Enseignement catholique: la guerre scolaire n’aura pas lieu

Article de l’Express.fr

Enseignement catholique: la guerre scolaire n'aura pas lieu

François Hollande et Vincent Peillon ne voient aucun problème à associer le privé au débat sur l’enseignement.

REUTERS

Le candidat, qui a su séduire les profs du public, a une bonne cote dans l’enseignement catholique. Et pour cause: il prend garde de ménager ses susceptibilités.

Souvenez-vous de François Mitterrand et de l’école libre. Souvenez-vous de ce blocage. » Cet avertissement de Nicolas Sarkozy à Laurent Fabius sur le plateau de l’émission de France 2 Des paroles et des actes, le 6 mars, n’a pas échappé au secrétaire général de l’enseignement catholique, Eric de Labarre: « Personne n’a intérêt à rallumer la guerre scolaire, nous avons aujourd’hui une forte capacité de mobilisation. »

Un possible retour de la gauche au pouvoir ne l’inquiète pas. Et pour cause. François Hollande, qui a fait une partie de sa scolarité chez les Frères des écoles chrétiennes, n’a rien d’un bouffeur de curé. « Il a une vision beaucoup moins caricaturale de l’enseignement privé que d’autres, gauche et droite confondues. C’est un élu local, il sait ce que nous représentons dans les zones rurales. »

Sur le sujet sensible des relations entre l’Etat et l’enseignement catholique, François Hollande balise le terrain et joue la carte du dialogue. Le candidat socialiste a reçu une délégation d’évêques le 7 mars. Le même jour, une rencontre était organisée entre Vincent Peillon, son responsable éducation, et les représentants de l’enseignement catholique.

Pour l’école catholique, « mieux vaut un socialiste humaniste qu’un UMP ultralibéral »

C’est un vieil ami, l’avocat chrétien Jean-Pierre Mignard, qui a joué les intermédiaires. « Je les vois comme je vois tout le monde, avec bienveillance et intérêt », rapporte Peillon. Il assure que les socialistes ne toucheront pas à la règle du 80/20 qui encadre la répartition des moyens budgétaires entre public et privé. Et si l’école libre veut s’associer aux réflexions sur l’évolution du système, « pas de problème ».

Prudent, l’enseignement catholique soigne ses relais au sein du Parti socialiste. Henri Nallet, par exemple, ministre de François Mitterrand et vice-président de la Fondation Jean-Jaurès, est un proche de Fernand Girard, fin lobbyiste de l’enseignement catholique. « Finalement, pour nous, mieux vaut un socialiste humaniste qu’un UMP ultralibéral », s’amuse Girard.

La loi Carle ne sera pas remise en question

Le privé, traditionnellement à droite, compte en effet parmi les déçus du sarkozysme. Il a perdu 6 850 emplois depuis 2007. Une situation jugée intenable, qui a fini par crisper les enseignants et les parents. Philippe Gustin, l’ex-directeur de cabinet de Luc Chatel, en a fait les frais: ce franc-maçon laïcard refusait de céder aux demandes du privé qui réclamait moins de suppressions de postes que prévu. Mal lui en a pris: d’importantes manifestations ont perturbé la rentrée. Et l’enseignement catholique a obtenu sa rallonge budgétaire. « Il a fini par comprendre: quand on nous prend des postes, on gueule », commente-t-on sobrement au Secrétariat général de l’enseignement catholique.

Le seul acquis du quinquennat, c’est la loi Carle, du 28 octobre 2009, qui a maintenu une situation plutôt favorable au privé en matière de financement des écoles accueillant des élèves scolarisés hors de leur commune. L’adoption de ce texte a fait pousser des cris d’orfraie aux associations laïques, et une bonne partie des parlementaires socialistes l’a combattue.

« Toucher à la loi Carle, c’est la bêtise à ne pas faire », prévient Bernard Toulemonde, inspecteur général et fin connaisseur de l’enseignement privé. Que fera François Hollande? « La loi Carle ne me pose pas de problème. Nous ne rouvrirons pas ce dossier », promet aujourd’hui Vincent Peillon. Il y aurait des coups à prendre des deux côtés: s’il veut soigner les cathos, Hollande n’a pas non plus intérêt à braquer les plus ardents défenseurs de la laïcité au sein de son camp.



Laisser un commentaire

recitsdautrefois |
loupian-demain pour vous |
Pour GREPIAC, du Dialogue à... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lenfantestadulte
| deci-dela
| BONNES NOUVELLES