Flash spécial : Le rapport de suivi de la réforme du lycée

Où en est la réforme du lycée ? Après un premier rapport exagérément flatteur en 2011, Catherine Moisan et Jean-François Cuisinier, coordinateurs du rapport de l’Inspection générale, livrent un document beaucoup plus critique sur l’application sur le terrain de la réforme mise en place par Luc Chatel. Cela tient aussi à l’échantillonnage retenu. En 2011 l’Inspection avait soigneusement trié les établissements. Dans le rapport 2012, l’échantillon est beaucoup plus équilibré entre académies (les meilleures mais aussi celles où les difficultés sont nombreuses et beaucoup de moyennes) et entre els établissements.

Le rapport aborde cinq grandes questions. La première concerne les effets de la réforme sur l’orientation des élèves. L’objectif fixé par Luc Chatel c’était le rééquilibrage au profit de la série L et de certaines filières technologiques comme STI. On peut dire que cet objectif n’est pas atteint. Certes la filière L passe de 9,5 à 10,2 % des passages en fin de seconde mais cette hausse est à mettre en perspective avec l’augmentation du taux de passage vers les filières générales (+6,8% en 6 ans). En réalité la hiérarchie des filières est renforcée, la plus forte hausse se portant sur la série la plus « noble », la série S : 30,8 % des sorties en 2009, 32,6% en 2011. Les séries STI2D, STL et ST2S enrayent juste leur chute. Le rapport souligne d’ailleurs que les conseils de classe n’ont pas modifié leurs procédures d’orientation.

Les stages de remise à niveau et stages passerelle , censés apporter plus de souplesse entre les filières, ne fonctionnent pas. Pire encore , les stages passerelle sont utilisés pou réorienter vers le professionnel les élèves dont on ne veut plus, une perspective qui était largement prévisible.

L’accompagnement personnalisé, qui était l’autre grande idée de la réforme, ne semble pas réussir à aider les élèves qui en ont besoin. Il a bien été institué dans la plupart des établissements, avec des modalités de fonctionnement différents. Le rapport montre beaucoup d’errance dans l’utilisation des heures. Les inspecteurs ne manquent pas d’en rendre les professeurs seuls responsables, dressant un portrait assez caricatural des enseignants. « Une première catégorie de professeurs éprouve de fortes réticences à se projeter dans le rôle qui lui est assigné par la réforme… Les professeurs ont appris à transmettre une discipline, pas à enseigner… Une autre catégorie, au contraire, se félicite de cet « espace de liberté » qui leur permet enfin d’exercer leur véritable métier de professeur. Ces professeurs font preuve d’un haut niveau de professionnalisme… » Mais plus critiques encore sont les élèves ! Ils jugent que l’A.P. « ça ne sert à rien ». Le tutorat n’est présent que dans une minorité d’établissements.

L’autonomie des établissements, un autre grand enjeu de la réforme, semble progresser dans la mesure où les chefs d’établissement ont corrigé des erreurs. « Certains échecs d’organisation (de l’A.P.) trop complexe l’an dernier ont fortement déstabilisé les professeurs », reconnaît le rapport, et particulièrement les barrettes. « L’organisation de l’AP à la rentrée 2011 en 2nde a souvent tenu compte des dysfonctionnements de l’année dernière : des alignements de classes en barrette mis en place par beaucoup de lycées sur une grande échelle mais souvent mal gérés par excès d’ambition et défaut d’organisation ; le désir « contrarié » de nombreux enseignants de travailler avec les élèves qu’ils connaissent ; la place donnée aux élèves dans le dispositif », notent les inspecteurs. Globalement on assiste à la décrue des barrettes et au retour du groupe classe, spécialement en première. Que dégâts pour en arriver là !

La réduction des moyens nuit à la réforme , affirment les inspecteurs. « Dans certaines académies, le poids des suppressions d’emplois est si prégnant dans la gestion de l’académie et ses relations avec les établissements que le pilotage par les moyens prévaut mécaniquement sur le pilotage pédagogique ».

Les préconisations très curieusement ne s’intéressent qu’à la gestion des moyens et aux cadres du système éducatif. On est très loin des élèves et des professeurs. Les inspecteurs veulent « renforcer la globalisation des DGH », ce qui augmenterait l’autonomie des établissements mais faciliterait aussi les retraits de moyens, aujourd’hui bloqués par les textes. Quatre préconisations sur 12 ne concernent que les IPR et nous y reviendrons plus longuement. Les autres concernent l’accompagnement des chefs d’établissement.

Pour le moment la réforme Chatel n’a pas atteint ses objectifs. En ce sens ce rapport apporte un éclairage intéressant pour la nouvelle équipe qui arrivera au pouvoir dans quelques semaines. Plus d’analyses et de réactions dans L’Expresso de lundi.
Le rapport

http://media.education.gouv.fr/file/2012/96/8/Rapport-IG-Suivi-de-la-mise-en-oeuvre-de-la-reforme-du-lycee-d-enseignement-general-et-technologique_209968.pdf

Le rapport de 2011

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/03/16_reformelycee.aspx



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