Hollande choisit les Hauts-de-Seine pour répondre aux propositions sur l’école du candidat Sarkozy

Article du Monde.fr

06 mars 2012
Hollande choisit les Hauts-de-Seine pour répondre aux propositions sur l’école du candidat Sarkozy dans Actualités hollandevlagarenne-300x183FRançois Hollande devant les grilles du collège Edouard Manet de Villeneuve-la-Garenne (AFP PHOTO POOL / PATRICK KOVARIK)


Une matinée à Villeneuve-la-Garenne ? Privilège de candidat à la présidence ! C’est en effet dans ce département – fief du sarkozysme – que le candidat socialiste a choisi, mardi matin 6 mars, de rappeler ses priorités éducatives et de réagir aux propositions du chef de l’Etat faites la semaine dernière sur l’école.

A l’annonce d’une augmentation de 500 euros pour les enseignants de collège, faite par Nicolas Sarkozy (à condition qu’ils acceptent de travailler 26 heures hebdomadaires), le candidat socialiste a répondu par ses quatre priorités, certes, mais aussi par une légère ouverture sur le terrain de la feuille de paye.

Interrogé en marge d’une table ronde avec des enseignants du collège Henri Matisse, François Hollande a déclaré au Monde être « très conscient que les enseignants français gagnent moins que dans une partie des pays de l’OCDE. Mais je ne veux pas faire des promesses que je ne pourrai pas tenir. Le budget est très contraint. En revanche, si les marges de manœuvre le permettent, ce sujet pourra être abordé dans le cadre de la discussion ouverte avec les acteurs de l’école », a-t-il ajouté.

Statut de 1950. Quand Nicolas Sarkozy propose les 500 euros contre l’abandon du statut de 1950, qui définit le métier d’enseignant par les heures de cours, le candidat socialiste a rappelé qu’il « ne souhaitait pas changer le statut de 1950″. Une déclaration prolongée par Bruno Julliard, son conseiller sur l’enseignement scolaire. Au yeux de ce dernier, « il y a bien d’autres moyens de prendre en compte des missions autres que les heures de cours sans pour autant changer un statut ».

Les enseignants du collège Henri Matisse, classé en zone d’éducation prioritaire et en zone de prévention violence, avaient invité le candidat PS – le seul présidentiable à avoir répondu – à venir observer in situ ce que la baisse des moyens en matière d’éducation signifie concrètement dans un établissement pas vraiment favorisé.

Ils ont raconté comment leur collège où près d’un enfant sur deux est issu d’un milieu défavorisé contre un sur vingt seulement d’un milieu favorisé, va perdre 33 heures d’enseignement à la rentrée prochaine. L’équipe enseignante va voir partir en fumée tous les dispositifs pédagogiques qu’elle mettait en place depuis quelques années pour tenter d’améliorer le très faible taux de réussite au diplôme national du brevet. En juin 2011, les collégiens de Henri Matisse ne sont que 58 % à avoir décroché ce diplôme que 86 % des élèves du département obtiennent.

hollandevlagarenne2-1024x692 dans ActualitésAFP/PATRICK KOVARIK

« Atteindre l’excellence ». François Hollande leur a rappelé sa volonté de mettre l’accent sur les classes charnières. La classe de 6e, qui marque l’entrée au collège est en effet jugée comme un moment les plus difficiles d’une scolarité. Surtout pour des élèves fragiles. François Hollande propose de mettre « plus de moyens, plus de ressources, plus d’enseignants dans les zones défavorisées. Car mon objectif n’est pas seulement de lutter contre l’échec. C’est aussi de permettre aux enfants d’atteindre l’excellence », a-t-il rappelé.

Un discours qui là encore répond au candidat sarkozy. Ce dernier avait choisi de visiter l’internat d’excellence de Montpellier avant de prononcer son discours sur l’école, mardi 28 février. Or l’internat d’excellence c’est une somme d’argent conséquente consacrée à à peine plus de 2000 élèves. Deux visions de l’excellence se font ainsi face. Le collège qui tente de rester « unique » et de garder tous les élèves côté PS ; le collège qui recrée un pallier d’orientation après à la 5e, côté UMP. Des dispositifs dérogatoires pour favoriser l’excellence de quelques-uns pour l’UMP, l’excellence pour tous côté PS.

Pour y parvenir le candidat socialiste a d’ailleurs proposé deux leviers. D’une part les dédoublements de classes, d’autre part le maintien des moyens dévolus à l’innovation pédagogique. Il s’est au passage insurgé une énième fois contre la baisse de moyens, s’étonnant que « là où on devrait avoir plus d’heures de soutien, on coupe des moyens ! ».

Pré-recrutement. Une occasion de rappeler aussi que l’engagement qu’il a pris des « 60 000 postes » servira les zones défavorisées, et mettra l’accent sur l’enseignement primaire. Bruno Julliard a aussi rappelé en marge de cette visite que les 12 000 postes annuels sur 5 ans qu’on pouvait imaginer étaient peut-être un modèle trop mathématique. M. Hollande a en effet précisé que serait mis en place un pré-recrutement des enseignants dès l’année de licence.

Une fois que le dispositif portera ses fruits et que le vivier de candidats enseignants s’étoffera, les recrutements pourront trouver preneurs, alors que les premières années il sera difficile d’augmenter de manière conséquente les postes aux concours enseignants. François Hollande a aussi répété sa volonté de remettre en place une formation initiale. Une réforme qui absorbera déjà à elle seule plus d’une dizaine de milliers de postes !

Dans une salle éclairée par la lumière du jour « faute d’argent pour changer les ampoules », comme l’a expliqué le chef d’établissement, la présence du candidat a suscité quelques espoirs dans un corps enseignant qui enchaîne les journées de grève et de mobilisation depuis la rentrée. Reste qu’ils n’ont toujours pas trouvé le moyen de boucler leur rentrée, sans mettre 29 enfants par classe de 6e ou supprimer tous leurs dispositifs d’aide…

Maryline Baumard



Michel, prof de philo, 56 heures de travail par semaine

TÉMOIGNAGE – Michel, professeur de philosophie, est bien loin des 18 heures de travail hebdomadaires, évoquées par le candidat Sarkozy…

«Tout enseignant qui voudra travailler 26 heures de présence dans l’établissement au lieu de 18 heures de cours, aura en contrepartie une augmentation de son traitement de 25%, soit près de 500 euros net par mois.» Avec cette déclaration lancée à Montpellier mardi 28 février, le candidat Sarkozy a réveillé le vieux démon des enseignants: la glandouille. Cette indécrottable réputation qui colle aux livres des profs, du primaire au lycée.

Michel Dias, 51 ans, professeur de philosophie à Aubusson (Creuse), n’échappe pas à la règle. Las, et un peu agacé aussi, il a contacté la rédaction de 20 Minutes pour nous livrer sa «vérité sur le temps de travail d’un professeur de lycée». «C’est mépriser le travail des enseignants que de prétendre qu’il leur reste aujourd’hui du temps à consacrer à d’autres taches que celles qui leur incombent déjà». Se défend-il. Démonstration.

Sur le papier, Michel travaille 20 heures. 20 heures pendant lesquelles il tente d’apprendre la philosophie à près de 90 élèves de terminale. Sur le papier seulement. Pour ces 20 heures de cours, Michel accumule près du double en préparation des cours et correction de copies. L’envers du joli décor de fonctionnaire.

28 heures de correction de copies et de préparation de cours

Ajoutons déjà huit heures de correction de copies par semaine. En période de vacances scolaires, c’est pire. «Je m’arrange pour que les élèves me rendent leurs devoirs avant le départ en vacances», explique Michel. «Vendredi dernier (24 février), j’ai eu 90 copies au total. A raison de 40 minutes par copie, ça vous laisse imaginer mon emploi du temps pour ces vacances».

Indispensable aussi, et «bien moins ingrat» que les copies pour Michel, la préparation des cours. Michel agence méthodiquement son emploi du temps pour se dégager 20 heures de travail à la maison, destinées à anticiper, imaginer, renouveler et même réviser, ses séquences de cours.

La version soft c’est la préparation classique. «Orienter le cours en fonction de la nature de la classe, ses préoccupations, voire des problématiques soulevées précédemment par les élèves». Oui, Michel adapte son cours aux ados qu’il a en face de lui, à leur sensibilité, leur engagement dans sa matière, leurs envies. Pour traiter par exemple de la notion de politique, Michel a normalement le réflexe Aristote. Mais cette année, il s’est rendu compte que ses terminales STG ont «un petit peu de mal avec cette terminologie, trop hermétique». Il a donc remplacé le philosophe grec par Alain, «qui traite exactement des mêmes problématiques, en plus contemporain. Avec plus de métaphores, les élèves accrochent mieux.»   Pour une séquence de cours, comptez environ une heure de mise en forme.

La version hard, c’est le grand nettoyage de printemps, notion par notion. Tous les trois ans, Michel réinvente le traitement de chaque chapitre de son cours. Sachant que chaque programme compte entre 9 et 23 chapitres, pour cinq classes. Donc environ deux notions par mois à repenser. «La philo est le plus stable de tous les programmes, reconnait-il, il n’a quasiment pas bougé depuis 1973.

Six heures de rédaction de corrigés chaque semaine

A côté de ça, Michel consacre souvent son mardi soir à la lecture, professionnelle toujours. «En ce moment je relis La politique d’Aristote, en vue d’un futur rafraichissement de ce cours». Les soirs de veille de lycée, il s’astreint également à une heure de «révisions». «Je me remets en tête les cours du lendemain. En fait, je revois le déroulement de ma journée. J’imagine les transitions, pense aux questions que je vais poser, quels élèves je vais interroger. Chaque séquence de cours est très paramétrée.» Michel tente d’anticiper les interactions qui feront vivre sa classe le lendemain pour prévoir les réponses de ses élèves et donc  les explications qu’il aura à fournir. 27 ans de carrière n’auront donc pas suffit à le lasser.

Le week-end, Michel ne ralentit pas vraiment le rythme. Samedi comme dimanche, il consacre six heures à la rédaction de corrigés. Et quand on est professeur de philo, cela équivaut à au moins une dissertation par semaine.

Ça ne lui prend que 10 minutes, mais après chaque cours, Michel doit en plus remplir le «cahier de texte électronique» de la classe. Une chance, il peut le faire à distance. «Ce qui constitue un confort certain» concède-t-il.

3.240 appréciations à donner pour l’orientation des Terminales

Investi, impliqué, nous l’aurons compris, Michel est en plus professeur principal de sa classe de terminale littéraire. Pendant la «très intensive» période des conseils de classe, en plus des 90 appréciations à déposer sur les bulletins et des cinq conseils de classe par trimestre, Michel doit donc aussi préparer une appréciation globale pour chaque élève, après consultation des collègues.

Début mars, chaque élève de terminale inscrit sur le site Admissions post-Bac ses vœux pour l’année suivante. Chaque professeur est alors censé donné une appréciation sur chaque vœu de chaque élève. Un élève peut faire jusqu’à 36 demandes. Michel pourrait donner jusqu’à 3.240 appréciations. «On ne peut pas s’en sortir!» lâche-t-il, un soupçon d’incompréhension dans la voix. «Alors je le fais par groupe de vœux…».

Evidemment, Michel n’oublie pas de citer les quelques entrevues avec les élèves et les parents à propos de l’orientation ou encore les «conseils pédagogiques» (réunions entre professeurs d’une même classe) et «conseils d’enseignements» (réunions entre professeurs d’une même discipline).

Quatre demi-journées de repos pendant les vacances scolaires

Heureusement, Michel a encore, comme tout enseignant, LE privilège que leur envie TOUS les autres salariés: les vacances scolaires. Enfin presque. Car notre prof de philo relativise très vite. Pendant les «petites vacances», c’est environ six heures de boulot par jour, avec «quatre demi-journées par semaine» pour souffler (seulement).

Il pousse un peu Michel? Non. Il se définit simplement comme appartenant à une catégorie dont il n’est «sûrement pas le seul spécimen: celle des enseignants qui se veulent « auteurs » de leurs cours». Il compose avec ses armes contre une motivation «de plus en plus difficile à susciter chez les élèves», habitués «au « tout cuit » que proposent des marchands de « réussite facile et sans effort »». «Au final, beaucoup d’élèves me « détestent », regrette-t-il, comme savent le faire les adolescents, parce qu’ils confondent méthodes et recettes.»

N’espérez même pas l’attaquer sur les deux mois de congés estivaux. «Etant de Bac, mes vacances commencent mi-juillet, et se terminent le 20 août, avec du classement, et la conception de nouveaux plan de cours». Entre les deux, Michel en profitera pour… Ecrire. Bonne vacances Michel.

Christine Laemmel


Sarkozy, un discours si peu éducatif…

Article Libé.fr

01 mars 2012

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Les propositions effectuées par le Président de la République dans le domaine éducatif mettent encore en valeur le nombre inouï de discours contradictoires, continuellement attachés à l’Education nationale en France.

Il est tout d’abord amusant d’entendre le Président-candidat se soucier des enseignants et des élèves alors que l’Education nationale apparaissait pour lui comme un domaine très secondaire auparavant. En effet, tout occupé à dégraisser à toute force le «mammouth» à coup de coupes budgétaires et de baisses d’effectifs, le Président faisait passer l’Education nationale pour un puits sans fond gaspillant les deniers publics. Bizarrement, comme à l’approche de toute élection d’importance, les enseignants deviennent des hommes et des femmes dont on se soucie. Le discours qui précédemment tendait à les stigmatiser, en tant que fonctionnaires «protégés» et corporatistes, dépensiers de l’argent de l’Etat, avec les mauvais résultats que l’on sait, ce discours devient plus souple, plus étudié: en somme les enseignants sont des gens bien, mais ils ne savent pas tellement travailler avec efficacité. Admirable tour de passe-passe rhétorique, qui, au mépris près, semble assez consensuel.

«Il a ainsi proposé d’augmenter de 25% – soit environ 500 euros par mois – le salaire des enseignants qui acceptent de rester 26 heures dans l’établissement au lieu des 18 actuellement en vigueur», lis-je dans L’Express. Manière délicate de remettre sur le droit chemin ces fonctionnaires égarés, sans doute, par leur merveilleux statut, et qui ne travaillent pas assez. Manière de dire, surtout (c’est moi qui traduis): «Chers enseignants, vous êtes des fainéants, mais à votre corps défendant ; je suis là pour vous en faire prendre conscience et vous rémunérer en conséquence, naturellement».

La seule remarque qui me vient, à la lecture de ces lignes, c’est que ces propositions n’ont rien de neuf et même qu’elles sont déjà mises en œuvre, depuis longtemps ! Dans la plupart des lycées que je connais, dont le mien, les professeurs sont en «sur-service», et sont «récompensés» par des heures supplémentaires distribuées au fil de l’année. Et cela fait longtemps! Cette révolution-là, si c’en est une, a donc déjà eu lieu. Et ces propos ont ceci de pernicieux qu’ils maintiennent vivaces des «discours» infondés, ou qu’ils en génèrent d’autres valides mais encore pires. En voici quelques-uns.

Un professeur travaille 18 h…

Est-il besoin de répondre? Tant de gens croient encore que les heures de cours correspondent aux heures de travail! Le vieux mythe qui consiste à croire qu’un enseignant aligne dix-huit fois par semaine un monologue ennuyeux sans s’interrompre, avant de rentrer chez lui, libre de toute contrainte, ce vieux mythe en dit long sur la méconnaissance du monde éducatif. Il ne s’agit pas non plus de dire qu’un enseignant travaille plus que quiconque. Mais préparer des cours, les effectuer, assurer le minimum d’ordre dans sa classe, relever des devoirs, résoudre les problèmes divers des élèves, parfois de leurs parents, assister aux réunions, etc. Cela finit par constituer un horaire assez proche de celui de n’importe quel employé – on dirait presque du travail…

Quant au quota horaire des enseignants, vieux serpent de mer depuis des années, il constitue la rengaine obligée… Personnellement, je connais très peu de professeurs qui assurent 18 h de cours… La plupart en ont autour de 21. Dans les lycées que je connais, il n’est pas rare de voir des équipes (de mathématiques, d’anglais, que sais-je) se «partager» vingt heures supplémentaires à 4 ou 5. Ceci, naturellement, après négociations, refus éventuels, pressions diverses. Trois heures supplémentaires représentent en gros une classe. C’est-à-dire 35 élèves de plus. C’est-à-dire à nouveau du temps de correction, de réunions, de préparation… Ce n’est certes pas mortel, ni infaisable, mais c’est difficile – peu le disent toutefois, de peur d’être taxés de fainéantise et d’incompétence.

Un professeur qui «fait son temps» est un fainéant…

C’est un peu le corollaire de ce qui précède. Bien avant que le Président ne s’avise qu’il fallait assurer une plus grande présence des enseignants dans les établissements, ces derniers se sont globalement bien faits au monde entrepreneurial et compétitif. Dans une Ecole où les élèves sont hystérisés par la Réussite, où cette dernière est entièrement de la responsabilité du professeur, où l’enseignant est devenu un « fournisseur d’accès » aux examens avec obligation de réussite – eh bien oui, le professeur qui fait « son temps » est considéré comme un fainéant et un tire-au-flanc. Les autres, eux, acquièrent le statut plus enviable et glorieux de meilleurs vendeurs ou de tiroirs caisses. Belle victoire !

Un professeur doit être joignable à tout moment…

C’est la norme désormais. Et les propos du président sont bien tièdes là encore. Il veut que les professeurs soient présents dans les établissements toute la journée (ce qui est déjà le cas, en général). Mais quid du suivi pourtant journalier que tout professeur se doit désormais de proposer? On l’ignore peut-être mais la plupart des établissements sont à présent dotés de sites internet et de serveurs évolués permettant à tout moment de contacter les enseignants. Nous sommes entrés dans l’ère du Prof 2.0 qui donne son mail aux élèves, voire son numéro de téléphone, voire l’accès à son Facebook… Et l’enseignant qui se respecte doit à tout moment assurer un SAV, répondre aux questions de dernière minute, donner des exercices, etc. Ce service, car c’en est un, bien que non écrit, non défini, non rémunéré, et non obligatoire, est assuré. La vraie question est de savoir jusqu’où doit aller le métier d’enseignant. Dire que les professeurs doivent travailler davantage est une marque de méconnaissance de ces simples faits ainsi que de profond mépris.

L’individualisation des pratiques est la solution…

Ce qui découle assez naturellement des remarques précédentes. On m’explique fréquemment comment assurer de «l’accompagnement personnalisé» à dix-huit élèves à la fois. Stupidement, je n’ai toujours pas compris. Ce mot magique d’individualisation est aujourd’hui systématiquement prononcé par nos élites. On ne peut pourtant pas faire de travail raisonnable avec 35 petits individus fort imbus de leur autonomie, le plus souvent, car élevés dans cette notion d’individualisme forcené. Qu’un élève soit le maître de son destin et qu’il effectue son parcours, qui en doute? Mais que l’on considère alors l’enseignant comme un être au statut mal défini (accompagnateur? Assistant? Coach? Camarade?) ne fait que renforcer le flou entretenu dans l’école. Faire croire aux enfants, et à leurs parents, que le professeur sera toujours à leurs côtés pour préparer un jeune à la vie active, c’est un mensonge. Et une faute de jugement.

Que l’Ecole soit en difficulté, nul n’en doute. Qu’elle doive évoluer, se réinventer, c’est encore certain. Mais faire croire que des mesures qui existent déjà, et qui restent peu convaincantes, pallieront les innombrables déficiences, c’est aller bien trop vite en besogne.

 Jean-Michel Gaulon

Photo Reuters



Sarkozy : Plus qu’un programme, une stratégie qui oppose enseignants et familles sur l’Ecole

Par François Jarraud

 

« L’Ecole appartient d’abord à toutes les familles de France ». Dans son discours sur l’éducation à Montpellier le 28 février, Nicolas Sarkozy a d’emblée opposé enseignants et familles. Un discours très politique où l’on remarquera un grand absent et finalement quatre propositions.

 

Sarkozy : Plus qu’un programme, une stratégie qui oppose enseignants et familles sur l’Ecole  dans Actualités 29MontpellierTout au long de son discours, Nicolas Sarkozy a multiplié les attaques politiques contre son principal adversaire, contre les syndicats, dénonçant à plusieurs reprises le corporatisme. Il a mis en avant les valeurs « républicaines », leur donnant des définitions très personnelles (« l’école de la République c’est l’école de l’autorité » par exemple). Il a dénoncé « l’erreur du  pédagogisme » et décrit une école qui a sombré dans la facilité. « On a eu tort d’abaisser l’autorité du professeur, de faire croire à l’enfant qu’il était l’égal du professeur » a-t-il affirmé. Il a jugé qu’Internet aggrave cette crise de l’autorité et n’a émis que des jugements négatifs à son endroit.

 

« Pendant les 5 années qui viennent c’est à l’école que je veux donner la priorité » a-t-il promis. Il la définit avec 4 objectifs. Le premier concerne l’augmentation du temps de travail des enseignants. « Nos enseignants sont mal payés parce qu’ils sont trop nombreux » a-t-il déclaré. Il propose aux enseignants volontaires de travailler 26 heures de cours (au lieu de 18) pour une augmentation de 25%. Le candidat UMP souhaite également augmenter l’autonomie des établissements scolaires en leur donnant la possibilité de recruter directement les enseignants et en variant les rémunérations. N Sarkozy s’est fait aussi l’apôtre de la sélection précoce. Jugeant que le collège unique a échoué, il souhaite des classes de niveau et une sélection à la fin de la 5ème, « le socle étant acquis » à ce moment là… Enfin il veut également s’attaquer au bac pour en relever le niveau.

 

Au bout d’une heure de discours, le président de la République avait fait l’impasse sur des points importants. La question des rythmes scolaires n’a pas été évoquée dans son discours. Plus surprenant encore, à aucun moment l’enseignement primaire n’est apparu dans le discours alors même qu’il se propose de lutter contre l’échec scolaire.

 

N Sarkozy a consacré la moitié du discours a dresser un bilan positif de son action ce qui l’a amené à des contradictions. Il a dressé un tableau très sombre de l’Ecole tout en affirmant que les évaluations nationales montraient des progrès et en vantant le soutien scolaire mis en place. Ces incohérences et ces insuffisances seront-elles détectées par les électeurs ? Il semble que N Sarkozy ait fait le deuil de l’électorat enseignant, qu’un récent sondage du Monde  donnait comme très hostile à ses idées et utilise le vieil argument « enseignant fainéant ». Peut-on gagner une élection en mettant le débat à ce niveau ?



Nicolas Sarkozy et l’école: paroles, paroles, et toujours des paroles….

Article de Liberation.fr

Sarko à Périgueux le 15 fev 2008 Reuters R. Duvignau

Si on avait écouté Nicolas Sarkozy, les élèves de CM2 parraineraient un enfant juif exterminé durant la Shoah, les lycéens liraient à chaque anniversaire de sa mort la lettre, poignante, du jeune communiste Guy Môquet peu avant son exécution par les Allemands en 1941, les parents choisiraient librement l’école de leur enfant, l’échec scolaire serait divisé par trois en fin de primaire, les collèges en difficultés auraient moins d’élèves et plein de moyens en plus, l’autorité et la discipline règneraient en maître en classe, les élèves sortiraient bilingues du lycée, etc, etc.

Nicolas Sarkozy est sans doute l’un des présidents qui a le plus parlé sur l’école. A peine élu, il a publié une « Lettre aux éducateurs« , un fascicule de 32 pages publié à un million d’exemplaires et envoyé à tous les profs de France, où il développe sa vision de l’école. Puis il a enchaîné les discours, a annoncé des réformes, grandes et petites, a fait des promesses, chiffrées ou non…

Durant ces 5 ans, le président a ainsi beaucoup parlé et a beaucoup varié aussi. Il a tenu un certain nombre de promesses – comme la création des « internats d’excellence » pour les élèves « méritants« , la réforme du lycée, celle des progammes du primaire, la « masterisation » (le fait de recruter les enseignants au niveau master et non plus au niveau licence, comme jusqu’ici dans la plupart des cas), le service minimum d’accueil en cas de grève dans le primaire, la revalorisation, limitée, des profs en début de carrière, etc -.Mais il en a aussi beaucoup oubliées en route et s’est aussi pas mal renié. Voici une sélection choisie, et donc forcément arbitraire, de ces « oublis » et de ces renoncements:

- « Si j’ai voulu que fût lue la lettre si émouvante que Guy Môquet écrivit à ses parents à la veille d’être fusillé,  c’est parce que je crois qu’il est essentiel d’expliquer à nos enfants ce qu’est un jeune Français, et (…) ce qu’est la grandeur d’un homme qui se donne à une cause plus grande que lui« , le 16 mai 2007, premier jour de son quinquennat

Durant les deux premières années, malgré la vague de critiques, la lettre a bien été lue en grande pompe dans certains lycées. Elle ne l’est pratiquement plus aujourd’hui. Les profs reprochent la dimension bien trop émotionelle d’une telle pratique, qui n’apporte rien à la compréhension de cette période compliquée.

- « Notre objectif est de rendre la carte scolaire superflue par une égalisation du niveau des établissements qui permettra aux parents de choisir l’école de leurs enfants« , le 5 juillet 2007 dans sa lettre de mission au ministre de l’Education Xavier Darcos

Il y a bien eu un assouplissement de la carte scolaire, avec l’annonce d’une série de critères permettant des dérogations – élèves handicapés, boursiers, fratrie, résultats scolaires, etc. Mais sa suppression, pourtant une  promesse de campagne de Nicolas Sarkozy, a discrètement été abandonnée en route.

Contrairement aux promesses, aucun bilan de l’assouplissement n’a été rendu public. Les études d’experts parues ici et là concluent au mieux à l’absence d’effets, au pire à une dégradation de la situation des « collèges ghettos », fuis par leurs meilleurs éléments grâce à cet assouplissement.

- « Nous souhaitons que l’enseignement des langues étrangères commence dès le cours préparatoire et que (…) tout élève sorte bilingue du lycée« , le 5 juillet 2007, dans la lettre de mission de Darcos

On en est très loin. Le ministre de l’Education Luc Chatel a pourtant l’air convaincu de l’importance des langues dans notre monde: il s’est prononcé pour l’anglais dès la maternelle, a commandé un rapport sur les langues à l’école, a annoncé un grand plan…

Mais au final, les intervenants en langues étrangères sont les premières victimes des suppressions de postes. Et en raison de ces suppressions, les dédoublements de classes, indispensables pour faire travailler les élèves à l’oral, sont de plus en plus difficiles.

- « Pour toutes les familles qui le veulent, le mi-temps sportif devra devenir possible« , le 5 juillet 2007, dans la lettre de mission de Darcos.

C’était un voeu pieux. Le 19 août 2010, dans une opération de com’ dont il a le secret, Luc Chatel avait annoncé à grand fracas la mise en place de l’expérimentation « Cours le matin-sport l’après midi » dans 83 collèges et 41 lycées, pour quelques classes à chaque fois, regroupant pas plus de 7 000 élèves. Mais le dispositif  est resté très limité, faute d’équipements sportifs et de profs….

- « Chaque année, à partir de la rentrée 2008, tous les enfants de CM2 se verront confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah« , le 13 février 2008 lors du dîner annuel du CRIF (le Conseil représentatif des institutions juives de France)

L’annonce a déclenché un tollé. Simone Veil elle-même a pris ses distances, sur le thème: faire assumer la mémoire des enfants juifs disparus est traumatisant pour des élèves de 9-10 ans, qui risquent de pas comprendre et de se culpabiliser… Xavier Darcos a vite, et discrètement enterré l’affaire.

- « Je prends un engagement devant vous: nous allons diviser par trois le taux d’échec scolaire à la sortie du CM2 d’ici la fin de la mandature« , le 15 février 2008 à Périgueux

On en est loin. Le ministère de l’Education nationale s’est récemment vanté d’un petit mieux avec les évaluations nationales de 2011 en CM2 – en français, 7 % des élèves n’ont pas les acquis suffisants (contre 7 % en 2010) et 19 % ont des acquis encore fragiles (20 % en 2010), et en maths 10 % maîtrisent insuffisamment les acquis (13 % en 2010) et 20 % ont des acquis encore fragiles (20 % en 2010).

Mais d’autres évaluations donnent  des résultats sensiblement moins encourageants. La dernière étude Pisa de l’OCDE, portant sur le niveau des élèves de 15 ans, est, elle, carrément décourageante – les élèves en grandes difficultés en français passent de 15 à 20%.

- « Aucun jeune ne devra – attention, ce ne sont pas des mots, ce sont des décisions – aucun jeune entre 16 et 18 ans ne devra être laissé hors de tout système de formation sauf s’il a déjà un emploi« , le 29 septembre 2009 à Avignon

Là encore, c’est raté. A la fin du mandat, on compte toujours autant de « décrocheurs », ces jeunes qui quittent chaque année le système scolaire sans diplôme ni qualification – 150 000 approximativement.

Sous Nicolas Sarkozy, on a tout de même enregistré un progrès: des plateformes communes ont été mises en place avec les Rectorats, les missions locales, Pôle emploi, les CFA (centres de formation des apprentis), afin d’identifier les jeunes décrocheurs et de leur proposer quelque chose. Mais on  est loin de la solution.

« Je sais parfaitement que nous serons jugés, que je serai jugé au résultat, j’y suis prêt« , avait dit Nicolas Sarkozy à la fin de son discours sur la jeunesse le 29 septembre 2009 à Avignon. Et bien, l’heure du jugement a sonné…

Crédit photo: Nicolas Sarkozy le 15 février 2008 dans une classe de Périgueux où il fera ensuite sa promesse de diviser par trois l’échec en fin de CM2 (Reuters, Regis Duvignau)



Intervention de Nicolas Sarkozy sur RTL: «Il faut plus d’adultes à l’école»

8h10: On passe à la thématique de l’éducation
Sarkozy impopulaire auprès des profs? «Je ne vois pas les choses comme ça». «L’école appartient au peuple de France», assure-t-il.

8h12: La proposition de Hollande de créer 60.000 postes de profs relève de «la démagogie la plus extravagante»

8h12: Nicolas Sarkozy dit qu’il aura l’occasion d’annoncer des mesures pour l’éducation. Mais il ne veut rien dévoiler maintenant.

8h13: «Il faut revaloriser la fonction d’enseignant». Cela passe par une augmentation? demandent les journalistes. «Oui», répond Sarkozy.

8h15: «Il faut plus d’adultes à l’école»
Mais cela ne signifie pas plus d’embauches. Pour Sarkozy, il faudrait que, sur la base du volontariat, les profs puissent rester plus longtemps dans l’établissement scolaire.

« L’école appartient au peuple de France, l’école n’appartient pas aux seuls enseignants, aux seuls représentants des enseignants. L’école appartient à tout le monde et le discours sur l’école doit être un discours général. Que voulons-nous faire de notre école? Je suis effaré qu’on puisse dire, avant même de commencer la discussion sur l’école, qu’il faut créer 60.000 postes en plus, avant même d’obtenir la moindre réforme. C’est vraiment la démagogie dans ce qu’elle a de plus extravagante. Il y a un peu plus de 400.000 élèves de moins dans l’Education nationale depuis dix ans, et il y a 45.000 professeurs de plus. S’il suffisait d’embaucher des profs pour que l’école fonctionne et que les profs soient heureux, on devrait avoir l’école qui fonctionne le mieux au monde et les professeurs les plus heureux du monde ».

Rappel : le Président Sarkozy a supprimé 70 000 postes (donc des adultes) dans l’Education Nationale ce que semble avoir oublié le candidat Sarkozy.



Un naufrage évité aux écoles d’Uzès?

Article Midi Libre

Suite à l’annonce du sauvetage de l’école de Pont-des-Charrettes et d’une classe de l’école maternelle du Parc (Midi Libre du 3 février), Michel  Mahieux DDEN (délégué départemental de l’Education nationale) et Roselyne Gasco DDEN, présidente du département, membre du bureau national, émettent des réserves : «  Rien n’est sauvé ! Précisément, les fermetures sont  »non maintenues sous bénéfice d’inventaire ». La mairie doit confirmer et argumenter les effectifs (le chiffre de la rentrée prochaine). A la lecture de ces informations l’Académie arrêtera définitivement ses conclusions.  La non-fermeture est avant tout à mettre à l’acquis de la détermination des parents d’élèves et de la FCPE.

La commune a été proche du naufrage à cause de ses maladresses avec l’académie : beaucoup d’incertitudes, de valses d’hésitations dans la communication des effectifs et un constat d’erreurs dans les prévisions.

L’obligation d’inscription à la mairie des enfants scolarisés n’a été appliquée à Uzès qu’à partir de 2011 après des interventions répétées de l’académie. Néanmoins, inscriptions et pré-inscriptions se font tardivement, d’où la menace de fermeture. On constate l’absence d’interlocuteur décisionnel au sein de la mairie pour les directions d’écoles. Des courriers restent sans réponse. Aucun service scolaire n’existe.  Les carences et conséquences sont multiples : absence de sectorisation scolaire, absence dans le suivi des commissions de sécurité, diminution du budget scolaire.

Rappelons qu’en 2011 deux postes ont été fermés et en 2012 un poste de Rased (Réseau d’aide spécialisé aux élèves en difficultés) fermera probablement.

L’enjeu est important : la population d’Uzès vieillit. A cause d’une microspéculation foncière les jeunes couples sont rejetés hors des murs.  Il existe pourtant des solutions : adaptation au besoin de notre plan local d’urbanisme (Plu), application de la loi SRU obligeant à 20 % de constructions nouvelles pour les petits et moyens revenus, créer du lien intergénérationnel, attirer et non repousser les 20-40 ans. Une prise de conscience est nécessaire !  »



Chatel impose la globalisation et souhaite l’annualisation des services

Article du café pédagogique
Par François Jarraud

On croyait être venu pour découvrir les nouvelles dispositions en faveur de l’apprentissage des langues. Et on s’est retrouvé en pleine campagne électorale. Mardi 7 février, à l’occasion de la remise du rapport du Comité stratégique des langues sur l’enseignement des langues, Luc Chatel a préconisé la globalisation et l’annualisation des services. Deux décisions qui relancent le débat politique sur le métier d’enseignant plus qu’ils n’apportent de solution à l’enseignement des langues.

La globalisation au collège. Pour Luc Chatel, il s’agit de « la possibilité données aux collèges de répartir le temps attribué aux langues selon les langues et les années » de la 6ème à la 3ème. « Il y a des moments où il faut concentrer les apprentissages » explique le ministre, d’autres où c’est moins nécessaire. Le ministre se retranche derrière le rapport du comité présidé par Suzy Halimi. Pour elle c’est une réponse pour un enseignement plus souple qui permettrait par exemple de renforcer l’anglais en 6ème. Luc Chatel annonce que la globalisation sera effective dans un collège sur dix dès la rentrée 2012.

L’annualisation. Partant de la recommandation du rapport du Comité en faveur des stages organisés durant les vacances scolaires dans les académies, le ministre souligne la difficulté à trouver des enseignants pour les encadrer. « La seule réponse c’est l’annualisation », affirme-t-il. Mais « derrière l’annualisation il y a la question du statut des enseignants, c’est un sujet très sensible… Il va être abordé dans les semaines qui viennent lors du débat des présidentielles », ajoutant que « l’enseignement des langues est un bon exemple de l’assouplissement qui pourrait intervenir avec un nouveau statut ».

Ces deux questions sont des sources de conflit pour les enseignants. La globalisation permet certes d’adapter l’enseignement aux besoins des élèves, au risque d’alourdir le temps scolaire. Mais s’agissant de répartir « selon les langues et les années », elle va surtout permettre d’adapter l’enseignement des langues aux ressources humaines octroyées par les rectorats et donc de réduire l’offre de formation. Cette nouvelle liberté de gestion attribuée aux collèges devrait permettre d’économiser des postes. Elle est réclamée depuis des mois par l’enseignement catholique. Il devrait être satisfait.

L’annualisation c’est plus grave. Elle consiste à définir le temps de travail non plus par un horaire hebdomadaire mais par un horaire annuel, 36 fois 18 heures par exemple pour un certifié. De fait cela permet d’augmenter très sensiblement le temps de travail à salaire égal en collège et lycée parce que le temps théorique n’est jamais effectif compte tenu des jours fériés, des examens de fin d’année, etc. En clair les enseignants seraient obligés de travailler davantage pour le même salaire. Le ministère récupèrerait ainsi des dizaines de milliers de postes si la mesure était généralisée. Dans l’enseignement technologique et professionnel, où les élèves sont une partie de l’année en stage les gains seraient très importants. Luc Chatel pousse encore plus loin le raisonnement en annonçant que ces heures de travail pourraient être imposées durant les vacances. L’annualisation nécessite un changement de statut des enseignants. On n’est donc plus là dans la gestion d’une question pédagogique (les langues) mais clairement dans la campagne électorale et c’est bien ainsi que Luc Chatel la présente. « Elle n’est pas à l’ordre du jour de mon ministère, c’est un bon débat pour les jours qui viennent ».

Ces propos donnent à penser que l’équipe de Nicolas Sarkozy veut donner à la campagne électorale un nouveau cap beaucoup plus agressif très rapidement. Elle y est un peu poussée par les mauvais résultats de N Sarkozy dans les sondages et le discours attendu sur l’éducation de François Hollande le 9 février. L’UMP veut opposer le candidat qui mettra les profs au travail face au « candidat des profs fainéants ». François Hollande va avoir à faire face à ce « cadeau ». Et les enseignants vont se trouver délicatement en première ligne sur le thème bien connu de leur temps de travail.

Les syndicats ont réagi aux propos de Luc Chatel. Pour Christian Chevalier, secrétaire général du Se-Unsa, Luc Chatel « remet en avant cette vieille lune qui consiste à pointer le statut des enseignants comme responsable des maux de notre système éducatif ». Il rappelle que le statut est « protecteur des salariés. Pour autant le métier d’enseignant est en mutation. Si sa définition doit être améliorée, cela ne peut relever ni du diktat, ni de la propagande électorale, mais d’une véritable politique contractuelle ». Force ouvrière exprime « son désaccord complet avec ce projet destiné à nous faire travailler plus pour gagner moins ». Il invite les enseignants à se mobiliser.



L’échec cinglant de la formation des enseignants

Le Monde 9 février 2012
Editorial
L’échec cinglant de la formation des enseignants

C’est la loi du genre : les ministères qui ont l’honneur de figurer au rapport annuel de la Cour des comptes passent en général un assez mauvais moment. Les magistrats de la rue Cambon ne sont pas grincheux par nature ; mais c’est leur rôle, en effet, de vérifier la bonne utilisation des deniers publics et de fustiger les incartades éventuelles.
Il n’est pas fréquent, cependant, de lire un réquisitoire aussi cinglant que celui dressé, cette année, contre la réforme de la formation des enseignants, plus connue sous le nom barbare de  » mastérisation « .
Chacun se souvient que la suppression des instituts universitaires de formation des maîtres figurait en bonne place dans les réformes du quinquennat qui s’achève. Elle a été engagée dès 2008 et complètement mise en oeuvre à la rentrée 2010. L’ambition affichée était double : élever au
master (c’est-à-dire à bac + 5, au lieu de bac + 3 ou bac + 4 auparavant) le niveau de recrutement de tous les professeurs, des écoles, collèges et lycées ; améliorer la formation professionnelle des enseignants en réservant davantage de temps à leur apprentissage direct, devant les élèves.
Le bilan établi par la Cour des comptes est accablant : cette réforme  » soulève aujourd’hui des questions de fond sur l’organisation de la formation initiale, sur l’attractivité du métier d’enseignant et sur l’adéquation de ce nouveau dispositif aux grands objectifs assignés au système éducatif « .
Rien ou presque ne résiste à son examen critique. Les gains budgétaires attendus de cette réforme ? Non seulement ils sont modestes (370 millions d’euros), mais en outre ils occultent de lourds coûts indirects non évalués. La mise en oeuvre accélérée de la réforme ? Elle a provoqué de graves  » dysfonctionnements « , touchant notamment à l’affectation et au temps de travail des jeunes enseignants. Le tutorat par des enseignants plus chevronnés, qui était l’une des innovations de cette réforme ? Il est, à l’évidence, approximatif et inefficient. Sur tous ces points, la Cour note  » la carence des outils de suivi et de pilotage « .
Au total, les magistrats de la rue Cambon estiment que cette réforme  » n’atteint pas les objectifs  » qui lui étaient fixés. Elle  » ne garantit pas  » – c’est un euphémisme – une meilleure formation au métier d’enseignant, permettant notamment de mieux gérer l’hétérogénéité des élèves. Elle paraît déconnectée de l’objectif fixé par la loi d’orientation de 2005 de mise en place d’un socle commun de connaissance que tout jeune devrait maîtriser à la fin de sa scolarité obligatoire. Enfin, elle a asséché, de façon  » préoccupante « , le vivier de recrutement des enseignants et, par conséquent, le niveau de sélectivité des concours.
Bref, pour le dire simplement, c’est un échec. Un échec grave et double. D’une part, l’occasion a été manquée de renforcer réellement la formation des professeurs. D’autre part, la France s’est privée, du même coup, du levier indispensable pour améliorer ses médiocres performances en matière d’éducation.

© Le Monde



Lycée des métiers d’art: un frein à son développement

Article du Midi Libre

troussier.jpgChristine Troussier, proviseur du lycée des Métiers d’art Guynemer, est inquiète. Pas à cause du travail des professeurs et des résultats des élèves de l’établissement dont elle a pris la direction il y a quelques mois, mais de l’avenir d’une filière dont le recrutement désormais informatisé tend à se raréfier. Il est difficile, voire impossible, de recruter maintenant hors académie. Mais dans son désir de faire venir à nouveau des lycéens venant d’autres académies, Christine Troussier qui, l’an dernier était principale adjointe d’un collège  »difficile », après avoir été conseillère d’orientation, sait qu’elle doit mettre en train des atouts susceptibles de relancer l’unique lycée des métiers d’art de la Région, réputé pour son excellence, mais qui doit évoluer pour  maintenir sa mission de transmission patrimoniale.

Les idées, Christine Troussier n’en manque pas : créer des sections d’apprentissage (pierre, poterie..) qui seraient ponctuées d’un diplôme des métiers d’art, à la prochaine rentrée lancer un bac pro ébénisterie d’art avc des élèves de bon niveau ; créer des sections innovantes (bijou) ouvrant à l’enseignement supérieur… Tout lui semble possible car  »les métiers s’en sortent bien mieux que d’autres sections car ils pérennisent l’avenir d’un patrimoine architectural et culturel ». Christine Troussier est prête à affiner toutes ses propositions, notamment celles qui aboutissent à l’obtention d’un diplôme de haut niveau. Mais elle se heurte à un problème, un énorme problème ! « Sans restructuration, regrette-t-elle, on garde nos sections et on ne peut se développer. »

Car le lycée des métiers d’art dynamisé il y a une vingtaine d’années par Suzette Canton, est à saturation avec 300 élèves dont plus de la moitié sont pensionnaires dans l’établissement à l’internat limité à 130 places et en ville. Développer le lycée dépend de l’apport d’élèves venant de loin donc pouvant être accueilli décemment et à coût raisonnable.

Son avenir dépend donc de la réalisation du projet d’aménagement de l’ancienne gendarmerie que doit réaliser le conseil régional mais qui semble bloqué par la mise en place de l’extension du secteur sauvegardé. Lorsque la partie de ping-pong entre les instances communale et régionale se terminera, les lycées, car Gide est également concerné, pourront travailler sereinement.



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