Actions en cours et à venir du collectif pour la restructuration des lycées d’Uzès

- La banderole : posée jeudi dernier (le 29/12 voir ci-dessous), elle a provoqué des réactions immédiates  de la part de la mairie d’Uzès, avec menace d’une amende si elle n’était pas déposée. Une négociation a permis de la maintenir en place au delà du marché de samedi.

Actions en cours et à venir du collectif pour la restructuration des lycées d'Uzès dans Actualités banderole-collectif-225x300
Le message de la banderole étant neutre et ne contenant aucune attaque, nous ne comprenons pas les raisons de cette demande.
Nous tentons d’obtenir le maintien de la banderole sur la place aux herbes, le temps que la région apporte une réponse à notre demande d’audience.
- Si nous n’obtenions pas l’accord de la mairie, il faudrait prévoir des sites d’accueil pour notre banderole, quitte à la déplacer tous les 2 ou 3 jours.
Qui pourrait proposer un morceau de façade, un balcon…bien placés à Uzès? La demande peut être étendue en  dehors du  collectif.

- Réunion publique du 12 décembre :
Ordre du jour :
- constitution d’un bureau
- bilan actions + prévision actions futures avec calendrier
- formuler une déclaration de nos objectifs à diffuser à la presse et peut-être sous forme de tract.



La mairie d’Uzès organise une réunion publique sur l’extension du secteur sauvegardé jeudi 6 décembre à 18h30.

Dans une interview au Midi Libre, le 19/11/2012, l’adjoint à l’urbanisme Claude Joly s’est déjà exprimé sur l’incidence du PLU sur le projet de l’ancienne gendarmerie.

« ML: Le PLU est-il responsable du blocage de l’aménagement de l’ancienne gendarmerie ?
CJ- Les règles fixées par le PLU sont dans ce cas précises. Elles fixent la hauteur, le QOS et l’emprise au sol.. L’avant projet présenté par la Région n’était pas conforme et a été rejeté. En outre, il s’inscrit dans le périmètre de 500 m de protection des monuments historiques dont il ne tenait pas compte. »

La réunion peut être l’occasion de demander à la mairie d’Uzès de  dire clairement sa volonté de faire aboutir le projet dans les meilleurs délais.

Ce qui signifie

-qu’elle  cherche à  trouver  avec la région  un compromis entre les exigences du secteur sauvegardé et le programme de construction nécessaire à l’extension et la mise eaux normes des 2 établissements (sur le site ancienne gendarmerie, il faudrait réaliser au moins : internat + infirmerie, restauration, salle polyvalente).

- qu’elle accepte de céder à la région le bâtiment de l’internat actuel, comme elle s’y était engagée dans le passé.



Bernard Rieu, maire de Vallabrix solicite les Maires de l’Uzège

Cher(e)  collègue,

 

 

Les jeunes  lycéens  de nos villages  sont scolarisés en grande partie sur les établissements  uzétiens :

 

  • Le lycée Gide, qui amène les élèves aux baccalauréats généraux et technologiques

 

  • Le lycée Guynemer   qui forme les jeunes dans les filières professionnelles des métiers d’art.

 

 

 

Très appréciés  par les élèves et leurs familles, ces lycées attendent depuis 15 ans une rénovation   qui leur permettra  d’offrir de meilleures  conditions d’accueil et de développer de nouvelles filières.

Notre nouvelle communauté  doit pouvoir s’appuyer sur des équipements publics  de qualité   pour construire un territoire attractif, ouvert à de nouvelles populations.

 

À l’initiative d’un collectif, issue de la réunion publique du 20 octobre, une pétition est proposée  pour demander une avancée rapide des travaux.

 

J’appelle  le plus grand nombre d’élus   à soutenir cette pétition.

 

Je  vous demande Madame, Monsieur le Maire  d’inviter l’ensemble des élus de votre commune  à signer cette pétition.

 

Je pense que le poids  d’un grand nombre d’élus est un atout important pour débloquer ce dossier.

 

En vous remerciant  de l’attention que vous porterez à ma demande, veuillez recevoir cher(e)  collègue nos sincères salutations.

 

Bernard  Rieu, maire de Vallabrix

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



« Toute l’Uzège en parle… »

Dans son dernier numéro (3396) le Républicain relatait sous cette rubrique la réunion publique du 20 octobre où les élus avaient accepté de débattre sur les équipements scolaires en suspens. Sujet principal : la restructuration des deux lycées.

 

Le débat engagé devant le lycée Guynemer doit maintenant s’amplifier. Sans la pression des citoyens, usagers des collèges et des  lycées, les projets d’aménagement risquent de s’enliser dans la durée. C’est ce que nous refusons aujourd’hui.

Depuis le 20 octobre, un collectif s’est constitué, décidé à agir pour   accélérer l’échéancier des études et des travaux et  voir l’internat sortir de terre dans  le 2ème semestre 2013.

 

« Toute l’Uzège le réclame »

Nous nous adressons aux uzégeois qui, par leur soutien, donneront à cette action toute sa portée.  Ils peuvent :

 

Après avoir réussi il y a près de 40 ans à garder notre lycée, nous devons lui permettre de se développer.

 

En menant cette action, nous demandons aussi aux élus de nos collectivités territoriales (communes, département, région) d’affirmer un choix : celui de construire en Uzège une communauté de communes forte, attractive, capable d’offrir à la population des services publics modernes et adaptés aux besoins de la population, et notamment de la jeunesse.

 

Pour le collectif Restructuration des lycées d’Uzès

Emmanuelle Michard, Odile Pernin-Vidal Franck Tichadou

 

 



Signez la pétion en ligne : Restructuration des Lycées d’Uzès

Signez la pétition grâce au lien ci-dessous

http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=UZES2012



Invitation de la FSU de l’Uzège à une réunion publique

 

Uzès, le 8 octobre 2012

 

Section locale de l’Uzège Pont du Gard

Section départementale Gard

 

 

à tous les citoyens de l’Uzège

 

 

Madame, Monsieur,

 

Le campus scolaire (restauration et hébergement) budgétisé et acté par le Conseil Régional qui doit voir le jour sur le site de l’ancienne gendarmerie entre le lycée d’enseignement général et technologique Charles Gide et le lycée des métiers d’art Georges Guynemer, a pris, depuis plusieurs années, un retard considérable qui aujourd’hui met en péril la survie et l’expansion des deux établissements de l’Uzège.

La salle polyvalente et d’EPS prévue initialement sur le terrain de l’ancienne Gendarmerie serait remise en cause alors qu’elle est d’une utilité incontestable.

La Halle des sports de Mayac n’arrive pas à émerger  alors même que cet équipement est indispensable aux collégiens de JL Trintignant et profiterait, par extension, à tous les scolaires et associations d’Uzès. Le Conseil Général a pourtant annoncé à plusieurs reprises que le financement de ce projet était acté.

Le centre aquatique de l’Uzège est régulièrement mis en cause alors même que cette piscine est aussi un équipement indispensable aux scolaires de l’Uzège.

 

Le développement économique et culturel de notre région passe par un système éducatif adapté à notre société et tous ces équipements, attendus depuis de nombreuses années, participent à un service public d’éducation à la hauteur des enjeux.

 

A l’initiative de la FSU nous vous invitons à participer à une réunion publique sous la forme d’un rassemblement sur le parvis du lycée des métiers d’arts Guynemer, à Uzès, samedi 20 octobre 2012, à 10h. A cette occasion chaque responsable public pourra développer sa conception de l’avenir éducatif en Uzège. Les citoyens  pourront ainsi échanger avec les responsables politiques sur les aménagements structurants à mettre en œuvre à Uzès tels que les projets d’infrastructure commune aux deux lycées, de la Halle des sports ou de la piscine.

 

Veuillez croire, Madame, Monsieur, à l’expression de nos cordiales salutations.

 

 

Pour la FSU départementale (Gard) : Emmanuel Bois

06.76.46.85.49

Pour la FSU de l’Uzège : Franck Tichadou

06.81.03.41.06

fichier doc Invitation réunion cité scolaire FSU

 

 

 

 

 

 

 



Au revoir Luc Chatel…

Par François Jarraud du café pédagogique

 

 

La victoire de François Hollande à l’élection présidentielle ouvre une nouvelle période pour l’Ecole. Le nouveau ministre devra affronter de sérieuses difficultés.

 

La défaite de N. Sarkozy est une bonne nouvelle pour l’Ecole. Durant ces cinq dernières années, Xavier  Darcos , puis Luc Chatel, ont piloté l’Ecole en donnant la priorité aux économies budgétaires et en les réalisant souvent de façon néfaste. Le gain de 9000 postes réalisé en supprimant la formation pratique des enseignants est exemplaire de ces économies à courte vue. Ils ont aussi entraîné l’Ecole vers un nouveau modèle, fortement influencé par l’école anglo-saxonne : évaluations multipliées, permettant une mise en concurrence des établissements, autonomie accrue des établissements invitant à un nouveau management de l’Ecole. Il sont ainsi attaqué les valeurs de l’Ecole et s’apprêtaient à aller plus loin en ce sens. Cette dérive est stoppée nette par le départ de N. Sarkozy.

 

Bonjour Vincent Peillon…

 

François Hollande n’a pas indiqué qui serait son ministre de l’éducation nationale, choix qui appartient d’ailleurs au premier ministre. Mais personne ne semble mieux placé à gauche que Vincent Peillon pour ce poste. Député européen, V. Peillon est agrégé de philosophie. Il a enseigné une quinzaine d’années et il a développé une pensée originale et riche sur l’Ecole. Durant la campagne présidentielle, il a pris en charge les questions d’éducation, réunissant autour de lui  les experts du PS (B. Julliard, Y Trigance) et les cadres de l’éducation nationale conseillant le candidat. Il a su faire fonctionner ces différents cercles qui entouraient le candidat. Et l’on sait à quel point l’éducation a été une question décisive dans le démarrage de la campagne de F . Hollande.

 

Et les difficultés

 

Les défis à relever par le nouveau gouvernement sont nombreux et complexes. Le nouveau gouvernement va prendre un système éducatif en mauvais état, avec des acteurs démoralisés et des attentes en terme d’efficacité,  de formation et de rattrapage salarial importantes. La réforme de la formation des enseignants, par exemple, implique que le nouveau gouvernement dégage des milliers de postes pour permettre de vrais stages pour les nouveaux enseignants. Ce qui renvoie à la question du recrutement, un vrai casse tête budgétaire et démographique. L’éducation nationale est appelée à consommer la moitié des titulaires d’un master 2 pour ses besoins ce qui n’est pas raisonnable. Pour augmenter le nombre de candidats aux concours il faudrait donc soit relever les salaires et améliorer les conditions de travail et de carrière, mais cela semble bien difficile, soit pré-recruter en amont chez les étudiants, mais là aussi est-ce financièrement supportable ? Pour faire face à l’échec scolaire, le candidat socialiste s’est engagé à mettre « plus de professeurs que de classes » au primaire. Avec quels postes ?

 

La marge de manoeuvre du ministre va être très étroitement dépendante d’une situation économique globale imprévisible mais fortement hypothéquée par la crise grecque. Au soir du 6 mai, ces difficultés devraient se rappeler très rapidement aux nouveaux responsables. La fête sera courte.

 

 

Hollande : Un nouveau souffle pour l’Ecole ? 

« Refondation », « redressement moral et intellectuel », A Orléans, François Hollande a placé l’enjeu de la reforme scolaire très haut. « C’est un nouveau contrat entre l’école et la Nation, un pacte éducatif  » qu’il propose, « une réforme globale »… Le point sur ses propositions pour l’Ecole.

Lisez l’article

 

 

 

 

Vincent Peillon : « Refonder la République par l’école »

« Il faudra revoir les programmes de 2008, et cesser les empilements, les redondances ou les aberrations ». C’est à une  » refondation de la République par l’école » qu’appelle Vincent Peillon, chargé de l’éducation dans l’équipe de campagne de François Hollande.

Lisez l’article

 



Enseignement: blocage d’aménagements nécessaires pour les deux lycées

Article du Midi Libre Uzès

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Une aile du lycée Gide qui pourrait être réactualisée.

Le 2 décembre 2001, suite à plusieurs réunions techniques infructueuses, la Région prenait conscience que le projet d’aménagement (dortoirs, cafétéria, salle de sports…) de l’ancienne gendarmerie ne pouvant être réalisé et décidait d’élargir sa réflexion sur l’ensemble parcellaire des deux lycées (voir Midi Libre du 18 février 2012). M. Cellié, directeur-adjoint de l’éducation de la Région, avait conclu à « l’impossibilité de faire rentrer le programme dans le site de la gendarmerie en tenant compte des contraintes du PLU et du PSMV ».
Conscient du blocage de la situation qui concerne à la fois le lycée Gide et le lycée des métiers d’arts Guynemer, le préfet du Gard a visité les deux établissements et rencontré les deux proviseurs. Pour sortir de l’impasse où se trouve le projet de restructuration et de rénovation de l’ancienne gendarmerie,  le représentant de l’Etat a invité le Conseil régional les architectes des monuments historiques (DRAC) et la mairie d’Uzès, à se retrouver le 29 mars en Préfecture du Gard.
Les responsables de la FSU  (Fédération syndicale unitaire) livrent la conclusion de cette réunion: « Le Préfet a demandé instamment à  la DRAC de produire un cahier des charges précis destiné aux architectes de la Région.»  Cette demande est restée sans suite jusqu’à ce jour.
La FSU rappelle les faits suivants:« Depuis bientôt deux ans la Région plaide pour pouvoir réaliser un équipement qu’elle a budgétisé en novembre 2011 et 33 Millions € ont été inscrits dans les dépenses prévisionnelles. Le  projet présenté doit bénéficier à 1200 élèves et à leurs familles qui comptent sur ces établissements scolaires de proximité. La réputation des deux établissements est telle que les élèves viennent parfois de loin pour s’inscrire. Certaines familles se rapprochent d’Uzès pour faire partie de ce secteur de recrutement. En dépit de son succès, le lycée Gide réduit ses possibilités d’accueil en limitant sa carte scolaire, faute de locaux suffisants et adaptés. Les besoins sont évidents, ils seront bientôt criants : internats vétustes, mal entretenus, demi-pension en capacité trop faible. »
Le maire d’Uzès  réaffirme ce qu’il a toujours dit:« La réalisation du projet de réhabilitation de l’ancienne gendarmerie doit respecter le PLU existant  et le règlement de l’extension du secteur sauvegardé. Les architectes de la Région doivent étudier des aménagements sur le site du lycée Gide.»
Franck Tichadou, secrétaire du FSU,   lance un appel:«  Dans cette situation, il serait incompréhensible qu’aucun compromis ne puisse rapidement se dégager pour permettre à la ville d’accueillir dans son périmètre sauvegardé les structures nécessaires à l’agrandissement et la rénovation des deux lycées. Les jeunes du secteur d’Uzès doivent pouvoir étudier dans de bonnes conditions, dans leur ville.  Nous demandons aux collectivités et aux administrations d’État concernées d’assumer toutes leurs responsabilités en matière d’équipements publics d’éducation et de ne pas bloquer des aménagements nécessaires à Uzès et à l’Uzège.»



Sarkozy : L’heure du bilan

Par François Jarraud du café pedagogique

A la veille du premier tour de l’élection présidentielle, le moment est venu de faire le bilan du quinquennat en matière éducative. Nicolas Sarkozy a-t-il permis à davantage de jeunes de réussir à l’école ? A-t-il lutté contre les inégalités sociales à l’Ecole ? Laisse-t-il un système éducatif en meilleur état que lors de son arrivée ? Quels défis rencontrera le prochain président ?

 

Le niveau monte-il ?

 

A cette question, l’éducation nationale répond généralement par les résultats des évaluations nationales, un dispositif dont le manque de sérieux a été souligné par le Haut Conseil de l’Education. Mais le ministère produit par ailleurs l’enquête CEDRE, par échantillon, régulière et scientifique, qui permet d’avoir un regard objectif sur cette question. Ce que montre CEDRE c’est qu’au primaire il n’y a pas d’évolution entre 2003 et 2009. Il y a toujours 13% de faibles et 29% de performants. Par contre les écarts se sont creusés entre garçons et filles (les garçons pèsent 60% des élèves faibles  en 2009 contre 54% en 2003). Surtout un écart de 7 points, jugé « significatif » est apparu entre école publique et école privée. A la fin du collège, le pourcentage d’élèves forts a diminué de 2003 à 2009, passant de 10 à 7% et celui des faibles a augmenté de 15 à 18%.

 

Selon l’OCDE, le taux de scolarisation des 15-19 ans a généralement augmenté de 9,5% dans les pays de l’OCDE de 2000 à 2009. En France il est passé de 89 à 84%. Certes cela résulte aussi de la baisse des redoublements. Mais cela se traduit  par le fait que 130 000 jeunes quittent le système éducatif sans diplôme du secondaire ce qui est énorme. La situation n’est pas meilleure chez les 20-29 ans où le taux stagne alors que dans l’OCDE il a monté de 8%. Le gouvernement s’est engagé à avoir 50% d’une tranche d’âge diplômé du supérieur. Il lui manque 30 000 jeunes diplômés. En France, c’est presque 200 000 jeunes qui chaque année n’atteignent pas le niveau scolaire que la société considère comme normal.

 

Au niveau du bac, si le taux d’accès au bac a monté c’est principalement du à un effet d’aubaine, le passage du bac professionnel de 4 à 3 ans qui a augmenté le nombre de bacheliers professionnels exceptionnellement. Le pourcentage de bacheliers généraux dans les bacheliers reste inférieur à ce qu’il était au milieu des années 1990.

 

Les inégalités à l’école se sont-elles réduites ?

 

Les inégalités sociales entre établissements existent. En France 8% des élèves des collèges Ambition réussite sont des enfants d’enseignants et de cadres quand c’est 35% des élèves des autres collèges.  A Paris la proportion d’élèves étrangers est de 33% au collège M Dormoy du 18ème arrondissement quand elle est de 1% au collège Lavoisier en centre ville. A cela s’ajoute la ségrégation académique : 33% d’élèves faibles dans les établissements de l’éducation prioritaire, 9% dans les collèges privés. En ce début de siècle, le poids des diplômes et des voies de formation pèse sur les familles et nourrit la ségrégation. Or la ségrégation abaisse le niveau scolaire des plus démunis et entraine notre système éducatif vers le bas.

 

L’assouplissement de la carte scolaire a aggravé la ségrégation sociale. L’enquête de Marco Oberti, Edmond Préteceille et Clément Rivière sur les collèges de la région parisienne montre qu’il a vidé les collèges les plus populaires, augmentant la ségrégation.  » Les collèges pour lesquels l’incidence de la réforme est la plus forte dans les Hauts-de-Seine sont ceux des deux types les plus populaires-immigrés-ouvriers… Le total des pertes par dérogation dans ces collèges populaires-immigrés-ouvriers représente presque l’équivalent de l’effectif de 6e de deux collèges en l’espace de deux ans. Pour un petit groupe de collèges, l’impact est encore plus fort, puisqu’on en trouve neuf pour lesquels le solde négatif sur deux ans est supérieur à 40 % de l’effectif annuel ».

 

L’Etat dépense moins pour les établissements prioritaires que pour les établissements favorisés. Un récent rapport de la Cour des Comptes montre que cela commence dès le primaire où l’Etat dépense 3134 € par élève parisien contre 2861 € pour l’académie la moins bien dotée. De plus les inégalités ont croissant, affirme encore la Cour. Ainsi dans la répartition des postes, Créteil avec 4000 élèves supplémentaires a perdu à la rentrée 2011 426 postes quand Paris, avec 1000 élèves de plus gagnait 20 emplois. Au primaire, la possibilité de scolariser un enfant de moins de 3 ans à Créteil est 14 fois inférieure en Seine Saint-Denis qu’en France en général.

 

Résultat, la France est un pays où l’influence de l’origine sociale dans l’éducation est particulièrement forte d’après l’OCDE. Sur 34 pays, elle n’est plus forte que dans un seul pays (la Nouvelle Zélande). L’origine ethnique pèse aussi d’un grand poids. En moyenne dans l’OCDE il y a 55 points d’écart (aux résultats de PISA) entre un jeune allochtone de première génération et un jeune autochtone. En France l’écart est de 75 points, soit presque deux années de scolarité. Pour la seconde génération il est de 55 points contre 35. Ainsi ce sont les valeurs républicaines de l’Ecole qui sont interrogées.

 

Laisse-t-il un système éducatif en meilleur état que lors de son arrivée ?

 

Pour les dépenses pour l’éducation, la France se singularise à nouveau. C’est simplement le dernier pays de l’OCDE pour l’évolution de ses dépenses éducatives. Elles ont évolué moins vite que le PIB, même si le rythme n’est pas le même du primaire au supérieur. Il y a par contre une unité pour les salaires des enseignants qui sont toujours inférieurs à la moyenne de l’ OCDE: 33 359$ pour un enseignant du primaire français contre 38 914 dans l’OCDE; 38 856 en collège français contre 41 701. Ces salaires ont diminué en France alors qu’ils ont progressé dans tous les pays de l’OCDE sauf deux : seule la Hongrie fait plus mal que la France.

 

Le sondage opéré par le Café pédagogique au mois de mars 2012 auprès des enseignants montre un refus très net des mesures Sarkozy. Les mesures générales comme l’évaluation et le recrutement par le chef d’établissement sont rejetées par près de 8 enseignants sur 10 seulement 14 et 17% les acceptent. 82% sont favorables à un moratoire des suppressions de postes, 85% pour de nouvelles embauches. L’orientation précoce, un des points du programme Sarkozy, qui permettrait d’expulser du collège les enfants difficiles, n’est soutenue que par 23% des enseignants, 70% sont contre. La proposition sarkozienne de revaloriser le salaire en échange de travailler plus n’est acceptée que par 15% des enseignants, 73% sont contre. Le rétablissement de la carte scolaire est demandé par 79% d’entre eux. A l’école primaire, l’aide personnalisée est nettement rejetée : 89% des enseignants sont contre son maintien en état. 74% demandent la suppression des évaluations nationales chères au coeur du ministre. 94% s’opposent aux suppressions des Rased. Dans les réponses libres, on note de nombreuses demandes d’un retour aux programmes de 2002, ce qui veut dire qu’au bout de 4 ans les programmes de 2008 ne sont toujours pas acceptés. Au collège, le Livret personnel de compétences est rejeté par 51% des enseignants, 40% souhaitent le garder. C’est un enseignement sur lequel on reviendra. Au lycée, le moratoire pour la réforme du lycée technologique est validé par 58% des enseignants seulement 14% sont contre. Seulement un enseignants sur dix est pour le maintien en l’état de l’accompagnement personnalisé, 80% sont contre. En lycée professionnel, la proposition de mettre en alternance la terminale pro ne recueille que 14% d’avis favorables,  86% sont contre.

 

Les étudiants boudent le métier d’enseignant. La crise de recrutement est apparue nettement en 2011 où un millier de postes aux concours n’ont pas trouvé preneurs. En 2012, les résultats des épreuves d’admissibilité montrent que cette situation va se renouveler. La faible hausse des salaires de début de carrière n’ont pas suffi à attirer des étudiants vers l’enseignement.

 

Quels défis rencontrera le prochain président ?

 

Le prochain président devra être capable d’agir sur trois dossiers prioritaires.

 

Le plus urgent c’est la réduction des inégalités sociales à l’Ecole. Leur coût pour la société est terrible. Elles entrainent l’échec scolaire et les sorties sans qualification qui contribuent à leur façon au désinvestisssement dans le pays. Elles génèrent des frustrations et participent à l’érosion du lien social. Des solutions existent. L’OCDE a pu montrer des exemples e pays qui partant d’une situation aussi mauvaise que la France voient leurs résultats s’améliorer, comme l’Allemagne. Ces solutions ne sont pas forcément coûteuses mais elles demandent une volonté politique forte.

 

Le second dossier c’est le recrutement des enseignants. Nicolas Sarkozy pense pouvoir s’affranchir de ce problème en augmentant de 40% le temps de travail des enseignants du secondaire en leur donnant moins que ce qu’ils peuvent toucher avec des heures supplémentaires. Il rencontrerait probablement des difficultés s’il était élu. E Joly et F Hollande veulent recruter de nouveaux enseignants. Or le fait de repousser la formation initiale des enseignants au niveau du master a diminué le nombre de candidats potentiels. La France fabrique 70 000 masters chaque année. L’éducation nationale pour remplacer simplement les départs en retraite doit trouver environ 30 000 nouveaux enseignants par an. L’éducation nationale est donc en concurrence avec le monde économique pour son recrutement à un niveau jamais atteint. Faute d’avoir su augmenter le nombre de bacheliers généraux, elle s’asphyxie elle-même ! Comment casser cette mécanique ? Tout effort de recrutement implique des investissements quasi impossibles. D’autre part l’éducation ne doit pas nuire au recrutement des entreprises…

 

Mais le principal dossier est celui des valeurs. Le quinquennat, comme l’a montré la chercheuse Nathalie Mons, dans une tribune publiée par le Café,  a attaqué les valeurs républicaines de l’Ecole. « Ces cinq dernières années ont été marquées à la fois par une multiplication des politiques combattant le modèle de l’école à la française et, plus important encore, par une rhétorique gouvernementale puissante autour du fait éducatif ainsi qu’un style de communication revendiquant le pragmatisme et le « parler sans tabou », dont l’efficacité s’appuie sur la déconstruction des mythes politiques français, en général, et de l’école républicaine en particulier », explique N Mons.  « Les valeurs et principes de promotion sociale et de démocratisation de l’enseignement, au cœur aussi de l’école républicaine dans sa version gaulliste, sont également attaqués frontalement par des politiques scolaires, colorées socialement, mais qui ne visent de fait que la sélection et la construction des élites scolaires et sociales. Il ne s’agit plus de fabriquer, pour tous les élèves, les conditions positives d’une ascension sociale et, dans le cadre d’une politique de discriminative positive, d’améliorer les contextes d’apprentissages de l’ensemble des élèves issus de familles défavorisées mais uniquement d’extraire dans ce vivier humain de « talents » quelques enfants qui apporteront leur contribution aux futures élites sociales. Ces politiques contribuent aussi, en mobilisant la figure emblématique du « boursier méritant » issue de l’imaginaire collectif de la IIIème République, à asseoir la légitimité d’un  système éducatif présenté comme méritocratique, et donc démocratique. »

 

Si le pays a à faire face à des défis plus importants encore que celui posé par l’Ecole, par contre pour l’Ecole, l’élection est déterminante. Les conseillers du président aiment à dire qu’ils ont « levé les verrous » et qu’un second quinquennat serait celui de la construction d’une nouvelle école basée sur la concurrence et la sélection. Le bulletin de vote du 22 avril correspond aussi au choix entre école libérale et renouveau de l’école républicaine.

 

François Jarraud

Liens :

Le bilan

Le sondage

Mons sur les valeurs républicaines

Sarkozy et les inégalités scolaires

Sur la ségrégation scolaire



« La réforme des rythmes scolaires sera l’une de mes priorités » (F. Hollande aux parents d’élèves)

Article du site officiel du candidat François Hollande

François Hollande a répondu samedi 17 mars à l’invitaton de la FCPE (Fédération des Conseils des Parents d’élève) qui organisait une « journée d’interpellation des candidats à la présidentielle ». Il a donné son point de vue sur l’avenir de l’école, mais aussi sur des sujets très concrets, rythmes scolaires, devoirs à la maison, notes, statut des parents d’élèves, etc…

Retrouvez les principales déclarations du candidat et l’intégralité de son intervention ci dessous.

LES PRINCIPALES DECLARATIONS

1) Rythmes scolaires: une journée scolaire plus courte, plus de jours d’école, retour à la semaine de 4 jours et demi.

« C’est en France que la scolarité dans l’année est la plus courte, et le nombre d’heures dans la journée le plus élevé. Nous devons en terminer avec ce qui produit de la fatigue chez les enfants, de la difficulté d’enseigner pour les professeurs et un déséquilibre dans l’année. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de jours sans école que de jours avec école. Nous devons travailler sur un temps dans l’année où il y a plus de journées d’école (…) Donc, nous devons rétablir un équilibre, et nous le ferons en faisant en sorte que nous travaillions avec les enseignants, avec les parents, avec les élus locaux pour revenir à une journée scolaire plus courte et à une semaine scolaire qui ne sera plus celle des quatre jours. (…) Je déciderai le retour à la semaine de quatre jours et demi.

(La disparition du samedi a eu pour conséquence la disparition de deux heures hebdomadaires par élève, soit 72 heures par an) 

2) Scolarisation des enfants de moins de 3 ans :

« Parmi les créations de postes que j’ai annoncées (12000 par an), une part sera affectée dans la maternelle et dans l’école élémentaire, mais d’abord dans la maternelle. Je veux qu’il y ait plus d’enfants qui soient scolarisés à partir de deux ans. (…) Ensuite, à partir de trois ans, je pose un principe, qui est que tout enfant ayant trois ans doit être accueilli à l’école maternelle publique.

3) Les devoirs faits en priorité à l’école, pas à la maison

« Je suis pour qu’une grande partie des devoirs se fasse dans le temps scolaire, c’est-à-dire que ce soit un élément du temps de travail à l’école. Est-ce à dire qu’il n’y aura jamais rien à faire à la maison ? Non, même si j’en vois les contraintes et les risques. Plus il y a de devoirs à faire hors du temps scolaire, plus les inégalités selon les niveaux d’éducation des parents, les situations familiales, risquent encore de se creuser. Donc, nous devons faire en sorte qu’il y ait des devoirs qui soient faits pendant le temps scolaire, mais aussi l’apprentissage par l’élève lui-même d’un certain nombre de travaux qu’il doit conduire à la maison. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas suivi et accompagné.

4Les notes à l’école : faire évoluer l’évaluation

« Je suis pour le maintien des notes, mais avec une autre forme d’évaluation, une évaluation qui tienne compte également des progrès qui sont faits, des efforts qui ont pu être engagés. De ce point de vue, un certain nombre de travaux ont été engagés pour donner plusieurs indications chiffrées : sur le travail mais aussi sur l’implication de l’élève, sur le progrès qu’il a pu faire. Donc, je suis tout à fait favorable à une évolution de l’évaluation des élèves régulièrement.

5) Le redoublement

« Je considère qu’il y a un gâchis par le redoublement. Nous devons limiter le nombre de redoublements. En même temps, nous savons bien qu’il y a des élèves qui ont du retard, des difficultés, des moments particuliers d’adaptation. Donc, nous reprendrons la politique des cycles en la pensant de l’école maternelle jusqu’au collège, pour permettre qu’il y ait aussi du rattrapage, et ne pas entrer dans un processus cumulatif où un redoublement déjà sanctionne, puis un autre oriente, et un dernier élimine. 

6) Cours particuliers : lutter contre la marchandisation de l’école

« Je suis pour que l’accompagnement scolaire puisse être également mené. Nous connaissons, là, la problématique des services privés, de la marchandisation de l’accompagnement scolaire. Si nous voulons lutter contre cette marchandisation, cette nouvelle forme d’inégalité, il nous faut apporter, avec des personnels qui ne sont pas forcément des professeurs, un suivi des élèves par rapport aux devoirs qui doivent être accomplis à la maison ou en étude surveillée. (…) Cela peut être des jeunes tuteurs, cela peut être un certain nombre de personnes qui au-delà de l’école, dans les services civiques, peuvent apporter aussi leurs compétences. Là, il ne s’agit plus du travail des professeurs. Les devoirs principaux doivent être faits avec les professeurs ; l’accompagnement, l’aide et le soutien doivent être faits par des associations ou par le service public lui-même avec des personnels qui ne sont pas nécessairement des professeurs.

7) Une loi d’orientation et de programmation pour le service public d’éducation

«  Je présenterai avec le gouvernement une loi de programmation et d’orientation. (…) Nous avons besoin de cette programmation — programmation de moyens. Nous avons besoin de cette orientation. (…) Nous avons besoin d’avoir une vision et des engagements. La vision, c’est l’école de demain : qu’est-ce qu’elle peut apporter non seulement à chacun de nos enfants, mais aussi à la France ? Cette loi de programmation prévoira des moyens supplémentaires. Lorsque j’ai indiqué les 60 000 postes (12 000 par an), c’était bien pour donner, déjà, cette priorité, dans un contexte budgétaire très difficile, dans un contexte financier très lourd. Et vous avez sans doute entendu ce que cela m’a valu : « comment, vous n’y pensez pas, que l’on pourrait faire 12 000 recrutements par an, 60 000 postes, soit 2,5 milliards d’euros à la fin du quinquennat ? ». J’ai répondu : 2,5 milliards, c’est le coût du bouclier fiscal sur cinq ans. Que préfère-t-on, protéger les plus favorisés ou protéger les enfants de la République ? J’ai ma réponse. »

8) Financement de l’école privée sous contrat

« J’entends ce qui est dit sur la loi Carle. Ce qui est grave, avec notamment l’application de la loi Carle – car il y a la loi et il y a la circulaire, et vous avez sans doute été informés de la circulaire –, c’est qu’une dérive s’est produite. Ce que nous devons faire, c’est faire en sorte que la ville ou la commune – car il s’agit souvent d’une commune rurale – qui veut garder son école publique, que la commune qui a une solution publique pour son école, ne doit pas payer pour un élève de la commune qui va dans une autre commune dans une école privée. »

9) Statut des représentants de parents d’élèves :

« La première évolution serait de dire que le représentant parent élu dans un conseil de classe aurait le droit de s’absenter. »
- « Je pense qu’il faut reconnaître la représentation de parents d’élèves avec des droits spécifiques pour celles et ceux qui en ont été élus. Comment faire : essentiellement avec les employeurs, privés comme publics. Nous aurons d’abord à permettre des autorisations d’absence, ce qui n’est pas toujours possible notamment aux heures où se tiennent les conseils de classe. Ce qui fait que des parents légitimement élus, qui ont la confiance d’autres parents, ne peuvent pas s’y rendre parce qu’ils n’y sont pas autorisés, tout simplement.
- « Ensuite, il y a la question de la rémunération de cette absence. Là encore, je suggérerais qu’il conviendrait de trouver un accommodement avec les employeurs par rapport à des avantages en termes de cotisations sociales ou de fiscalité, qui pourraient être de nature à compenser la perte pendant un temps du travail du salarié.
- « Un décret devrait pouvoir permettre de résoudre un certain nombre de choses. C’est là l’engagement que nous souhaitons entendre, clairement, de la part des candidats à l’élection présidentielle. (…) Si je deviens le prochain président de la République — j’y travaille —, sans attendre même que l’Assemblée nationale soit renouvelée, ce décret peut être pris. Il le sera.
- « Au-delà du décret, nous rêvons de faire des élections de parents un grand moment. (…) Il faut une grande journée d’élection des délégués parents, mais aussi des délégués élèves. Cela pourrait se tenir le même jour. Ce serait une sacrée façon de reconnaître la démocratie au lycée !

 

Intégralité de l’échange

Bonjour François Hollande, merci d’être avec nous. Vous êtes le candidat du Parti socialiste et du Parti radical de Gauche pour cette élection présidentielle. Dans votre programme sur l’école, nous retenons surtout la création des 60 000 postes dans l’éducation et l’augmentation de 25 % de l’allocation de rentrée scolaire. Mais nous aimerions aller plus loin aujourd’hui.

La première question qui vous est posée concerne le statut de parent délégué. Si vous êtes élu, quelles décisions allez-vous prendre pour instaurer un véritable statut de délégué parent ?

D’abord, merci pour votre invitation. J’ai conscience que si nous voulons transformer l’école, si nous voulons faire de l’éducation une grande cause nationale, nous aurons besoin de tous les acteurs, à commencer par les personnels qui se dévouent pour la formation, l’instruction, l’éducation de nos enfants, mais aussi des parents eux-mêmes. Il y a plusieurs idées reçues qui circulent sur l’implication de parents. Il y a l’idée que certains seraient démissionnaires, qu’ils ne comprendraient plus ce qu’est le rôle de l’école et qu’ils s’en seraient éloignés. Il y a sans doute une part de vrai. Mais il y a surtout une telle attente des parents dans l’école, et une telle déception parfois quand il n’y a pas les résultats escomptés ou les moyens mis en place. D’où le rôle indispensable des représentants de parents d’élèves.

Il y a la question de la représentativité. Des progrès ont été faits, on peut mieux faire sur les élections pour qu’elles soient véritablement un moment de vie démocratique et d’implication des parents.

Ensuite, il y a l’interrogation qui m’est adressée sur le statut des représentants de parents d’élèves. Je n’aime pas tellement ce terme de « statut », comme si c’était un moment dans un cursus. Je pense qu’il faut reconnaître la représentation de parents d’élèves avec des droits spécifiques pour celles et ceux qui en ont été élus. Comment faire : essentiellement avec les employeurs, privés comme publics. Nous aurons d’abord à permettre des autorisations d’absence, ce qui n’est pas toujours possible notamment aux heures où se tiennent les conseils de classe. Ce qui fait que des parents légitimement élus, qui ont la confiance d’autres parents, ne peuvent pas s’y rendre parce qu’ils n’y sont pas autorisés, tout simplement.

Donc, la première évolution serait de dire que le représentant parent élu dans un conseil de classe aurait le droit de s’absenter.

Ensuite, il y a la question de la rémunération de cette absence. Là encore, je suggérerais qu’il conviendrait de trouver un accommodement avec les employeurs par rapport à des avantages en termes de cotisations sociales ou de fiscalité, qui pourraient être de nature à compenser la perte pendant un temps du travail du salarié.

Voilà ce que je veux poser comme principes. Oui, il nous faut avoir des droits permettant l’exercice de la mission de représentation. Oui, nous devons regarder avec les employeurs, sans doute progressivement, ce que nous pouvons faire — le premier principe étant l’autorisation d’absence.

Nos parents d’élèves brûlent d’impatience. Cela fait des années qu’on nous parle d’autorisation d’absence. Un décret devrait pouvoir permettre de résoudre un certain nombre de choses. C’est là l’engagement que nous souhaitons entendre, clairement, de la part des candidats à l’élection présidentielle.

Au-delà du décret, nous rêvons de faire des élections de parents un grand moment. Nous rêvons d’une campagne médiatique assumée par l’Etat, comme pour les Prud’hommes, et que cesse cette sempiternelle négociation que nous devons mener chaque année pour pouvoir promouvoir le rôle des parents dans l’école. Il faut une grande journée d’élection des délégués parents, mais aussi des délégués élèves. Cela pourrait se tenir le même jour. Ce serait une sacrée façon de reconnaître la démocratie au lycée !

Un décret est signé par le président de la République ou le Premier ministre. Si je deviens le prochain président de la République — j’y travaille —, sans attendre même que l’Assemblée nationale soit renouvelée, ce décret peut être pris. Il le sera.

La question des élections va même au-delà de la communauté scolaire, et vous avez eu raison d’évoquer aussi la désignation des délégués de classe. Voulons-nous des corps intermédiaires ou n’en voulons-nous pas ? Si nous en voulons, il faut que les corps intermédiaires soient les plus légitimes et les plus représentatifs possibles. Si en revanche tout est fait pour qu’ils ne procèdent pas du suffrage, ou de telle manière que leur légitimité soit réduite ou amenuisée, alors les corps intermédiaires seront progressivement dénoncés comme des empêcheurs, comme des freins, et l’on inventera je ne sais quelle démocratie directe, y compris pour l’avenir de l’école.

Franchement, je suis pour les corps intermédiaires dès lors que nous leur donnons toute la représentativité nécessaire. Je retiens donc l’idée d’une journée de la démocratie à l’école, pour qu’il y ait le plus de participation possible. Pour un enfant, la première élection n’est pas forcément celle du président de la République, mais c’est d’abord l’élection du parent d’élève ! J’ai été parent d’élève. Je me souviens que mes enfants m’adressaient des enveloppes en me disant : « il faut aller voter ». Quelle est la terrible déception, parfois, que ces enfants peuvent rencontrer ? C’est quand leurs parents, pour des raisons de temps, pour des raisons de complications ou de défaut d’information, ne le font pas. Si l’on veut qu’il y ait une participation civique élevée, y compris pour l’élection présidentielle — c’est mon intention —, mieux vaut qu’il y ait une participation électorale élevée à toutes les désignations de représentants dans toutes les institutions possibles, et d’abord dans l’école de la République.

Nous prenons acte de cet engagement. Sachez que tout ce que vous dites ici est enregistré et pourra être retenu contre vous !

J’en ai bien l’impression !

Nous avons fermement l’intention de peser au-delà du 6 mai parce que pour nous, ce n’est pas seulement une question d’élection présidentielle. Elle sera suivie par des élections législatives. L’éducation nous préoccupe beaucoup. Notre investissement sera sans relâche jusqu’à ce que le projet éducatif qu’a rédigé notre organisation puisse voir le jour ou du moins prendre corps au travers des politiques publiques d’éducation mises en œuvre.

Nous allons aborder un deuxième thème. Les parents de la FCPE ont le sentiment que l’école maternelle est aujourd’hui une variable d’ajustement dans l’attribution des postes d’enseignants. Vous engagez-vous à rendre obligatoire la scolarisation des enfants à trois ans et à instaurer un droit à la scolarisation pour les moins de trois ans ?

Je fais le constat que depuis dix ans, le taux de scolarisation des moins de trois ans — c’est-à-dire des deux à trois ans — n’a cessé de diminuer dans notre pays. Il y a dix ans, un tiers des enfants de moins de trois ans étaient scolarisés. Aujourd’hui, nous sommes tombés à 10 %.

Vous avez rappelé que j’avais annoncé des créations de postes pour les cinq prochaines années, 12 000 par an. Parmi ces créations de postes, une part sera affectée dans la maternelle et dans l’école élémentaire, mais d’abord dans la maternelle. Je veux qu’il y ait plus d’enfants qui soient scolarisés à partir de deux ans. Ceci pour des raisons à la fois de droit à la réussite — toutes les études prouvent que plus tôt est arrivée la scolarisation, plus grandes sont les chances d’un parcours scolaire équilibré — et aussi pour des raisons d’accueil des jeunes enfants dans l’institution. J’ai le souvenir d’une parole qui n’aurait peut-être pas dû être prononcée par un ministre de l’Education, qui pensait qu’en dessous de trois ans, c’était simplement de l’accueil — et encore, de l’hygiène. Non, à partir de deux ans, il est déjà possible de transmettre un certain nombre de règles, de principes, de savoirs et de connaissances. C’est aussi donc une volonté de scolariser tôt les enfants.

Ensuite, à partir de trois ans, je pose un principe, qui est que tout enfant ayant trois ans doit être accueilli à l’école maternelle publique.

Ce sera une obligation ?

Tout enfant dont les parents veulent qu’il soit scolarisé sera accueilli à trois ans. Ce n’est pas l’obligation scolaire à trois ans, je préfère être clair.

Au cours de l’actuelle législature, une réforme a vu la disparition du samedi. Cela a eu pour conséquence la disparition de deux heures hebdomadaires par élève, soit 72 heures par an. Comment comptez-vous rétablir ces 72 heures perdues ?

En changeant les rythmes scolaires, en revenant sur cette régression des temps, cette régression de la transmission du savoir qu’a été la réforme dont vous avez parlé. C’est en France que la scolarité dans l’année est la plus courte, et le nombre d’heures dans la journée le plus élevé. Nous devons en terminer avec ce qui produit de la fatigue chez les enfants, de la difficulté d’enseigner pour les professeurs et un déséquilibre dans l’année. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de jours sans école que de jours avec école. Donc, nous devons rétablir un équilibre, et nous le ferons en faisant en sorte que nous travaillions avec les enseignants, avec les parents, avec les élus locaux pour revenir à une journée scolaire plus courte et à une semaine scolaire qui ne sera plus celle des quatre jours.

C’est-à-dire la semaine de quatre jours et demi en travaillant le mercredi ou le samedi matin ?

Absolument.

Est-ce qu’on raccourcit les grandes vacances également ?

Là, vous allez me fâcher peut-être avec d’autres… Mais je pense que si nous voulons gagner des jours, oui, nous devons travailler sur un temps dans l’année où il y a plus de journées d’école.

Nous allons aborder la question de la pédagogie. La FCPE souhaite la suppression des notes, des devoirs et du redoublement. Y êtes-vous favorable ?

Je vais commencer par les devoirs, parce que je sais que c’est une question qui est avancée régulièrement par votre fédération. Je suis pour qu’une grande partie des devoirs se fasse dans le temps scolaire, c’est-à-dire que ce soit un élément du temps de travail à l’école. Est-ce à dire qu’il n’y aura jamais rien à faire à la maison ? Non, même si j’en vois les contraintes et les risques. Plus il y a de devoirs à faire hors du temps scolaire, plus les inégalités selon les niveaux d’éducation des parents, les situations familiales, risquent encore de se creuser. Donc, nous devons faire en sorte qu’il y ait des devoirs qui soient faits pendant le temps scolaire, mais aussi l’apprentissage par l’élève lui-même d’un certain nombre de travaux qu’il doit conduire à la maison. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas suivi et accompagné.

Car je suis par ailleurs pour que l’accompagnement scolaire puisse être également mené. Nous connaissons, là, la problématique des services privés, de la marchandisation de l’accompagnement scolaire. Si nous voulons lutter contre cette marchandisation, cette nouvelle forme d’inégalité, il nous faut apporter, avec des personnels qui ne sont pas forcément des professeurs, un suivi des élèves par rapport aux devoirs qui doivent être accomplis à la maison ou en étude surveillée. Cela fera partie aussi de ce que nous pouvons faire pour faire évoluer l’école, et j’y suis prêt.

A quels personnels pensez-vous en particulier ?

Cela peut être des jeunes tuteurs, cela peut être un certain nombre de personnes qui au-delà de l’école, dans les services civiques, peuvent apporter aussi leurs compétences. Là, il ne s’agit plus du travail des professeurs.

Les devoirs principaux doivent être faits avec les professeurs ; l’accompagnement, l’aide et le soutien doivent être faits par des associations ou par le service public lui-même avec des personnels qui ne sont pas nécessairement des professeurs.

Est-ce que vous faites une distinction entre l’école primaire et le collège pour les devoirs ?

Je pense qu’il faut faire cette distinction entre l’école primaire et le collège. A l’école primaire, le plus de devoirs possibles doivent être faits à l’école.

Il y avait une question sur les notes. C’est un sujet difficile parce que — je ne parle pas de votre fédération — les parents sont ambivalents par rapport aux notes. D’un côté, nous voyons bien les risques pour l’élève, la souffrance qui peut être la sienne à travers des notations qui peuvent être parfois humiliantes, l’anticipation d’avoir fait un mauvais devoir, le sentiment d’être montré, d’être déjà classé avant même que toutes les chances aient pu être données. Tout cela est vrai. Et en même temps, les parents souhaitent savoir où en sont leurs enfants, où ils se situent, comment ils se comparent à d’autres, s’ils ont progressé.

Je suis pour le maintien des notes, mais avec une autre forme d’évaluation, une évaluation qui tienne compte également des progrès qui sont faits, des efforts qui ont pu être engagés. De ce point de vue, un certain nombre de travaux ont été engagés pour donner plusieurs indications chiffrées : sur le travail mais aussi sur l’implication de l’élève, sur le progrès qu’il a pu faire. Donc, je suis tout à fait favorable à une évolution de l’évaluation des élèves régulièrement.

Etes-vous favorable aux évaluations pratiquées aujourd’hui en CE1 et CM2 ?

Non, il y a eu trop d’évaluations. Qu’on sache exactement quel est le niveau, c’est normal. Mais on ne peut pas demander aux professeurs, sans cesse, d’évaluer. Il y a un moment où ils doivent d’abord enseigner, pas simplement évaluer le niveau, mais plutôt l’élever.

Souhaitez-vous supprimer ces évaluations ?

Nous en discuterons avec les enseignants, c’est quand même avec eux qu’il faut avoir ce dialogue. Et les parents ! Mais là, c’est une intervention pédagogique, même si cela concerne les parents de savoir où en sont leurs enfants. Donc, nous essayerons de trouver la bonne évaluation, mais je pense qu’on ne peut pas sans cesse évaluer le niveau des élèves.

Les parents ont aussi l’intention de faire de la pédagogie. Si cela n’a pas été le cas ces dernières années, ou pas suffisamment entendu, nous comptons bien, dans les périodes à venir, le faire entendre.

Je n’ai pas encore répondu sur le redoublement. Je considère qu’il y a un gâchis par le redoublement. Nous devons limiter le nombre de redoublements. En même temps, nous savons bien qu’il y a des élèves qui ont du retard, des difficultés, des moments particuliers d’adaptation. Donc, nous reprendrons la politique des cycles en la pensant de l’école maternelle jusqu’au collège, pour permettre qu’il y ait aussi du rattrapage, et ne pas entrer dans un processus cumulatif où un redoublement déjà sanctionne, puis un autre oriente, et un dernier élimine.

Nous avons lu avec attention votre programme. Nous parlons, à la FCPE, de la nécessité d’une loi d’orientation et de programmation pour que cessent enfin ces réformes, ces improvisations, ces soubresauts médiatiques, et pour que l’école devienne véritablement quelque chose de construit, l’affaire de tous.

Avez-vous l’intention, si vous êtes élu, de veiller à ce que soit élaborée une loi d’orientation et de programmation pour le service public d’éducation ?

Ma réponse est oui. Je présenterai avec le gouvernement une loi de programmation et d’orientation. Ce travail sera préparé par une vraie concertation avec tous les acteurs de l’école — je dis bien tous : les professeurs, les personnels de l’Education nationale et les parents. Nous avons besoin de cette programmation — programmation de moyens. Nous avons besoin de cette orientation. Quelle école voulons-nous ? Quelles réformes voulons-nous engager ? Quel travail en équipe pour les enseignants ? Quels rythmes scolaires ? Quels modes d’évaluation ? Toutes les questions que vous avez posées. Nous avons besoin d’avoir une vision et des engagements. La vision, c’est l’école de demain : qu’est-ce qu’elle peut apporter non seulement à chacun de nos enfants, mais aussi à la France ? C’est un sujet qui n’est pas seulement individuel, c’est un sujet citoyen. L’école, ce n’est pas simplement l’affaire des enfants d’aujourd’hui, c’est l’affaire de la France de demain.

Cette loi de programmation prévoira des moyens supplémentaires. Lorsque j’ai indiqué les 60 000 postes (12 000 par an), c’était bien pour donner, déjà, cette priorité, dans un contexte budgétaire très difficile, dans un contexte financier très lourd. Et vous avez sans doute entendu ce que cela m’a valu : « comment, vous n’y pensez pas, que l’on pourrait faire 12 000 recrutements par an, 60 000 postes, soit 2,5 milliards d’euros à la fin du quinquennat ? ». J’ai répondu : 2,5 milliards, c’est le coût du bouclier fiscal sur cinq ans. Que préfère-t-on, protéger les plus favorisés ou protéger les enfants de la République ? J’ai ma réponse.

On m’a donné d’autres comparaisons : 20 000 places de prison supplémentaires, c’est 3 milliards d’euros en investissement et 1 milliard d’euros en fonctionnement. Que préfère-t-on pour donner un signe par rapport à l’avenir ? Moi, je veux faire le choix de l’école de la République.

Mais ces moyens-là devront être au service d’objectifs. Il ne s’agit pas simplement de réparer les dégâts qui ont été commis. Il y en a eu : 80 000 postes supprimés depuis cinq ans, près de 100 000 depuis dix ans. Voilà les conséquences que nous voyons aujourd’hui à travers ces suppressions de classes, parfois d’écoles. Les RASED qui sont mis en cause gravement. Et toutes les structures spécialisées, notamment pour les élèves les plus fragiles. C’est la double peine ! C’est à la fois une diminution générale de postes pour tous les enfants – et donc pour tous les parents concernés – et c’est en même temps vers les quartiers les plus sensibles, vers les zones rurales les plus abandonnées que se font, en plus, les suppressions de postes. Et quand je regarde, même, comment se font les ajustements, ce sont les postes dont les personnes qui les occupaient étaient chargées d’assurer le suivi scolaire, le rattrapage scolaire, l’accompagnement des élèves les plus en difficulté, les plus loin, les plus fragiles – eh bien, c’est vers ces structures-là qu’il a été fait d’abord des suppressions de postes et de moyens.

Donc moi, je ne veux pas simplement rétablir, je ne veux pas refaire ce qui a été défait : je veux qu’en utilisant ces moyens supplémentaires, nous permettions ensemble le changement de l’école pour qu’elle soit encore plus utile, plus efficace, plus sûre pour les enfants de la République.

François Hollande, comme beaucoup de candidats, vous parlez chiffres. J’ai envie de vous parler d’autres chiffres. Depuis de nombreuses années, nous constatons la difficulté, pour les usagers du service public de l’éducation, d’obtenir des statistiques fiables, des chiffres fiables, des évaluations fiables du système d’éducation. Parce qu’en fait, l’Etat et le ministère de l’Education nationale élaborent une politique d’éducation et évaluent également eux-mêmes leur propre politique. Ne serait-il pas concevable que l’évaluation du système d’éducation, du fichier, des différents dispositifs, puisse se faire dans un cadre où les principaux usagers soient également associés ? Où la guerre des chiffres entre ministères et partisans laisserait place à la transparence – d’ailleurs la guerre des chiffres, entre les ratios et les sondages, vous en savez quelque chose ! Nous aimerions, nous, pouvoir disposer de chiffres objectifs, d’évaluations objectives, d’évaluations fiables. Parce qui mieux pourrait participer à l’évaluation du système public d’éducation si ce ne sont les usagers, c’est-à-dire les parents d’élèves et les lycéens eux-mêmes, premier pôle des usagers du système public d’éducation ?

La mesure est déjà un choix. Si nous ne parvenons pas à donner l’indication juste, nous ne pouvons pas poursuivre une politique juste. Le défaut de statistiques et le manque d’informations fiables conduisent nécessairement à des arbitrages contestables. Donc je partage votre volonté. Il y a tous les moyens au sein du ministère de l’Education nationale. Tous les moyens aussi auprès de l’Insee, auprès de toutes les structures d’évaluation, pour que nous puissions avoir toutes les données, toutes les informations permettant d’avoir une bonne connaissance du système éducatif et de ses résultats. Je suis prêt, donc, là-dessus à répondre à votre exigence.

Cela vaut dans tous les domaines. Il y a des phénomènes que nous ne mesurons pas. Je vais m’éloigner un moment de l’école : la souffrance au travail. Nous savons mesurer le chômage – et encore, pas complètement. Nous savons mesurer la qualification – et encore, imparfaitement. Mais la souffrance au travail, est-elle mesurée ? Comme elle n’est pas mesurée, elle est souvent ignorée. Et quand elle vient, c’est souvent à partir de faits divers dramatiques. Chacun en a à l’esprit. Si je reprends votre interpellation, quand il y a des phénomènes que nous ne mesurons pas, nous ne les réduisons pas ou nous ne les attaquons pas. Donc je suis pour un système le plus large possible. Et alors là, si nous pouvons nous mettre autour de la table ensemble et les définir, ce sera bien volontiers que je le ferai.

Nous en prenons acte.

Alors, François Hollande, une nouvelle question de la salle. Aujourd’hui, la loi impose le financement de l’école privée sous contrat. Certaines collectivités vont même au-delà de leurs obligations. Quelle est votre position sur ce point ?

Moi, je suis d’abord pour que les règles soient les mêmes pour tous. Premier point. Et je vais prendre un exemple. Quand il y a eu des suppressions de postes dans l’Education nationale, il y en a eu plus dans l’école publique qu’il n’y en a eu dans l’école privée. Quand nous rétablirons – car nous rétablirons – les moyens, nous rattraperons d’abord les moyens qui ont été perdus dans l’école publique. Et pour l’école privée, qui a perdu moins de moyens, les rattrapages se feront – mais à hauteur de ce qui a été perdu. Je préfère, là aussi, avoir le langage de la franchise – d’autant que tout est enregistré ! Ensuite, j’entends ce qui est dit sur la loi Carle. Ce qui est grave, avec notamment l’application de la loi Carle – car il y a la loi et il y a la circulaire, et vous avez sans doute été informés de la circulaire –, c’est qu’une dérive s’est produite. Ce que nous devons faire, c’est faire en sorte que la ville ou la commune – car il s’agit souvent d’une commune rurale – qui veut garder son école publique, que la commune qui a une solution publique pour son école, ne doit pas payer pour un élève de la commune qui va dans une autre commune dans une école privée. Est-ce que je suis clair ?

Je vous demanderai une précision de plus. Nous savons qu’en certains points du territoire, les parents n’ont pas le choix. Ils doivent inscrire leurs enfants dans une école privée. Au moment où nous parlons d’une France laïque, comment pensez-vous faire pour imposer aux collectivités locales réticentes, voire hostiles à la création d’écoles ou d’établissement publics, le fait qu’il faille le faire et que cela est incontournable pour le respect des principes de la République ?

Ce sont des cas qui ne sont pas si fréquents mais qui, dans certaines régions, existent. Et notamment dans l’ouest – pas n’importe quels départements de l’ouest –, où il n’y a pas de collège public dans la zone considérée. Vous savez que la construction d’un collège est de la responsabilité des conseils généraux. Nous sommes devant cette difficulté. Nous devons donc trouver là une forme d’égalité pour les parents qui veulent scolariser leurs enfants. Mais ce n’est quand même pas à l’Etat – vous vous rendez compte ! – de construire à la place du conseil général. Il faudra donc sans doute poser cette obligation, car ce n’est quand même pas à l’Etat de payer à la place des conseils généraux qui ne voudraient pas assumer leurs obligations – ce serait quand même trop facile. Donc c’est à l’Etat de poser cette obligation à tous les départements.

Une dernière question vous est adressée émanant de la salle. Quelle décision concrète prendrez-vous pour que la gratuité soit effective aussi bien durant le temps scolaire que périscolaire (transport scolaire, restauration, etc.) ?

Une part de la gratuité qui relève de l’Etat, et puis une bonne part de la gratuité relève des collectivités locales. Là aussi, parlons franchement. Transport scolaire : j’entends bien la gratuité, mais rien n’est jamais gratuit. Il y a bien une collectivité qui paie. En l’occurrence, ce sont les conseils généraux qui paient. Dans l’état actuel des finances publiques départementales, si vous ne prenez pas conscience de ce qui s’est passé depuis des années, c’est-à-dire du transfert de charges sur les collectivités locales et les départements, vous aurez des mouvements de retrait par rapport à la gratuité des transports. Donc nous devons engager cette politique aussi par rapport à un financement nouveau des collectivités locales et à une clarification de leurs compétences.

Ensuite, il y a ce qui peut être fait par rapport à la gratuité d’un certain nombre de matériels. Les régions, en matière de lycées, ont fait des choix courageux. Là encore, elles n’y étaient pas obligées. Ce n’était pas dans leurs compétences. Et notamment pour les lycées professionnels, qui avaient plus de charges que d’autres pour suivre un certain nombre d’enseignements. Et d’ailleurs, toutes les régions n’ont pas forcément engagé les mêmes politiques de gratuité et nous avons encore des écarts très considérables selon les régions pour les frais de l’enseignement professionnel.

Par ailleurs – mais je sais que c’est parfois contesté –, je considère que l’équipement numérique doit être aussi apporté aux élèves, ce que l’Etat ne fait pas et que les collectivités font le plus souvent. Et là encore, c’est un élément de gratuité.

Donc sur le sujet de la gratuité, nous aurons, Etat et collectivités locales, à faire le clair sur les responsabilités des uns et des autres.

Faire le clair sur les responsabilités des uns et des autres, voire l’allocation de budgets aux collectivités locales et territoriales : ne faudrait-il pas aussi envisager que dans le cadre de cette révision, les crédits alloués aux collectivités – du moins une partie – soient fléchés éducation/gratuité ?

Reposez-moi la question sur le fléchage.

Je dis qu’il ne suffira pas de revoir les modes de financement des collectivités territoriales, mais que des choix politiques s’opèrent régionalement, localement. Et nous savons quelque fois les dérives ou les choix qui peuvent être opérés. Puisque nous savons que la gratuité est affirmée dans la Constitution, quelle mesure pourriez-vous prendre pour que les financements alloués aux collectivités locales ou territoriales soient fléchés éducation/gratuité et ne puissent être détournés de leur objectif ?

Les collectivités locales ne détournent pas de leur objectif les fonds qui leur sont dédiés, notamment les dotations.

Cela dépend lesquelles.

Non, je ne crois pas qu’on puisse dire cela. Les dotations aux collèges sont généralement insuffisantes, complétées, d’ailleurs, par les collectivités locales. Pareil pour les lycées. Ce que je vois, en revanche, apparaître – et je veux vous interpeller là-dessus, parce que cela renvoie à votre question –, c’est que la décentralisation est un bon principe. Le fait d’avoir transféré aux régions, aux collèges, le financement des équipements est un bon choix. Les départements et les régions ont souvent complété les dispositifs. Il y a maintenant un risque d’inégalité sur le territoire. Je vais prendre un exemple qui m’a été donné, entre ce qui est fait dans un département, les Hauts-de-Seine – département favorisé, riche, pas partout – et le département de la Seine-Saint-Denis. On voit que les collectivités locales qui ont des moyens supplémentaires par rapport à d’autres font davantage sur la gratuité, sur le soutien, sur l’accompagnement, sur l’animation extrascolaire, sur les voyages. Et donc, je pense qu’une péréquation sera nécessaire entre départements et entre régions pour assurer l’égalité.

Bien sûr, par « détourner », je voulais dire qu’il fallait qu’un choix politique soit opéré en matière éducative.

François Hollande, comme tous les candidats qui vous ont précédé, vous avez dix minutes de libre expression à la tribune, pour insister sur les points que vous souhaitez.

J’ai déjà beaucoup parlé ! Mais si vous voulez que je continue…

C’est la règle, depuis ce matin.

Pourrez-vous nous préciser durant cette intervention si, comme certains candidats, ce que vous envisagez de mettre en œuvre est à moyens constants ou pas.

D’abord, merci pour votre écoute, pour vos questions, pour vos exigences. J’ai bien compris que je ne pouvais pas satisfaire toutes les demandes. Et, chacun l’aura bien compris, si je vous avais dit oui à tout, vous n’auriez pas forcément pensé que je pourrai faire tout ce que j’ai promis. Si ? C’est que vous avez grande confiance en moi et je vous en remercie !

Mais j’ai fait de ma campagne présidentielle le choix de mettre la jeunesse au cœur de mes engagements. Je ne l’ai pas fait pour vous complaire ou vous plaire. Je l’ai fait parce que c’est le devoir, aujourd’hui, de celui ou de celle qui sera le prochain chef de l’Etat. Je considère que même et parce que nous sommes dans le contexte budgétaire, contexte financier, contexte économique que nous connaissons, nous avons le devoir de préparer nos enfants à la réussite. Je veux la réussite de tous les élèves ! Pas la réussite pour chacun. La réussite de tous. L’école ne doit pas être avant tout une machine à trier, à écarter ou à orienter. Elle doit permettre, avant ce moment décisif du choix de la filière et du métier, à chaque élève – par l’acquisition des compétences – de s’épanouir en tant qu’individu et en tant que futur citoyen. Voilà le sens et l’objectif de la politique que je veux mener au-delà même de l’éducation.

Car la jeunesse n’est pas simplement l’éducation. C’est l’ensemble des politiques publiques qui doit être orienté vers cette obligation de faire réussir la génération qui vient.

Néanmoins, je ne peux que m’alarmer du chiffre que vous connaissez : 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification. Je considère que c’est un terrible gâchis – gâchis de moyens, gâchis de chances, gâchis de compétences. Mon premier devoir sera de permettre que le gouvernement réduise de moitié le nombre de ces jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification.

Il ne suffit pas de lutter contre l’échec. Il faut faire réussir chacun et chacun, c’est-à-dire tous. Comment y parvenir ? Vous me demandez des moyens. J’ai dit que dans ce moment contraint, où les effectifs de la fonction publique seront stabilisés, je mettrai davantage de postes dans l’Education nationale.

Nous avons l’objectif aussi, je l’ai évoqué, d’améliorer le taux de scolarisation des moins de trois ans – il sera triplé –, d’agir dans les zones de très grande difficulté, de relever le taux d’encadrement, et notamment aux premières années de la vie scolaire, c’est-à-dire grande section, CP, CE1. Je ne peux pas admettre qu’arrive en sixième un tiers d’une génération qui ne possède pas les savoirs fondamentaux.

La réforme des rythmes scolaires sera donc une priorité. Nous articulerons mieux le temps scolaire, le temps éducatif et le temps de l’enfant. J’augmenterai le nombre de jours d’école sur l’année et je déciderai le retour, comme je l’ai dit, à la semaine de quatre jours et demi.

Ces réformes seront aussi des réformes de contenu et d’innovation pédagogique. Et à cet égard, je rétablirai la formation initiale des enseignants. La réforme dite de la mastérisation a été, en définitive, un assèchement des moyens pour l’école et une diminution – hélas – du nombre de candidats pour les postes aux concours. Il y aura donc une formation initiale digne de ce nom, avec des écoles supérieures de professorat et de l’éducation intégrées à l’université. Mais nous rétablirons aussi les moyens de la formation continue des enseignants, si nous voulons leur permettre, avec vous, de faire une pédagogie qui soit adaptée aux rythmes des enfants, à leur mentalité, à leurs savoirs, à leur évolution dans la vie.

Je considère que l’enseignement supérieur lui-même devra être une priorité, une vraie filière d’excellence et pas simplement une orientation.

Ensuite, je suis venu vous dire ce que j’entendais faire sur trois ou quatre sujets en plus de ceux que j’ai indiqués comme priorités. D’abord, la carte scolaire – c’est-à-dire la volonté de mixité scolaire. Nous reverrons le mécanisme de la carte scolaire, de façon à ce qu’il y ait sans doute un choix dans un périmètre, mais qu’il y ait surtout la possibilité pour tous les enfants d’avoir des échanges, d’avoir des chances, d’avoir des conditions que leur permette de réussir pleinement leur scolarité. Brasser les élèves, équilibrer les profils scolaires, c’est un avantage pour chacun. Donc nous le ferons.

Deuxième sujet que je voulais évoquer devant vous – mais cela a été fait –, c’est la laïcité. Nous devons former les professeurs à la laïcité. Ils le sont déjà, notamment pour les enseignants d’histoire, mais nous devons le faire davantage dans la pratique. Je ferai en sorte que dans les programmes d’enseignement, la laïcité – c’est-à-dire aussi l’enseignement des religions – puisse se faire.

Je créerai enfin ou, plus exactement, j’engagerai enfin la création de l’Observatoire de la laïcité dont le décret de création a été signé il y a cinq ans, mais qui n’a toujours pas été mis en œuvre.

Enfin, je suis très attentif au service public de l’orientation. Je veux que nos enfants puissent être suivis très tôt pour être accompagnés à toutes les étapes de la vie scolaire. Et que l’orientation ne vienne pas comme une sanction, mais comme une condition de réussite.

Enfin, nous avons besoin de personnels avec plusieurs métiers, dans l’école : métier d’enseignant, qui est le métier fondamental – transmettre le savoir, la connaissance –, mais aussi d’autres métiers. Métiers de surveillance, d’accompagnement, mais également les métiers qui sont aujourd’hui menacés : médecins scolaires, assistantes sociales, infirmières scolaires – parce que c’est aussi un moyen de repérer bon nombre de difficultés, d’alerter les familles.

Enfin, et j’en termine là, nous avons besoin des familles, mêmes des familles qui sont les plus éloignées, mêmes des familles les plus pauvres – que nous devons aider, aussi, à réussir ou faire réussir leurs enfants. Et donc, il y aura parmi un ensemble de dispositifs, une mesure qui permettra d’aider les parents, d’aller au soutien des parents. Et pour les familles, souvent monoparentales, dont on sait que la mère – car il s’agit le plus souvent de la mère –, ne possède pas tous les éléments de la langue française, notre devoir est aussi de faire que les parents reçoivent une formation, une éducation et une forme de compréhension des enjeux du savoir pour leurs enfants.

Enfin, je voulais vous dire, vous parents, vous si engagés pour la réussite de l’école : c’est une grande cause que de poursuivre la réussite éducative. C’est un grand enjeu, à travers l’élection présidentielle, de savoir quelle place nous donnons à l’école. Il y a plusieurs options qui vous sont ouvertes, ou plus exactement plusieurs choix de conception même de l’école. Jamais peut-être, dans une élection présidentielle, il y a eu, sur la question de l’école, deux politiques si différentes. Pas une politique quantitative contre une politique qualitative, comme on le dit souvent. Pas simplement une politique avec moins d’enseignants d’un côté et plus d’enseignants de l’autre, d’enseignants mieux payés ou d’enseignants moins bien payés. Non, deux conceptions de l’école. Une conception qui considère que l’école n’est là que pour sélectionner, pour mettre en compétition, en concurrence. Et une autre conception qui est celle, sans doute, de notre histoire, mais surtout de notre avenir : une école de la réussite, une école de l’émancipation, une école de l’égalité, une école du suivi, de l’accompagnement, une école qui permet d’avoir à chaque fois non pas une chance, mais deux chances, trois chances, autant de chances qu’il est nécessaire. Une école qui permette non seulement la réussite de l’enfant, non seulement la satisfaction de parents qui ont beaucoup donné pour que leurs enfants puissent avoir une vie meilleure qu’eux, mais aussi la condition du redressement de la France.

Nous sommes dans un moment où nous nous interrogeons sur le destin de notre pays. Que va-t-il devenir ? Est-il encore capable de prendre sa place en Europe, dans la mondialisation ? Faut-il baiser notre protection sociale, réduire nos coûts salariaux ? Eh bien l’une des réponses, peut-être même la principale, est la suivante. Est-ce que nous sommes capables d’élever le niveau de formation, de qualification, de connaissance, du savoir ? Est-ce que nous sommes capables d’avoir une école qui va nous donner toutes les conditions pour le redressement du pays, de la maternelle jusqu’à l’université, en faisant en sorte qu’il y ait une possibilité pour chaque génération de donner le meilleur d’elle-même ? C’est à ces conditions-là que nous pourrons redresser la France dans la justice et en donnant la plus belle des espérances qui soit : la réussite d’une génération qui doit vivre mieux que la nôtre.



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