Communiqué de la section SNES du lycée Charles Gide d’Uzès

Information aux  parents d’élèves sur les affectations des élèves à la rentrée 2012

 

Les élèves de 3ème des collèges du secteur d’Uzès ainsi que les élèves de seconde du lycée Gide sont en train de formuler des voeux pour la rentrée prochaine.

La procédure de préinscription utilise certains critères, comme les résultats scolaires, la zone géographique et le doublement d’une classe au lycée (2de, 1ère), pour traiter les demandes des familles.

 

Les élèves du secteur d’Uzès et les élèves déjà scolarisés au lycée Gide sont prioritaires pour s’inscrire dans notre établissement public qui a pour mission d’accueillir tous les élèves domiciliés dans le secteur géographique défini par la carte scolaire.

 

Mais certaines familles pourraient rencontrer des difficultés lors de l’inscription de leur enfant en classe de seconde car la structure pédagogique du lycée ne prévoit que 10 classes de seconde à la rentrée alors que nous en avons 11 actuellement.

Pour obtenir la création d’une 11ème classe, nous devons agir rapidement, dès la fin du mois de juin.

 

Les résultats d’affectation en classe de seconde seront donnés le 22 juin et les inscriptions dans les établissements se feront du 25 juin au 4 juillet.

Les résultats d’affectation en classe de 1ère technologique ou de 1ère L arts plastiques seront donnés le 28 juin. Il y a une possibilité de faire des vœux sur les places vacantes de juillet à septembre.

Pour nous contacter : fsu.uzes.gard@orange.fr

Pour le SNES (FSU) du lycée Charles Gide d’Uzès

Odile Pernin-Vidal, Emmanuelle Michard et Franck Tichadou

 

Sarkozy : L’heure du bilan

Par François Jarraud du café pedagogique

A la veille du premier tour de l’élection présidentielle, le moment est venu de faire le bilan du quinquennat en matière éducative. Nicolas Sarkozy a-t-il permis à davantage de jeunes de réussir à l’école ? A-t-il lutté contre les inégalités sociales à l’Ecole ? Laisse-t-il un système éducatif en meilleur état que lors de son arrivée ? Quels défis rencontrera le prochain président ?

 

Le niveau monte-il ?

 

A cette question, l’éducation nationale répond généralement par les résultats des évaluations nationales, un dispositif dont le manque de sérieux a été souligné par le Haut Conseil de l’Education. Mais le ministère produit par ailleurs l’enquête CEDRE, par échantillon, régulière et scientifique, qui permet d’avoir un regard objectif sur cette question. Ce que montre CEDRE c’est qu’au primaire il n’y a pas d’évolution entre 2003 et 2009. Il y a toujours 13% de faibles et 29% de performants. Par contre les écarts se sont creusés entre garçons et filles (les garçons pèsent 60% des élèves faibles  en 2009 contre 54% en 2003). Surtout un écart de 7 points, jugé « significatif » est apparu entre école publique et école privée. A la fin du collège, le pourcentage d’élèves forts a diminué de 2003 à 2009, passant de 10 à 7% et celui des faibles a augmenté de 15 à 18%.

 

Selon l’OCDE, le taux de scolarisation des 15-19 ans a généralement augmenté de 9,5% dans les pays de l’OCDE de 2000 à 2009. En France il est passé de 89 à 84%. Certes cela résulte aussi de la baisse des redoublements. Mais cela se traduit  par le fait que 130 000 jeunes quittent le système éducatif sans diplôme du secondaire ce qui est énorme. La situation n’est pas meilleure chez les 20-29 ans où le taux stagne alors que dans l’OCDE il a monté de 8%. Le gouvernement s’est engagé à avoir 50% d’une tranche d’âge diplômé du supérieur. Il lui manque 30 000 jeunes diplômés. En France, c’est presque 200 000 jeunes qui chaque année n’atteignent pas le niveau scolaire que la société considère comme normal.

 

Au niveau du bac, si le taux d’accès au bac a monté c’est principalement du à un effet d’aubaine, le passage du bac professionnel de 4 à 3 ans qui a augmenté le nombre de bacheliers professionnels exceptionnellement. Le pourcentage de bacheliers généraux dans les bacheliers reste inférieur à ce qu’il était au milieu des années 1990.

 

Les inégalités à l’école se sont-elles réduites ?

 

Les inégalités sociales entre établissements existent. En France 8% des élèves des collèges Ambition réussite sont des enfants d’enseignants et de cadres quand c’est 35% des élèves des autres collèges.  A Paris la proportion d’élèves étrangers est de 33% au collège M Dormoy du 18ème arrondissement quand elle est de 1% au collège Lavoisier en centre ville. A cela s’ajoute la ségrégation académique : 33% d’élèves faibles dans les établissements de l’éducation prioritaire, 9% dans les collèges privés. En ce début de siècle, le poids des diplômes et des voies de formation pèse sur les familles et nourrit la ségrégation. Or la ségrégation abaisse le niveau scolaire des plus démunis et entraine notre système éducatif vers le bas.

 

L’assouplissement de la carte scolaire a aggravé la ségrégation sociale. L’enquête de Marco Oberti, Edmond Préteceille et Clément Rivière sur les collèges de la région parisienne montre qu’il a vidé les collèges les plus populaires, augmentant la ségrégation.  » Les collèges pour lesquels l’incidence de la réforme est la plus forte dans les Hauts-de-Seine sont ceux des deux types les plus populaires-immigrés-ouvriers… Le total des pertes par dérogation dans ces collèges populaires-immigrés-ouvriers représente presque l’équivalent de l’effectif de 6e de deux collèges en l’espace de deux ans. Pour un petit groupe de collèges, l’impact est encore plus fort, puisqu’on en trouve neuf pour lesquels le solde négatif sur deux ans est supérieur à 40 % de l’effectif annuel ».

 

L’Etat dépense moins pour les établissements prioritaires que pour les établissements favorisés. Un récent rapport de la Cour des Comptes montre que cela commence dès le primaire où l’Etat dépense 3134 € par élève parisien contre 2861 € pour l’académie la moins bien dotée. De plus les inégalités ont croissant, affirme encore la Cour. Ainsi dans la répartition des postes, Créteil avec 4000 élèves supplémentaires a perdu à la rentrée 2011 426 postes quand Paris, avec 1000 élèves de plus gagnait 20 emplois. Au primaire, la possibilité de scolariser un enfant de moins de 3 ans à Créteil est 14 fois inférieure en Seine Saint-Denis qu’en France en général.

 

Résultat, la France est un pays où l’influence de l’origine sociale dans l’éducation est particulièrement forte d’après l’OCDE. Sur 34 pays, elle n’est plus forte que dans un seul pays (la Nouvelle Zélande). L’origine ethnique pèse aussi d’un grand poids. En moyenne dans l’OCDE il y a 55 points d’écart (aux résultats de PISA) entre un jeune allochtone de première génération et un jeune autochtone. En France l’écart est de 75 points, soit presque deux années de scolarité. Pour la seconde génération il est de 55 points contre 35. Ainsi ce sont les valeurs républicaines de l’Ecole qui sont interrogées.

 

Laisse-t-il un système éducatif en meilleur état que lors de son arrivée ?

 

Pour les dépenses pour l’éducation, la France se singularise à nouveau. C’est simplement le dernier pays de l’OCDE pour l’évolution de ses dépenses éducatives. Elles ont évolué moins vite que le PIB, même si le rythme n’est pas le même du primaire au supérieur. Il y a par contre une unité pour les salaires des enseignants qui sont toujours inférieurs à la moyenne de l’ OCDE: 33 359$ pour un enseignant du primaire français contre 38 914 dans l’OCDE; 38 856 en collège français contre 41 701. Ces salaires ont diminué en France alors qu’ils ont progressé dans tous les pays de l’OCDE sauf deux : seule la Hongrie fait plus mal que la France.

 

Le sondage opéré par le Café pédagogique au mois de mars 2012 auprès des enseignants montre un refus très net des mesures Sarkozy. Les mesures générales comme l’évaluation et le recrutement par le chef d’établissement sont rejetées par près de 8 enseignants sur 10 seulement 14 et 17% les acceptent. 82% sont favorables à un moratoire des suppressions de postes, 85% pour de nouvelles embauches. L’orientation précoce, un des points du programme Sarkozy, qui permettrait d’expulser du collège les enfants difficiles, n’est soutenue que par 23% des enseignants, 70% sont contre. La proposition sarkozienne de revaloriser le salaire en échange de travailler plus n’est acceptée que par 15% des enseignants, 73% sont contre. Le rétablissement de la carte scolaire est demandé par 79% d’entre eux. A l’école primaire, l’aide personnalisée est nettement rejetée : 89% des enseignants sont contre son maintien en état. 74% demandent la suppression des évaluations nationales chères au coeur du ministre. 94% s’opposent aux suppressions des Rased. Dans les réponses libres, on note de nombreuses demandes d’un retour aux programmes de 2002, ce qui veut dire qu’au bout de 4 ans les programmes de 2008 ne sont toujours pas acceptés. Au collège, le Livret personnel de compétences est rejeté par 51% des enseignants, 40% souhaitent le garder. C’est un enseignement sur lequel on reviendra. Au lycée, le moratoire pour la réforme du lycée technologique est validé par 58% des enseignants seulement 14% sont contre. Seulement un enseignants sur dix est pour le maintien en l’état de l’accompagnement personnalisé, 80% sont contre. En lycée professionnel, la proposition de mettre en alternance la terminale pro ne recueille que 14% d’avis favorables,  86% sont contre.

 

Les étudiants boudent le métier d’enseignant. La crise de recrutement est apparue nettement en 2011 où un millier de postes aux concours n’ont pas trouvé preneurs. En 2012, les résultats des épreuves d’admissibilité montrent que cette situation va se renouveler. La faible hausse des salaires de début de carrière n’ont pas suffi à attirer des étudiants vers l’enseignement.

 

Quels défis rencontrera le prochain président ?

 

Le prochain président devra être capable d’agir sur trois dossiers prioritaires.

 

Le plus urgent c’est la réduction des inégalités sociales à l’Ecole. Leur coût pour la société est terrible. Elles entrainent l’échec scolaire et les sorties sans qualification qui contribuent à leur façon au désinvestisssement dans le pays. Elles génèrent des frustrations et participent à l’érosion du lien social. Des solutions existent. L’OCDE a pu montrer des exemples e pays qui partant d’une situation aussi mauvaise que la France voient leurs résultats s’améliorer, comme l’Allemagne. Ces solutions ne sont pas forcément coûteuses mais elles demandent une volonté politique forte.

 

Le second dossier c’est le recrutement des enseignants. Nicolas Sarkozy pense pouvoir s’affranchir de ce problème en augmentant de 40% le temps de travail des enseignants du secondaire en leur donnant moins que ce qu’ils peuvent toucher avec des heures supplémentaires. Il rencontrerait probablement des difficultés s’il était élu. E Joly et F Hollande veulent recruter de nouveaux enseignants. Or le fait de repousser la formation initiale des enseignants au niveau du master a diminué le nombre de candidats potentiels. La France fabrique 70 000 masters chaque année. L’éducation nationale pour remplacer simplement les départs en retraite doit trouver environ 30 000 nouveaux enseignants par an. L’éducation nationale est donc en concurrence avec le monde économique pour son recrutement à un niveau jamais atteint. Faute d’avoir su augmenter le nombre de bacheliers généraux, elle s’asphyxie elle-même ! Comment casser cette mécanique ? Tout effort de recrutement implique des investissements quasi impossibles. D’autre part l’éducation ne doit pas nuire au recrutement des entreprises…

 

Mais le principal dossier est celui des valeurs. Le quinquennat, comme l’a montré la chercheuse Nathalie Mons, dans une tribune publiée par le Café,  a attaqué les valeurs républicaines de l’Ecole. « Ces cinq dernières années ont été marquées à la fois par une multiplication des politiques combattant le modèle de l’école à la française et, plus important encore, par une rhétorique gouvernementale puissante autour du fait éducatif ainsi qu’un style de communication revendiquant le pragmatisme et le « parler sans tabou », dont l’efficacité s’appuie sur la déconstruction des mythes politiques français, en général, et de l’école républicaine en particulier », explique N Mons.  « Les valeurs et principes de promotion sociale et de démocratisation de l’enseignement, au cœur aussi de l’école républicaine dans sa version gaulliste, sont également attaqués frontalement par des politiques scolaires, colorées socialement, mais qui ne visent de fait que la sélection et la construction des élites scolaires et sociales. Il ne s’agit plus de fabriquer, pour tous les élèves, les conditions positives d’une ascension sociale et, dans le cadre d’une politique de discriminative positive, d’améliorer les contextes d’apprentissages de l’ensemble des élèves issus de familles défavorisées mais uniquement d’extraire dans ce vivier humain de « talents » quelques enfants qui apporteront leur contribution aux futures élites sociales. Ces politiques contribuent aussi, en mobilisant la figure emblématique du « boursier méritant » issue de l’imaginaire collectif de la IIIème République, à asseoir la légitimité d’un  système éducatif présenté comme méritocratique, et donc démocratique. »

 

Si le pays a à faire face à des défis plus importants encore que celui posé par l’Ecole, par contre pour l’Ecole, l’élection est déterminante. Les conseillers du président aiment à dire qu’ils ont « levé les verrous » et qu’un second quinquennat serait celui de la construction d’une nouvelle école basée sur la concurrence et la sélection. Le bulletin de vote du 22 avril correspond aussi au choix entre école libérale et renouveau de l’école républicaine.

 

François Jarraud

Liens :

Le bilan

Le sondage

Mons sur les valeurs républicaines

Sarkozy et les inégalités scolaires

Sur la ségrégation scolaire

Pour un collectif budgétaire pour la rentrée 2012, pour une loi d’orientation et de programmation

Rappel de la position du collectif : L’éducation est notre avenir

La déclinaison des suppressions massives de postes dans les écoles, collèges et lycées – notamment professionnels – pour la rentrée 2012 est maintenant connue : partout elle se traduit par de nouvelles dégradations des conditions d’apprentissage des élèves et de travail pour les enseignants. Partout les dispositifs mis en œuvre pour faire réussir les élèves sont mis à mal. Partout ce sont les élèves les plus défavorisés qui en paieront le prix fort, alors que jamais les inégalités n’ont été aussi élevées.
Ces suppressions interviennent de plus dans un contexte où c’est l’ensemble de la politique éducative (contenus d’enseignement, évaluations, organisation du système, formation des enseignants…) qui aggrave la situation de l’école.

Mais cette politique se heurte à une montée importante des mobilisations et le début de 2012 est marqué par des initiatives revendicatives multiples rassemblant très souvent personnels, parents et lycéens (occupations, rassemblements, nuits des écoles, opérations « cœurs rouges » et autres « coups de froid sur l’éducation », délégations, conférences de presse, grèves, manifestations, vote contre les DHG dans les conseils d’administration des collèges et lycées, refus collectif des heures supplémentaires, organisation de contre-CDEN ou de comités de Salut public…). Elles traduisent le refus de toute la communauté éducative d’une politique de régression pour les élèves et pour le système éducatif et l’exigence de remise en cause de différentes réformes mises en place pendant le quinquennat qui s’achève.

Les organisations réunies dans « le collectif l’éducation est notre avenir » appellent à poursuivre et amplifier les mobilisations notamment contre les suppressions de postes en 1er et second degré, les gels de postes dans les universités, la destruction des Rased et de dispositifs pédagogiques alternatifs, l’imposition d’heures supplémentaires aux enseignants, la dégradation des conditions de travail, cela en s’efforçant de construire des centralisations départementales sous des formes à décider localement. Il est indispensable d’interpeler les directeurs académiques des services de l’éducation nationale, les recteurs, le ministre et les élus, notamment députés et sénateurs ainsi que les candidates et candidats qui briguent les suffrages des citoyens-es.

Il s’agit de peser pour  :

  • le rejet des suppressions de postes,
  • un collectif budgétaire permettant des mesures d’urgence dès la rentrée 2012,
  • une loi d’orientation et de programmation pour une politique scolaire et universitaire radicalement nouvelle,
  • l’ouverture d’un véritable dialogue social.

« La réforme des rythmes scolaires sera l’une de mes priorités » (F. Hollande aux parents d’élèves)

Article du site officiel du candidat François Hollande

François Hollande a répondu samedi 17 mars à l’invitaton de la FCPE (Fédération des Conseils des Parents d’élève) qui organisait une « journée d’interpellation des candidats à la présidentielle ». Il a donné son point de vue sur l’avenir de l’école, mais aussi sur des sujets très concrets, rythmes scolaires, devoirs à la maison, notes, statut des parents d’élèves, etc…

Retrouvez les principales déclarations du candidat et l’intégralité de son intervention ci dessous.

LES PRINCIPALES DECLARATIONS

1) Rythmes scolaires: une journée scolaire plus courte, plus de jours d’école, retour à la semaine de 4 jours et demi.

« C’est en France que la scolarité dans l’année est la plus courte, et le nombre d’heures dans la journée le plus élevé. Nous devons en terminer avec ce qui produit de la fatigue chez les enfants, de la difficulté d’enseigner pour les professeurs et un déséquilibre dans l’année. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de jours sans école que de jours avec école. Nous devons travailler sur un temps dans l’année où il y a plus de journées d’école (…) Donc, nous devons rétablir un équilibre, et nous le ferons en faisant en sorte que nous travaillions avec les enseignants, avec les parents, avec les élus locaux pour revenir à une journée scolaire plus courte et à une semaine scolaire qui ne sera plus celle des quatre jours. (…) Je déciderai le retour à la semaine de quatre jours et demi.

(La disparition du samedi a eu pour conséquence la disparition de deux heures hebdomadaires par élève, soit 72 heures par an) 

2) Scolarisation des enfants de moins de 3 ans :

« Parmi les créations de postes que j’ai annoncées (12000 par an), une part sera affectée dans la maternelle et dans l’école élémentaire, mais d’abord dans la maternelle. Je veux qu’il y ait plus d’enfants qui soient scolarisés à partir de deux ans. (…) Ensuite, à partir de trois ans, je pose un principe, qui est que tout enfant ayant trois ans doit être accueilli à l’école maternelle publique.

3) Les devoirs faits en priorité à l’école, pas à la maison

« Je suis pour qu’une grande partie des devoirs se fasse dans le temps scolaire, c’est-à-dire que ce soit un élément du temps de travail à l’école. Est-ce à dire qu’il n’y aura jamais rien à faire à la maison ? Non, même si j’en vois les contraintes et les risques. Plus il y a de devoirs à faire hors du temps scolaire, plus les inégalités selon les niveaux d’éducation des parents, les situations familiales, risquent encore de se creuser. Donc, nous devons faire en sorte qu’il y ait des devoirs qui soient faits pendant le temps scolaire, mais aussi l’apprentissage par l’élève lui-même d’un certain nombre de travaux qu’il doit conduire à la maison. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas suivi et accompagné.

4Les notes à l’école : faire évoluer l’évaluation

« Je suis pour le maintien des notes, mais avec une autre forme d’évaluation, une évaluation qui tienne compte également des progrès qui sont faits, des efforts qui ont pu être engagés. De ce point de vue, un certain nombre de travaux ont été engagés pour donner plusieurs indications chiffrées : sur le travail mais aussi sur l’implication de l’élève, sur le progrès qu’il a pu faire. Donc, je suis tout à fait favorable à une évolution de l’évaluation des élèves régulièrement.

5) Le redoublement

« Je considère qu’il y a un gâchis par le redoublement. Nous devons limiter le nombre de redoublements. En même temps, nous savons bien qu’il y a des élèves qui ont du retard, des difficultés, des moments particuliers d’adaptation. Donc, nous reprendrons la politique des cycles en la pensant de l’école maternelle jusqu’au collège, pour permettre qu’il y ait aussi du rattrapage, et ne pas entrer dans un processus cumulatif où un redoublement déjà sanctionne, puis un autre oriente, et un dernier élimine. 

6) Cours particuliers : lutter contre la marchandisation de l’école

« Je suis pour que l’accompagnement scolaire puisse être également mené. Nous connaissons, là, la problématique des services privés, de la marchandisation de l’accompagnement scolaire. Si nous voulons lutter contre cette marchandisation, cette nouvelle forme d’inégalité, il nous faut apporter, avec des personnels qui ne sont pas forcément des professeurs, un suivi des élèves par rapport aux devoirs qui doivent être accomplis à la maison ou en étude surveillée. (…) Cela peut être des jeunes tuteurs, cela peut être un certain nombre de personnes qui au-delà de l’école, dans les services civiques, peuvent apporter aussi leurs compétences. Là, il ne s’agit plus du travail des professeurs. Les devoirs principaux doivent être faits avec les professeurs ; l’accompagnement, l’aide et le soutien doivent être faits par des associations ou par le service public lui-même avec des personnels qui ne sont pas nécessairement des professeurs.

7) Une loi d’orientation et de programmation pour le service public d’éducation

«  Je présenterai avec le gouvernement une loi de programmation et d’orientation. (…) Nous avons besoin de cette programmation — programmation de moyens. Nous avons besoin de cette orientation. (…) Nous avons besoin d’avoir une vision et des engagements. La vision, c’est l’école de demain : qu’est-ce qu’elle peut apporter non seulement à chacun de nos enfants, mais aussi à la France ? Cette loi de programmation prévoira des moyens supplémentaires. Lorsque j’ai indiqué les 60 000 postes (12 000 par an), c’était bien pour donner, déjà, cette priorité, dans un contexte budgétaire très difficile, dans un contexte financier très lourd. Et vous avez sans doute entendu ce que cela m’a valu : « comment, vous n’y pensez pas, que l’on pourrait faire 12 000 recrutements par an, 60 000 postes, soit 2,5 milliards d’euros à la fin du quinquennat ? ». J’ai répondu : 2,5 milliards, c’est le coût du bouclier fiscal sur cinq ans. Que préfère-t-on, protéger les plus favorisés ou protéger les enfants de la République ? J’ai ma réponse. »

8) Financement de l’école privée sous contrat

« J’entends ce qui est dit sur la loi Carle. Ce qui est grave, avec notamment l’application de la loi Carle – car il y a la loi et il y a la circulaire, et vous avez sans doute été informés de la circulaire –, c’est qu’une dérive s’est produite. Ce que nous devons faire, c’est faire en sorte que la ville ou la commune – car il s’agit souvent d’une commune rurale – qui veut garder son école publique, que la commune qui a une solution publique pour son école, ne doit pas payer pour un élève de la commune qui va dans une autre commune dans une école privée. »

9) Statut des représentants de parents d’élèves :

« La première évolution serait de dire que le représentant parent élu dans un conseil de classe aurait le droit de s’absenter. »
- « Je pense qu’il faut reconnaître la représentation de parents d’élèves avec des droits spécifiques pour celles et ceux qui en ont été élus. Comment faire : essentiellement avec les employeurs, privés comme publics. Nous aurons d’abord à permettre des autorisations d’absence, ce qui n’est pas toujours possible notamment aux heures où se tiennent les conseils de classe. Ce qui fait que des parents légitimement élus, qui ont la confiance d’autres parents, ne peuvent pas s’y rendre parce qu’ils n’y sont pas autorisés, tout simplement.
- « Ensuite, il y a la question de la rémunération de cette absence. Là encore, je suggérerais qu’il conviendrait de trouver un accommodement avec les employeurs par rapport à des avantages en termes de cotisations sociales ou de fiscalité, qui pourraient être de nature à compenser la perte pendant un temps du travail du salarié.
- « Un décret devrait pouvoir permettre de résoudre un certain nombre de choses. C’est là l’engagement que nous souhaitons entendre, clairement, de la part des candidats à l’élection présidentielle. (…) Si je deviens le prochain président de la République — j’y travaille —, sans attendre même que l’Assemblée nationale soit renouvelée, ce décret peut être pris. Il le sera.
- « Au-delà du décret, nous rêvons de faire des élections de parents un grand moment. (…) Il faut une grande journée d’élection des délégués parents, mais aussi des délégués élèves. Cela pourrait se tenir le même jour. Ce serait une sacrée façon de reconnaître la démocratie au lycée !

 

Intégralité de l’échange

Bonjour François Hollande, merci d’être avec nous. Vous êtes le candidat du Parti socialiste et du Parti radical de Gauche pour cette élection présidentielle. Dans votre programme sur l’école, nous retenons surtout la création des 60 000 postes dans l’éducation et l’augmentation de 25 % de l’allocation de rentrée scolaire. Mais nous aimerions aller plus loin aujourd’hui.

La première question qui vous est posée concerne le statut de parent délégué. Si vous êtes élu, quelles décisions allez-vous prendre pour instaurer un véritable statut de délégué parent ?

D’abord, merci pour votre invitation. J’ai conscience que si nous voulons transformer l’école, si nous voulons faire de l’éducation une grande cause nationale, nous aurons besoin de tous les acteurs, à commencer par les personnels qui se dévouent pour la formation, l’instruction, l’éducation de nos enfants, mais aussi des parents eux-mêmes. Il y a plusieurs idées reçues qui circulent sur l’implication de parents. Il y a l’idée que certains seraient démissionnaires, qu’ils ne comprendraient plus ce qu’est le rôle de l’école et qu’ils s’en seraient éloignés. Il y a sans doute une part de vrai. Mais il y a surtout une telle attente des parents dans l’école, et une telle déception parfois quand il n’y a pas les résultats escomptés ou les moyens mis en place. D’où le rôle indispensable des représentants de parents d’élèves.

Il y a la question de la représentativité. Des progrès ont été faits, on peut mieux faire sur les élections pour qu’elles soient véritablement un moment de vie démocratique et d’implication des parents.

Ensuite, il y a l’interrogation qui m’est adressée sur le statut des représentants de parents d’élèves. Je n’aime pas tellement ce terme de « statut », comme si c’était un moment dans un cursus. Je pense qu’il faut reconnaître la représentation de parents d’élèves avec des droits spécifiques pour celles et ceux qui en ont été élus. Comment faire : essentiellement avec les employeurs, privés comme publics. Nous aurons d’abord à permettre des autorisations d’absence, ce qui n’est pas toujours possible notamment aux heures où se tiennent les conseils de classe. Ce qui fait que des parents légitimement élus, qui ont la confiance d’autres parents, ne peuvent pas s’y rendre parce qu’ils n’y sont pas autorisés, tout simplement.

Donc, la première évolution serait de dire que le représentant parent élu dans un conseil de classe aurait le droit de s’absenter.

Ensuite, il y a la question de la rémunération de cette absence. Là encore, je suggérerais qu’il conviendrait de trouver un accommodement avec les employeurs par rapport à des avantages en termes de cotisations sociales ou de fiscalité, qui pourraient être de nature à compenser la perte pendant un temps du travail du salarié.

Voilà ce que je veux poser comme principes. Oui, il nous faut avoir des droits permettant l’exercice de la mission de représentation. Oui, nous devons regarder avec les employeurs, sans doute progressivement, ce que nous pouvons faire — le premier principe étant l’autorisation d’absence.

Nos parents d’élèves brûlent d’impatience. Cela fait des années qu’on nous parle d’autorisation d’absence. Un décret devrait pouvoir permettre de résoudre un certain nombre de choses. C’est là l’engagement que nous souhaitons entendre, clairement, de la part des candidats à l’élection présidentielle.

Au-delà du décret, nous rêvons de faire des élections de parents un grand moment. Nous rêvons d’une campagne médiatique assumée par l’Etat, comme pour les Prud’hommes, et que cesse cette sempiternelle négociation que nous devons mener chaque année pour pouvoir promouvoir le rôle des parents dans l’école. Il faut une grande journée d’élection des délégués parents, mais aussi des délégués élèves. Cela pourrait se tenir le même jour. Ce serait une sacrée façon de reconnaître la démocratie au lycée !

Un décret est signé par le président de la République ou le Premier ministre. Si je deviens le prochain président de la République — j’y travaille —, sans attendre même que l’Assemblée nationale soit renouvelée, ce décret peut être pris. Il le sera.

La question des élections va même au-delà de la communauté scolaire, et vous avez eu raison d’évoquer aussi la désignation des délégués de classe. Voulons-nous des corps intermédiaires ou n’en voulons-nous pas ? Si nous en voulons, il faut que les corps intermédiaires soient les plus légitimes et les plus représentatifs possibles. Si en revanche tout est fait pour qu’ils ne procèdent pas du suffrage, ou de telle manière que leur légitimité soit réduite ou amenuisée, alors les corps intermédiaires seront progressivement dénoncés comme des empêcheurs, comme des freins, et l’on inventera je ne sais quelle démocratie directe, y compris pour l’avenir de l’école.

Franchement, je suis pour les corps intermédiaires dès lors que nous leur donnons toute la représentativité nécessaire. Je retiens donc l’idée d’une journée de la démocratie à l’école, pour qu’il y ait le plus de participation possible. Pour un enfant, la première élection n’est pas forcément celle du président de la République, mais c’est d’abord l’élection du parent d’élève ! J’ai été parent d’élève. Je me souviens que mes enfants m’adressaient des enveloppes en me disant : « il faut aller voter ». Quelle est la terrible déception, parfois, que ces enfants peuvent rencontrer ? C’est quand leurs parents, pour des raisons de temps, pour des raisons de complications ou de défaut d’information, ne le font pas. Si l’on veut qu’il y ait une participation civique élevée, y compris pour l’élection présidentielle — c’est mon intention —, mieux vaut qu’il y ait une participation électorale élevée à toutes les désignations de représentants dans toutes les institutions possibles, et d’abord dans l’école de la République.

Nous prenons acte de cet engagement. Sachez que tout ce que vous dites ici est enregistré et pourra être retenu contre vous !

J’en ai bien l’impression !

Nous avons fermement l’intention de peser au-delà du 6 mai parce que pour nous, ce n’est pas seulement une question d’élection présidentielle. Elle sera suivie par des élections législatives. L’éducation nous préoccupe beaucoup. Notre investissement sera sans relâche jusqu’à ce que le projet éducatif qu’a rédigé notre organisation puisse voir le jour ou du moins prendre corps au travers des politiques publiques d’éducation mises en œuvre.

Nous allons aborder un deuxième thème. Les parents de la FCPE ont le sentiment que l’école maternelle est aujourd’hui une variable d’ajustement dans l’attribution des postes d’enseignants. Vous engagez-vous à rendre obligatoire la scolarisation des enfants à trois ans et à instaurer un droit à la scolarisation pour les moins de trois ans ?

Je fais le constat que depuis dix ans, le taux de scolarisation des moins de trois ans — c’est-à-dire des deux à trois ans — n’a cessé de diminuer dans notre pays. Il y a dix ans, un tiers des enfants de moins de trois ans étaient scolarisés. Aujourd’hui, nous sommes tombés à 10 %.

Vous avez rappelé que j’avais annoncé des créations de postes pour les cinq prochaines années, 12 000 par an. Parmi ces créations de postes, une part sera affectée dans la maternelle et dans l’école élémentaire, mais d’abord dans la maternelle. Je veux qu’il y ait plus d’enfants qui soient scolarisés à partir de deux ans. Ceci pour des raisons à la fois de droit à la réussite — toutes les études prouvent que plus tôt est arrivée la scolarisation, plus grandes sont les chances d’un parcours scolaire équilibré — et aussi pour des raisons d’accueil des jeunes enfants dans l’institution. J’ai le souvenir d’une parole qui n’aurait peut-être pas dû être prononcée par un ministre de l’Education, qui pensait qu’en dessous de trois ans, c’était simplement de l’accueil — et encore, de l’hygiène. Non, à partir de deux ans, il est déjà possible de transmettre un certain nombre de règles, de principes, de savoirs et de connaissances. C’est aussi donc une volonté de scolariser tôt les enfants.

Ensuite, à partir de trois ans, je pose un principe, qui est que tout enfant ayant trois ans doit être accueilli à l’école maternelle publique.

Ce sera une obligation ?

Tout enfant dont les parents veulent qu’il soit scolarisé sera accueilli à trois ans. Ce n’est pas l’obligation scolaire à trois ans, je préfère être clair.

Au cours de l’actuelle législature, une réforme a vu la disparition du samedi. Cela a eu pour conséquence la disparition de deux heures hebdomadaires par élève, soit 72 heures par an. Comment comptez-vous rétablir ces 72 heures perdues ?

En changeant les rythmes scolaires, en revenant sur cette régression des temps, cette régression de la transmission du savoir qu’a été la réforme dont vous avez parlé. C’est en France que la scolarité dans l’année est la plus courte, et le nombre d’heures dans la journée le plus élevé. Nous devons en terminer avec ce qui produit de la fatigue chez les enfants, de la difficulté d’enseigner pour les professeurs et un déséquilibre dans l’année. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de jours sans école que de jours avec école. Donc, nous devons rétablir un équilibre, et nous le ferons en faisant en sorte que nous travaillions avec les enseignants, avec les parents, avec les élus locaux pour revenir à une journée scolaire plus courte et à une semaine scolaire qui ne sera plus celle des quatre jours.

C’est-à-dire la semaine de quatre jours et demi en travaillant le mercredi ou le samedi matin ?

Absolument.

Est-ce qu’on raccourcit les grandes vacances également ?

Là, vous allez me fâcher peut-être avec d’autres… Mais je pense que si nous voulons gagner des jours, oui, nous devons travailler sur un temps dans l’année où il y a plus de journées d’école.

Nous allons aborder la question de la pédagogie. La FCPE souhaite la suppression des notes, des devoirs et du redoublement. Y êtes-vous favorable ?

Je vais commencer par les devoirs, parce que je sais que c’est une question qui est avancée régulièrement par votre fédération. Je suis pour qu’une grande partie des devoirs se fasse dans le temps scolaire, c’est-à-dire que ce soit un élément du temps de travail à l’école. Est-ce à dire qu’il n’y aura jamais rien à faire à la maison ? Non, même si j’en vois les contraintes et les risques. Plus il y a de devoirs à faire hors du temps scolaire, plus les inégalités selon les niveaux d’éducation des parents, les situations familiales, risquent encore de se creuser. Donc, nous devons faire en sorte qu’il y ait des devoirs qui soient faits pendant le temps scolaire, mais aussi l’apprentissage par l’élève lui-même d’un certain nombre de travaux qu’il doit conduire à la maison. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas suivi et accompagné.

Car je suis par ailleurs pour que l’accompagnement scolaire puisse être également mené. Nous connaissons, là, la problématique des services privés, de la marchandisation de l’accompagnement scolaire. Si nous voulons lutter contre cette marchandisation, cette nouvelle forme d’inégalité, il nous faut apporter, avec des personnels qui ne sont pas forcément des professeurs, un suivi des élèves par rapport aux devoirs qui doivent être accomplis à la maison ou en étude surveillée. Cela fera partie aussi de ce que nous pouvons faire pour faire évoluer l’école, et j’y suis prêt.

A quels personnels pensez-vous en particulier ?

Cela peut être des jeunes tuteurs, cela peut être un certain nombre de personnes qui au-delà de l’école, dans les services civiques, peuvent apporter aussi leurs compétences. Là, il ne s’agit plus du travail des professeurs.

Les devoirs principaux doivent être faits avec les professeurs ; l’accompagnement, l’aide et le soutien doivent être faits par des associations ou par le service public lui-même avec des personnels qui ne sont pas nécessairement des professeurs.

Est-ce que vous faites une distinction entre l’école primaire et le collège pour les devoirs ?

Je pense qu’il faut faire cette distinction entre l’école primaire et le collège. A l’école primaire, le plus de devoirs possibles doivent être faits à l’école.

Il y avait une question sur les notes. C’est un sujet difficile parce que — je ne parle pas de votre fédération — les parents sont ambivalents par rapport aux notes. D’un côté, nous voyons bien les risques pour l’élève, la souffrance qui peut être la sienne à travers des notations qui peuvent être parfois humiliantes, l’anticipation d’avoir fait un mauvais devoir, le sentiment d’être montré, d’être déjà classé avant même que toutes les chances aient pu être données. Tout cela est vrai. Et en même temps, les parents souhaitent savoir où en sont leurs enfants, où ils se situent, comment ils se comparent à d’autres, s’ils ont progressé.

Je suis pour le maintien des notes, mais avec une autre forme d’évaluation, une évaluation qui tienne compte également des progrès qui sont faits, des efforts qui ont pu être engagés. De ce point de vue, un certain nombre de travaux ont été engagés pour donner plusieurs indications chiffrées : sur le travail mais aussi sur l’implication de l’élève, sur le progrès qu’il a pu faire. Donc, je suis tout à fait favorable à une évolution de l’évaluation des élèves régulièrement.

Etes-vous favorable aux évaluations pratiquées aujourd’hui en CE1 et CM2 ?

Non, il y a eu trop d’évaluations. Qu’on sache exactement quel est le niveau, c’est normal. Mais on ne peut pas demander aux professeurs, sans cesse, d’évaluer. Il y a un moment où ils doivent d’abord enseigner, pas simplement évaluer le niveau, mais plutôt l’élever.

Souhaitez-vous supprimer ces évaluations ?

Nous en discuterons avec les enseignants, c’est quand même avec eux qu’il faut avoir ce dialogue. Et les parents ! Mais là, c’est une intervention pédagogique, même si cela concerne les parents de savoir où en sont leurs enfants. Donc, nous essayerons de trouver la bonne évaluation, mais je pense qu’on ne peut pas sans cesse évaluer le niveau des élèves.

Les parents ont aussi l’intention de faire de la pédagogie. Si cela n’a pas été le cas ces dernières années, ou pas suffisamment entendu, nous comptons bien, dans les périodes à venir, le faire entendre.

Je n’ai pas encore répondu sur le redoublement. Je considère qu’il y a un gâchis par le redoublement. Nous devons limiter le nombre de redoublements. En même temps, nous savons bien qu’il y a des élèves qui ont du retard, des difficultés, des moments particuliers d’adaptation. Donc, nous reprendrons la politique des cycles en la pensant de l’école maternelle jusqu’au collège, pour permettre qu’il y ait aussi du rattrapage, et ne pas entrer dans un processus cumulatif où un redoublement déjà sanctionne, puis un autre oriente, et un dernier élimine.

Nous avons lu avec attention votre programme. Nous parlons, à la FCPE, de la nécessité d’une loi d’orientation et de programmation pour que cessent enfin ces réformes, ces improvisations, ces soubresauts médiatiques, et pour que l’école devienne véritablement quelque chose de construit, l’affaire de tous.

Avez-vous l’intention, si vous êtes élu, de veiller à ce que soit élaborée une loi d’orientation et de programmation pour le service public d’éducation ?

Ma réponse est oui. Je présenterai avec le gouvernement une loi de programmation et d’orientation. Ce travail sera préparé par une vraie concertation avec tous les acteurs de l’école — je dis bien tous : les professeurs, les personnels de l’Education nationale et les parents. Nous avons besoin de cette programmation — programmation de moyens. Nous avons besoin de cette orientation. Quelle école voulons-nous ? Quelles réformes voulons-nous engager ? Quel travail en équipe pour les enseignants ? Quels rythmes scolaires ? Quels modes d’évaluation ? Toutes les questions que vous avez posées. Nous avons besoin d’avoir une vision et des engagements. La vision, c’est l’école de demain : qu’est-ce qu’elle peut apporter non seulement à chacun de nos enfants, mais aussi à la France ? C’est un sujet qui n’est pas seulement individuel, c’est un sujet citoyen. L’école, ce n’est pas simplement l’affaire des enfants d’aujourd’hui, c’est l’affaire de la France de demain.

Cette loi de programmation prévoira des moyens supplémentaires. Lorsque j’ai indiqué les 60 000 postes (12 000 par an), c’était bien pour donner, déjà, cette priorité, dans un contexte budgétaire très difficile, dans un contexte financier très lourd. Et vous avez sans doute entendu ce que cela m’a valu : « comment, vous n’y pensez pas, que l’on pourrait faire 12 000 recrutements par an, 60 000 postes, soit 2,5 milliards d’euros à la fin du quinquennat ? ». J’ai répondu : 2,5 milliards, c’est le coût du bouclier fiscal sur cinq ans. Que préfère-t-on, protéger les plus favorisés ou protéger les enfants de la République ? J’ai ma réponse.

On m’a donné d’autres comparaisons : 20 000 places de prison supplémentaires, c’est 3 milliards d’euros en investissement et 1 milliard d’euros en fonctionnement. Que préfère-t-on pour donner un signe par rapport à l’avenir ? Moi, je veux faire le choix de l’école de la République.

Mais ces moyens-là devront être au service d’objectifs. Il ne s’agit pas simplement de réparer les dégâts qui ont été commis. Il y en a eu : 80 000 postes supprimés depuis cinq ans, près de 100 000 depuis dix ans. Voilà les conséquences que nous voyons aujourd’hui à travers ces suppressions de classes, parfois d’écoles. Les RASED qui sont mis en cause gravement. Et toutes les structures spécialisées, notamment pour les élèves les plus fragiles. C’est la double peine ! C’est à la fois une diminution générale de postes pour tous les enfants – et donc pour tous les parents concernés – et c’est en même temps vers les quartiers les plus sensibles, vers les zones rurales les plus abandonnées que se font, en plus, les suppressions de postes. Et quand je regarde, même, comment se font les ajustements, ce sont les postes dont les personnes qui les occupaient étaient chargées d’assurer le suivi scolaire, le rattrapage scolaire, l’accompagnement des élèves les plus en difficulté, les plus loin, les plus fragiles – eh bien, c’est vers ces structures-là qu’il a été fait d’abord des suppressions de postes et de moyens.

Donc moi, je ne veux pas simplement rétablir, je ne veux pas refaire ce qui a été défait : je veux qu’en utilisant ces moyens supplémentaires, nous permettions ensemble le changement de l’école pour qu’elle soit encore plus utile, plus efficace, plus sûre pour les enfants de la République.

François Hollande, comme beaucoup de candidats, vous parlez chiffres. J’ai envie de vous parler d’autres chiffres. Depuis de nombreuses années, nous constatons la difficulté, pour les usagers du service public de l’éducation, d’obtenir des statistiques fiables, des chiffres fiables, des évaluations fiables du système d’éducation. Parce qu’en fait, l’Etat et le ministère de l’Education nationale élaborent une politique d’éducation et évaluent également eux-mêmes leur propre politique. Ne serait-il pas concevable que l’évaluation du système d’éducation, du fichier, des différents dispositifs, puisse se faire dans un cadre où les principaux usagers soient également associés ? Où la guerre des chiffres entre ministères et partisans laisserait place à la transparence – d’ailleurs la guerre des chiffres, entre les ratios et les sondages, vous en savez quelque chose ! Nous aimerions, nous, pouvoir disposer de chiffres objectifs, d’évaluations objectives, d’évaluations fiables. Parce qui mieux pourrait participer à l’évaluation du système public d’éducation si ce ne sont les usagers, c’est-à-dire les parents d’élèves et les lycéens eux-mêmes, premier pôle des usagers du système public d’éducation ?

La mesure est déjà un choix. Si nous ne parvenons pas à donner l’indication juste, nous ne pouvons pas poursuivre une politique juste. Le défaut de statistiques et le manque d’informations fiables conduisent nécessairement à des arbitrages contestables. Donc je partage votre volonté. Il y a tous les moyens au sein du ministère de l’Education nationale. Tous les moyens aussi auprès de l’Insee, auprès de toutes les structures d’évaluation, pour que nous puissions avoir toutes les données, toutes les informations permettant d’avoir une bonne connaissance du système éducatif et de ses résultats. Je suis prêt, donc, là-dessus à répondre à votre exigence.

Cela vaut dans tous les domaines. Il y a des phénomènes que nous ne mesurons pas. Je vais m’éloigner un moment de l’école : la souffrance au travail. Nous savons mesurer le chômage – et encore, pas complètement. Nous savons mesurer la qualification – et encore, imparfaitement. Mais la souffrance au travail, est-elle mesurée ? Comme elle n’est pas mesurée, elle est souvent ignorée. Et quand elle vient, c’est souvent à partir de faits divers dramatiques. Chacun en a à l’esprit. Si je reprends votre interpellation, quand il y a des phénomènes que nous ne mesurons pas, nous ne les réduisons pas ou nous ne les attaquons pas. Donc je suis pour un système le plus large possible. Et alors là, si nous pouvons nous mettre autour de la table ensemble et les définir, ce sera bien volontiers que je le ferai.

Nous en prenons acte.

Alors, François Hollande, une nouvelle question de la salle. Aujourd’hui, la loi impose le financement de l’école privée sous contrat. Certaines collectivités vont même au-delà de leurs obligations. Quelle est votre position sur ce point ?

Moi, je suis d’abord pour que les règles soient les mêmes pour tous. Premier point. Et je vais prendre un exemple. Quand il y a eu des suppressions de postes dans l’Education nationale, il y en a eu plus dans l’école publique qu’il n’y en a eu dans l’école privée. Quand nous rétablirons – car nous rétablirons – les moyens, nous rattraperons d’abord les moyens qui ont été perdus dans l’école publique. Et pour l’école privée, qui a perdu moins de moyens, les rattrapages se feront – mais à hauteur de ce qui a été perdu. Je préfère, là aussi, avoir le langage de la franchise – d’autant que tout est enregistré ! Ensuite, j’entends ce qui est dit sur la loi Carle. Ce qui est grave, avec notamment l’application de la loi Carle – car il y a la loi et il y a la circulaire, et vous avez sans doute été informés de la circulaire –, c’est qu’une dérive s’est produite. Ce que nous devons faire, c’est faire en sorte que la ville ou la commune – car il s’agit souvent d’une commune rurale – qui veut garder son école publique, que la commune qui a une solution publique pour son école, ne doit pas payer pour un élève de la commune qui va dans une autre commune dans une école privée. Est-ce que je suis clair ?

Je vous demanderai une précision de plus. Nous savons qu’en certains points du territoire, les parents n’ont pas le choix. Ils doivent inscrire leurs enfants dans une école privée. Au moment où nous parlons d’une France laïque, comment pensez-vous faire pour imposer aux collectivités locales réticentes, voire hostiles à la création d’écoles ou d’établissement publics, le fait qu’il faille le faire et que cela est incontournable pour le respect des principes de la République ?

Ce sont des cas qui ne sont pas si fréquents mais qui, dans certaines régions, existent. Et notamment dans l’ouest – pas n’importe quels départements de l’ouest –, où il n’y a pas de collège public dans la zone considérée. Vous savez que la construction d’un collège est de la responsabilité des conseils généraux. Nous sommes devant cette difficulté. Nous devons donc trouver là une forme d’égalité pour les parents qui veulent scolariser leurs enfants. Mais ce n’est quand même pas à l’Etat – vous vous rendez compte ! – de construire à la place du conseil général. Il faudra donc sans doute poser cette obligation, car ce n’est quand même pas à l’Etat de payer à la place des conseils généraux qui ne voudraient pas assumer leurs obligations – ce serait quand même trop facile. Donc c’est à l’Etat de poser cette obligation à tous les départements.

Une dernière question vous est adressée émanant de la salle. Quelle décision concrète prendrez-vous pour que la gratuité soit effective aussi bien durant le temps scolaire que périscolaire (transport scolaire, restauration, etc.) ?

Une part de la gratuité qui relève de l’Etat, et puis une bonne part de la gratuité relève des collectivités locales. Là aussi, parlons franchement. Transport scolaire : j’entends bien la gratuité, mais rien n’est jamais gratuit. Il y a bien une collectivité qui paie. En l’occurrence, ce sont les conseils généraux qui paient. Dans l’état actuel des finances publiques départementales, si vous ne prenez pas conscience de ce qui s’est passé depuis des années, c’est-à-dire du transfert de charges sur les collectivités locales et les départements, vous aurez des mouvements de retrait par rapport à la gratuité des transports. Donc nous devons engager cette politique aussi par rapport à un financement nouveau des collectivités locales et à une clarification de leurs compétences.

Ensuite, il y a ce qui peut être fait par rapport à la gratuité d’un certain nombre de matériels. Les régions, en matière de lycées, ont fait des choix courageux. Là encore, elles n’y étaient pas obligées. Ce n’était pas dans leurs compétences. Et notamment pour les lycées professionnels, qui avaient plus de charges que d’autres pour suivre un certain nombre d’enseignements. Et d’ailleurs, toutes les régions n’ont pas forcément engagé les mêmes politiques de gratuité et nous avons encore des écarts très considérables selon les régions pour les frais de l’enseignement professionnel.

Par ailleurs – mais je sais que c’est parfois contesté –, je considère que l’équipement numérique doit être aussi apporté aux élèves, ce que l’Etat ne fait pas et que les collectivités font le plus souvent. Et là encore, c’est un élément de gratuité.

Donc sur le sujet de la gratuité, nous aurons, Etat et collectivités locales, à faire le clair sur les responsabilités des uns et des autres.

Faire le clair sur les responsabilités des uns et des autres, voire l’allocation de budgets aux collectivités locales et territoriales : ne faudrait-il pas aussi envisager que dans le cadre de cette révision, les crédits alloués aux collectivités – du moins une partie – soient fléchés éducation/gratuité ?

Reposez-moi la question sur le fléchage.

Je dis qu’il ne suffira pas de revoir les modes de financement des collectivités territoriales, mais que des choix politiques s’opèrent régionalement, localement. Et nous savons quelque fois les dérives ou les choix qui peuvent être opérés. Puisque nous savons que la gratuité est affirmée dans la Constitution, quelle mesure pourriez-vous prendre pour que les financements alloués aux collectivités locales ou territoriales soient fléchés éducation/gratuité et ne puissent être détournés de leur objectif ?

Les collectivités locales ne détournent pas de leur objectif les fonds qui leur sont dédiés, notamment les dotations.

Cela dépend lesquelles.

Non, je ne crois pas qu’on puisse dire cela. Les dotations aux collèges sont généralement insuffisantes, complétées, d’ailleurs, par les collectivités locales. Pareil pour les lycées. Ce que je vois, en revanche, apparaître – et je veux vous interpeller là-dessus, parce que cela renvoie à votre question –, c’est que la décentralisation est un bon principe. Le fait d’avoir transféré aux régions, aux collèges, le financement des équipements est un bon choix. Les départements et les régions ont souvent complété les dispositifs. Il y a maintenant un risque d’inégalité sur le territoire. Je vais prendre un exemple qui m’a été donné, entre ce qui est fait dans un département, les Hauts-de-Seine – département favorisé, riche, pas partout – et le département de la Seine-Saint-Denis. On voit que les collectivités locales qui ont des moyens supplémentaires par rapport à d’autres font davantage sur la gratuité, sur le soutien, sur l’accompagnement, sur l’animation extrascolaire, sur les voyages. Et donc, je pense qu’une péréquation sera nécessaire entre départements et entre régions pour assurer l’égalité.

Bien sûr, par « détourner », je voulais dire qu’il fallait qu’un choix politique soit opéré en matière éducative.

François Hollande, comme tous les candidats qui vous ont précédé, vous avez dix minutes de libre expression à la tribune, pour insister sur les points que vous souhaitez.

J’ai déjà beaucoup parlé ! Mais si vous voulez que je continue…

C’est la règle, depuis ce matin.

Pourrez-vous nous préciser durant cette intervention si, comme certains candidats, ce que vous envisagez de mettre en œuvre est à moyens constants ou pas.

D’abord, merci pour votre écoute, pour vos questions, pour vos exigences. J’ai bien compris que je ne pouvais pas satisfaire toutes les demandes. Et, chacun l’aura bien compris, si je vous avais dit oui à tout, vous n’auriez pas forcément pensé que je pourrai faire tout ce que j’ai promis. Si ? C’est que vous avez grande confiance en moi et je vous en remercie !

Mais j’ai fait de ma campagne présidentielle le choix de mettre la jeunesse au cœur de mes engagements. Je ne l’ai pas fait pour vous complaire ou vous plaire. Je l’ai fait parce que c’est le devoir, aujourd’hui, de celui ou de celle qui sera le prochain chef de l’Etat. Je considère que même et parce que nous sommes dans le contexte budgétaire, contexte financier, contexte économique que nous connaissons, nous avons le devoir de préparer nos enfants à la réussite. Je veux la réussite de tous les élèves ! Pas la réussite pour chacun. La réussite de tous. L’école ne doit pas être avant tout une machine à trier, à écarter ou à orienter. Elle doit permettre, avant ce moment décisif du choix de la filière et du métier, à chaque élève – par l’acquisition des compétences – de s’épanouir en tant qu’individu et en tant que futur citoyen. Voilà le sens et l’objectif de la politique que je veux mener au-delà même de l’éducation.

Car la jeunesse n’est pas simplement l’éducation. C’est l’ensemble des politiques publiques qui doit être orienté vers cette obligation de faire réussir la génération qui vient.

Néanmoins, je ne peux que m’alarmer du chiffre que vous connaissez : 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification. Je considère que c’est un terrible gâchis – gâchis de moyens, gâchis de chances, gâchis de compétences. Mon premier devoir sera de permettre que le gouvernement réduise de moitié le nombre de ces jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification.

Il ne suffit pas de lutter contre l’échec. Il faut faire réussir chacun et chacun, c’est-à-dire tous. Comment y parvenir ? Vous me demandez des moyens. J’ai dit que dans ce moment contraint, où les effectifs de la fonction publique seront stabilisés, je mettrai davantage de postes dans l’Education nationale.

Nous avons l’objectif aussi, je l’ai évoqué, d’améliorer le taux de scolarisation des moins de trois ans – il sera triplé –, d’agir dans les zones de très grande difficulté, de relever le taux d’encadrement, et notamment aux premières années de la vie scolaire, c’est-à-dire grande section, CP, CE1. Je ne peux pas admettre qu’arrive en sixième un tiers d’une génération qui ne possède pas les savoirs fondamentaux.

La réforme des rythmes scolaires sera donc une priorité. Nous articulerons mieux le temps scolaire, le temps éducatif et le temps de l’enfant. J’augmenterai le nombre de jours d’école sur l’année et je déciderai le retour, comme je l’ai dit, à la semaine de quatre jours et demi.

Ces réformes seront aussi des réformes de contenu et d’innovation pédagogique. Et à cet égard, je rétablirai la formation initiale des enseignants. La réforme dite de la mastérisation a été, en définitive, un assèchement des moyens pour l’école et une diminution – hélas – du nombre de candidats pour les postes aux concours. Il y aura donc une formation initiale digne de ce nom, avec des écoles supérieures de professorat et de l’éducation intégrées à l’université. Mais nous rétablirons aussi les moyens de la formation continue des enseignants, si nous voulons leur permettre, avec vous, de faire une pédagogie qui soit adaptée aux rythmes des enfants, à leur mentalité, à leurs savoirs, à leur évolution dans la vie.

Je considère que l’enseignement supérieur lui-même devra être une priorité, une vraie filière d’excellence et pas simplement une orientation.

Ensuite, je suis venu vous dire ce que j’entendais faire sur trois ou quatre sujets en plus de ceux que j’ai indiqués comme priorités. D’abord, la carte scolaire – c’est-à-dire la volonté de mixité scolaire. Nous reverrons le mécanisme de la carte scolaire, de façon à ce qu’il y ait sans doute un choix dans un périmètre, mais qu’il y ait surtout la possibilité pour tous les enfants d’avoir des échanges, d’avoir des chances, d’avoir des conditions que leur permette de réussir pleinement leur scolarité. Brasser les élèves, équilibrer les profils scolaires, c’est un avantage pour chacun. Donc nous le ferons.

Deuxième sujet que je voulais évoquer devant vous – mais cela a été fait –, c’est la laïcité. Nous devons former les professeurs à la laïcité. Ils le sont déjà, notamment pour les enseignants d’histoire, mais nous devons le faire davantage dans la pratique. Je ferai en sorte que dans les programmes d’enseignement, la laïcité – c’est-à-dire aussi l’enseignement des religions – puisse se faire.

Je créerai enfin ou, plus exactement, j’engagerai enfin la création de l’Observatoire de la laïcité dont le décret de création a été signé il y a cinq ans, mais qui n’a toujours pas été mis en œuvre.

Enfin, je suis très attentif au service public de l’orientation. Je veux que nos enfants puissent être suivis très tôt pour être accompagnés à toutes les étapes de la vie scolaire. Et que l’orientation ne vienne pas comme une sanction, mais comme une condition de réussite.

Enfin, nous avons besoin de personnels avec plusieurs métiers, dans l’école : métier d’enseignant, qui est le métier fondamental – transmettre le savoir, la connaissance –, mais aussi d’autres métiers. Métiers de surveillance, d’accompagnement, mais également les métiers qui sont aujourd’hui menacés : médecins scolaires, assistantes sociales, infirmières scolaires – parce que c’est aussi un moyen de repérer bon nombre de difficultés, d’alerter les familles.

Enfin, et j’en termine là, nous avons besoin des familles, mêmes des familles qui sont les plus éloignées, mêmes des familles les plus pauvres – que nous devons aider, aussi, à réussir ou faire réussir leurs enfants. Et donc, il y aura parmi un ensemble de dispositifs, une mesure qui permettra d’aider les parents, d’aller au soutien des parents. Et pour les familles, souvent monoparentales, dont on sait que la mère – car il s’agit le plus souvent de la mère –, ne possède pas tous les éléments de la langue française, notre devoir est aussi de faire que les parents reçoivent une formation, une éducation et une forme de compréhension des enjeux du savoir pour leurs enfants.

Enfin, je voulais vous dire, vous parents, vous si engagés pour la réussite de l’école : c’est une grande cause que de poursuivre la réussite éducative. C’est un grand enjeu, à travers l’élection présidentielle, de savoir quelle place nous donnons à l’école. Il y a plusieurs options qui vous sont ouvertes, ou plus exactement plusieurs choix de conception même de l’école. Jamais peut-être, dans une élection présidentielle, il y a eu, sur la question de l’école, deux politiques si différentes. Pas une politique quantitative contre une politique qualitative, comme on le dit souvent. Pas simplement une politique avec moins d’enseignants d’un côté et plus d’enseignants de l’autre, d’enseignants mieux payés ou d’enseignants moins bien payés. Non, deux conceptions de l’école. Une conception qui considère que l’école n’est là que pour sélectionner, pour mettre en compétition, en concurrence. Et une autre conception qui est celle, sans doute, de notre histoire, mais surtout de notre avenir : une école de la réussite, une école de l’émancipation, une école de l’égalité, une école du suivi, de l’accompagnement, une école qui permet d’avoir à chaque fois non pas une chance, mais deux chances, trois chances, autant de chances qu’il est nécessaire. Une école qui permette non seulement la réussite de l’enfant, non seulement la satisfaction de parents qui ont beaucoup donné pour que leurs enfants puissent avoir une vie meilleure qu’eux, mais aussi la condition du redressement de la France.

Nous sommes dans un moment où nous nous interrogeons sur le destin de notre pays. Que va-t-il devenir ? Est-il encore capable de prendre sa place en Europe, dans la mondialisation ? Faut-il baiser notre protection sociale, réduire nos coûts salariaux ? Eh bien l’une des réponses, peut-être même la principale, est la suivante. Est-ce que nous sommes capables d’élever le niveau de formation, de qualification, de connaissance, du savoir ? Est-ce que nous sommes capables d’avoir une école qui va nous donner toutes les conditions pour le redressement du pays, de la maternelle jusqu’à l’université, en faisant en sorte qu’il y ait une possibilité pour chaque génération de donner le meilleur d’elle-même ? C’est à ces conditions-là que nous pourrons redresser la France dans la justice et en donnant la plus belle des espérances qui soit : la réussite d’une génération qui doit vivre mieux que la nôtre.

Portes ouvertes au lycée Gide – Information à destination des familles

 

Le tableau ci-dessous montre l’évolution de notre établissement depuis 4 ans.

 

Rentrée scolaire

Effectifs

Nombre de classes

Dotation horaire

2009

770 élèves

26,5

1079 heures

2010

816 élèves

27

1161,5 heures

                     2011

872 élèves

         27,5

1118 prévues

Effectives en septembre 2011: 1214 h

 

2012

890 élèves (prévision)

28 prévues (29 si 11 classes de  2des à la rentrée)

1193 h

Demandées :

1230 h

 

Chaque année, le lycée Charles Gide gagne une 50aine d’élèves

et doit créer des classes supplémentaires pour accueillir les élèves.

 

Notre établissement se développe, c’est un atout.

 

Accueillir davantage d’élèves et rendre un service de qualité, cela suppose :

- des postes en nombre suffisant, dans tous les secteurs de l’établissement (administration, entretien, pédagogie, vie scolaire)

- des locaux adaptés aux besoins des élèves (salles d’études et de détente, réfectoire, internat, plateau sportif)

- la possibilité d’offrir différentes voies de formation (choix des enseignements d’exploration, des options et des enseignements de spécialité)

 

Quelle sera la situation du lycée à la rentrée 2012 ?

 

-       Il manquera des personnels en vie scolaire et dans les services administratifs et d’entretien.

-       Aucune suppression de postes d’enseignant mais la part des heures supplémentaires augmente, ce qui signifie que dans certaines disciplines, la charge de travail augmentera alors qu’elle est déjà difficilement supportable actuellement puisque les services du Ministère de l’Education Nationale estime qu’un enseignant de lycée réalise déjà un temps de travail de 39h45.

-       Notre dotation horaire est calculée sur des divisions à 32 élèves par classe ; nous devons être un des seuls lycées de l’Académie à bénéficier de ce ratio puisque la moyenne par classe dans les autres lycées et fixées à 36 élèves. Mais la dotation est prévue sur la base de 10 classes de seconde, alors que nous en avons 11 cette année et que les effectifs en provenance des collèges ne diminuent pas, au contraire.

 

Si notre lycée est moins touché que d’autres dans l’Académie par la réduction des moyens de fonctionnement, c’est qu’il a su faire reconnaître par les services de tutelle la vétusté de ses locaux. Il ne fait pas l’objet d’un régime de faveur.

 

Il est facile d’imaginer que les difficultés matérielles vont aller croissant si l’établissement ne parvient pas à s’agrandir rapidement.

Or ces difficultés pèsent sur les projets d’avenir :

Comment imaginer de créer des sections post-bac, qui sont aujourd’hui un prolongement presque obligé des classes de lycée ?

Comment ouvrir des enseignements optionnels, si utiles pour diversifier les voies de formation, quand on est limité par le nombre de salles de cours ?

Comment maintenir le recrutement le plus large possible quand il faut en passer par une restriction de la carte scolaire pour ne pas dépasser un seuil fatidique d’élèves inscrits ?

 

Le lycée Charles Gide est un établissement de proximité offrant de nombreux avantages aux élèves et à leurs familles. Les résultats de notre établissement restent parmi les meilleurs du Gard depuis plusieurs années.

Il doit cependant évoluer  pour répondre aux besoins d’une population scolaire plus nombreuse et plus diverse.

 

Les enseignants du lycée demandent aux parents de soutenir toutes les démarches entreprises auprès des pouvoirs publics afin d’obtenir de toute  urgence l’indispensable restructuration du lycée.

 

 

Les représentants SNES FSU des personnels du lycée Charles Gide

 

 

 

Les neuf coups qui ont plombé le moral des profs sous Sarkozy

Nolwenn Le Blevennec
Rue89 – 12 mars 2012

Flicage des profs et des élèves, manque de formation des jeunes enseignants : en matière d’éducation, le bilan des attaques portées à l’école depuis 2007 est sévère.

Mardi 28 février, le candidat Nicolas Sarkozy annonçait à Montpellier ses propositions pour l’éducation. Son bilan est pourtant difficile à vendre. Nicolas Sarkozy n’avait pas de grand dessein pour l’Education nationale, ni de bienveillance particulière. Il y a vu une source d’économies potentielles, et le Président a détricoté des « choses » qui marchaient plutôt bien, sans cohérence.
Le résultat : une baisse de vocation. Il y avait, selon RTL, 92 000 candidats au Capes en 2004, il n’y en avait plus que 28 000 l’an dernier. Presque 900 postes n’ont pas été pourvus en 2011. Des enseignants manquent en lettres, maths, anglais ou allemand.

Cette liste des coups portés à l’école n’est pas exhaustive ; elle a notamment été réalisée en relisant les articles et témoignages publiés sur Rue89 depuis mai 2007.

1. Les établissements se vident de leurs profs

C’est quoi ? Le fil rouge du mandat de Nicolas Sarkozy qui prévoie le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Chaque année, les parents d’élèves se mobilisent contre les suppressions de postes dans des opérations « écoles mortes » (le Nord – Pas-de-Calais est très touché).

Selon nos calculs, cela fait près de 71 000 postes supprimés en cinq ans. En ajoutant les 8 701 suppressions de postes de la rentrée 2007, on arrive à un bilan de près de 80 000 sur l’intégralité du mandat – c’est le chiffre que tout le monde retient.

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Classes surchargées, personnels déplacés ou qui partagent leur temps entre plusieurs établissements, embauche de contrats précaires…

A lire
Ma journée à soutenir des élèves en grande difficulté (Rue89)
A Marseille, les moins de 3 ans refoulés de la maternelle (Rue89)
En cinq ans, près d’un tiers de l’effectif total de Rased (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) a aussi disparu. Un dispositif que la communauté éducative juge plus abouti que l’aide individuelle personnalisée (qui ignore les difficultés relationnelles ou sociales).

La suppression de postes se fait aussi au détriment de la scolarisation des moins de 3 ans – en forte baisse depuis dix ans.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Non. Dans un entretien donné aux Echos, le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, juge « possible » de continuer à réduire le nombre de postes dans l’éducation après 2012 et n’écarte pas de recourir « à un organisme indépendant » pour l’évaluation des élèves.

2. Les jeunes étudiants sont propulsés dans les classes

C’est quoi ? Avant, un postulant aux concours devait avoir au minimum un bac +3 pour le Capes, et bac +4 pour l’agrégation. Après le concours, il effectuait un an de stage (6 à 8 heures par semaine en classe, le reste du temps en cours théorique à l’IUFM).

Depuis la rentrée 2010, il faut un niveau master (bac +5) pour se présenter. Les nouveaux masters aménagés comportent une part de théorie. Les stages pratiques (facultatifs) sont prévus en deuxième année de master, alors que les étudiants n’ont pas encore réussi le concours. Post-examen, ceux qui ont réussi sont propulsés à temps plein dans les classes.

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Les jeunes profs sont « balancés » dans leurs classes sans savoir comment parler à leurs élèves (ils manquent de pratique et ne bénéficient plus en alternance des conseils de l’IUFM).

La réforme ne tient pas compte du rythme des étudiants, qui doivent valider leur dernière année de master, préparer les concours d’enseignants et faire des stages en même temps.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Oui, mais en pire. Nicolas Sarkozy a reconnu, en janvier 2011, la nécessité d’« améliorer notre système » :

A lire
Prof stagiaire, ma première rentrée scolaire s’annonce mal (Rue89)
Jeunes profs en alternance, nouvelle embrouille de Chatel ? (Rue89)
Masterisation : Luc Chatel désavoué par le Conseil d’Etat (Rue89)
le « séjour d’accueil » (avec distribution d’un DVD de tenue de classe) à l’académie passe de trois jours à cinq jours ;

à la rentrée 2012, des étudiants pourront suivre un cursus en alternance dans des universités-pilotes. ;
dès la première année de master, ils pourront enseigner de 3 à 6 heures par semaine ou occuper un poste d’assistant pédagogique à mi-temps.
Aucune précision sur les conditions d’encadrement, Luc Chatel est soupçonné de vouloir recruter de la main d’œuvre à bas coût.

3. Les profs et les élèves se sentent fliqués

C’est quoi ? Jusqu’à présent, tous les enseignants étaient tenus de renseigner un cahier de textes papier mis à la disposition des élèves. Désormais, dès la rentrée 2011, à chaque cours, il faut remplir un cahier de textes numérique très complet, qui doit comporter les documents utilisés pour les cours.

Les élèves sont eux répertoriés depuis 2009 dans Base-élèves, des fichiers qui enregistrent des informations variées sur un élève pour l’ensemble de sa scolarité (état civil, adresse, responsable légal…).

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Le cahier de textes numérique apparaît, pour certains, comme une volonté politique de surveillance. Il donne à l’administration un pouvoir sur les enseignants.

Pour les profs, il s’agit d’une augmentation de leur charge de travail sans compensation financière.

Contre les fichiers Base-élèves, des enseignants, chefs d’établissement, parents d’élèves, réunis dans un collectif estiment que ces fichiers ne respectent pas le droit à la vie privée, et craignent qu’ils soient utilisés par la police. Qualifiés de « désobéisseurs », les enseignants qui refusent de les remplir ont été déplacés ou sanctionnés.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? En grande partie. Au départ, les fichiers Base-élèves comportaient des données intrusives et sensibles.

A lire
J’écris pour les profs qui pètent les plombs (Rue89)
Le cahier de textes numérique, c’est big brother en classe (Rue89)
Fichage des élèves : le ministère mate les derniers résistants (Rue89)
Face aux critiques, Xavier Darcos, alors ministre de l’Education nationale, a revu deux fois les fichiers, en les expurgeant de données à caractère personnel en 2007 (critères ethniques) puis en 2008 (profession et catégorie sociale des parents, situation familiale, absentéisme signalé).

Le Conseil d’Etat a demandé que d’autres modifications soient apportées : la durée actuelle de conservation des données de 35 ans a par exemple été jugée trop longue.

4. Les écarts se creusent entre les lycées

C’est quoi ? C’est le résultat de la réforme Chatel, avec l’introduction, de la seconde à la terminale, d’un accompagnement personnalisé de deux heures hebdomadaires (groupes de quinze à vingt élèves). Pour compenser, le ministre a décidé de couper un peu partout. L’histoire-géo passe en option pour les filières S.

Par ailleurs, une plus grande autonomie est donnée aux établissements pour gérer les heures « de dédoublement » qui permettent un travail en petit groupe. Auparavant réparties par discipline au niveau national, ces heures (10 heures en moyenne) sont désormais à la libre disposition des établissements.

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Les élèves scientifiques sont pénalisés : ils perdent des heures d’histoire. Mais surtout, on reproche à cette réforme de creuser l’écart entre les lycées. La formation proposée change d’un établissement à l’autre, en fonction de l’usage qui est fait du volume d’heures laissé au libre arbitre du chef d’établissement.

A lire
La réforme Chatel est injuste et élitiste (LeMonde.fr)
Dans les meilleurs établissements, les heures d’accompagnement personnalisé se transforment en une heure de mathématiques en plus.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Non.

5. Les chefs d’établissement sont les nouveaux patrons

C’est quoi ? La loi LRU datant d’août 2007 concentre les pouvoirs entre les mains des présidents d’université et de leur conseil d’administration. Ils ont le pouvoir de recruter les enseignants qu’ils désirent et de lever des fonds privés via des fondations. Le statut des enseignants-chercheurs est plus encadré. Le prolongement à l’école ? C’est le projet de la mise en place de l’évaluation des profs par les chefs d’établissement dès la rentrée 2012.

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? L’autonomie des universités suscite toujours des critiques : des universitaires continuent de réclamer son retrait, dénonçant la toute-puissance des présidents, la privatisation et la mise en concurrence des universités.

A lire
Pour ou contre l’évaluation des profs par le chef d’établissement ? (Rue89)
Le métier d’enseignant-chercheur face aux préjugés (Lexpress.fr)
Concernant l’évaluation par les chefs d’établissement, les profs se posent des dizaines de questions. Par exemple : quelle légitimité a un ancien prof de techno devenu proviseur pour évaluer un prof de français ?

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Partiellement. Modifié dans le cadre de la loi LRU, le statut des enseignants-chercheurs a été revu par Valérie Pécresse.

6. La mise en concurrence des établissements

C’est quoi ? C’est une des mesures phares du quinquennat Sarkozy. En 2007, le président de la République décide « d’assouplir » la carte scolaire en autorisant les dérogations. Les élèves sont toujours affectés à l’établissement de leur quartier, mais peuvent obtenir une dérogation, notamment s’ils sont boursiers. « Une manière de favoriser l’égalité des chances et la diversité sociale. »

A lire
La réforme de la carte scolaire a rendu l’école plus injuste (Rue89)
Pourquoi cela plombé le moral des profs ? Selon Philippe Tournier, secrétaire général du syndicat, cité dans Libération en 2010, les établissements les plus fragiles qui sont les plus touchés : 30% des collèges et lycées classés ZEP-RAR (zone d’éducation prioritaire-réseau ambition réussite) jugent que la libéralisation de la carte scolaire a eu un impact négatif.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Non.

7. L’absentéisme scolaire provoque la fin des allocs

C’est quoi ? C’est un retour en arrière, puisque la suppression des allocations familiales pour absentéisme scolaire a été mise en place en 1946 (jusqu’en 2004). Un décret de janvier 2011rétablit cette pratique.

Un an après, il y a eu 161 suspensions (chiffres arrêtés à octobre 2011), les départements des Vosges et du Cher en tête. Les familles touchées étaient « très majoritairement » suivies par les services des conseils généraux. Les gens du voyage sont aussi touchés, selon un cadre de la CAF.

A lire
Absentéisme à l’école et allocs : pourquoi Sarkozy se trompe ? (Rue89)
Pourquoi cela plombé le moral des profs ? Les profs n’ont pas réagi massivement. Il n’y a pas eu de mouvement national sur le sujet.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Non, au contraire. C’est une source de fierté pour Luc Chatel qui a présenté ces chiffres en décembre dernier.

8. Les remarques clownesques des ministres

C’est quoi ? Il y a au moins deux épisodes ridicules marquants. La phrase de Xavier Darcos, en juillet 2009 :

« Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits délégués par l’Etat, que nous fassions passer des concours bac +5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? »

Et puis, il y a eu la sortie com à l’Intermarché du tout nouveau ministre Luc Chatel en août 2009 : devant les caméras, des fausses mères de famille (en réalité des sympathisantes/élues UMP) disent tout le bien qu’elles pensent de l’action du ministre. La mise en scène est démasquée : Intermarché protège Chatel en affirmant que les interviewés sont des salariés de l’enseigne.

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Sans commentaire.

Le gouvernement a-t-il corrigé ? Partiellement. Xavier Darcos a présenté ses excuses lors du débat sur le budget de l’Education nationale au Sénat.

A lire
Chatel à Intermarché : les dessous d’un coup de com’ (Rue89)
Dans des lettres à trois médias (France Inter, France Info et Libération), Luc Chatel ministre a « condamné fermement » le « procédé » d’Intermarché invitant des salariés à « faire figuration ».

9. La chasse aux femmes voilées

C’est quoi ? Luc Chatel, ministre de l’Education, propose au printemps 2011 que les personnes accompagnant les élèves lors de sorties scolaires respectent le « principe de neutralité et laïcité » de l’école, et donc d’interdire les signes ostentatoires (en premier lieu le voile).

Pourquoi cela a plombé le moral des profs ? Les profs sont loin d’être unanimes là-desus, mais certains ont souffert du fait que l’école soit instrumentalisée dans ce débat.

Flash spécial : Le rapport de suivi de la réforme du lycée

Où en est la réforme du lycée ? Après un premier rapport exagérément flatteur en 2011, Catherine Moisan et Jean-François Cuisinier, coordinateurs du rapport de l’Inspection générale, livrent un document beaucoup plus critique sur l’application sur le terrain de la réforme mise en place par Luc Chatel. Cela tient aussi à l’échantillonnage retenu. En 2011 l’Inspection avait soigneusement trié les établissements. Dans le rapport 2012, l’échantillon est beaucoup plus équilibré entre académies (les meilleures mais aussi celles où les difficultés sont nombreuses et beaucoup de moyennes) et entre els établissements.

Le rapport aborde cinq grandes questions. La première concerne les effets de la réforme sur l’orientation des élèves. L’objectif fixé par Luc Chatel c’était le rééquilibrage au profit de la série L et de certaines filières technologiques comme STI. On peut dire que cet objectif n’est pas atteint. Certes la filière L passe de 9,5 à 10,2 % des passages en fin de seconde mais cette hausse est à mettre en perspective avec l’augmentation du taux de passage vers les filières générales (+6,8% en 6 ans). En réalité la hiérarchie des filières est renforcée, la plus forte hausse se portant sur la série la plus « noble », la série S : 30,8 % des sorties en 2009, 32,6% en 2011. Les séries STI2D, STL et ST2S enrayent juste leur chute. Le rapport souligne d’ailleurs que les conseils de classe n’ont pas modifié leurs procédures d’orientation.

Les stages de remise à niveau et stages passerelle , censés apporter plus de souplesse entre les filières, ne fonctionnent pas. Pire encore , les stages passerelle sont utilisés pou réorienter vers le professionnel les élèves dont on ne veut plus, une perspective qui était largement prévisible.

L’accompagnement personnalisé, qui était l’autre grande idée de la réforme, ne semble pas réussir à aider les élèves qui en ont besoin. Il a bien été institué dans la plupart des établissements, avec des modalités de fonctionnement différents. Le rapport montre beaucoup d’errance dans l’utilisation des heures. Les inspecteurs ne manquent pas d’en rendre les professeurs seuls responsables, dressant un portrait assez caricatural des enseignants. « Une première catégorie de professeurs éprouve de fortes réticences à se projeter dans le rôle qui lui est assigné par la réforme… Les professeurs ont appris à transmettre une discipline, pas à enseigner… Une autre catégorie, au contraire, se félicite de cet « espace de liberté » qui leur permet enfin d’exercer leur véritable métier de professeur. Ces professeurs font preuve d’un haut niveau de professionnalisme… » Mais plus critiques encore sont les élèves ! Ils jugent que l’A.P. « ça ne sert à rien ». Le tutorat n’est présent que dans une minorité d’établissements.

L’autonomie des établissements, un autre grand enjeu de la réforme, semble progresser dans la mesure où les chefs d’établissement ont corrigé des erreurs. « Certains échecs d’organisation (de l’A.P.) trop complexe l’an dernier ont fortement déstabilisé les professeurs », reconnaît le rapport, et particulièrement les barrettes. « L’organisation de l’AP à la rentrée 2011 en 2nde a souvent tenu compte des dysfonctionnements de l’année dernière : des alignements de classes en barrette mis en place par beaucoup de lycées sur une grande échelle mais souvent mal gérés par excès d’ambition et défaut d’organisation ; le désir « contrarié » de nombreux enseignants de travailler avec les élèves qu’ils connaissent ; la place donnée aux élèves dans le dispositif », notent les inspecteurs. Globalement on assiste à la décrue des barrettes et au retour du groupe classe, spécialement en première. Que dégâts pour en arriver là !

La réduction des moyens nuit à la réforme , affirment les inspecteurs. « Dans certaines académies, le poids des suppressions d’emplois est si prégnant dans la gestion de l’académie et ses relations avec les établissements que le pilotage par les moyens prévaut mécaniquement sur le pilotage pédagogique ».

Les préconisations très curieusement ne s’intéressent qu’à la gestion des moyens et aux cadres du système éducatif. On est très loin des élèves et des professeurs. Les inspecteurs veulent « renforcer la globalisation des DGH », ce qui augmenterait l’autonomie des établissements mais faciliterait aussi les retraits de moyens, aujourd’hui bloqués par les textes. Quatre préconisations sur 12 ne concernent que les IPR et nous y reviendrons plus longuement. Les autres concernent l’accompagnement des chefs d’établissement.

Pour le moment la réforme Chatel n’a pas atteint ses objectifs. En ce sens ce rapport apporte un éclairage intéressant pour la nouvelle équipe qui arrivera au pouvoir dans quelques semaines. Plus d’analyses et de réactions dans L’Expresso de lundi.
Le rapport

http://media.education.gouv.fr/file/2012/96/8/Rapport-IG-Suivi-de-la-mise-en-oeuvre-de-la-reforme-du-lycee-d-enseignement-general-et-technologique_209968.pdf

Le rapport de 2011

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/03/16_reformelycee.aspx

Nicolas Sarkozy et l’école: paroles, paroles, et toujours des paroles….

Article de Liberation.fr

Sarko à Périgueux le 15 fev 2008 Reuters R. Duvignau

Si on avait écouté Nicolas Sarkozy, les élèves de CM2 parraineraient un enfant juif exterminé durant la Shoah, les lycéens liraient à chaque anniversaire de sa mort la lettre, poignante, du jeune communiste Guy Môquet peu avant son exécution par les Allemands en 1941, les parents choisiraient librement l’école de leur enfant, l’échec scolaire serait divisé par trois en fin de primaire, les collèges en difficultés auraient moins d’élèves et plein de moyens en plus, l’autorité et la discipline règneraient en maître en classe, les élèves sortiraient bilingues du lycée, etc, etc.

Nicolas Sarkozy est sans doute l’un des présidents qui a le plus parlé sur l’école. A peine élu, il a publié une « Lettre aux éducateurs« , un fascicule de 32 pages publié à un million d’exemplaires et envoyé à tous les profs de France, où il développe sa vision de l’école. Puis il a enchaîné les discours, a annoncé des réformes, grandes et petites, a fait des promesses, chiffrées ou non…

Durant ces 5 ans, le président a ainsi beaucoup parlé et a beaucoup varié aussi. Il a tenu un certain nombre de promesses – comme la création des « internats d’excellence » pour les élèves « méritants« , la réforme du lycée, celle des progammes du primaire, la « masterisation » (le fait de recruter les enseignants au niveau master et non plus au niveau licence, comme jusqu’ici dans la plupart des cas), le service minimum d’accueil en cas de grève dans le primaire, la revalorisation, limitée, des profs en début de carrière, etc -.Mais il en a aussi beaucoup oubliées en route et s’est aussi pas mal renié. Voici une sélection choisie, et donc forcément arbitraire, de ces « oublis » et de ces renoncements:

- « Si j’ai voulu que fût lue la lettre si émouvante que Guy Môquet écrivit à ses parents à la veille d’être fusillé,  c’est parce que je crois qu’il est essentiel d’expliquer à nos enfants ce qu’est un jeune Français, et (…) ce qu’est la grandeur d’un homme qui se donne à une cause plus grande que lui« , le 16 mai 2007, premier jour de son quinquennat

Durant les deux premières années, malgré la vague de critiques, la lettre a bien été lue en grande pompe dans certains lycées. Elle ne l’est pratiquement plus aujourd’hui. Les profs reprochent la dimension bien trop émotionelle d’une telle pratique, qui n’apporte rien à la compréhension de cette période compliquée.

- « Notre objectif est de rendre la carte scolaire superflue par une égalisation du niveau des établissements qui permettra aux parents de choisir l’école de leurs enfants« , le 5 juillet 2007 dans sa lettre de mission au ministre de l’Education Xavier Darcos

Il y a bien eu un assouplissement de la carte scolaire, avec l’annonce d’une série de critères permettant des dérogations – élèves handicapés, boursiers, fratrie, résultats scolaires, etc. Mais sa suppression, pourtant une  promesse de campagne de Nicolas Sarkozy, a discrètement été abandonnée en route.

Contrairement aux promesses, aucun bilan de l’assouplissement n’a été rendu public. Les études d’experts parues ici et là concluent au mieux à l’absence d’effets, au pire à une dégradation de la situation des « collèges ghettos », fuis par leurs meilleurs éléments grâce à cet assouplissement.

- « Nous souhaitons que l’enseignement des langues étrangères commence dès le cours préparatoire et que (…) tout élève sorte bilingue du lycée« , le 5 juillet 2007, dans la lettre de mission de Darcos

On en est très loin. Le ministre de l’Education Luc Chatel a pourtant l’air convaincu de l’importance des langues dans notre monde: il s’est prononcé pour l’anglais dès la maternelle, a commandé un rapport sur les langues à l’école, a annoncé un grand plan…

Mais au final, les intervenants en langues étrangères sont les premières victimes des suppressions de postes. Et en raison de ces suppressions, les dédoublements de classes, indispensables pour faire travailler les élèves à l’oral, sont de plus en plus difficiles.

- « Pour toutes les familles qui le veulent, le mi-temps sportif devra devenir possible« , le 5 juillet 2007, dans la lettre de mission de Darcos.

C’était un voeu pieux. Le 19 août 2010, dans une opération de com’ dont il a le secret, Luc Chatel avait annoncé à grand fracas la mise en place de l’expérimentation « Cours le matin-sport l’après midi » dans 83 collèges et 41 lycées, pour quelques classes à chaque fois, regroupant pas plus de 7 000 élèves. Mais le dispositif  est resté très limité, faute d’équipements sportifs et de profs….

- « Chaque année, à partir de la rentrée 2008, tous les enfants de CM2 se verront confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah« , le 13 février 2008 lors du dîner annuel du CRIF (le Conseil représentatif des institutions juives de France)

L’annonce a déclenché un tollé. Simone Veil elle-même a pris ses distances, sur le thème: faire assumer la mémoire des enfants juifs disparus est traumatisant pour des élèves de 9-10 ans, qui risquent de pas comprendre et de se culpabiliser… Xavier Darcos a vite, et discrètement enterré l’affaire.

- « Je prends un engagement devant vous: nous allons diviser par trois le taux d’échec scolaire à la sortie du CM2 d’ici la fin de la mandature« , le 15 février 2008 à Périgueux

On en est loin. Le ministère de l’Education nationale s’est récemment vanté d’un petit mieux avec les évaluations nationales de 2011 en CM2 – en français, 7 % des élèves n’ont pas les acquis suffisants (contre 7 % en 2010) et 19 % ont des acquis encore fragiles (20 % en 2010), et en maths 10 % maîtrisent insuffisamment les acquis (13 % en 2010) et 20 % ont des acquis encore fragiles (20 % en 2010).

Mais d’autres évaluations donnent  des résultats sensiblement moins encourageants. La dernière étude Pisa de l’OCDE, portant sur le niveau des élèves de 15 ans, est, elle, carrément décourageante – les élèves en grandes difficultés en français passent de 15 à 20%.

- « Aucun jeune ne devra – attention, ce ne sont pas des mots, ce sont des décisions – aucun jeune entre 16 et 18 ans ne devra être laissé hors de tout système de formation sauf s’il a déjà un emploi« , le 29 septembre 2009 à Avignon

Là encore, c’est raté. A la fin du mandat, on compte toujours autant de « décrocheurs », ces jeunes qui quittent chaque année le système scolaire sans diplôme ni qualification – 150 000 approximativement.

Sous Nicolas Sarkozy, on a tout de même enregistré un progrès: des plateformes communes ont été mises en place avec les Rectorats, les missions locales, Pôle emploi, les CFA (centres de formation des apprentis), afin d’identifier les jeunes décrocheurs et de leur proposer quelque chose. Mais on  est loin de la solution.

« Je sais parfaitement que nous serons jugés, que je serai jugé au résultat, j’y suis prêt« , avait dit Nicolas Sarkozy à la fin de son discours sur la jeunesse le 29 septembre 2009 à Avignon. Et bien, l’heure du jugement a sonné…

Crédit photo: Nicolas Sarkozy le 15 février 2008 dans une classe de Périgueux où il fera ensuite sa promesse de diviser par trois l’échec en fin de CM2 (Reuters, Regis Duvignau)

Chatel impose la globalisation et souhaite l’annualisation des services

Article du café pédagogique
Par François Jarraud

On croyait être venu pour découvrir les nouvelles dispositions en faveur de l’apprentissage des langues. Et on s’est retrouvé en pleine campagne électorale. Mardi 7 février, à l’occasion de la remise du rapport du Comité stratégique des langues sur l’enseignement des langues, Luc Chatel a préconisé la globalisation et l’annualisation des services. Deux décisions qui relancent le débat politique sur le métier d’enseignant plus qu’ils n’apportent de solution à l’enseignement des langues.

La globalisation au collège. Pour Luc Chatel, il s’agit de « la possibilité données aux collèges de répartir le temps attribué aux langues selon les langues et les années » de la 6ème à la 3ème. « Il y a des moments où il faut concentrer les apprentissages » explique le ministre, d’autres où c’est moins nécessaire. Le ministre se retranche derrière le rapport du comité présidé par Suzy Halimi. Pour elle c’est une réponse pour un enseignement plus souple qui permettrait par exemple de renforcer l’anglais en 6ème. Luc Chatel annonce que la globalisation sera effective dans un collège sur dix dès la rentrée 2012.

L’annualisation. Partant de la recommandation du rapport du Comité en faveur des stages organisés durant les vacances scolaires dans les académies, le ministre souligne la difficulté à trouver des enseignants pour les encadrer. « La seule réponse c’est l’annualisation », affirme-t-il. Mais « derrière l’annualisation il y a la question du statut des enseignants, c’est un sujet très sensible… Il va être abordé dans les semaines qui viennent lors du débat des présidentielles », ajoutant que « l’enseignement des langues est un bon exemple de l’assouplissement qui pourrait intervenir avec un nouveau statut ».

Ces deux questions sont des sources de conflit pour les enseignants. La globalisation permet certes d’adapter l’enseignement aux besoins des élèves, au risque d’alourdir le temps scolaire. Mais s’agissant de répartir « selon les langues et les années », elle va surtout permettre d’adapter l’enseignement des langues aux ressources humaines octroyées par les rectorats et donc de réduire l’offre de formation. Cette nouvelle liberté de gestion attribuée aux collèges devrait permettre d’économiser des postes. Elle est réclamée depuis des mois par l’enseignement catholique. Il devrait être satisfait.

L’annualisation c’est plus grave. Elle consiste à définir le temps de travail non plus par un horaire hebdomadaire mais par un horaire annuel, 36 fois 18 heures par exemple pour un certifié. De fait cela permet d’augmenter très sensiblement le temps de travail à salaire égal en collège et lycée parce que le temps théorique n’est jamais effectif compte tenu des jours fériés, des examens de fin d’année, etc. En clair les enseignants seraient obligés de travailler davantage pour le même salaire. Le ministère récupèrerait ainsi des dizaines de milliers de postes si la mesure était généralisée. Dans l’enseignement technologique et professionnel, où les élèves sont une partie de l’année en stage les gains seraient très importants. Luc Chatel pousse encore plus loin le raisonnement en annonçant que ces heures de travail pourraient être imposées durant les vacances. L’annualisation nécessite un changement de statut des enseignants. On n’est donc plus là dans la gestion d’une question pédagogique (les langues) mais clairement dans la campagne électorale et c’est bien ainsi que Luc Chatel la présente. « Elle n’est pas à l’ordre du jour de mon ministère, c’est un bon débat pour les jours qui viennent ».

Ces propos donnent à penser que l’équipe de Nicolas Sarkozy veut donner à la campagne électorale un nouveau cap beaucoup plus agressif très rapidement. Elle y est un peu poussée par les mauvais résultats de N Sarkozy dans les sondages et le discours attendu sur l’éducation de François Hollande le 9 février. L’UMP veut opposer le candidat qui mettra les profs au travail face au « candidat des profs fainéants ». François Hollande va avoir à faire face à ce « cadeau ». Et les enseignants vont se trouver délicatement en première ligne sur le thème bien connu de leur temps de travail.

Les syndicats ont réagi aux propos de Luc Chatel. Pour Christian Chevalier, secrétaire général du Se-Unsa, Luc Chatel « remet en avant cette vieille lune qui consiste à pointer le statut des enseignants comme responsable des maux de notre système éducatif ». Il rappelle que le statut est « protecteur des salariés. Pour autant le métier d’enseignant est en mutation. Si sa définition doit être améliorée, cela ne peut relever ni du diktat, ni de la propagande électorale, mais d’une véritable politique contractuelle ». Force ouvrière exprime « son désaccord complet avec ce projet destiné à nous faire travailler plus pour gagner moins ». Il invite les enseignants à se mobiliser.

L’échec cinglant de la formation des enseignants

Le Monde 9 février 2012
Editorial
L’échec cinglant de la formation des enseignants

C’est la loi du genre : les ministères qui ont l’honneur de figurer au rapport annuel de la Cour des comptes passent en général un assez mauvais moment. Les magistrats de la rue Cambon ne sont pas grincheux par nature ; mais c’est leur rôle, en effet, de vérifier la bonne utilisation des deniers publics et de fustiger les incartades éventuelles.
Il n’est pas fréquent, cependant, de lire un réquisitoire aussi cinglant que celui dressé, cette année, contre la réforme de la formation des enseignants, plus connue sous le nom barbare de  » mastérisation « .
Chacun se souvient que la suppression des instituts universitaires de formation des maîtres figurait en bonne place dans les réformes du quinquennat qui s’achève. Elle a été engagée dès 2008 et complètement mise en oeuvre à la rentrée 2010. L’ambition affichée était double : élever au
master (c’est-à-dire à bac + 5, au lieu de bac + 3 ou bac + 4 auparavant) le niveau de recrutement de tous les professeurs, des écoles, collèges et lycées ; améliorer la formation professionnelle des enseignants en réservant davantage de temps à leur apprentissage direct, devant les élèves.
Le bilan établi par la Cour des comptes est accablant : cette réforme  » soulève aujourd’hui des questions de fond sur l’organisation de la formation initiale, sur l’attractivité du métier d’enseignant et sur l’adéquation de ce nouveau dispositif aux grands objectifs assignés au système éducatif « .
Rien ou presque ne résiste à son examen critique. Les gains budgétaires attendus de cette réforme ? Non seulement ils sont modestes (370 millions d’euros), mais en outre ils occultent de lourds coûts indirects non évalués. La mise en oeuvre accélérée de la réforme ? Elle a provoqué de graves  » dysfonctionnements « , touchant notamment à l’affectation et au temps de travail des jeunes enseignants. Le tutorat par des enseignants plus chevronnés, qui était l’une des innovations de cette réforme ? Il est, à l’évidence, approximatif et inefficient. Sur tous ces points, la Cour note  » la carence des outils de suivi et de pilotage « .
Au total, les magistrats de la rue Cambon estiment que cette réforme  » n’atteint pas les objectifs  » qui lui étaient fixés. Elle  » ne garantit pas  » – c’est un euphémisme – une meilleure formation au métier d’enseignant, permettant notamment de mieux gérer l’hétérogénéité des élèves. Elle paraît déconnectée de l’objectif fixé par la loi d’orientation de 2005 de mise en place d’un socle commun de connaissance que tout jeune devrait maîtriser à la fin de sa scolarité obligatoire. Enfin, elle a asséché, de façon  » préoccupante « , le vivier de recrutement des enseignants et, par conséquent, le niveau de sélectivité des concours.
Bref, pour le dire simplement, c’est un échec. Un échec grave et double. D’une part, l’occasion a été manquée de renforcer réellement la formation des professeurs. D’autre part, la France s’est privée, du même coup, du levier indispensable pour améliorer ses médiocres performances en matière d’éducation.

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