoi pas. Si non, cela ne fera que se rajouter aux 45 heures hebdomadaires que me prend tout cela enseignement compis. Alors non, même payées double ou triple. »

« IL N’Y A AUCUN LIEU PRÉVU POUR ACCUEILLIR LES ENSEIGNANTS AU TRAVAIL »

D’autres professionnels de l’éducation, qui bénéficient d’emplois du temps moins lourds ou qui aimeraient rester faire à l’école le travail qu’il font à la maison, font état de problèmes d’ordre matériel, ou techniques.

Claire Herzog, professeur de lettres en collège

 

« De présence où ? Nous sommes obligés de préparer et de corriger chez nous, faute de lieu où travailler dans le calme (élèves au CDI, salles des professeurs surchargée … il n’y a même pas de lieu pour recevoir les parents dans notre collège de plus de 600 élèves). Je travaille chez moi le soir, tard et, quand je ne suis pas face aux élèves, où trouver un endroit où pouvoir m’installer ? Les classes libérées sont prises par des collègues. »

Yve-Marie Gourio, professeur en lycée

 

« Il n’y a aucun lieu prévu pour accueillir les enseignants au travail. Pas de bureau, pas de téléphone. L’administration fait tout pour que l’établissement se vide le plus tôt possible. on est donc contraint de transporter le matériel de travail chez soi. Tout est fait pour que le professeur achète ordinateur, imprimante, fournitures et soit le moins longtemps possible dans l’établisssement. »

Christelle Clément, 40 ans, professeur en secondaire

 

« La salle des profs est à notre disposition : quatre ordinateurs qui fonctionnent correctement mais sur lesquels Internet rame et qui sont usagés et trop lents pour travailler, un seul scanner, deux photocopieuses dont une est régulièrement en panne et pas d’imprimante. Tout cela pour 85 professeurs environ et deux ‘grandes tables’ pour travailler. Pas assez de places non plus dans l’établissement pour faire des bureaux individuels. Comment résoud-on l’équation ? »

« ATTENTION À L’EXPLOSION DES ARRÊTS MALADIES »

Enfin, pour un certains nombres de professeur ayant apporté leur témoignage, l’enseignement, ce n’est pas qu’un calcul d’heure, de projet ou de réunion mais un métier dans lequel on s’engage et qui laisse des traces sur le moral, comme sur l’état physique. Pour eux, travailler plus, ce serait travailler trop.

Guillaume Luciani, professeur, Marseille (Bouches-du-Rhône)

 

« Acutellement, j’enseigne 4 heures de plus par semaine et c’est la dernière année que je le fais. Je n’arrive pas à faire un travail de qualité, ma vie est devenue un enfer. J’y laisse aussi ma santé. Je gagne 600 euros de plus par mois mais c’est ingérable. Les élèves ont beaucoup changé, le travail est très pénible. L’augmenter, c’est ne pas mesurer la difficulté de l’enseignement. Attention à l’explosion des arrêts maladies, dépression, épuisement. »

Elena Pavel, professeur d’histoire-géographie en lycée en zone d’éducation prioritaire (Essonne)

 

« Il est impossible de faire 26 heures en ZEP. A chaque fin de trimestre, tous les collègues sont sur les rotules ou malades. Nous sommes épuisés. Les classes sont difficiles, les élèves sont parfois dans une misère sociale sans nom. Nous pousser à rester 26 heures au collège (en plus des réunions, des conseils de classe, des rendez-vous avec les parents…) nous mettrait nerveusement à bout. »

Yann Dalloz, professeur en collège en zone d’éducation prioritaire

 

« Les gens qui déversent leur bile sur les enseignants n’imaginent pas une seconde ce que c’est que de faire cours dans ces classes. 26 heures de cours ?! Impossible, ou alors tout juste un mois. Après, c’est le ‘burn-out’… »

Hélène Bekmezian

 

26 heures au lycée ? Je les fais déjà, monsieur le Président !

Article Rue 89

Amael Kervarrec | Professeur agrégé

Monsieur le Président, vous voulez augmenter le temps de présence des enseignants dans les établissements, de dix-huit heures à vingt-six heures. On arrive, on ouvre la porte, les élèves entrent, la sonnerie retentit, les élèves sortent, on ferme la porte et on rentre chez nous ? C’est ça ?

Vous pensez que le travail des enseignants se résume à la présence devant les élèves, sans préparation, sans réunion inter-équipe, sans photocopies, sans conseils aux élèves, sans rencontres parents-professeurs, sans conseils de classe ?

Vos conseillers vous ont mal informé. Puisque par vos déclarations vous nous forcez à compter nos heures – ce que je ne fais jamais –, je l’ai fait cette semaine.

Je suis agrégé. Je vous vois venir d’ici : « Mais quel fainéant : il n’enseigne QUE quinze heures par semaine ! »

Oui, légalement, mais avec les suppressions de postes, je me retrouve déjà avec une heure supplémentaire que je ne peux refuser : seize heures (et j’ai de la chance de n’en avoir qu’une).

Responsable de laboratoire, j’ai également une heure de présence en plus pour la gestion du laboratoire (matériel, commandes, budget).

Mais détaillons cela.

Lundi : sept heures et demi de présence

Début des cours à 7h30. J’arrive, comme presque tous les jours, un peu avant 7h15 pour :

  • faire des photocopies,
  • relever mon casier,
  • faire le tri des communications avec la hiérarchie,
  • lire les panneaux d’affichage.

Ensuite : quatre heures de cours non stop (dix minutes de récréation pour ranger le matériel et préparer le suivant). Fin des cours à 11h30.

Avant de rentrer : réunion pour les travaux personnels encadrés (TPE) de 11h30 à 12h30.

Les bulletins, remplis au lycée

L’après-midi est consacrée à la préparation du conseil de la classe dont je suis professeur principal : deux heures de remplissage d’appréciations pour 33 élèves de terminale et de bilan de leurs intentions d’orientation. Je pourrais le faire chez moi mais je le fais à l’établissement (facilité d’impression des bulletins).

Mardi : cinq heures

Le matin, pas de cours : je vais courir un peu puis, de chez moi, prépare mon TP de jeudi avec les terminales.

Début des cours à 14 heures. J’arrive à 13h30 pour la préparation de la salle (matériel de TP, vidéoprojecteur…). Il ne s’agit pas de faire tout cela en présence des élèves de sixième sinon c’est énervement et chahut garantis.

Fin des cours ? Zut, j’oubliais : l’heure de vie de classe avec mes terminales pour faire le point sur leurs vœux post-bac.

Arrivent les conseils de classe des secondes, de 17h15 à 18h30.

Mercredi : quatre heures et quart

Début des cours à 7h30 mais arrivée comme d’habitude un quart d’heure avant. Fin des cours à 11h30.

Jeudi : dix heures

Cours de 7h30 à 11h30 puis de 13 heures à 16 heures.

Conseil de classe de seconde de 16h30 à 17h45.

Conseil de classe de terminale de 18 heures à 19h15.

Vendredi : zéro heure… au lycée

Pas de cours : quel veinard ! Un week-end de trois jours !

Zut : un paquet de copies à corriger, un devoir et une sortie géologie à préparer, un TP à peaufiner… sont incontournables si je veux avoir un samedi et un dimanche à accorder à ma famille. Sans oublier un petit passage par l’établissement (mais je n’y suis pas obligé ) pour faire quelques photocopies.

Vous allez me dire : « Mais des conseils de classe, il n’en a qu’une fois par trimestre ! » Certes, monsieur le Président ! Mais quand ce n’est pas cela c’est :

  • une rencontre parents-professeurs,
  • une réunion de projet d’établissement,
  • une réunion sur des projets interdisciplinaires,
  • la gestion des achats de matériel,
  • une réunion sur la mise en place du socle commun….

Oui je fais un beau métier et c’est avec plaisir que je me rends chaque matin à l’établissement. Oui je gère mon temps comme je le veux. Oui j’ai des vacances.

Mais si vous souhaitez réellement augmenter les salaires des enseignants qui passent 26 heures par semaine dans l’établissement, alors faites-le de suite car le compte y est !

 

 

 

Education : les programmes des candidats dans Revue de presse icone_blog_5

L’éducation selon Sarkozy : mensonges, malheur, mépris et fric

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 29/02/2012 à 09h26

Voici bien longtemps que je n’avais suivi le discours d’un homme politique de bout en bout, qui plus est un discours électoral. Car je ne supporte plus les tribuns, qu’ils se prennent pour De Gaulle, pour Mitterrand ou pour… Fidel (Castro). Je l’ai fait ce mardi soir car il s’agissait d’éducation, j’ai écouté le candidat sortant. Je ne recommencerai pas.

Huit heures de plus pour.. encadrer !

Je l’ai dit il n’y a pas si longtemps à propos du programme de la droite. Elle nous prépare une école de malheur. Et le candidat n’est pas en reste.

Mensonges, malheur, tels sont les deux mots qui caractérisent ce discours de Montpellier. Mais je suis obligé d’en ajouter un autre : fric. Car en effet le candidat sortant se propose de créer une autre école en achetant, en achetant tout et tous.

Les enseignants d’abord auxquels il propose de vendre huit heures supplémentaires par semaine de présence dans l’établissement pour 500 euros de plus par mois. Je ne suis pas sûr qu’on ne puisse pas marchander. Huit heures de plus, mais pour y accomplir quelle mission ? Encadrer !

Et s’il y a lieu, soutenir, faire du soutien, cette mesure « révolutionnaire » comme disait le dernier ministre sans même savoir, ou le sachant c’est encore pire, qu’il s’agit d’une « inactivité » qui à toujours été depuis un demi-siècle la recette des ministres qui n’en pouvaient plus et qui n’a jamais donné quelque résultat que ce soit.

Il fournira en outre des bureaux aux profs pour qu’ils puissent recevoir enfants et parents à l’aise. On se demande où il les mettra ses bureaux sans parler de la symbolique des bureaux, j’y reviendrai un de ces jours.

Et l’« obligation de résultats » du chef ?

Demeurons un instant encore avec les enseignants avant de marchander avec les parents. Car il veut, lui, le candidat, leur offrir l’autonomie. Le travailler plus pour 500 euros se fera sur le mode du volontariat dans le cadre d’établissements autonomes. Et tout devient flou car il nous dit bien que les enseignants seront recrutés directement par l’établissement mais il oublie, ce soir, de nous parler du chef d’établissement qui, évidemment, sera le seul maître à bord.

De sorte que, imaginez un professeur refusant le « travailler plus » même pour « gagner plus ». Que va-t-il lui arriver, d’autant plus que le chef, comme dans toute entreprise qui se respecte, sera soumis à une « obligation de résultats » ? Personne jusqu’ici n’avait tenté aussi brutalement de porter atteinte à la dignité des éducateurs.

La morale ne s’enseigne pas

Venons-en aux parents. Il convient de les « responsabiliser ». Chacun sait ce que signifie « responsabiliser » : c’est acheter. Ainsi se vante le candidat, il a menacé de supprimer les allocations familiales (et la foule de hurler son contentement et d’agiter ces drapeaux qui maintenant servent à tout et à tous) à je ne sais combien de familles et les enfants sont revenus à l’école. N’est-ce pas la plus belle des morales, la plus aboutie des éthiques, j’allais dire des esthétiques ?

Car le candidat a osé parler de morale pour dire qu’il faut un enseignement de la morale. Son ex-collègue Luc Ferry dont, aussi loin de moi qu’il puisse être politiquement, j’apprécie les leçons sur Kant, aurait dû lui donner quelque leçons, justement. Lui dire que la morale ne s’enseigne pas, elle se vit et ce faisant se construit pas à pas.

« Imaginaire partagé » et « classes de niveau »

Dire que cette école, son école est celle où les enfants de toutes origines, les enfants des riches et les enfants des pauvres (je dois dire que j’ai sursauté à cette formule qui est le titre d’un livre que j’ai écrit voici dix ans, je sais il ne l’a pas lu…) sont assis sur les mêmes bancs est non seulement un mensonge mais une insulte à tous ces enfants qui, particulièrement depuis la suppression de la carte scolaire, sont « ghettoïsés » dans les établissements des « zones ».

Dire qu’il faut que l’école produise un « imaginaire partagé » (il découvre l’expression en lisant son texte, s’en gargarise mais manifestement n’en comprend pas le sens) alors qu’il propose par ailleurs d’en finir avec le collège unique, de créer des « classes de niveau », car il tient à la structure de classe (si j’ose dire, pardon) et d’orienter (on sait vers où) les élèves (on sait lesquels) à partir de la quatrième, est plus qu’un mensonge, c’est du mépris.

Contre Internet mais pour la tablette

Mépris disais-je. En effet et sans vergogne il pique (enfin son scribe pique selon sa délicate habitude) à gauche et à droite : contre le « pédagogisme » (autrement dit la pédagogie active je suppose ) mais pour l’épanouissement des enfants, même ceux orientés en fin de cinquième sans doute.

Pour la « réussite de chacun » mais pour l’archaïque redoublement dont personne ne veut plus en Europe. Contre Internet qui permettrait de ne pas apprendre mais pour la « tablette » si elle contient Hugo, Maupassant, Balzac et Proust (dont il a lu la « Recherche » de bout en bout sans le moindre doute).

Et puis, enfin, ces mots dont l’accumulation décrit l’architecture de l’école proposée par le candidat sortant, les voici : autorité, évaluation, notes, mérite, courage, respect et politesse (lui ! ), morale (lui ! ), hiérarchie, sanction, récompense, rétribuer, responsabiliser soit : fric.

Je le confirme : une école de malheur.



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