Flash spécial : Le rapport de suivi de la réforme du lycée

Où en est la réforme du lycée ? Après un premier rapport exagérément flatteur en 2011, Catherine Moisan et Jean-François Cuisinier, coordinateurs du rapport de l’Inspection générale, livrent un document beaucoup plus critique sur l’application sur le terrain de la réforme mise en place par Luc Chatel. Cela tient aussi à l’échantillonnage retenu. En 2011 l’Inspection avait soigneusement trié les établissements. Dans le rapport 2012, l’échantillon est beaucoup plus équilibré entre académies (les meilleures mais aussi celles où les difficultés sont nombreuses et beaucoup de moyennes) et entre els établissements.

Le rapport aborde cinq grandes questions. La première concerne les effets de la réforme sur l’orientation des élèves. L’objectif fixé par Luc Chatel c’était le rééquilibrage au profit de la série L et de certaines filières technologiques comme STI. On peut dire que cet objectif n’est pas atteint. Certes la filière L passe de 9,5 à 10,2 % des passages en fin de seconde mais cette hausse est à mettre en perspective avec l’augmentation du taux de passage vers les filières générales (+6,8% en 6 ans). En réalité la hiérarchie des filières est renforcée, la plus forte hausse se portant sur la série la plus « noble », la série S : 30,8 % des sorties en 2009, 32,6% en 2011. Les séries STI2D, STL et ST2S enrayent juste leur chute. Le rapport souligne d’ailleurs que les conseils de classe n’ont pas modifié leurs procédures d’orientation.

Les stages de remise à niveau et stages passerelle , censés apporter plus de souplesse entre les filières, ne fonctionnent pas. Pire encore , les stages passerelle sont utilisés pou réorienter vers le professionnel les élèves dont on ne veut plus, une perspective qui était largement prévisible.

L’accompagnement personnalisé, qui était l’autre grande idée de la réforme, ne semble pas réussir à aider les élèves qui en ont besoin. Il a bien été institué dans la plupart des établissements, avec des modalités de fonctionnement différents. Le rapport montre beaucoup d’errance dans l’utilisation des heures. Les inspecteurs ne manquent pas d’en rendre les professeurs seuls responsables, dressant un portrait assez caricatural des enseignants. « Une première catégorie de professeurs éprouve de fortes réticences à se projeter dans le rôle qui lui est assigné par la réforme… Les professeurs ont appris à transmettre une discipline, pas à enseigner… Une autre catégorie, au contraire, se félicite de cet « espace de liberté » qui leur permet enfin d’exercer leur véritable métier de professeur. Ces professeurs font preuve d’un haut niveau de professionnalisme… » Mais plus critiques encore sont les élèves ! Ils jugent que l’A.P. « ça ne sert à rien ». Le tutorat n’est présent que dans une minorité d’établissements.

L’autonomie des établissements, un autre grand enjeu de la réforme, semble progresser dans la mesure où les chefs d’établissement ont corrigé des erreurs. « Certains échecs d’organisation (de l’A.P.) trop complexe l’an dernier ont fortement déstabilisé les professeurs », reconnaît le rapport, et particulièrement les barrettes. « L’organisation de l’AP à la rentrée 2011 en 2nde a souvent tenu compte des dysfonctionnements de l’année dernière : des alignements de classes en barrette mis en place par beaucoup de lycées sur une grande échelle mais souvent mal gérés par excès d’ambition et défaut d’organisation ; le désir « contrarié » de nombreux enseignants de travailler avec les élèves qu’ils connaissent ; la place donnée aux élèves dans le dispositif », notent les inspecteurs. Globalement on assiste à la décrue des barrettes et au retour du groupe classe, spécialement en première. Que dégâts pour en arriver là !

La réduction des moyens nuit à la réforme , affirment les inspecteurs. « Dans certaines académies, le poids des suppressions d’emplois est si prégnant dans la gestion de l’académie et ses relations avec les établissements que le pilotage par les moyens prévaut mécaniquement sur le pilotage pédagogique ».

Les préconisations très curieusement ne s’intéressent qu’à la gestion des moyens et aux cadres du système éducatif. On est très loin des élèves et des professeurs. Les inspecteurs veulent « renforcer la globalisation des DGH », ce qui augmenterait l’autonomie des établissements mais faciliterait aussi les retraits de moyens, aujourd’hui bloqués par les textes. Quatre préconisations sur 12 ne concernent que les IPR et nous y reviendrons plus longuement. Les autres concernent l’accompagnement des chefs d’établissement.

Pour le moment la réforme Chatel n’a pas atteint ses objectifs. En ce sens ce rapport apporte un éclairage intéressant pour la nouvelle équipe qui arrivera au pouvoir dans quelques semaines. Plus d’analyses et de réactions dans L’Expresso de lundi.
Le rapport

http://media.education.gouv.fr/file/2012/96/8/Rapport-IG-Suivi-de-la-mise-en-oeuvre-de-la-reforme-du-lycee-d-enseignement-general-et-technologique_209968.pdf

Le rapport de 2011

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/03/16_reformelycee.aspx



Quel bilan pour l’Ecole sous Sarkozy ?

Pas facile à faire ce bilan !
Quel bilan pour l'Ecole sous Sarkozy ?  dans Actualités fj2010

D’abord du fait des dissimulations. Sous Sarkozy, le ministère ne publie que les études et les statistiques qui vont dans le sens voulu par le pouvoir. De fait le nombre des publications s’est effondré aussi bien pour les Notes d’information de la DEPP que pour les travaux de l’Inspection générale. Sur ce terrain les années Chatel seront celles de la bouche cousue…
Ensuite du fait des incohérences. Voilà un gouvernement qui prétend appliquer al loi Fillon (quand même !) de 2005 sur le « socle commun » et qui multiplie les dispositifs dérogatoires, ceux qui écartent de l’Ecole les jeunes à la fin de la 5ème… Voilà un pays qui s’est fixé comme objectif 80% de jeunes au niveau bac mais qui veut établir des notes éliminatoires au bac…
Au final, ce sont souvent les observateurs étrangers qui aident à saisir les particularités du système éducatif français.
Notre bilan tient en 18 mots et deux noms propres. Accompagnement, Autonomie, Budget, Carte scolaire, Décrochage, Evaluation, Formation, Inégalités, Innovation, Lycée, Métier, Niveau, Pilotage, Professionnel, Recrutement, Socle, STI, ZEP sont les mots du lexique sarkozien. Les deux noms propres sont ceux de deux grands témoins : la direction de l’éducation de l’OCDE  et l’historien de l’école Claude Lelièvre.
Dix huit et deux : au total vingt articles. Symboles d’un quinquennat en vain ?
François Jarraud



Chatel attaque le bac

Par François Jarraud
« L’examen du bac est à bout de souffle. Il ne certifie plus un niveau de connaissances. Si on continue comme cela on va dévaloriser le bac ». Alors que Luc Chatel avait tenu à prendre ses distances avec les détracteurs du bac en 2010 et 2011, il a opéré le 12 mars un revirement complet en dénonçant la qualité du diplôme. A 40 jours de l’élection présidentielle, le ministre publie un rapport qui dénonce la baisse de qualité du bac et propose sa refonte. C’est la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur qui est en jeu.
Chatel attaque le bac  dans Actualités 13bac1Un rapport critique sur le bac. Luc Chatel s’appuie sur un rapport d’une vingtaine de pages coordonné par l’inspecteur des finances Laurent Buchaillat et l’inspecteur général Stéphane Kesler, ancien directeur du services des examens (SIEC). Il faut rappeler que la RGPP s’est fixé comme objectif la réduction des coûts des examens, ce qui explique la présence des Finances. « L’amélioration continue de la réussite à l’examen, dans un contexte d’élargissement de l’accès au baccalauréat, suscite des doutes sur sa qualité certificative» affirment les rapporteurs. En clair, à leurs yeux, le fait que le nombre de bacheliers augmente signifie que le niveau baisse. Le rapport relève que le nombre de bacheliers a doublé depuis 1985 passant de 253 000 à 513 000. « Cela a entraîné la destruction de l’unité du diplôme » poursuivent les rapporteurs, avec la multiplication des bacs. C’est donc bien la montée des bacs professionnels depuis 1985, année de leur création qui semble leur poser problème. Ils dénoncent aussi  la règle de compensation des résultats. « 5% des élèves de S auraient eu le bac avec des notes inférieures à 10 dans les disciplines principales », affirment-ils. En fait 219 lycéens ont eu le bac S avec une note inférieure à 10 dans les 3 disciplines scientifiques (pour 145 000 reçus). Enfin ils critiquent les épreuves de second groupe dont « la qualité certificative est incertaine ». Elles permettent à des candidats ayant atteint au moins 8 de moyenne de représenter certains épreuves.
Les propositions Chatel. Pour le ministre il faut « moins d’options, moins d’épreuves facultatives, des notes éliminatoires, plus de contrôle continu, plus de tronc commun ». Moins d’options et d’épreuves facultatives parce qu’elles sont accusées de rapporter des points. Le ministre veut par exemple réduire le nombre de langues présentées au bac. Des notes éliminatoires parce que ça permettrait aux yeux de Luc Chatel de remonter le niveau du bac. Et ça reprend l’annonce faite par Nicolas Sarkozy à Montpellier le 28 février. Les rapporteurs ont calculé qu’en utilisant des notes éliminatoires on pourrait éliminer 25% des bacheliers de L, 14% d’ES et 11% de S. Ce simple calcul est intéressant à observer… Plus de contrôle continu parce que ça permettrait, bien que Luc Chatel s’en défende, de diminuer le coût du bac. Justement les rapporteurs soulignent que celui-ci a augmenté de 45% en moyenne de 2008 à 2009 (73% pour le bac général, 29% pour le bac technologique). Pour Roland Hubert, co-secrétaire général du Snes, on a là une des motivations de cette réforme. « Supprimer des options permettra de faire des économies durant l’examen mais aussi toute l’année », note-t-il. Le Snes s’inquiète de l’appel au contrôle continu car il remet en question la dimension nationale de l’examen.
Le bac est-il donné à tout le monde ? Il faut rappeler que seulement deux jeunes sur trois passent le bac. Dans tous les pays de l’Union européenne, un document certifie la fin de l’enseignement secondaire. Selon les statistiques de l’Unesco, le taux brut de diplômés de fin du secondaire s’établit à 51% en France contre 92% en Finlande, 73% aux Etats-Unis, 74% en Italie. Le taux brut de diplômés du supérieur est à 38% en France contre 62% aux Etats-Unis, 74% en Finlande, 55% en Italie. La France fait partie des pays développés où l’accès au bac est moyennement élevé.
13bac2 dans Réforme du lycéeQue voudrait dire le remplacement des épreuves du bac par un recours accru au contrôle continu ? On sait, depuis les travaux de D. Oget, que si le bac était passé au contrôle continu les résultats finaux seraient largement différents. Le fait qu’au bac on corrige une copie anonyme augmente les chances de certains candidats : les garçons, les jeunes des milieux populaires.
Pour Bruno Julliard, co-responsable de l’équipe éducation de François Hollande, la proposition de Luc Chatel relève du conservatisme bon teint. « C’est un discours rétrograde qui va de la défense des notes à l’orientation précoce en fin de 5ème. C’est le même ressort idéologique de remise en question de la démocratisation de l’accès au supérieur », nous a-t-il confié. Pour lui il sert aussi à éloigner des regards le bilan « désastreux » de N Sarkozy. B Julliard relève son étonnement de voir cette réforme arriver alors que la réforme du bac est en cours. « La question des notes éliminatoires va à rebours de ce qu’il faut faire. On a besoin de davantage de bacheliers pour avoir davantage de diplômés du supérieur ».
Ce qui semble défriser dans un fort taux de réussite au bac c’est quand même que certains qui n’y arrivaient pas y arrivent. Or on sait bien que statistiquement on a d’autant plus de chances de réussir le bac que l’on est issu d’un milieu favorisé. L’enjeu de la réforme du bac c’est la démocratisation de l’enseignement supérieur. Mais la sortie inattendue de ce rapport à quelques jours des élections semble davantage un artifice politicien surfant sur les valeurs de la droite extrême qu’une proposition sérieuse. Luc Chatel a promis de ne pas toucher au bac 2012. Au-delà l’avenir d’une partie des bacheliers serait compromis s’il n’y avait pas d’alternance politique.
François Jarraud
Le rapport

http://media.education.gouv.fr/file/2012/09/9/BAC-evolu[...]

Le bac est-il donné à tout le monde

http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/20[...]

Luc Chatel annonce de nouvelles épreuves

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/Page[...]



Hollande choisit les Hauts-de-Seine pour répondre aux propositions sur l’école du candidat Sarkozy

Article du Monde.fr

06 mars 2012
Hollande choisit les Hauts-de-Seine pour répondre aux propositions sur l’école du candidat Sarkozy dans Actualités hollandevlagarenne-300x183FRançois Hollande devant les grilles du collège Edouard Manet de Villeneuve-la-Garenne (AFP PHOTO POOL / PATRICK KOVARIK)


Une matinée à Villeneuve-la-Garenne ? Privilège de candidat à la présidence ! C’est en effet dans ce département – fief du sarkozysme – que le candidat socialiste a choisi, mardi matin 6 mars, de rappeler ses priorités éducatives et de réagir aux propositions du chef de l’Etat faites la semaine dernière sur l’école.

A l’annonce d’une augmentation de 500 euros pour les enseignants de collège, faite par Nicolas Sarkozy (à condition qu’ils acceptent de travailler 26 heures hebdomadaires), le candidat socialiste a répondu par ses quatre priorités, certes, mais aussi par une légère ouverture sur le terrain de la feuille de paye.

Interrogé en marge d’une table ronde avec des enseignants du collège Henri Matisse, François Hollande a déclaré au Monde être « très conscient que les enseignants français gagnent moins que dans une partie des pays de l’OCDE. Mais je ne veux pas faire des promesses que je ne pourrai pas tenir. Le budget est très contraint. En revanche, si les marges de manœuvre le permettent, ce sujet pourra être abordé dans le cadre de la discussion ouverte avec les acteurs de l’école », a-t-il ajouté.

Statut de 1950. Quand Nicolas Sarkozy propose les 500 euros contre l’abandon du statut de 1950, qui définit le métier d’enseignant par les heures de cours, le candidat socialiste a rappelé qu’il « ne souhaitait pas changer le statut de 1950″. Une déclaration prolongée par Bruno Julliard, son conseiller sur l’enseignement scolaire. Au yeux de ce dernier, « il y a bien d’autres moyens de prendre en compte des missions autres que les heures de cours sans pour autant changer un statut ».

Les enseignants du collège Henri Matisse, classé en zone d’éducation prioritaire et en zone de prévention violence, avaient invité le candidat PS – le seul présidentiable à avoir répondu – à venir observer in situ ce que la baisse des moyens en matière d’éducation signifie concrètement dans un établissement pas vraiment favorisé.

Ils ont raconté comment leur collège où près d’un enfant sur deux est issu d’un milieu défavorisé contre un sur vingt seulement d’un milieu favorisé, va perdre 33 heures d’enseignement à la rentrée prochaine. L’équipe enseignante va voir partir en fumée tous les dispositifs pédagogiques qu’elle mettait en place depuis quelques années pour tenter d’améliorer le très faible taux de réussite au diplôme national du brevet. En juin 2011, les collégiens de Henri Matisse ne sont que 58 % à avoir décroché ce diplôme que 86 % des élèves du département obtiennent.

hollandevlagarenne2-1024x692 dans ActualitésAFP/PATRICK KOVARIK

« Atteindre l’excellence ». François Hollande leur a rappelé sa volonté de mettre l’accent sur les classes charnières. La classe de 6e, qui marque l’entrée au collège est en effet jugée comme un moment les plus difficiles d’une scolarité. Surtout pour des élèves fragiles. François Hollande propose de mettre « plus de moyens, plus de ressources, plus d’enseignants dans les zones défavorisées. Car mon objectif n’est pas seulement de lutter contre l’échec. C’est aussi de permettre aux enfants d’atteindre l’excellence », a-t-il rappelé.

Un discours qui là encore répond au candidat sarkozy. Ce dernier avait choisi de visiter l’internat d’excellence de Montpellier avant de prononcer son discours sur l’école, mardi 28 février. Or l’internat d’excellence c’est une somme d’argent conséquente consacrée à à peine plus de 2000 élèves. Deux visions de l’excellence se font ainsi face. Le collège qui tente de rester « unique » et de garder tous les élèves côté PS ; le collège qui recrée un pallier d’orientation après à la 5e, côté UMP. Des dispositifs dérogatoires pour favoriser l’excellence de quelques-uns pour l’UMP, l’excellence pour tous côté PS.

Pour y parvenir le candidat socialiste a d’ailleurs proposé deux leviers. D’une part les dédoublements de classes, d’autre part le maintien des moyens dévolus à l’innovation pédagogique. Il s’est au passage insurgé une énième fois contre la baisse de moyens, s’étonnant que « là où on devrait avoir plus d’heures de soutien, on coupe des moyens ! ».

Pré-recrutement. Une occasion de rappeler aussi que l’engagement qu’il a pris des « 60 000 postes » servira les zones défavorisées, et mettra l’accent sur l’enseignement primaire. Bruno Julliard a aussi rappelé en marge de cette visite que les 12 000 postes annuels sur 5 ans qu’on pouvait imaginer étaient peut-être un modèle trop mathématique. M. Hollande a en effet précisé que serait mis en place un pré-recrutement des enseignants dès l’année de licence.

Une fois que le dispositif portera ses fruits et que le vivier de candidats enseignants s’étoffera, les recrutements pourront trouver preneurs, alors que les premières années il sera difficile d’augmenter de manière conséquente les postes aux concours enseignants. François Hollande a aussi répété sa volonté de remettre en place une formation initiale. Une réforme qui absorbera déjà à elle seule plus d’une dizaine de milliers de postes !

Dans une salle éclairée par la lumière du jour « faute d’argent pour changer les ampoules », comme l’a expliqué le chef d’établissement, la présence du candidat a suscité quelques espoirs dans un corps enseignant qui enchaîne les journées de grève et de mobilisation depuis la rentrée. Reste qu’ils n’ont toujours pas trouvé le moyen de boucler leur rentrée, sans mettre 29 enfants par classe de 6e ou supprimer tous leurs dispositifs d’aide…

Maryline Baumard



Michel, prof de philo, 56 heures de travail par semaine

TÉMOIGNAGE – Michel, professeur de philosophie, est bien loin des 18 heures de travail hebdomadaires, évoquées par le candidat Sarkozy…

«Tout enseignant qui voudra travailler 26 heures de présence dans l’établissement au lieu de 18 heures de cours, aura en contrepartie une augmentation de son traitement de 25%, soit près de 500 euros net par mois.» Avec cette déclaration lancée à Montpellier mardi 28 février, le candidat Sarkozy a réveillé le vieux démon des enseignants: la glandouille. Cette indécrottable réputation qui colle aux livres des profs, du primaire au lycée.

Michel Dias, 51 ans, professeur de philosophie à Aubusson (Creuse), n’échappe pas à la règle. Las, et un peu agacé aussi, il a contacté la rédaction de 20 Minutes pour nous livrer sa «vérité sur le temps de travail d’un professeur de lycée». «C’est mépriser le travail des enseignants que de prétendre qu’il leur reste aujourd’hui du temps à consacrer à d’autres taches que celles qui leur incombent déjà». Se défend-il. Démonstration.

Sur le papier, Michel travaille 20 heures. 20 heures pendant lesquelles il tente d’apprendre la philosophie à près de 90 élèves de terminale. Sur le papier seulement. Pour ces 20 heures de cours, Michel accumule près du double en préparation des cours et correction de copies. L’envers du joli décor de fonctionnaire.

28 heures de correction de copies et de préparation de cours

Ajoutons déjà huit heures de correction de copies par semaine. En période de vacances scolaires, c’est pire. «Je m’arrange pour que les élèves me rendent leurs devoirs avant le départ en vacances», explique Michel. «Vendredi dernier (24 février), j’ai eu 90 copies au total. A raison de 40 minutes par copie, ça vous laisse imaginer mon emploi du temps pour ces vacances».

Indispensable aussi, et «bien moins ingrat» que les copies pour Michel, la préparation des cours. Michel agence méthodiquement son emploi du temps pour se dégager 20 heures de travail à la maison, destinées à anticiper, imaginer, renouveler et même réviser, ses séquences de cours.

La version soft c’est la préparation classique. «Orienter le cours en fonction de la nature de la classe, ses préoccupations, voire des problématiques soulevées précédemment par les élèves». Oui, Michel adapte son cours aux ados qu’il a en face de lui, à leur sensibilité, leur engagement dans sa matière, leurs envies. Pour traiter par exemple de la notion de politique, Michel a normalement le réflexe Aristote. Mais cette année, il s’est rendu compte que ses terminales STG ont «un petit peu de mal avec cette terminologie, trop hermétique». Il a donc remplacé le philosophe grec par Alain, «qui traite exactement des mêmes problématiques, en plus contemporain. Avec plus de métaphores, les élèves accrochent mieux.»   Pour une séquence de cours, comptez environ une heure de mise en forme.

La version hard, c’est le grand nettoyage de printemps, notion par notion. Tous les trois ans, Michel réinvente le traitement de chaque chapitre de son cours. Sachant que chaque programme compte entre 9 et 23 chapitres, pour cinq classes. Donc environ deux notions par mois à repenser. «La philo est le plus stable de tous les programmes, reconnait-il, il n’a quasiment pas bougé depuis 1973.

Six heures de rédaction de corrigés chaque semaine

A côté de ça, Michel consacre souvent son mardi soir à la lecture, professionnelle toujours. «En ce moment je relis La politique d’Aristote, en vue d’un futur rafraichissement de ce cours». Les soirs de veille de lycée, il s’astreint également à une heure de «révisions». «Je me remets en tête les cours du lendemain. En fait, je revois le déroulement de ma journée. J’imagine les transitions, pense aux questions que je vais poser, quels élèves je vais interroger. Chaque séquence de cours est très paramétrée.» Michel tente d’anticiper les interactions qui feront vivre sa classe le lendemain pour prévoir les réponses de ses élèves et donc  les explications qu’il aura à fournir. 27 ans de carrière n’auront donc pas suffit à le lasser.

Le week-end, Michel ne ralentit pas vraiment le rythme. Samedi comme dimanche, il consacre six heures à la rédaction de corrigés. Et quand on est professeur de philo, cela équivaut à au moins une dissertation par semaine.

Ça ne lui prend que 10 minutes, mais après chaque cours, Michel doit en plus remplir le «cahier de texte électronique» de la classe. Une chance, il peut le faire à distance. «Ce qui constitue un confort certain» concède-t-il.

3.240 appréciations à donner pour l’orientation des Terminales

Investi, impliqué, nous l’aurons compris, Michel est en plus professeur principal de sa classe de terminale littéraire. Pendant la «très intensive» période des conseils de classe, en plus des 90 appréciations à déposer sur les bulletins et des cinq conseils de classe par trimestre, Michel doit donc aussi préparer une appréciation globale pour chaque élève, après consultation des collègues.

Début mars, chaque élève de terminale inscrit sur le site Admissions post-Bac ses vœux pour l’année suivante. Chaque professeur est alors censé donné une appréciation sur chaque vœu de chaque élève. Un élève peut faire jusqu’à 36 demandes. Michel pourrait donner jusqu’à 3.240 appréciations. «On ne peut pas s’en sortir!» lâche-t-il, un soupçon d’incompréhension dans la voix. «Alors je le fais par groupe de vœux…».

Evidemment, Michel n’oublie pas de citer les quelques entrevues avec les élèves et les parents à propos de l’orientation ou encore les «conseils pédagogiques» (réunions entre professeurs d’une même classe) et «conseils d’enseignements» (réunions entre professeurs d’une même discipline).

Quatre demi-journées de repos pendant les vacances scolaires

Heureusement, Michel a encore, comme tout enseignant, LE privilège que leur envie TOUS les autres salariés: les vacances scolaires. Enfin presque. Car notre prof de philo relativise très vite. Pendant les «petites vacances», c’est environ six heures de boulot par jour, avec «quatre demi-journées par semaine» pour souffler (seulement).

Il pousse un peu Michel? Non. Il se définit simplement comme appartenant à une catégorie dont il n’est «sûrement pas le seul spécimen: celle des enseignants qui se veulent « auteurs » de leurs cours». Il compose avec ses armes contre une motivation «de plus en plus difficile à susciter chez les élèves», habitués «au « tout cuit » que proposent des marchands de « réussite facile et sans effort »». «Au final, beaucoup d’élèves me « détestent », regrette-t-il, comme savent le faire les adolescents, parce qu’ils confondent méthodes et recettes.»

N’espérez même pas l’attaquer sur les deux mois de congés estivaux. «Etant de Bac, mes vacances commencent mi-juillet, et se terminent le 20 août, avec du classement, et la conception de nouveaux plan de cours». Entre les deux, Michel en profitera pour… Ecrire. Bonne vacances Michel.

Christine Laemmel


Education : les programmes des candidats

LEMONDE.FR | 04.03.12

Nicolas Sarkozy a présenté cette semaine ses propositions sur la politique de l’éducation, axée sur un renforcement de la présence des enseignants pour mieux accompagner les élèves. Mais la politique de l’éducation s’articule aussi autour d’autres thématiques comme l’apprentissage, les rythmes scolaires ou l’université ; quels sont les propositions des candidats sur l’éducation ?

UN ACCES PLUS DEMOCRATIQUE A L’ENSEIGNEMENT ET UNE UNIFORMISATION DE L’ECOLE

 

Pour Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) et Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), la politique de l’éducation s’axe autour du renforcement des services publics et d’une normalisation de l’école. Tous trois sont pour l’arrêt du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et pour l’embauche d’enseignants et de personnels de l’éducation dont ils souhaitent revoir la formation (notamment au handicap).

Les candidats de LO et du NPA proposent la création d’un service public de la petite enfance et, avec le candidat du Front de gauche, ils souhaitent scolariser les enfants dès 2 ans. Par ailleurs, ils sont fermement opposés à toute orientation précoce et M. Poutou propose une école commune sans sélection ni orientation de 3 à 18 ans quand M. Mélenchon souhaite que les mêmes programmes soient enseignés à tous jusqu’à la fin du collège et que la scolarité soit obligatoire jusqu’à 18 ans.

Sur les rythmes scolaires, le candidat du NPA propose plus de souplesse et de réserver le temps scolaire au matin et l’après-midi aux activités extra-scolaires. Il propose en outre d’ouvrir un débat public sur les contenus des cours et défend, comme Mme Arthaud, un système sans note ni classement.

Concernant les études supérieures, M. Poutou souhaite construire au moins 220 000 logements étudiants et accorder une allocation d’autonomie aux étudiants, tout comme M. Mélenchon, qui veut augmenter les montants des bourses. Tous deux refusent par ailleurs une privatisation du secteur (ils sont pour l’abrogation de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU)) et une perte de la mainmise de l’Etat aux profit des entreprises dans l’université.

>> Lire : « Mélenchon dénonce la financiarisation de l’école »

Avec un peu moins de ferveur, Eva Joly (Europe Ecologie – Les Verts) défend elle aussi une uniformisation de l’école avec la mise en place d’une « école fondamentale » réunissant le primaire et le secondaire. Elle souhaite également l’arrêt du « un sur deux » et veut embaucher 20 000 postes de cadres éducatifs et enseignants, dont elle compte rétablir l’année de formation en alternance avec la pratique en classe (supprimée en 2009). Mme Joly propose enfin de revoir le système d’affectation des enseignants, notamment dans les zones difficiles (allègement des charges horaires et pas d’affectation non désirée pour les enseignants de moins de cinq ans d’expérience). Elle compte également créer un service public de la petite enfance et 400 000 places d’accueil pour les jeunes enfants.

Par ailleurs, la candidate met en avant les innovations pédagogiques dans les cours ainsi que les activités artistiques et culturelles. Elle propose également un plan national d’éducation à la préservation de la nature et de systématiser l’enseignement des sciences de la nature à tous les niveaux. Comme Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, elle souhaite abandonner le système des notes.

La candidate d’EELV souhaite enfin la construction d’au moins 50 000 chambres universitaires, l’abaissement des frais d’inscription à l’université et l’abrogation la loi LRU (qu’elle remplacera par une « loi élaborée avec la participation de tous les acteurs »).

>> Lire : La liste des propositions d’Eva Joly

Corinne Lepage (Cap21), comme l’autre candidate écologiste Mme Joly, veut introduire davantage d’innovation dans les programmes scolaires en s’ouvrant à d’« autres formes d’apprentissage des connaissance » et réviser les rythmes scolaires.

Dans le supérieur, elle ne compte pas revenir sur la LRU et propose de concentrer les efforts sur quelques universités (metttre en place une « Silicon Valley à la française »). Elle suggère un nouveau modèle d’établissement, offrant des formations professionnelles en deux ans et servant aussi de lieux de vie ouverts sept jours sur sept.

François Hollande (Parti socialiste) attache lui aussi une certaine importance à l’acquisition d’un même socle commun de compétence pour tous, particulièrement sur les fondamentaux (français, mathématiques, etc.). Le candidat socialiste, qui propose de scolariser les enfants dès 2 ans et de créer un service public de la petite enfance, souhaite par ailleurs revoir les rythmes scolaires en allongeant l’année pour alléger les journées de travail. Pour les jeunes sortis de l’école à 16 ans et sans formation, il veut proposer une « solution de formation, d’apprentissage ou un service civique », pour, à terme, diviser par deux le nombre de jeunes sortant sans qualification du système scolaire.

M. Hollande compte également arrêter le « un sur deux » dans l’éducation et embaucher 60 000 professionnels de l’enseignement – sans pour autant augmenter le nombre global de fonctionnaires. Il propose de revaloriser leur salaire et de restaurer l’année de formation pratique.

Dans les études supérieures, il souhaite décloisonner les filières universitaires et renforcer les passerelles pour éviter des spécialisation trop précoce et réformer la loi LRU pour une « autonomie réelle des établissements ». Enfin, il souhaite lui aussi créer un système d’allocation d’étude.

>> Lire : François Hollande promet de débarrasser l’école du sarkozyme

Dominique de Villepin (République solidaire), un peu comme ses concurrents d’extrême gauche, se prononce pour une solide école commune et continue de 3 à 18 ans. Mais il suggère de la diviser en deux parties, avec une « école du socle » commune à tous jusqu’à 14 ans et une « école de la détermination » avec orientation et spécialisation progressive jusqu’à 18 ans et compte ainsi sortir du collège unique. Il propose la suppression des ZEP et le transfert de ces crédits vers un « droit personnalisé à l’enseignement prioritaire » affecté anonymement à des élèves en fonction de critères scolaires et sociaux.

L’ancien premier ministre veut également rendre possible l’apprentissage dès 14 ans et propose de créer des grands établissements régionaux pour les études supérieurs tout en interdisant le recrutement local des enseignants-chercheurs. Il veut également permettre l’accès à un « revenu citoyen » de 550 euros par mois dès 18 ans et reserver des places dans toutes les filières sélectives (CPGE, STS, IUT) aux 5 % des élèves de chaque lycée ayant eu les meilleurs résultats au bac

Concernant les statuts des enseignants, M. de Villepin propose d’introduire une distinction entre les jeunes enseignants et les enseignants confirmés dans les horaires, les mutations, les rémunérations et de développer les passerelles à mi parcours dans les carrières.

>> Lire : l’entretien de Dominique de Villepin accordé au Monde

UNE EDUCATION PLUS PERSONNALISÉE

Nicolas Sarkozy (Union pour un mouvement populaire) veut lui un renforcement de la présence des enseignants pour un meilleur encadrement individuel des élèves. Tout en donnant plus d’autonomie aux chefs d’établissement, il propose aux enseignants du secondaire qui le souhaitent de pouvoir travailler huit heures de plus par semaine (passer de dix-huit à vingt-six heures hebdomadaires) pour augmenter leur salaire d’environ 25 % (soit 500 euros par mois). Le but est d’augmenter leurs horaires de présence dans les établissements pour mieux accompagner les élèves qui éprouvent des lourdes difficultés scolaires.

>> Lire : Nicolas Sarkozy propose aux enseignants de travailler plus pour gagner plus

>> Lire des témoignages d’enseignants : « Rester 26 heures dans le collège ? C’est déjà le cas »

>> Lire : Sarkozy, les profs et l’argent : de 2007 à 2012

Il a également annoncé qu’il arrêterait le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite dans le primaire. Dans la même idée d’accompagnement personnalisé des élèves, le candidat de l’UMP veut, comme M. Bayrou, sortir du collège unique et permettre l’entrée en apprentissage dès 14 ans.

M. Sarkozy a par ailleurs montré sa satisfaction envers les « internats d’excellence » qu’il compte pérenniser. Sur le supérieur, pas plus de propositions, si ce n’est la poursuite de la loi LRU qu’il a lui-même fait voter.

 

UNE ÉCOLE PLUS CLASSIQUE ET LA PRIORITÉ AUX FONDAMENTAUX

François Bayrou (Mouvement démocrate) prône une école plus individualisée et adaptée aux parcours des élèves avec la sortie du collège unique au profit d’un « collège hors les murs » avec des pédagogies adaptées. Il veut en outre donner plus d’autonomie aux chefs d’établissement.

Comme François Hollande, le candidat du MoDem estime qu’il faut donner la priorité à l’apprentissage des contenus fondamentaux et propose de consacrer 50 % du temps scolaire en primaire à l’écrit et au français mais aussi « informer les élèves sur ce qu’ils ne maîtrisent pas : les codes de comportement, d’habillement, de langage, les chemins de la confiance en soi ». M. Bayrou, qui souhaite par ailleurs que le contenus des programmes soient débattus au Parlement, veut, comme son concurrent socialiste, alléger les journées de travail.

Sans augmenter les effectifs de l’éducation nationale, il propose de réduire le nombre d’élèves par classe dans les établissements où cela est nécessaire. Tout en prônant un encadrement des élèves après la fin des cours (il avait créé les « études dirigées » en 1996, lorsqu’il était ministre de l’éducation), il souhaite que les temps de travail des enseignants puissent être étendus, mais seulement sur la base du volontariat. Concernant leur formation, il souhaite restaurer l’année de formation en alternance avec la pratique en classe et maintenir les concours de recrutement nationaux pour les enseignants du second degré.

Le candidat du MoDem met également l’accent sur l’apprentissage qu’il veut « favoriser, soutenir et valoriser » notamment en créant de nouveaux centres de formations. Il ne développe pas davantage de propositions sur l’enseignement supérieur si ce n’est de repenser la classe de terminale comme une préparation aux études supérieures.

>> Lire : François Bayrou dévoile son programme pour l’éducation

Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), veut lui avant tout revenir aux fondamentaux dans les programmes scolaires et restaurer le respect de l’école et de l’enseignant : il propose d’augmenter le nombre d’heures de français dans le primaire (passer de dix à seize heures hebdomadaires) et permettre l’exclusion des élèves « gravement perturbateurs » pour les prendre en charge dans un « environnement spécialisé, à vocation disciplinaire et éducative ». Les enseignants seront en outre mieux formés à l’autorité.

Le candidat souverainiste souhaite également revoir les rythmes scolaires, en revenant à la semaine de quatre jours et demi dans le premier degré et dédoubler les classes de CP. Il compte d’ailleurs stopper le « un sur deux » pour recruter 30 000 enseignants, principalement pour les premières classes.

Sur le supérieur, le candidat de DLR veut, en dix ans, porter à 2 % du PIB l’effort budgétaire dans ce secteur pour « permettre un accès plus démocratique » à l’enseignement supérieur par des bourses au mérite et la réduction des frais d’inscription.

Marine Le Pen (Front national) insiste également sur le respect de l’enseignant et de l’école (la « valeur discipline ») et l’apprentissage des fondamentaux, dont elle veut augmenter les volumes horaires. Comme M. Sarkozy, elle souhaite individualiser davantage l’école, donner plus d’autonomie aux chefs d’établissement, sortir du collège unique et permettre l’entrée en apprentissage dès 14 ans. La candidate frontiste propose d’arrêter le « un sur deux » et de remplacer tous les départs à la retraite sans pour autant réembaucher.

Elle veut par ailleurs placer des détecteurs de métaux à l’entrée des établissements les plus dangereux et compte interdire l’accès à l’école pour les enfants de sans-papiers. Mme Le Pen veut créer un service public de l’enseignement supérieur et généraliser le regroupement des universités en pôles de recherche et d’enseignement. Enfin, elle souhaite que les étudiants français soient prioritaires dans l’attribution des logements étudiants.

>> Lire aussi : Le « travailler plus pour gagner plus » dans l’éducation est peu concluant

>> Lire aussi : Sarkozy-Hollande, à chacun son école

Hélène Bekmezian

 

 

 

« Rester 26 heures dans le collège ? C’est déjà le cas »

Après la proposition du candidat Nicolas Sarkozy d’augmenter le temps de travail des enseignants qui le souhaitent pour renforcement l’encadrement et l’accompagnement des élèves, nous avons sollicité l’avis de membres du corps enseignants via un appel à témoignages publié sur Le Monde.fr. Ils ont été extrêmement nombreux à répondre et se sont montré majoritairement contre cette proposition. Voici des extraits de leur témoignages, à la tonalité parfois désabusée, souvent énervée.

« CONFUSION ENTRE TEMPS DE PRÉSENCE DEVANT ÉLÈVE ET TEMPS DE TRAVAIL EFFECTIF »

Une large majorité des enseignants ayant apporté leur témoignage ont tenu à rappeler le contenu du métier d’enseignants qui ne se limite au cours devant éléve et beaucoup nous ont envoyé, pour preuve, leur emploi du temps détaillé de la semaine.

Gaetan Oddou, 38 ans, enseignant depuis 15 ans, Tarascon (Bouches-du-Rhône)

 

« 15 heures de cours ne signifie pas 15 heures de travail. Dire cela est aussi absurde que dire à un acteur de théâtre qu’il ne travaille que 2 heures par semaine ou à un journaliste qui présente le journal du matin qu’il ne travaille que deux heures par jour. On fait une confusion entre temps de présence devant élève et temps de travail effectif. »

Corrections de copie, préparation des cours, accueil des élèves, animation de divers clubs, préparation de projets…. De très nombreux témoignages relatent par le menu détail les multiples composantes du travail, qui souvent s’exporte jusque dans la vie personnelle.

Bernard Prévot, 60 ans, professeur de mathématique en collège, Bordeaux (Gironde)

 

« Je fais, chaque semaine : 18 heures de cours, 1 heure et demi d’heure supplémentaire annuelle, 4 heures d’animation pour le club échecs, 1h de préparation au brevet à partir du mois de février. J’assure 10 heures de vie de classe sur l’année, je participe à de nombreuses réunions : commission permanente, conseil d’administration, commission de pilotage informatique, rénion du réseau de réussite scolaire…. J’évalue ma présence au collège à 26 heures (au moins) et j’estime mon travail à plus de 40 heures par semaine. »

Yves Moalic, 56 ans, professeur de lettres en lycée depuis 33 ans, Semur-en-Auxois (Côte-d’Or)

 

« Je n’ai quasiment jamais eu un week-end complet de repos dans ma carrière et mes petites vacances m’ont toujours servi à me mettre à jour dans mes préparations et mes corrections. Chaque semaine : 19 heures de cours, 3 heures de réunions diverses, 2 heures de réception des parents, 2 heures d’encadrement des sorties culturelles, 1 heure de tutorat bénévole, 8 à 10 heures de correction, 8 à 10 heures de préparation, sans compter toutes les soirées consacrées à des lectures « utilitaires » … 45 heures pendant les semaines calmes, 50 à 55 au moment des conseils de classes et des examens blancs. »

Comme Bernard et Yves, pratiquement tous les professeurs ayant calculé leurs heures hebdomadaires (« en toute honnêteté », précisent certains) arrivent à un total de 40 à 60 heures par semaine et fustigent le « regard condescendant de la population et de la classe politique sous-entendant que notre travail se résumerait à 18 heures ».

Virginie Lagrange, 36 ans, professeur de lettres et histoire en lycée professionnel, Montreuil (Seine-Saint-Denis)

 

« Par ailleurs, dans un lycée pro, nous aiguillons les élèves avant, pendant et après les stages ; recherches, comportements, gestions de conflits. Au quotidien, nous gérons aussi les difficultés sociales (pauvreté, violence, addictions) et réorientons les élèves vers les infirmières, les assistantes sociales ou les associations. »

Alors si les huits heures supplémentaires de travail proposées par Nicolas Sarkozy peuvent recouvrir ce travail là, effectué de toute façon, les enseignants approuvent.

Manuel Drigoz, professeur en secondaire

 

« Je voudrais tirer mon chapeau à notre président pour proposer aux enseignants une augmentation de 25 % sans rien demander en échange ! Pourquoi ‘rien’ ? Mais parce qu’entre les conseils de classe, les corrections de copies, les entretiens individuels, le soutien bénévole, je suis largement à plus de 30 heures de présence dans mon établissement. »

Emilie Vallaud, professeure en collège

 

« Bien sûr que j’accepterais de rester 26 heures dans le collège où je travaille, tout simplement parce que c’est déjà le cas. Alors je voudrais savoir, au juste, qu’est-ce qui sera pris en compte dans ces heures supplémentaires ? Le montage, les photocopies d’exercices ? Le remplissage du cahier de texte en ligne ? Les visites chez l’assistante sociale ? Les coups de téléphone aux parents ? »

Baptise Belleau, professeur en secondaire

 

« Si pendant ces heures de présence supplémentaires je peux préparer mes cours, corriger mes copies, préparer mes devoirs, continuer à enrichir mes connaissances .. pourquoi pas. Si non, cela ne fera que se rajouter aux 45 heures hebdomadaires que me prend tout cela enseignement compis. Alors non, même payées double ou triple. »

« IL N’Y A AUCUN LIEU PRÉVU POUR ACCUEILLIR LES ENSEIGNANTS AU TRAVAIL »

D’autres professionnels de l’éducation, qui bénéficient d’emplois du temps moins lourds ou qui aimeraient rester faire à l’école le travail qu’il font à la maison, font état de problèmes d’ordre matériel, ou techniques.

Claire Herzog, professeur de lettres en collège

 

« De présence où ? Nous sommes obligés de préparer et de corriger chez nous, faute de lieu où travailler dans le calme (élèves au CDI, salles des professeurs surchargée … il n’y a même pas de lieu pour recevoir les parents dans notre collège de plus de 600 élèves). Je travaille chez moi le soir, tard et, quand je ne suis pas face aux élèves, où trouver un endroit où pouvoir m’installer ? Les classes libérées sont prises par des collègues. »

Yve-Marie Gourio, professeur en lycée

 

« Il n’y a aucun lieu prévu pour accueillir les enseignants au travail. Pas de bureau, pas de téléphone. L’administration fait tout pour que l’établissement se vide le plus tôt possible. on est donc contraint de transporter le matériel de travail chez soi. Tout est fait pour que le professeur achète ordinateur, imprimante, fournitures et soit le moins longtemps possible dans l’établisssement. »

Christelle Clément, 40 ans, professeur en secondaire

 

« La salle des profs est à notre disposition : quatre ordinateurs qui fonctionnent correctement mais sur lesquels Internet rame et qui sont usagés et trop lents pour travailler, un seul scanner, deux photocopieuses dont une est régulièrement en panne et pas d’imprimante. Tout cela pour 85 professeurs environ et deux ‘grandes tables’ pour travailler. Pas assez de places non plus dans l’établissement pour faire des bureaux individuels. Comment résoud-on l’équation ? »

« ATTENTION À L’EXPLOSION DES ARRÊTS MALADIES »

Enfin, pour un certains nombres de professeur ayant apporté leur témoignage, l’enseignement, ce n’est pas qu’un calcul d’heure, de projet ou de réunion mais un métier dans lequel on s’engage et qui laisse des traces sur le moral, comme sur l’état physique. Pour eux, travailler plus, ce serait travailler trop.

Guillaume Luciani, professeur, Marseille (Bouches-du-Rhône)

 

« Acutellement, j’enseigne 4 heures de plus par semaine et c’est la dernière année que je le fais. Je n’arrive pas à faire un travail de qualité, ma vie est devenue un enfer. J’y laisse aussi ma santé. Je gagne 600 euros de plus par mois mais c’est ingérable. Les élèves ont beaucoup changé, le travail est très pénible. L’augmenter, c’est ne pas mesurer la difficulté de l’enseignement. Attention à l’explosion des arrêts maladies, dépression, épuisement. »

Elena Pavel, professeur d’histoire-géographie en lycée en zone d’éducation prioritaire (Essonne)

 

« Il est impossible de faire 26 heures en ZEP. A chaque fin de trimestre, tous les collègues sont sur les rotules ou malades. Nous sommes épuisés. Les classes sont difficiles, les élèves sont parfois dans une misère sociale sans nom. Nous pousser à rester 26 heures au collège (en plus des réunions, des conseils de classe, des rendez-vous avec les parents…) nous mettrait nerveusement à bout. »

Yann Dalloz, professeur en collège en zone d’éducation prioritaire

 

« Les gens qui déversent leur bile sur les enseignants n’imaginent pas une seconde ce que c’est que de faire cours dans ces classes. 26 heures de cours ?! Impossible, ou alors tout juste un mois. Après, c’est le ‘burn-out’… »

Hélène Bekmezian

 

26 heures au lycée ? Je les fais déjà, monsieur le Président !

Article Rue 89

Amael Kervarrec | Professeur agrégé

Monsieur le Président, vous voulez augmenter le temps de présence des enseignants dans les établissements, de dix-huit heures à vingt-six heures. On arrive, on ouvre la porte, les élèves entrent, la sonnerie retentit, les élèves sortent, on ferme la porte et on rentre chez nous ? C’est ça ?

Vous pensez que le travail des enseignants se résume à la présence devant les élèves, sans préparation, sans réunion inter-équipe, sans photocopies, sans conseils aux élèves, sans rencontres parents-professeurs, sans conseils de classe ?

Vos conseillers vous ont mal informé. Puisque par vos déclarations vous nous forcez à compter nos heures – ce que je ne fais jamais –, je l’ai fait cette semaine.

Je suis agrégé. Je vous vois venir d’ici : « Mais quel fainéant : il n’enseigne QUE quinze heures par semaine ! »

Oui, légalement, mais avec les suppressions de postes, je me retrouve déjà avec une heure supplémentaire que je ne peux refuser : seize heures (et j’ai de la chance de n’en avoir qu’une).

Responsable de laboratoire, j’ai également une heure de présence en plus pour la gestion du laboratoire (matériel, commandes, budget).

Mais détaillons cela.

Lundi : sept heures et demi de présence

Début des cours à 7h30. J’arrive, comme presque tous les jours, un peu avant 7h15 pour :

  • faire des photocopies,
  • relever mon casier,
  • faire le tri des communications avec la hiérarchie,
  • lire les panneaux d’affichage.

Ensuite : quatre heures de cours non stop (dix minutes de récréation pour ranger le matériel et préparer le suivant). Fin des cours à 11h30.

Avant de rentrer : réunion pour les travaux personnels encadrés (TPE) de 11h30 à 12h30.

Les bulletins, remplis au lycée

L’après-midi est consacrée à la préparation du conseil de la classe dont je suis professeur principal : deux heures de remplissage d’appréciations pour 33 élèves de terminale et de bilan de leurs intentions d’orientation. Je pourrais le faire chez moi mais je le fais à l’établissement (facilité d’impression des bulletins).

Mardi : cinq heures

Le matin, pas de cours : je vais courir un peu puis, de chez moi, prépare mon TP de jeudi avec les terminales.

Début des cours à 14 heures. J’arrive à 13h30 pour la préparation de la salle (matériel de TP, vidéoprojecteur…). Il ne s’agit pas de faire tout cela en présence des élèves de sixième sinon c’est énervement et chahut garantis.

Fin des cours ? Zut, j’oubliais : l’heure de vie de classe avec mes terminales pour faire le point sur leurs vœux post-bac.

Arrivent les conseils de classe des secondes, de 17h15 à 18h30.

Mercredi : quatre heures et quart

Début des cours à 7h30 mais arrivée comme d’habitude un quart d’heure avant. Fin des cours à 11h30.

Jeudi : dix heures

Cours de 7h30 à 11h30 puis de 13 heures à 16 heures.

Conseil de classe de seconde de 16h30 à 17h45.

Conseil de classe de terminale de 18 heures à 19h15.

Vendredi : zéro heure… au lycée

Pas de cours : quel veinard ! Un week-end de trois jours !

Zut : un paquet de copies à corriger, un devoir et une sortie géologie à préparer, un TP à peaufiner… sont incontournables si je veux avoir un samedi et un dimanche à accorder à ma famille. Sans oublier un petit passage par l’établissement (mais je n’y suis pas obligé ) pour faire quelques photocopies.

Vous allez me dire : « Mais des conseils de classe, il n’en a qu’une fois par trimestre ! » Certes, monsieur le Président ! Mais quand ce n’est pas cela c’est :

  • une rencontre parents-professeurs,
  • une réunion de projet d’établissement,
  • une réunion sur des projets interdisciplinaires,
  • la gestion des achats de matériel,
  • une réunion sur la mise en place du socle commun….

Oui je fais un beau métier et c’est avec plaisir que je me rends chaque matin à l’établissement. Oui je gère mon temps comme je le veux. Oui j’ai des vacances.

Mais si vous souhaitez réellement augmenter les salaires des enseignants qui passent 26 heures par semaine dans l’établissement, alors faites-le de suite car le compte y est !

 

 

 

Education : les programmes des candidats dans Revue de presse icone_blog_5

L’éducation selon Sarkozy : mensonges, malheur, mépris et fric

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 29/02/2012 à 09h26

Voici bien longtemps que je n’avais suivi le discours d’un homme politique de bout en bout, qui plus est un discours électoral. Car je ne supporte plus les tribuns, qu’ils se prennent pour De Gaulle, pour Mitterrand ou pour… Fidel (Castro). Je l’ai fait ce mardi soir car il s’agissait d’éducation, j’ai écouté le candidat sortant. Je ne recommencerai pas.

Huit heures de plus pour.. encadrer !

Je l’ai dit il n’y a pas si longtemps à propos du programme de la droite. Elle nous prépare une école de malheur. Et le candidat n’est pas en reste.

Mensonges, malheur, tels sont les deux mots qui caractérisent ce discours de Montpellier. Mais je suis obligé d’en ajouter un autre : fric. Car en effet le candidat sortant se propose de créer une autre école en achetant, en achetant tout et tous.

Les enseignants d’abord auxquels il propose de vendre huit heures supplémentaires par semaine de présence dans l’établissement pour 500 euros de plus par mois. Je ne suis pas sûr qu’on ne puisse pas marchander. Huit heures de plus, mais pour y accomplir quelle mission ? Encadrer !

Et s’il y a lieu, soutenir, faire du soutien, cette mesure « révolutionnaire » comme disait le dernier ministre sans même savoir, ou le sachant c’est encore pire, qu’il s’agit d’une « inactivité » qui à toujours été depuis un demi-siècle la recette des ministres qui n’en pouvaient plus et qui n’a jamais donné quelque résultat que ce soit.

Il fournira en outre des bureaux aux profs pour qu’ils puissent recevoir enfants et parents à l’aise. On se demande où il les mettra ses bureaux sans parler de la symbolique des bureaux, j’y reviendrai un de ces jours.

Et l’« obligation de résultats » du chef ?

Demeurons un instant encore avec les enseignants avant de marchander avec les parents. Car il veut, lui, le candidat, leur offrir l’autonomie. Le travailler plus pour 500 euros se fera sur le mode du volontariat dans le cadre d’établissements autonomes. Et tout devient flou car il nous dit bien que les enseignants seront recrutés directement par l’établissement mais il oublie, ce soir, de nous parler du chef d’établissement qui, évidemment, sera le seul maître à bord.

De sorte que, imaginez un professeur refusant le « travailler plus » même pour « gagner plus ». Que va-t-il lui arriver, d’autant plus que le chef, comme dans toute entreprise qui se respecte, sera soumis à une « obligation de résultats » ? Personne jusqu’ici n’avait tenté aussi brutalement de porter atteinte à la dignité des éducateurs.

La morale ne s’enseigne pas

Venons-en aux parents. Il convient de les « responsabiliser ». Chacun sait ce que signifie « responsabiliser » : c’est acheter. Ainsi se vante le candidat, il a menacé de supprimer les allocations familiales (et la foule de hurler son contentement et d’agiter ces drapeaux qui maintenant servent à tout et à tous) à je ne sais combien de familles et les enfants sont revenus à l’école. N’est-ce pas la plus belle des morales, la plus aboutie des éthiques, j’allais dire des esthétiques ?

Car le candidat a osé parler de morale pour dire qu’il faut un enseignement de la morale. Son ex-collègue Luc Ferry dont, aussi loin de moi qu’il puisse être politiquement, j’apprécie les leçons sur Kant, aurait dû lui donner quelque leçons, justement. Lui dire que la morale ne s’enseigne pas, elle se vit et ce faisant se construit pas à pas.

« Imaginaire partagé » et « classes de niveau »

Dire que cette école, son école est celle où les enfants de toutes origines, les enfants des riches et les enfants des pauvres (je dois dire que j’ai sursauté à cette formule qui est le titre d’un livre que j’ai écrit voici dix ans, je sais il ne l’a pas lu…) sont assis sur les mêmes bancs est non seulement un mensonge mais une insulte à tous ces enfants qui, particulièrement depuis la suppression de la carte scolaire, sont « ghettoïsés » dans les établissements des « zones ».

Dire qu’il faut que l’école produise un « imaginaire partagé » (il découvre l’expression en lisant son texte, s’en gargarise mais manifestement n’en comprend pas le sens) alors qu’il propose par ailleurs d’en finir avec le collège unique, de créer des « classes de niveau », car il tient à la structure de classe (si j’ose dire, pardon) et d’orienter (on sait vers où) les élèves (on sait lesquels) à partir de la quatrième, est plus qu’un mensonge, c’est du mépris.

Contre Internet mais pour la tablette

Mépris disais-je. En effet et sans vergogne il pique (enfin son scribe pique selon sa délicate habitude) à gauche et à droite : contre le « pédagogisme » (autrement dit la pédagogie active je suppose ) mais pour l’épanouissement des enfants, même ceux orientés en fin de cinquième sans doute.

Pour la « réussite de chacun » mais pour l’archaïque redoublement dont personne ne veut plus en Europe. Contre Internet qui permettrait de ne pas apprendre mais pour la « tablette » si elle contient Hugo, Maupassant, Balzac et Proust (dont il a lu la « Recherche » de bout en bout sans le moindre doute).

Et puis, enfin, ces mots dont l’accumulation décrit l’architecture de l’école proposée par le candidat sortant, les voici : autorité, évaluation, notes, mérite, courage, respect et politesse (lui ! ), morale (lui ! ), hiérarchie, sanction, récompense, rétribuer, responsabiliser soit : fric.

Je le confirme : une école de malheur.



Sarkozy, un discours si peu éducatif…

Article Libé.fr

01 mars 2012

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Les propositions effectuées par le Président de la République dans le domaine éducatif mettent encore en valeur le nombre inouï de discours contradictoires, continuellement attachés à l’Education nationale en France.

Il est tout d’abord amusant d’entendre le Président-candidat se soucier des enseignants et des élèves alors que l’Education nationale apparaissait pour lui comme un domaine très secondaire auparavant. En effet, tout occupé à dégraisser à toute force le «mammouth» à coup de coupes budgétaires et de baisses d’effectifs, le Président faisait passer l’Education nationale pour un puits sans fond gaspillant les deniers publics. Bizarrement, comme à l’approche de toute élection d’importance, les enseignants deviennent des hommes et des femmes dont on se soucie. Le discours qui précédemment tendait à les stigmatiser, en tant que fonctionnaires «protégés» et corporatistes, dépensiers de l’argent de l’Etat, avec les mauvais résultats que l’on sait, ce discours devient plus souple, plus étudié: en somme les enseignants sont des gens bien, mais ils ne savent pas tellement travailler avec efficacité. Admirable tour de passe-passe rhétorique, qui, au mépris près, semble assez consensuel.

«Il a ainsi proposé d’augmenter de 25% – soit environ 500 euros par mois – le salaire des enseignants qui acceptent de rester 26 heures dans l’établissement au lieu des 18 actuellement en vigueur», lis-je dans L’Express. Manière délicate de remettre sur le droit chemin ces fonctionnaires égarés, sans doute, par leur merveilleux statut, et qui ne travaillent pas assez. Manière de dire, surtout (c’est moi qui traduis): «Chers enseignants, vous êtes des fainéants, mais à votre corps défendant ; je suis là pour vous en faire prendre conscience et vous rémunérer en conséquence, naturellement».

La seule remarque qui me vient, à la lecture de ces lignes, c’est que ces propositions n’ont rien de neuf et même qu’elles sont déjà mises en œuvre, depuis longtemps ! Dans la plupart des lycées que je connais, dont le mien, les professeurs sont en «sur-service», et sont «récompensés» par des heures supplémentaires distribuées au fil de l’année. Et cela fait longtemps! Cette révolution-là, si c’en est une, a donc déjà eu lieu. Et ces propos ont ceci de pernicieux qu’ils maintiennent vivaces des «discours» infondés, ou qu’ils en génèrent d’autres valides mais encore pires. En voici quelques-uns.

Un professeur travaille 18 h…

Est-il besoin de répondre? Tant de gens croient encore que les heures de cours correspondent aux heures de travail! Le vieux mythe qui consiste à croire qu’un enseignant aligne dix-huit fois par semaine un monologue ennuyeux sans s’interrompre, avant de rentrer chez lui, libre de toute contrainte, ce vieux mythe en dit long sur la méconnaissance du monde éducatif. Il ne s’agit pas non plus de dire qu’un enseignant travaille plus que quiconque. Mais préparer des cours, les effectuer, assurer le minimum d’ordre dans sa classe, relever des devoirs, résoudre les problèmes divers des élèves, parfois de leurs parents, assister aux réunions, etc. Cela finit par constituer un horaire assez proche de celui de n’importe quel employé – on dirait presque du travail…

Quant au quota horaire des enseignants, vieux serpent de mer depuis des années, il constitue la rengaine obligée… Personnellement, je connais très peu de professeurs qui assurent 18 h de cours… La plupart en ont autour de 21. Dans les lycées que je connais, il n’est pas rare de voir des équipes (de mathématiques, d’anglais, que sais-je) se «partager» vingt heures supplémentaires à 4 ou 5. Ceci, naturellement, après négociations, refus éventuels, pressions diverses. Trois heures supplémentaires représentent en gros une classe. C’est-à-dire 35 élèves de plus. C’est-à-dire à nouveau du temps de correction, de réunions, de préparation… Ce n’est certes pas mortel, ni infaisable, mais c’est difficile – peu le disent toutefois, de peur d’être taxés de fainéantise et d’incompétence.

Un professeur qui «fait son temps» est un fainéant…

C’est un peu le corollaire de ce qui précède. Bien avant que le Président ne s’avise qu’il fallait assurer une plus grande présence des enseignants dans les établissements, ces derniers se sont globalement bien faits au monde entrepreneurial et compétitif. Dans une Ecole où les élèves sont hystérisés par la Réussite, où cette dernière est entièrement de la responsabilité du professeur, où l’enseignant est devenu un « fournisseur d’accès » aux examens avec obligation de réussite – eh bien oui, le professeur qui fait « son temps » est considéré comme un fainéant et un tire-au-flanc. Les autres, eux, acquièrent le statut plus enviable et glorieux de meilleurs vendeurs ou de tiroirs caisses. Belle victoire !

Un professeur doit être joignable à tout moment…

C’est la norme désormais. Et les propos du président sont bien tièdes là encore. Il veut que les professeurs soient présents dans les établissements toute la journée (ce qui est déjà le cas, en général). Mais quid du suivi pourtant journalier que tout professeur se doit désormais de proposer? On l’ignore peut-être mais la plupart des établissements sont à présent dotés de sites internet et de serveurs évolués permettant à tout moment de contacter les enseignants. Nous sommes entrés dans l’ère du Prof 2.0 qui donne son mail aux élèves, voire son numéro de téléphone, voire l’accès à son Facebook… Et l’enseignant qui se respecte doit à tout moment assurer un SAV, répondre aux questions de dernière minute, donner des exercices, etc. Ce service, car c’en est un, bien que non écrit, non défini, non rémunéré, et non obligatoire, est assuré. La vraie question est de savoir jusqu’où doit aller le métier d’enseignant. Dire que les professeurs doivent travailler davantage est une marque de méconnaissance de ces simples faits ainsi que de profond mépris.

L’individualisation des pratiques est la solution…

Ce qui découle assez naturellement des remarques précédentes. On m’explique fréquemment comment assurer de «l’accompagnement personnalisé» à dix-huit élèves à la fois. Stupidement, je n’ai toujours pas compris. Ce mot magique d’individualisation est aujourd’hui systématiquement prononcé par nos élites. On ne peut pourtant pas faire de travail raisonnable avec 35 petits individus fort imbus de leur autonomie, le plus souvent, car élevés dans cette notion d’individualisme forcené. Qu’un élève soit le maître de son destin et qu’il effectue son parcours, qui en doute? Mais que l’on considère alors l’enseignant comme un être au statut mal défini (accompagnateur? Assistant? Coach? Camarade?) ne fait que renforcer le flou entretenu dans l’école. Faire croire aux enfants, et à leurs parents, que le professeur sera toujours à leurs côtés pour préparer un jeune à la vie active, c’est un mensonge. Et une faute de jugement.

Que l’Ecole soit en difficulté, nul n’en doute. Qu’elle doive évoluer, se réinventer, c’est encore certain. Mais faire croire que des mesures qui existent déjà, et qui restent peu convaincantes, pallieront les innombrables déficiences, c’est aller bien trop vite en besogne.

 Jean-Michel Gaulon

Photo Reuters



La fuite en avant du président-candidat 29 février 2012

29 février 2012

Communiqué de presse du SNES-FSU et du SNEP-FSU

Nicolas Sarkozy a présenté mardi soir à Montpellier son programme pour l’éducation.
Ce discours, qui est marqué par un aveuglement sur le bilan de sa politique éducative et un mépris insupportable pour les personnels et le second degré, constitue une fuite en avant dans la casse du système éducatif.
Temps de présence accru des enseignants, polyvalence des enseignants, stigmatisation du second degré présenté comme responsable de tous les maux de l’Ecole, destruction du collège unique et orientation précoce des élèves, les chefs d’établissement devenant chefs d’entreprise… Autant de mesures et de propos qui non seulement sont rejetés par la profession mais nient les réalités du second degré aujourd’hui.

Les études sur le temps de travail des enseignants montrent qu’il s’élève à 40 heures hebdomadaires en moyenne : préparation des cours, concertation pédagogique, correction, suivi des élèves. Le discours sur le temps de présence, outre qu’il constitue un marché de dupe (44% de temps de présence en plus, 25% de salaires en plus), a pour seul objet politique de jouer les parents contre les enseignants, la société contre son école. La question en effet n’est pas celle de savoir si les enseignants doivent être plus longtemps présents dans leurs établissements mais bien celle de leurs missions au service de la réussite des élèves.
Présenter le collège comme la source unique des difficultés et de l’échec scolaire est un mensonge : près de 20% des élèves entrent au collège sans maitriser les « fondamentaux ».
La polyvalence disciplinaire des enseignants n’a jamais fait la preuve de son efficacité pour la réussite des élèves.
L’orientation précoce des élèves est un renoncement à la mission démocratique de l’école que s’efforcent de mettre en œuvre les enseignants du second degré : amener toute une classe d’âge au niveau le plus élevé de culture et de qualification.
L’autonomie accrue des chefs d’établissement, antienne favorite de ce gouvernement, n’apporterait qu’une plus grande inégalité encore.

Le SNES-FSU et le SNEP-FSU mènent une campagne d’interpellation des candidats à l’élection présidentielle, ils y portent aussi, avec les personnels, leurs propositions pour une tout autre politique pour le second degré :http://www.snes.edu/Election-presidentielle-Le-SNES.html et http://www.snepfsu.net



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